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BIBLIOTECA PROVINM A T.R
XXV
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LE MAHA-BHARATA
POÈME ÉPIQUE
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I
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f.a reproduction et la traduction même de cette traduction sont
interdites en France et dans les pays étrangers.
MEAUX. — IMPRIMERIE J. CA MU.
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LE
MAHA-BHARATA
POÈME ÉPIQUE
DE KR1SHNA-DWAIPAYANA
nrs COUMC MiKKXT APPEL*
C EST- A-DIRE LE COMPILATEUR ET L ORDONNATEUR DES VÉDAS
Traduit complètement pour la première fois du sanscrit en français
FAR
H1PP0LYTE FAUCHE
Traducteur du RAmAyaoa, de* Œuvre» complète# do KAlidAaa, etc.
Abréviateur du RAmAjaaa
PARIS
AUGUSTE DURAND ET PEDONE-LAURIEL, LIBRAIRES
Rue Cujas, 9
FRIEDRICH KLLNCKSIECK, LIBRAIRE
Rue de Lille, Il
1867
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I
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DI
AVANT-PROPOS.
Nous avoiis l’honneur d’offrir au public savant ce
volume septième, qui est plus correct, nous le
croyons, du moins, que les tômes précédents ; avan-
tage, que nous devons h notre édition de Bombay.
Elle nous a permis de comparer ensemble deux
textes, de rectifier l’un par l’autre, et d’apercevoir,
du plus simple coup-d’ceil, les fautes, qui s’étaient
glissées dans l’impression de Calcutta.
Tandis que nous prenions si gratuitement tant de
peines, il a paru dans la Revue de la Société asia-
tique, ou il va paraître, quelques pages écrites, nous
a-t-on dit, hostilement contre cette traduction.
Hostilement ! Nous avons donc un ennemi, nous,
qui ne pensions pas en avoir?
Quel mal ce livre a-t-il fait, soit à la société, soit
à la patrie, soit à l’avancement des lettres, soit à
vous-même? 11 y a des fautes ! direz-vous. Mais qui
n’en a point? Quand vous aurez feuilleté aussi long-
temps que nous les patriarches de notre science,
vous trouverez qu’on peut reprocher des oublis, des
inadvertances, des imperfections à Wilson, à Bopp,
à Westergaard, à Bohtlingk et Roth eux-mêmes.
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VI
AVANT-PROPOS.
Vous n’avez donc pas cette indulgence littéraire
du bon Horace, qui avait l’ingénuité d’écrire:
Non ego paucis
Offendar maculis, quas aut incuria fudit,
Aut humana parum cavit natura ?
Quoi ! je traduise! j’imprime annuellement près de
vingt-quatre mille vers sanscrits, et vous ne passez
pas quelque chose à une telle promptitude !
Qui vous oblige, direz-vous, à celte folle vitesse ?
Le temps, la vieillesse, soixante- dix années au mo-
ment, où j’écris cette ligne !
Si la mort permet que je m’assoie un instant sur
le bord de ma tombe cntr’ouverte, et que je vous
chante, avant qu’elle ne se ferme à jamais, d’une
voix, où l’on ne sent pas encore les grelottements de
la vieillesse, cette longue et belliqueuse complainte,
je dois en ressentir de la reconnaissance ; mais ne
pas compter follement sur un plus grand nombre
d’années, qu’il n’est peut-être pas dans les desseins
adorables de l’Être absolu de vouloir bien nous
accorder.
Nous avons remarqué aussi, avec moins d’indif-
férence , que , à l’exception de Strasbourg et de
Messine, aucun souscripteur des autres villes n’avait
répondu par le moindre mot de sympathie à notre
appel en détresse.
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AVANT-PROPOS.
TH
Il faut donc nous résigner à plier les voiles de
nos espérances, et à voguer durement, toujours la
rame à notre main, sur cette mer trop calme, où la
traversée n’est plus qu’un devoir de loyauté, d’hon-
neur et de fidélité à nos engagements.
Ce qui distingue ce présent volume, ce sont :
Une description de la terre, suivant les erreurs et
les fables, que l’ignorance avait mises alors en cir-
culation;
Un récit épisodique sur l’essence de Dieu, la na-
ture, l’immortalité de l’âme et ses transmigrations
éternelles d’une existence dans une autre vie ;
Et, vers la fin du chant, l’entretien de Bhîshma
et de Karna, où respire, dans un langage simple et
touchant, le mutuel oubli des offenses et l’accepta-
tion du sort, que le Destin a fixé pour chacun
d'eux.
Le milieu de cette partie du poème est flamboyant
de ces combats trop nombreux, où l’on voit, mal-
heureusement, sans aucune émotion du cœur, s’en-
trégorger ces guerriers aux guirlandes de fleurs, aux
armures d’or, voiturés dans les combats sur des
palanquins aux épaules de leurs fidèles serviteurs,
ou montés sur des coursiers aux cuirasses d’or, des
éléphants, revêtus de filets d’or, des chars, dont l'or
a changé la matière, où flottent des drapeaux d'or
et des étendards, qui portent, brodés en pierreries,
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vm
AVANT-PROPOS.
l’éléphant, le lion, le sanglier, le tigre, emblème
varié de chacun d’eux.
Parmi ces splendides guerriers, nous remarquons,
ii l’étrangeté du costume, ces soldats de pied en-
tièrement couverts d’épines, en guise d’armures.
Mais qu’étaient donc ces instruments de musique
militaire, appelés des tonnerres et des scies ?
Comment se seryait-on de ces arcs, qui lançaient
des traits en faisceaux, des flèches associées, des
dards, qui partaient ensemble, comme un vol d’oi-
seaux, en troupe de cinq, de dix, de vingt-cinq,
de cinquante, de soixante, de soixante-treize ou
dix-sepl, de quatre-vingt, de cent et même de cinq
cents à la fois ?
Qu’était-ce que ces armes à feu, rudimentaires,
sans doute, qu’on nommait des bhouÇoundîs.
Qu’élait-ce que ces çataghnîs ou tueusses de ceni
hommes ? Était-ce une sorte d’essai primitif du
canon européen ?
Difficiles questions, qui exerceront bientôt l’éru-
dition des savants de notre continent, lorsque l’his-
loire et la littérature sanscrite seront parvenues S
toute l’extension de culture, où sont arrivées depuis
long-temps les histoires et les littératures de la
Grèce et de l’Italie.
Parc du collège de Juilly, 29 juin 1867.
Hippolyte Fauche.
Diqilized
LE MAHA-BHAHATA
POÈME SANSCRIT.
BHISHMA-PABVA
nr LE CHANT DE IIHtSHMA.
SIXIÈME LECTLRE ET CHAPITRES ST'IVANTS.
Dhrilar&shtra dit :
« Tu as raconté sommairement cette île, telle quelle
est, sage Sandjava; mais tu connais la vraie nature des
choses, expose -les-moi en détail. 19A.
» On voit l’étendue de la terre, quelque vaste qu’elle
soit, dans cette marque du lièvre. Dis-moi quelle est sa
grandeur; tu parleras du lièvre ensuite. » 195.
A ces mots du roi, Sandjaya reprit la parole en ces
termes : 196.
Les six grandes montagnes, qui s'élèvent à l’orient,
Mahârâdja, sont égales; il y a ensuite à l’un et l’autre
côté deux mers profondes, au levant et au couchant. 197.
vu 1
2
LE MAHA-BHARATA.
L’Hiraavat, l’Hémakoûta et le Nishadha, la plus haute
des montagnes, le Ntla, fait de lapis-lazuli, le Çwéta, sem-
blable à l'astre des nuits, 198.
Le mont appelé Çringavat, revêtu de tous les métaux :
ces montagnes sont fréquentées, sire, des Siddhas et des
Tchâranas. 199.
Des milliers d'yodjanas sont répandus entre elles. Là,
de saints villageois, Bharatide, habitent ces montagnes
saintes. 200.
De tous les côtés réside, au milieu de ces montagnes,
une grande variété d’animaux. Cette terre est le Bhàra-
ta-Varsha (1), l' Himalaya est plus au septentrion. 201.
Le Hari-Varsha est, dit-on, plus reculé que l'Hérna-
koûta; il est près du Nila, au midi, et du Nishadha.au
nord. 202.
Le mont appelé Mâlyavat est une grande montagne à
l’orient ; au-delà de ce Mâlyavat est le mont Gandhamâ-
dana. 203,
Le mont Gandhamâdana s’élève à un degré de mar-
che (2); le Mérou, montagne d’or, est au milieu de ces
hauteurs, qui font un cercle autour d'elle. 20A.
Tel que le feu sans fumée, il a la splendeur du soleil
adolescent; sa grandeur, assure-t-on, est de seize mille (3)
yodjanas. 205.
11 se plonge dans les entrailles (A) de la terre, sire,
jusqu’à quatre-vingt-quatre mille yodjanas; il se tient,
couvrant les mondes en haut, en bas, obliquement. 200.
(1) L'lnde.
(2) Ce vers manque à l'édition de Bombay.
(3) Quatre-vingt-quatre mille yofljnnns , suivant le telle «le Bombay.
(4) Ad Uas: Bombay.
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BHISHMA-PARVA.
S
Ces quatre lies, auguste Bharatide, sont vomies se
ranger à ses quatre côtés: le Bhadrâçwa, leRétoumâla, le
Djamhoudwlpa et les habitations sanctifiées des Outtara-
Kourous. A la vue de corneilles-d'or, l’oiseau Soumoukha,
qui est bien le fils de Garouda, conçntcette pensée: «Puis»
que le Mérou ne fait aucune distinction entre les moindres,
les moyens et les plus grands des volatiles, je renonce à
l'habiter ! » Le soleil, la plus excellente des lumières,
décrit éternellement sa révolution autour de lui.
•207-208—209—210.
11 en est ainsi delà lune, des constellations du zodiaque
et du vent favorable. Cette montagne est douée, grand
roi, de fleurs et de fruits célestes. 211.
Elle est couverte de palais, tous parés d'or. Là, sur ce
mont, sire, folâtrent perpétuellement, accompagnés par
les troupes des Apsaras, les Rakshasas, les Asouras, les
Candharvas et les choeurs des Dieux. Là, Brahma, Itou (Ira
et paiera lui-même. le souverain des Immortels,
212-213.
Célèbrent de compagnie divers sacrifices, riches de
maint et maint présent honorifique. Là, Toumbourou,
Nôrada, Viçwâvasou, Hàhà et Houhoû 21 à.
S'approchent et chantent différents hymnes en l’hon-
neur de ces Immortels les plus éminents. Les sept ma-
gnanimes Rishis et Kaçyapa le Pradjâpati 215.
Y viennent toujours à chaque parvan : sur toi descende
la félicité I Sur la cime de ce mont se tient dans le ciel,
maître de la terre, Ouçanas, surnommé Kâvya. 216.
C'est à lui que l’or appartient, à lui appartiennent les
pierreries et ces montagnes de pierres fines. Kouvéra
jouit de la quatrième partie de cette richesse. 217.
6
LE MAHA-BHARATA.
Il donne aux hommes une minime portion de son opu-
lence. Sur le flanc septentrional de la montagne est un
bois charmant de karnikâras, céleste de tous les côtés,
chargé de fleurs et sorti de la masse des rochers. Là, est
Paçoupati en personne, environné de BhoAtas divins.
218—219.
L’adorable auteur des Bhoûtas s’y amuse, accompagné
d’Oumâ : il porte une guirlande composée de karnikâras,
et qui descend jusqu’à ses pieds. 220.
Éclairé par trois yeux comme par trois soleils, montés
sur l’horizon, il est contemplé par les Siddhas vertueux,
à la pénitence terrible, aux paroles de vérité; mais il est
impossible de le voir aux méchants. De la tête de cette
montagne, souverain des hommes, pleuvent des gouttes
de lait. 221 — 222.
Revêtue de toutes les formes, incommensurable, avec
un son épouvantable de vents impétueux, tombe, d’une
rapidité éternelle, dans le lac saint de la Lune, la sainte
Gangà, la fortunée Bhâglratht aux rives habitées par les
plus grands des saints. C’est elle, qui forme ce lac pur,
image de la mer. 223 — 224.
Le Dieu, qui tient l’arc Pinâka, a supporté cent mille
années sur sa tête ce fleuve, plus difficile à soutenir que
la terre elle-même avec ses montagnes. 225,
. Au versant occidental du Mérou, souverain des hommes,
s’élève le Kétoumàla. Ici, dans la division du Djambou,
s’étend une vaste contrée. 226.
La vie est là de dix mille ans, Rharatide ; les hommes
ont la couleur de l’or et les femmes ressemblent à des
Apsaras. 227.
Là , sans maladie, sans chagrin, les hommes naissent ,
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BHISHMA-PARVA.
5
l'âine joyeuse, éclatants par la couleur de l’or brûlé. 228.
Environné par les troupes des Apsaras, le souverain
des Gouhyakas, Kouvéra s'amuse avec les Rakshasas sur
les sommets du Gandhamàdana. 229.
Les autres habitants des flancs de cette montagne
appartiennent à différentes localités : leur vie s’étend
au-delà de onze mille années. 230.
Là, sont des femmes azurées, à la grande vigueur,
sire, entourées de splepdeur, nymphes brillantes, de
la couleur des lotus bleus, toutes agréables aux yeux.
Le Swéta est plus septentrional que le Nilâ, et l’Haî-
ranyaka plus au nord que le Swéta. La division d'Airà-
vata, sire, est couverte de campagnes variées. 231 — 232.
Deux divisions, grand roi, se tiennent au nord et au
midi, comme les deux extrémités d’un arc : entre elles
s’étendent les .autres cinq divisions ; mais llavrita est au
milieu. 233. .
La plus septentrionale des divisions du nord l’em-
porte sur les autres par ses qualités : la vie, le jugement,
la santé y sont d’après le juste, l’agréable et l’utile. 23 h.
Différentes propriétés accompagnent les êtres dans
ces grandes régions. La terre est comme ici couverte de
montagnes. 235.
L'Hémakoùta est d’une bien grande élévation : le
mont appelé Kaîlâsa est la région, sire, où le Viçravanide
se joue avec les Gouhyakas. 236.
Le Kallâsa est au septentrion, à l’ opposite du mont
Malnaka. Le sommet d’or s’élève à une bien grande
hauteur ; c'est une montagne céleste, formée de pierre-
ries. 237.
A son flanc est un grand bàlouka d’or , charmant,
fl
LE MAHA-BHARATA.
splendide, divin, nommé Vindousara, où le roi Bhagt-
ratha 238.
Fit son habitation plusieurs années, après qu’il eut
vu la Gangà appelée de son nom la Bhàgtrathl. Là, sont
des colonnes victimaires faites de pierreries et des Tchai-
tyas d’or, 239.
Où l’Immortel aux mille yeux, à la vaste renommée,
atteignit la perfection par les sacrifices; où le créateur
éternel de tous les mondes, le seigneur des êtres, à la
brûlante splendeur, est adoré de tous les côtés par les
créatures ; où sont Nara et Nàrâyana, Brahma, Manou et
Sthanou, le cinquième. 240 — 241.
C’est là que la rivière, qui promène ses ondes en
trois lits, fait d'abord son séjour ; et, sortie du inonde de
Brahma, elle descend ici-bas et se partage en sept ca-
naux : 242.
La Vaswokasârâ, la Naliul, la Saraswatl aux limpides
eaux, la Djamboûnadl, la Sità, la Gangà et le Sindou, qui
est le septième. 243.
C'est là que Ishwara lui-même établit cette règle in-
concevable et pareille à quelque chose de divin : qu'on y
célébrerait le sacrifice (1) pendant la révolution de mille
yougas. 244.
La Saraswatl est visible ici et invisible là. Ces cours
d’eau sont des rivières divines. La Gangà est renommée
dans les trois mondes. 245.
Les Rakshasas sont dans l'Himavat, les Gouhyakas
dans l’Hémakoûta, les serpents Nâgas dans le Nishadha
et les ascètes, riches en pénitences, dans le Gokarna.
Satram , édition de Bombay.
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BH1SHM V-PARVA.
/
Le Swéta est nommé la montagne de tous les Asouras
et de tous les Dieux ; les Gandharvas sont toujours dans
le Nishadha et les Brahtnarshis dans le Nlla. 246 — 247.
Sur les sommets est le rendez-vous des Dieux. Telles
sont en abrégé, Mahâràdja, les sept grandes divisions de la
terre. 248.
Les cinq éléments y sont entrés, immobiles et mo-
biles : leur accroissement chez les Dieux et les hommes
est soumis à des conditions de plusieurs espèces. 249.
Il est impossible d’énumérer quels désirs bien croya-
bles ils ont d'être. Mais ce que tu me demandes, sire,
n’est-ce pas cette divine forme de la lune? 250.
Sur le flanc de la lune, sont deux varshas ou grande*
dilutions, qu'on appelle du nord et du midi : elle a pour
ses oreilles file des Nàgas et l’SIe de Kaçyapa. 251.
Le fortuné mont Malaya , sire , est un rocher , où
stagne un lac: on voit pareille à la lune cette seconde forme
de file. 252.
Dhritaràshtra dit :
« Expose-inoi, Sandjaya, le flanc (1) oriental et même
la partie intérieure du Mérou : décris-moi, homme à la
vaste intelligence, le mont Mâlyavat, sans rien omet-
tre. » 253.
Sire, lui répondit Sandjaya, sur le versant méridional
du Nila et sur le flanc septentrional du Mérou, sont les
vertueux Outtarakourous, qui jouissent de la fréquenta-
tion des Siddhas. 254.
Là, chargés de Heurs et de fruits continuels, les ar-
bres ont des fruits aussi doux que le miel ; les fleurs sont
(i) Parsvoaiiy texte de Bombay.
8
LE MAHA-BHARATA.
pleines de la plus exquise odeur ei les fruits sont remplis
de saveur. 2ôô.
IA, souverain des peuples, il est des arbres, par lesquels
sont comblés tous les désirs; là, souverain des hommes,
il est des arbres, 'qui versent assurément du lait, 256.
Qui conservent toujours un lait doué des six saveurs
et semblable à l’ambroisie, qui engendrent au sein de leurs
fruits des habits et des parures. 257.
Toute la terre est faite de pierreries, le sable est d’un
or épuré. Là, on vçit une portion de terre charmante, pa-
reille aux perles et aux pierreries, semblable au lapis—
lazuli ou au diamant, et dont l’éclat est égal à la rougeur
du lotus. La sensation de f tiir y est agréable en toutes
les saisons, roi des peuples, elle est sans boue ni pous-
sière. 258—259.
Là, sont de grands lacs splendides, ravissants, au tou-
cher délicieux : là, tous les hommes qui naissent, sont
tombés du monde des Dieux. 260.
Ils sont doués tous de familles pures; tous sont d'un
aspect fort agréable : il y naît aussi des couples et des
femmes, qui ressemblent aux Apsaras. 261.
Ils boivent au pis des vaches un lait pareil à l’aui-
broisie. Là, naît et grandit à propos un couple égal en
tout. 262.
Doués de qualités et de formes égales avec des vête-
ments semblables, ils se ressemblent de cette manière,
seigneur, comme un couple de tchakravàkas. 263.
Sans maladii s, l’ànie toujours dans la joie, ces créa-
tures vivent dix mille ans, auxquels s’ajoutent dix cen-
taines d’années. Jamais, on ne voit dans un couple, grand
roi, l'un abandonner l'autre. Là, sont des oiseaux redou-
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BHISHMA-PARVA.
0
tables au.\ becs aigus, nommés Bhàroundas. 26A — 265.
Ils enlèvent les monts dans cette région, et les jettent
dnns les cavernes. Je vais te dire sommairement, sire, et
suivant la vérité, les peuples, qu’on appelle Outtarakou-
rous et qui habitent le flanc oriental du Mérou. L’illustre
Bhadràçva fut sacré, maître des hommes, sur larégion de
l’orient. 266—267.
Là, est une forêt de râlas fortunés, où s'élève un grand
arbre, le Kâlàmra, qui est, roi puissant, un arbre toujours
chargé de fleurs et de lruits. 268.
Il a un yodjana de hauteur ; ses branches sont habitées
par les Siddhas et les Tchàranas. Là, vivent des hommes
blancs à la grande force, revêtus de splendeur. 261).
Là, sont des femmes belles à l'aspect aimable, cou-
leur du lotus blanc, aux clartés de la lune, à la teinte de
la lune, aux visages pareils à la lune dans une pléomé-
nie. 270.
Elles ont les membres frais comme les rayons de la
lune ; elles sont habiles dans le chant et la danse. La vie
dans ces lieux, éminent Bharatide, embrasse dix mille
années. 271.
Le suc du Kàlàmra est leur breuvage et ils jouissent
d’une éternelle jeunesse. Au midi du Nila et au septen-
trion du Nishadha, 272.
Se dresse un grand jambousier, nommé Soudarçana,
arbre saint, immortel, chargé de fruits au gré de tous
les désirs et qui est habité par les Siddhas et les Tchà-
ranas. 273.
De son nom fut appelé, souverain des Bharatides, l’im-
mortel Djamboûdwipa. La hauteur de ce roi des arbres,
qui va loucher les cieux, monarque des hommes, est de
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IÆ MAHA-BHA1UTA.
mille et cent yodjanas : sa largeur est de mille quinze
cents coudées. Les fruits de cet arbre, où sont contenues
les diverses saveurs, produisent, en tombant sur la terre
un vaste bruit. 274 — 275—27(5.
Ils répandent sur elle un suc semblable à l'argent, et le
jus des fruits de ce jauibousier, monarque des hommes,
devient une rivière. 277.
Quand on a fait le tour du Mérou, l’on arrive chez les
Outlarakonrous. La placidité est l'âme de ce peuple, sire,
et la soif n'existe pas chez eux. 278.
Dès qu’on a bu ce suc des fruits, la vieillesse n'ose plus
fondre sur eux. (V est de-là que l’or, parure des Dieux est
nommé Djâmboûnada. 279.
Là, le soleil naît sur l'horizon avec les couleurs de la
cochenille: là, les hommes naissent avec la teinte du soleil
adolescent. 280.
Là, sur la cluie du Màlyavat, on voit continuellement,
roi îles Bharatides, le feu de la mort porter au ciel une
offrande sous le nom de Samvarttaka. 281 .
Sur la cime du Màlyavat s’étendent les Poùrvànongan-
dikas orientaux. Le Màlyavat, sire, est haut de cinquante
mille yodjanas. 282.
Là, sont des hommes, semblables à l’argent sans mé-
lange : tous sont tombés du monde de Hraluna, tous sont
en état d'exposer la doctrine des Védas. 283.
Voués à une perpétuelle chasteté, ils supportent une
cruelle pénitence, et ils entrent dans le soleil pour la con-
servation des êtres. 284.-
Us vont autour de l’astre radieux, tandis que soixante
milliers et soixante centaines d'années se déroulent devant
le soleil. 285.
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BH1SHMA-PARVA. H
Après la révolution de soixante-six mille années, et
quand ils ont supporté les ardeurs du soleil, ils entrent
dans le cercle de la lune. 286.
u Dis -moi suivant la vérité, Sandjaya, interrompit
Dhritarâshtra, les noms des régions et des montagnes, et
qui sont les habitants de ces montagnes. » 2S7.
Au midi du Swéta et au nord du Nishadha, répondit
Sandjaya, s'étend la région, appelée Ramaka, où vivent
des hommes, qui tous n’ont pas d'ennemis, qui sont tous
-de famille pure, qui tous sont d’un aspect très-agréable.
288—289.
Au midi du Ntla et au septentrion du Nishadha est
la région nommée Hiranmaya, où coule la rivière Hairan-
vati. 290.
Là, réside, puissant monarque, le roi des oiseaux, le
plus grand des volatiles; là, sont les Yakshas à l’exté-
rieur aimable, les suivants du Dieu des richesses. 291.
Là, habitent des êtres à la grande force, à l'âme con-
tente ; ils vivent une longueur de vie, roi des enfants de
Manou, qui embrasse dix mille ans et quinze centaines
d'aunées. 11 y a trois cimes diverses. 292 — 293.
L’une est faite de perles, comme l’autre est composée
d’or ; la troisième est faite de pierreries et embellie de
palais. 294.
Là, réside continuellement la Déesse Çàndili, qui ne
doit qu’à soi -même, l’éclat, dont elle brille. Au septentrion
de ce sommet, à l’extrémité de la mer, souverain des
hommes, 295.
Et la plus élevée de cette chaîne de montagnes, est la
région appelée Atràvata, où le soleil n’échaulfe pas , où
les hommes ne vieillissent point. 296.
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12
LE MAHA-BHARATA.
La lune avec ses constellations y voit sa lumière comme
voilée. Là| naissent des hommes, brillants comme des
lotus, à la couleur de lotus, aux yeux semblables aux pé-
tales du lotus, aux senteurs exquises comme lçs feuilles
du lotus. Actifs, aux odeurs aimées, sans nourriture,
exempts de passions, les sens vaincus, ils sont tous, sire,
tombés du monde des Dieux. Les hommes vivent, sire, 6
le plus vertueux des Bharatides, une longueur d’exis-
tence, qui embrasse treize milliers d’années. Au septen-
trion de la mer aux ondes de lait, seigneur,
297—298—290—300.
Hari-Vaikounta habite sur un char fait d’or, Ce véhi-
cule à huit roues, à la grande vitesse, à la couleur de feu,
décoré d’or, est doué de la vie et rapide comme la pensée.
Ce Dieu est, seigneur, le Très-Haut, le maître de tous les
êtres, 301 — 302. '
L’abrégé et l'extension, l’auteur de toutes choses et
l’auteur de toutes les actions ; il e t la terre, l’eau, l’at-
mosphère, lèvent, la lumière; il est le sacrifice de tous
les êtres, et le feu est sa bouche. 303 — 30/i.
A ces paroles de Sandjaya, le roi Dhritaràshtra au
grand cœur se plongea, souverain des hommes, dans ses
pensées au sujet de ses (ils. 305.
Quand il eut terminé ses réflexions, le prince à la
grande splendeur parla de nouveau en ces termes :
« Sans doute, fils du cocher, la mort abrège ce monde.
» Elle va tout créer une seconde (ois ; il n’est rien de
permanent ici-bas. Nara et Nârâyana savent tout ; ils sont
le cœur de tous les êtres. 300 — 307.
«C’est Vaikounta, suivant les Dieux, et Vishnou, suivant
les hommes, qui est le maître de toutes choses. 308.
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BHJSHMA-PAllVA.
1»
» Parle-moi de cette région Bhàrata, où est cette armée
superbe, où est ce Douryodhana, mon fils, ambitieux sans
mesure, où sont les Pàndouides, objet de son envie, où
mon àme est plongée dans la douleur. Expose-moi tout
avec sincérité, car je t’estime une personne de sens. »
308 — 310.
Les fils de Pâtulou ne sont pas ambitieux, répondit
Sandjaya; écoute, sire, ma parole. Ici, les ambitieux
sont Douryodhana et Çakouni lui-méme, fils de Soubala.
Une colère mutuelle divise les autres kshatryas, sou-
verains des différents pays, qui ont apporté leurs' cupides
passions dans cette contrée du Bhàrata. 311 — 312.
Je vais te raconter ici, Bharatide, cette région du Bhâ-
rnta, chère au Dieu Indra, à Manou, ainsi qu’à Y’ama, à
Prithou, sire, le fils de Vénya, au magnanime lkshwàkou,
à Yayàti, à Ambarisha, à Çivi l’Ouçinaride, à Rishabha,
à Éla, au roi Nriga, à konçika, au magnanime Gâdhi, à
Sotnaka, à Dilipa et aux autres vigoureux kshatryas,
inaffrontable Mahàràdja. 313— 314 — 315 — 310.
Je t’exposerai, Indra des rois et dompteur des enne-
mis, selon que la topographie en fut portée à mon oreille,
Bharatide, cette aimable région du Bhàrata. 317.
Écoute de ma bouche, sire, la chose, sur laquelle tu
m’interroges. Le Mahéndra, le Malaya, le Sahya, le Çak-
timat, le Gandhamàdana, le Vindhya et le Pàripâtra:
voilà sept nobles alpes, sire. En face d'elles, se dressent
par milliers des montagnes, moinsconnues, mais grandes,
fertiles, aux plateaux variés. Ensuite, il en est d’autres
ignorées, petites, et des collines, qui dépendent de res
moindres. 318 — 319 — 320.
Al entour, auguste kourouide, vivent des Aryas, des
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IA LE MÀHA-BHARATA.
Mlétchhas, des races mêlées. Ils boivent le grand fleuve
du Gange, le Sindhou, laSarasvatl, 321.
La GodAvari, la Narmadà, la vaste rivière BAhourià, la
Çatadroû, la Tchandrabhâgà et la profonde Yamounâ,
La Vipâçâ au lit de pierres , la Yipâpâ aux sables
épais, la rivière Vétravatî et le fleuve Krishnavént,
322—323.
L’iràvatl et la Vitastâ, la Payoshnt et la Dévikâ niêine,
la Védavatl, commémorée dans les Védas, et la très-sainte
Ikshoum&lavl, 32 A.
La Karlshinl, la Tchitravahâ, le fleuve Tchitrasénâ, la
Gomatl, où les péchés sont effacés, et la grande rivière
Gandakt, 325.
La trois fois divine (1) Kaàuçikt, la Krityâ, la Nt-
tchitâ, la Lohatârini, la mystérieuse Gatakoutnbhft et la
Sarayoû, 326.
Lfi Tcharmanvat!, la Tchandrabhâgà (2), la Hastisomâ
et la Diç, la Guravatl, la Pavoshnl supérieure et la Bhl-
marathi, 327.
La Kàvért, la Tchoulakà, roi des hommes, la Vinâ, la
Gatabalà, la Nlvâra, la Mahitâ elle-même et la Sou-
prayogà, 328.
La Pavitrâ, la Koundalâ, le Sindhou (3), la Reine, la
Pouramâlinl, l’Abhirâmâ orientale, la Vira et la BhîmA-
moghavatl, 329.
La Palâçini, qui ôte les péchés, la Mahéndrâ, la PAta-
(1) Tririivd, mot du telle de Bombay ; l'édition de Calcutta porte :
niçtchilâ, qui semble ici vouloir dire accomplie .
(2) Déjà mentionnée au vers 322.
(3) Mentionnée pour la aeconde foin : voyea nu vers 321.
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BHISHMA-PARV
13
lâvatt, la Kartshint (1), l’Asiknî et la grande rivière Kou-
çatchira, 380.
La Makarî, la Pravérâ, la Ménâ, la Hémâ et la Dhrita-
vati, la Pourâvatl, l’Anoushnà, la Çaîvyâ et la Kopl, fils
de Bharata, 331.
Le vaste cours d’eau Kouçadharâ, infranchissable et qui
n’est jamais à sec, la Çivâ, toujours désirée, et la Viravati,
Le Vâstou, le Souvâstou et la Gaàurî, la Kampanà, ac-
compagnée de la Hiranvatl, la Barâ, la Vlrankarâ et la
grande rivière Pantchaml, 332 — 333.
La Rathatchitrà, la Djyotirathâ, la Viçvamitrâ, la Ka-
pinjalâ, l’Oupéndra aux profondes eaux et la Koutchirâ,
qui roule des flots de miel, 33 h.
La muette Pindjalâ, la Vénâ, la large Toungavénâ,
la Vidiçâ, la Krishnavénâ, la Tàmrà et la Kapilà même,
Le Çalou, la Souvàmà, la Védàçwà, la Hariçrâv&, la
Mahopamâ, la Rapide, la Pitchhalà et la rivière, lille de
Bharadwâdja, 335 — 336.
Le fleuve Kaàuçikl (2), la Çonâ, la Bâhoudâ (3), la
Tchandramà, la Vrihadvatl et l’infranchissable Brahma-
bodhyâ aux entrailles de rochers, 337.
L’Yavakshà, et la Roht, et la Djàtnbounadl, et la Sou-
nasâ, et la Tamasâ, et la Servaute, et la Vasâ, et la Va-
rounàmasi, 338.
La Nàlà, la Rhritatnatl elle-même et la grande rivière
Poûrnâçâ, la Tàmast, la Vrishabhâ, et la Brahmamédhyâ
au large cours. 339.
(1) Comptée déjà au vers 325.
(2) Déjà mentionnée, vers 326.
(3) Citée précédemment au vers 322.
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16
LE MAHA-liHAH ATA.
Outre ces grandes rivières, il en est d’autres en quan-
tité, monarque des hommes. Ils boivent encore la lente
Krishnà aux ondes paresseuses, toujours exempte de ma-
ladies, 340.
Fit la Brahmânî, et l’infranchissable Mahàgaâuri, et
la Tchitrapalâ, et la Tchitrarathà, et la charmante Vâ-
hint, 84 t.
La Mandâkini, la Valtaranl, et la grande rivière Koçâ,
la Mouktiinatt et la Mnningâ aux guirlandes de lotus, aux
tresses de fleurs pour cheveux, 342.
La Lohityà, la Karatoyâ et la rivière appelée Vri-
shakà, la Roumarl, la Rishikoulyâ, la Mârishà, la Saras-
vatl, 343.
Et la Mand&kint (1), saint objet, Bharatide, de tous les
désirs. Toutes, elles sont les mères de tout, elles ont toutes
de grands fruits. 344.
. Les rivières inconnues sont par centaines et par mil-
liers. Ici, j’ai terminé, sire, de te raconter ces cours d’eau,
comme ils se présentaient à mon souvenir. 345.
Après cette nomenclature des rivières, apprends de ma
bouche quels sont les peuples de cette contrée. On trouve
là ces Kourou-Pàntchàlas, ces Ç.âlvas, les sauvages habi-
tants du Madra, 346.
Les (’.oùrasénas, les Kalingas (2), les Bodhasetles Mâ-
las, les Matsyas, les Soukoutyas (3), les Saâubalyas (4),
les Kountalas (5), lesRàsikoçalas (6), 347.
(t) Nommée deux vers plug baut, 342.
(2) Le» Poulindas , édition de Bombay.
(3) Les Kouçahjas , même édition.
(4) Les SuAuçaly/tSj au même lieu.
(5) Les Kountayas, édition du commentaire.
(6) Les Kthitikosnlas. au même endroit.
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BH1SHMA-PARVA.
17
Les Raroùshas du Tcliédi et du Matsya, les Poulindas
du Sindhou, les Daçânas septentrionaux, lesMékalas avec
les Outkalas, 348.
Les Pàntcbâlas, les Kaàuçidjas (1), les llaikaprishtas,
les Dhourandharas, les Saàudhas (2), les Madrabhou-
djingas (3), le peuple de Râçi et les autres Ràçiens, 349.
Les Djatharas, les Roukouras avec les Daçârnas, les
habitants du Rounti, ceux d’Avanti, et les autres du
Rounti, 350.
Les Goghnatas (4-5), les Maridakas, les Shantas, les
Vidarbhas, lesRoûpavâhikas, lesAçvakas, les Pànçouràsh-
tras (fl), les Goparàshtras, lesRarltavas, 351.
Les Adhivâdjyakoulàdyas (7), le Wallaràshtra, le Ré-
rala (8), les Vàrapâçyapavàhas (9), les Tchakras, les Va-
krâtapas (1<») et les Çakas, 352.
Les Vidéhas, les Mâgadbains, les Swakshas, les Ma-
layas et les Vidjayas, les Angas, les Bangas, les Raliugas
et le Yakrilloman lui-même, 353.
Les Mallas, les Soudellas (11), les Prahlâdas, lesMâbi-
kas, les Çaçikas, les Vàhllkas, les Vàtadhânas, les Abhl-
ras et les Ràladjoshakas (12), 354.
Les Aparàntas et les Paràntas, les Panhavas (13), les
(1) Les Koçnlas , édition de Bombay.
(2) Les GodhaSy même édition.
(3) Les MadrakalingaHy dans le mémo teite.
(4-5) Les Gomantas et les Açvxakasy édition de Bombay.
(6) Les PA ndour As titras, même édition .
(7) Les AdttirAdjyakouçAdyns , édition de Bombay.
(8) Le Kévnla , même édition.
(9) Les VAravdsyAyavAhas, au môme lieu.
(10) Les KrAiayas, même litre.
(11) Soudéshnas, édition de Bombay.
(12) Les Kdlatoyakas , môme édition.
(13) - Les PantchAla* , édition de Bombay.
VN
2
18
LE MAHA-BHARATA.
Tcharmamandalas.les Atavlçikharas et les Méroubhoûtas,
auguste monarque, 355.
» Les Oupàvrittas, les Anoupâvrittas, les Swaràshtras
et les Kékayains, les Kouttaparàntas (1), les Mahévains,
les Kakshas, les Sàmoudranishkoutas, 356.
Les nombreux Andhras, sire, les Magadhas, exempts
d’orgueil, nés dans la montagne et en dehors de la mon-
tagne Gamala (2), 357.
» Les Pràvrishyas, voisins du pôle (3) les Bhàrgavas,
les Poundras, les Bhàrgas, les Kirâtas et les Yâmounas en
grande estime (A), 858.
Les Çakas, les Nishâdas et les Nishadas, les Anart-
tanalrritas, les Doutyalas, qui se ressemblent de visages,
les Kountalas et les Kouçalas (6) , 359.
» Les Tiragrahas, les Soû rasé nas (6) , les Idjakas (7) ,
les Kanyakâgounas, les Tilabharas, les Samîras (8), les
Madhoumattas (9) et les Soukandakas, 360.
Les Kaçmiriens, les Saàuvlras du Sindhou, les Gân-
dhûras et les Darçakas, les Abhlsàras, les Outoûlas (10),
les C.aîMlas et les Vablikas, 361.
Les Darvls et les Vanavâdarvas, les Vatajâmaratlio-
rayas, les Bahoûhàdhas (11), les kouraviens, les Soudâ-
mânas et les Soumallikas, 362.
(1) Le» Koundaparântas, édition de Bombay.
(2) Ces mots ne se trouvent dans aucun dictionnaire, pas même dans
celui de Saint-Pétersbourg.
(3) Ou également éloignés de l'équateur , suivant l'édition de Bombay,
qui port»* samdntaras.
(4) Soudrishta , dit l'édition de Bombay, au lieu de Soudeshta.
(5) Les Kosalas, texte de Bombay.
(6-7) Çoûraséna et Idjika, édition de Bombay.
(8) Les Mastras, même édition.
(9) Les Madhoumaktas, au même lieu.
(10) Les Ouloùtas , édition de Bombay.
(11) Les Bahouvddyas , même édition.
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BHISHM \-l»AR\ A.
Les Radhâs, les Rarishakas mômes, les Koulindopa-
tyakas, les Vàràyanas, les Daçàrnas, les Romànas (1) et
les Kouçavindavas, 363.
Les Rakshas (’2), les Djàngalas aux enceintes de pas-
teurs, les Kourovarnakas, les Kirâtas, les Varvaras, les
Siddhas et les Vaîdéhas aux rouges tatouages, 36â.
Les Aâundras, les Paàundras (3), les Saisikatas (Jt),
les hôtes des montagnes et les autres peuples du midi,
auguste chef des Bharatides, 365.
Les Dràvidas, les Réralas, les Prâtchyas, les Mou-
shikas (5), les habitants des forêts, les Karn&takas, les
Mahishakas, les Vikalyas (6) et les Moûshakas, 366.
Les Jillikas (7), les Kountalas euxmômes, les Saâuhri-
das, les Nalakànanas (8), les Kaaûkoudrikas, les Tcholas,
les Kaâunkanas et les Malavànakas (9), 367.
Les Samangas et les Karakas, chez qui les os des
chiens carbonisés attestent le respect dû aux per-
sonnes (10), les Çalvasénayas et les Trigarttas, qui se
réunissent pour célébrer la fête des armées, 368.
Les Bakas, les Kokarakns (11), les Proshtas, et les
Samavégavaças, les Vindhatchoulakas, lesPoulindas avec
les Ralkalas, 369.
(!) L'édition de Bombay écrit ainsi le texte : les Vanâyo'façax et les
Parrxt'aromânai.
(2) Les Katchtchhaf , suivant le texte do Bombay.
(3) Les Mlétehhas et les Saùiridhras , suivant l'édition de Bombay.
(4-5) Bh ûshikas et Vikalpas , même édition.
(€-7-8-9) Jhillikas , Nabhakdnavax et Md Vaudras, suivant l’édition «le
Bombay.
(10) Est-ce bien le sens? Les Dictionnaires sont muets, le Commenta-
teur se tait : c’est la signification des mots, si ce n’est celle de l’idée. Est-
ce un nouveau trait à mettre dans l'histoire des folies humaines?
(11) L’édition de Bombay commence ainsi la stance: les Vyoûkas, les
Kokabakaw
20
LE MAHA-BHAR \’1A.
Les Mâlavas et les Vallavas mêmes, et les autres Valia-
vas, les Koulindas, les Kàlavas (1), les Kounthakas (2)
et les Karatas, 370.
» Les Moûsbakas, les Stanabâlas, les Saniyas (3) , les
Ghatasrindjayas, les Alindas (h) et les Paçivatas aux fils
bien élevés, 371.
Le Daçl(5), les Vidharbas, les Kântikas (0), les'i'anga-
uas, les autres du même nom, les sauvages Mlétchtchhas
septentrionaux et les autres barbares, 372.
Les Yavanas, les Chinois, les Kâmbodjas, les Dârou-
nas, parents des Mlétchtchhas, les Sakritgrâhas, les Kou-
latthas, les Huns avec les Pàrisikas, 373.
» Les Ramanas, les Tchinas, les Daçamâlikas et les
familles nées d’une mère (7) kshatrienne, et les races de
Vatçyas et de Çoûdras, 37A.
» Les Çoûdrâbhlras, les Daradas, les Kàçmîriens avec
les Pattis, les Khaçtras, les Antatchàras et les Pahlavas,
qui habitent dans les cavernes des montagnes, 375.
» Les Atrides et les Bharadwâdjides, les Proshakas au
sein de femme, les Kalingas et les parents des Kirâtas,
Les Tamaras, les Hansamârgas (8) et les Karabhan-
jakas. Ces peuples et d’autres habitent entre l’orient et le
septentrion. 376 — 377.
Je t’ai raconté, seigneur, suivant les qualités et pour le
nord seulement quels sont ces divers pays et la puissance
(1) Les Kàladas, édition de Bombay.
^2) Les Kounda/as , même édition.
(34) Les Sanipas, les Athidas, édition de Bombay.
(5) Krasikas , au texte de Bombay.
(6) Les Kâkas, môme livre.
(7) Le» Paçous , au texte de Bombay.
(8) Le» Hanyamânas , édition de Bombay.
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BHISHMA-PARVA.
21
aux vastes résultats des trois qualités de la nature. 378.
Trayez la terre, sagement gouvernée, comme la vache
Kàmadhouk. Les rois vaillants qui, instruits dans le juste
et l’utile, régnent sur elle, sont consumés par les désirs.
('.es héros impétueux abandonnent leur vie dans les
combats à cause de ces richesses, objet de leur ambition.
La terre est le plus impérieux désir des rois tombés dans
un corps humain. 379 — 380.
Ils se précipitent l’un sur l’autre comme des chiens sur
un morceau de chair. Tous les rois, ô le plus vertueux
des Bharatides, ambitionnnent d’être seuls les maîtres de
la terre. 381.
De personne aujourd’hui même, on ne peut rassasier
les désirs. Aussi les Kourouides et les Pàndouides, en se-
mant partout les flatteries, la division, les largesses et les
moyens de rigueur, s’efTorcent-Üs d'embrasser cette terre.
Le globe, duquel une vue complète nous est donnée, mo-
narque des hommes, est, pour l' universalité des êtres, un
père, un frère, des fils, le ciel et la lumière.
382 — 383 — 38â.
a Dis-moi avec étendue, cocher Sandjaya, reprit Dhri-
taràshtra, quelle est la longueur de la vie dans cette ré-
gion Bhârata et dans l’Haîmavata ou Clnde, la force,
heureuse ou malheureuse, présente, passée ou future, et
l’Harivarsha lui-même. » 385 — 386.
11 y a quatre âges, auguste propagateur de la race Kou*
rouide, dans la contrée Bhârata : le Krita, la Trétâ, le
Dwâpara et le Tishya ou T âge K ali. 387.
Le cycle, nommé Krita, est le premier; ensuite vient,
seigneur, la Trétâ ; puis, le Dwâpara plus court ; enfin,
procède le Tishya. 388.
22
LE MAHA-BHARATA.
On dit que le total assuré de la vie, 6 le plus vertueux
des monarques, est de quatre milliers d'années dans l’âge
Krita. 380.
Trois mille ans sont assignés à l'âge Trétâ, souverain
des enfants de Manou ; et deux mille le sont aujourd’hui
sur la terre au Dwàpara. 300.
11 n’est pas dans cet âge Kali une longueur fixe de vie ;
des fœtus mcurenfau sein de leur mère, éminent Bhara-
tide, ou des enfants meurent après qu’on leur a donné la
vie. 891.
Des hommes à la grande force, à la grande âme, doués
des qualités de la science, naissent ; et d’eux, il naît des
êtres par centaines et par milliers. 39*2.
Ceux, qui reçoivent le jour dans fâge Krita, sont riches;
ils ont l’aspect aimable, sire; ils deviennent pères; et
leurs enfants sont des ascètes, qui ont thésaurisé la péni-
tence. 303.
Dans l’âge Trétâ, nais ent des kshatryas, les plus
vaillants des héros, porteurs d’arcs à la grande vigueur,
aux grands efforts, magnanimes, vertueux, organes de la
vérité, beaux, d’un extérieur agréable, dignes du laurier
dans la guerre ; tous, sire, sont des guerriers, conquérants
de la terre. 3!>â — 395.
Des héros, augustes kshatryas, k la grande vigueur,
les plus habiles des archers, naissent, marchant sous
leurs ordres, dans l’âge Tré'â. 396.
Le Dwàpara est le cycle, Mahâradjà, où naissent toutes
les castes indisiinctcmemcnt; ces /tommes sont pleins
de vigueur, capables de grands efforts et désirent gagner
l’un sur l’autre la victoire. 397.
Dans l'âge Tishya un Kali, naissent des hommes doués
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BH1SHM A-P.YRVA.
23
de peu de splendeur, sire, irascibles, cupides et men-
teurs. 398.
Quand le Tisliya règne, Bharaihide, régnent avec lui
et l’envie, et l’orgueil, et la colère, et la fraude, et l’in-
vective, et l’amour, et l’avarice. 399.
Dans ce Dwâpara, souverain des hommes, la vie est
abrégée de moi! il : mais le Halmavata ou l’Inde et le
Harivarsha excellent par les vertus.. âOO.
LA TERRE.
« Tu viens de conter exactement, Sandjaya, la contrée
du Djambou, reprit Dhritaràshtra : expose-moi avec vé-
rité le Vishkaniblia et son étendue. /tOI.
« Dis-moi convenablement, Sandjaya, la grandeur de
la mer, l’aspect de ce vante bassin, le Ç.àkadwîpa et le
Kouçadwipa. 402.
>» Raconte-moi, suivant la nature, fils de Gavalgani, le
Çàlmali et le Kraâuntchadwtpa, comme tout ce qui con-
cerne Ràhou, la lune et le soleil. » 403.
Sire, lui répondit Sandjaya, il y a un grand nombre
d’iles ou de continents, entre lesquelles s'étend notre
monde : je vais te conter les sept continents, la lune, le
soleil et les planètes. 404.
Le Vishkaïublia, montagne du Djambou, comprend.
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BMSHM A--PAKVA.
25
monarque des hommes, dix-huit mille six cents yodjanas
complets. A05.
On dit que le Vishkambha est le double de la mer salée;
il est rempli de villages divers : il est parsemé de perles
et de corail. A06.
Il est varié de plusieurs métaux, embelli de monta-
gnes, plein de Siddhas et de Tchàranas, environné de
l’océan. A07.
Je vais dire exactement ici, Bharatide, le Çàkadwlpa :
écoute-moi parler suivant le convenance, rejeton de Kou-
rou. A08.
Il est double en grandeur du Djamboûdwlpa. Une mer,
dont les eaux sont du lait et qui l'environne de ses Ilots, ô
le plus vertueux des Bharatides, est elle-mêifle, grand
roi, une partie du Vishkambha. Là, il y a de pures cam-
pagnes et l’homme n'y uieurt-pas. AOO — A10.
Ils sont doués de force et de patience : combien plus
sont-ils prompts à donner l’aumône ? Je viens de te ra-
conter exactement, grand roi, la condition abrégée du
Çàkadwlpa : quelle autre chose désires-tu écouter de ma
bouche? Ail — A 12.
« Tu as commencé par exposer convenablement ici un
abrégé du Çàkadwlpa, reprit Dhritarâshtra ; dis mainte-
nant, suivant la vérité, homme à la grande science, ce
qu’il est avec étendue. » A13.
Il y a là sept montagnes, ornées de gemmes, répondit
Sandjaya, des mines de pierreries et des rivières : écoute
de ma bouche, sire, quels sont leurs noms. Al A.
Là tout, monarque des hommes, est très-saint et bien
rempli de qualités. La première est nommée le Mérou,
hantée par les Gandharvas, les rishis et les Dieux. A 15.
•26
LE MAHA-BHARAT \.
Le mont appelé Malaya, grand roi, se prolonge à l’o-
rient : c’est là que les nuages se forment et s’étendent
partout. Al 6,
Ensuite, an-levant, se dresse la haute montagne Djala-
dhara, où toujours Indra verse la première pluie. M7.
Après elle, vient la sourcilleuse montagne Raivataka,
où, dans la saison des pluies, tombent d’abondantes aver-
ses ; et, dans le ciel, se tient continuellement la constella-
tion Révatl, destin, que lui fit l’aïeul suprême des créa-
tures. Mais au septentrion, Indra des rois, est la grande
montagne, appelée Çyâma. A18 — Alf>.
Elle est haute, fortunée; sa lumière est semblable à
celle des nuages nouveaux et sa forme est celle de la
fiamme. t’est à cause d’elle, sire, que les hommes furent
précipités dans les ténèbres, A20.
« Ce que tu viens de ine dire, Sandjaya, me jette dans
un bien grand doute, interrompit Dhritarâshtra : comment
ici-bas, fils du cocher, les hommes furent-ils plongés dans
les ténèbres? » A21.
Dans toutes les divisions de la terre, puissant roi, il
est un oiseau noir et jaune, reprit Sandjaya, d’où sont nés
tous les oiseaux avec leurs différentes couleurs. A22.
C’est par lui, je te l’assure, que sont produites les ténè-
bres. En outre, il est, Indra des Kourouides, une monta-
gne insurmontable, d’une grande élévation, et un lion
muni d’une crinière, qui est l'auteur du vent. Ils s’éten-
dent, suivant es proportions, à deux fois un yodjana.
A23— A2A.
Dans ces îles, puissant roi, les savants disent qu’il y a
sept divisions ; en voici les noms : le grand Mérou, le
grand Ciel, le Nuage, le Lotus, le Septentrion, le Djala-
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bhishma-parva.
27
dbara, le Soukoumâra. Le signe distinctif du Révata (1),
c’est la fraîcheur d’un adolescent ; du Çyâma, c’est l’or et
les pierreries. 425 — A 26.
I)u Kédàra, c’est un Maâudakl (2) et de plus un honnne
de grande taille, qui enveloppe la petitesse et la gran-
deur. 427.
Tenu en son estime par le Djamboûdwlpa, un figuier
religieux, nommé Çàka, se dresse au milieu de cette con-
trée, et toujours son ombrage est recherché des créatures.
Dans ces campagnes saintes, dans ces lieux, où mar-
chent les Siddhas, les Tchàranas et les Dieux, là, San-
kara est honoré. 428 — 429.
Les créatures, Bharatide, y sont vertueuses ; les quatre
castes, sire, trouvent un extrême plaisir dans l’accom-
plissement de leur devoir ; on n’y voit pas un seul voleur.
Affranchis de la vieillesse et de la mort, les êtres ani-
més y jouissent d’une longue vie ; ils croissent en années,
comme les fleuves. 430 — 431.
Les rivières ont des ondes pures : là, sont laGangâ aux
nombreux lits, la] Koumârî, la Soukoumàrl, la Sità et la
Kavérakâ, 432.
La Mahànad! et la rivière Manidjalàm/r ondr* de prrlcs,
le Tchaksou et la Varddhanikâ. 433.
Là, prennent naissance des rivières aux saintes eaux,
propagateur du sang de Kourou ; c'est d'elles qu’Indra
tire les éléments pour des centaines de mille pluies. 434.
Il est impossible d’énumérer leurs noms et d’en estimer
la grandeur. Ces cours d’eau, les plus excellentes des ri-
vières, sont très-purs. 435.
(1-2) Le Commentateur ot les Dictionnaires ne parlent pas de cet* mot».
28
LE MAH A-BHAR ATA.
Là, sont quatre espèces d’hommes saints, estimés du
inonde ; les Mrigas, les Maçakas, les Mânasas et les Man-
dagas. A3fi.
Les Mrigas sont des brahmes, pour la plus grande par-
tie, qui se complaisent dans leurs fonctions. Entre les
Maçakas, figurent des kshatryas vertueux, qui satisfont à
tous les désirs. A3".
Les Mânasas, puissant roi, accomplissent les devoirs
des vaîçyas. Ils sont actifs, ils sont mêlés à tous les objets
des désirs, ils ont des idées arrêtées sur le juste et fu-
tile. A38.
Là, les Mandagas, sont des çoûdras, hommes vertueux.
Là, Indra des rois, il n’y a ni monarque, ni supplice, ni
bourreau. A3».
Instruits dans la vertu, ils emploient à se défendre l’un
l’autre les devoirs de leur caste. Voilà ce qu’on peut dire
ici dans ce continent ; voilà ce qu’on peut écouter dans
le Çâkadwlpa à la grande puissance. AAO — AAI.
Dans les continents septentrionaux, il est une narration,
(ils de Kourou, que l’on raconte. Ecoute-la ici, grand mo-
narque, redite par ma bouche. AA2.
Là, est une mer aux ondes de lait ; une autre, dont l’eau
a pour essence le beurre clarifié ; une troisième de sou-
roda ou de liqueur spiritueuse ; une quatrième mer con-
tient de l’eau commune. A A3.
Les continents, auguste roi des hommes, sont ainsi en-
vironnés deux fois, l’un et l’autre, par ces océans. AAA.
Dans le continent central est le mont Gaâura; ensuite,
vient le grand Mânaççila; et, dans le continent occiden-
tal, est, sire, le mont Krishna, l’ami de Nârâyana. AA5.
Là, sont des pierreries célestes; kéçava le garde lui—
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BHISHM A-l’AllV V.
•2»
même ; c’est là que, devenu propice, il donne le bonheur
aux créatures, 4 46.
Au milieu du continent Rouça, est le mont Kouça-
stambha avec ses habitan ts ; on vénère dans le continent
(jâlraali, sire, la montagne Çâlinali. 447.
Le mont Mahâkraàuntcha avec ses mines, où sont
amoncelées les pierreries, est honoré sans cesse des qua-
tre classes, grand roi, dans le continent Rraàuntcha.
Le mont Gomanda très-élevé est riche de tous les mé-
taux, sire: c'est là que réside continuellement le fortuné
Dieu aux yeux de lotus, l'auguste Hari-Nàràyana, toujours
uni aux hommes libérés de leurs péchés. Dans le continent
Kouça, cette montagne, Indra des rois, est couverte de
corail. 448 — 440 — 450.
11 est une deuxième montagne d’or, insurmontable,
nommée Swanàuia; il en est une troisième appelée, fils de
Kourou, le Lumineux-Lotus. 451.
11 est un quatrième mont, nommé le Fleuri ; un cin-
quième, qui a pour nom l’Habilatiou-des-Rouças ; un
sixième, appelé Hari : ces six montagnes sont du premier
rang. 452.
L'extension de leurs intervalles est le double suivant
les parties du tout : le premier continent est l’A&udhida ;
le deuxième est le Vénoumaudala. 453.
Le troisième a nom : Celui, qui a une belle forme de
char ; le quatrième est la Couverture ; le cinquième est
dit l’inébranlable, le sixième continent est nommé l'Au-
aur-de-la-lumière ; 454.
Et le septième est Kapila. Ces régions au nombre de sept
reçoivent la pluie. Dans elles, souverain de la terre, vivent
des créatures pastugères, des Gandharvas et des Dieux.
30
LKMAHV-HHARATA.
Dans elles, on jouit, on s'amuse, et personne n'y meurt:
là, il n’existe aucun ennemi, sire, ou nul individu, qui
tienne à la famille des barbares. 455 — 456.
Semblable au Gaàura, chaque homme est là, seigneur,
d’une tendre délicatesse. Je vais répéter ce que j’ai en-
tendu relativement à ceux, qui me restent i) dire. Écontez-
le, grand roi, avec une oreille attentive. Dans le continent
du Kraâuntcha, il existe une grande montagne, nommée
le Héron. 457-458.
Au-delà du Kraâuntcha est le Vàmanaka : plus loin
que celui-ci, on trouve l’Andhak&raka; et, ce pays tra-
versé, on voit le Malnâka, sire, montagne sublime. 459.
Après le Matnàka, se dresse le Govinda, le plus grand
des monts. Ensuite de cette alpe, sire, est une montagne,
nommée Nivida. 460.
Derrière eux, la terre s'étend deux fois à une distance
égale, incrément de ta race. Je vais dire ces lieux :
écoute-moi parler ici. 461.
Le Kouçala est plus éloigné que le Kraâuntcha ; le
Manonouga est après le Vàmana; et la terre d’Oushna,
propagateur de la race des Kourouides, est une contrée
plus reculée que le Manonouga. 462.
Au-delà de l’Oushnaestle Prâvaraka; l’Andakâraka est
plus loin que le Prâvaraka, et le pays des Andakârakas
est plus voisin que la Terre-des-Anachorètes. 463.
On dit le Doundoubhiswana ou le son du tambour plus
éloigné que la Terre-des-Anachorètes. Semblable au
Gaàura, ce pays, monarque des hommes, est rempli de
Siddhas et de Tchâranas. 464.
Ces contrées, puissant roi, sont pleines de Gandhar-
vas et de Dieux. Dans le Poushknia, il est une monta-
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BHISHM V-PAKVA.
31
gne de gemmes et de pierreries, appelée Poushkara. 465.
Là, réside continuellement le Dieu Pradjàpati en per-
sonne : sans cesse autour de lui siègent tous les Dieux
et les grands rishis, honorant son esprit, monarque des
hommes, avec des paroles heureuses. Des pierreries di-
verses proviennent des mines du Djamboûdwlpa.
466—467.
Ainsi, dans ces continents des êtres animés, leur con-
tinence, leur vérité, leur domptemcnt des sens doublent
de l'un à l’autre la longueur de la vie et l’excellence de
la santé. Dans ces continents, sire, l'homme est un et
même. 468 — 469.
Je t’ai parlé de ces enfants de Manou, qui n’ont tous
qu’un seul devoir (1). Le souverain maître des créatures
lui-même, son sceptre levé à la main, 470.
Se tient, veillant sur eux sans cesse. Le suprême aïeul
primordial des êtres, sire, est le roi ; il est le Çiva, il est
le père des continents. 471.
Il garde, prince aux longs bras, ô le plus vertueux des
hommes, les êtres animés, ignorants et savants ; de-là, ces
créatures mangent continuellement la nourriture succu-
lente, qu’il leur a préparée lui-même. En outre, assuré-
ment, on voit la constitution (2) du monde être partout
homogène. 472 — 473.
Le cercle du Djamboûdwlpa ressemble, grand roi, au
lotus à quatre pétales; il embrasse trente-trois mille yo-
djanas. Là, se tiennent quatre éléphants de l’espace, en
grand honneur dans le monde : Vàmana, Airàvataet un
(1) Dharrna , édition de Bombay.
(2) Sansthitis, «'accordant avec samd, même édition.
Lli >1 \I1 V-BH \lt \T \.
32
autre avec Soupratîka an visage arrosé par les gerçures
de ses joues. 474 — 475.
Je ne puis supputer ici quelle est sa grandeur ; car
il est toujours incalculable, soit en haut, soit en bas, soit
dans le sens oblique. 476.
Les vents soufflent par toutes les plages du ciel, auguste
roi. Les éléphants êthèrêcs, que des liens ne captivent
pas, les retiennent avec le bout de leurs trompes à la
grande splendeur, qui ressemblent .4 des lotus épanouis,
et rendent sans cesse tour à tour la liberté à des centaines
de vents rapides. 477 — 478.
Les Maroutes, de qui le souffle (1) est délivré par ces
éléphants de l’espace, descendent ici-bas, puissant mo-
narque, et entretiennent la vie des créatures. 479.
« Tu tu’as raconté dans toute son extension, Sandjava ,
une topographie du plus haut intérêt, reprit Dhritaràsh-
tra : dis-moi quelle est, présentée à nos yeux, la forme
de ce continent ? » 480.
Je t’ai narré les continents, puissant roi, lui répondit
Samljaya, écoule-moi d’une oreille attentive, car je vais te
dire suivant la vérité, ô le plus vertueux des Kourouides,
combien est grand le cercle du Rahou-Svvarbhanou, c'est-
à-dire, Ration, qui éclipse la lumière du ciel. 11 est appelé
aussi Graha. Sa dimension est de douze mille yodjanas.
481—482.
Sa largeur est de trente-six centaines, prince sans péché ;
et sa longueur est de soixante, affirment les sages et les
citadins. 483.
La lune est réputée embrasser onze mille yodjanas ; et
(1) Çwamdbhig, c'e«t un hypallage : ce mot doit **© rapporter au* vent#.
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BH1SHMA.-PAUVA.
33
sa circonférence s’étend sur trente-trois mille, ô le plus
vertueux des Kourouides. 484.
Le diamètre du magnanime astre aux rayons froids est
de soixante mille yodjanas, moins un. Le soleil, fils de Kou-
rou* eri a douze mille. 485.
La circonférence, à trente près, est égale au diamètre :
la grandeur, monarque sans défaut, est de huit fois cin-
quante. 486.
On raconte que ce Vibhavasou, est un volatile de la
première grandeur : la science démontre ici, Bharatide,
cette dimension du soleil. 487.
Ce Rahou masque de sa grandeur, suivant les temps,
et le soleil et la lune: je t’ai parlé de lui sommairement,
auguste roi. 488.
J’ai répondu suivant la vérité à tes interrogations
toutes ces choses, que j’ai vues avec l’œil des Traités : ob-
tiens donc, auguste roi, la tranquillité de l’esprit. 489.
Je t’ai raconté ce monde avec sa création selon l’ins-
truction, qui m’en fut donnée; reprends tes esprits, en-
fant de Kourou, sur ton fils Douryodhana. 490.
Lne fois qu’il a prêté l’oreille à ce chant de la terre,
ô le plus vertueux des Bharatides, un rejeton de Manou
est heureux ; un kshatrya devient le plus honnête des
gens de bien, et ses affaires sont accomplies. 491.
Le souverain aux vœux comprimés, qui écoute ces
choses dans un parvan, accroît sa splendeur, sa renom-
mée, sa force et sa vie. 492.
Ses pères et ses aïeux se réjouissent. Mais tu as en-
tendu en entier cette région Bhàrata sainte, où nous vivons
et dans laquelle ont vécu nos devauciers. 493 — 494.
LE CHANT DE BHAGAVAT.
Ensuite, revenu de la guerre, lils de Bhârata, le docte
Gavalganide, qui voyait tout, connue s'il était exposé de-
vant ses yeux, le présent, le passé et l’avenir, 495.
S’élança par un soudain essor de sa pensée constristée
vers Dhritarâsbtra, et lui apprit la mort de Bhlshma,
l’aïeul des Bharatides. 496.
«Je suis Sandjaya, roi puissant, lui dit-il ; adoration te
soit rendue, éminent Bharatide ! Bhlshma, le fils de Càn -
tanou et l’aïeul des fils de Bharata, vient d'être blessé à
mort. 497.
» Cet ancêtre des Kourouides, la splendeur de tous les
archers, le sommet de tous ceux, qui portent les armes,
le voilà qui git maintenant sur un lit de flèches. 498.
» Lui, sous le courage duquel abrité, sire, ton fils ris-
qua ce jeu funeste, Bhlshma git, immolé dans le combat
par une flèche de Çikhandl 1 499.
» Ce héros, qui, dau8 la ville de Kàçi, monté sur un
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HH1SHMA-PAKVA.
85
seul char, vainquit dans une grande bataille tous les mo-
narques réunis de la terre; lui, qui soutint san3 crainte un
combat à l’encontre de Râma, le fils de Djaraadagni, et
que le Djamadagnide ne put tuer, le voilà tué maintenant
par Çikhandl I 500—501.
» Égal à Mahéndra en courage, à l’Himàlaya en stabi-
lité, à la mer en profondeur, à la terre par la puissance de
porter, 502.
» Ce lion inabordable des hommes, qui avait pour lon-
gues dents ses flèches, pour gueule un arc, et pour langue
une épée, ton père git à cette heure, abattu par le Pân-
tchâlain. 503.
» Lui, que la grande armée des Pàndouides, ayant vu
s’avancer au combat, tremble, agitée par la crainte,
comme des troupeaux de vaches à l’aspect d’un lion. 50â.
» Quand il eut défendu l’armée durant dix jours, cet
immolateur des héros ennemis, ayant accompli son œuvre
bien difficile, s’en est allé, comme le soleil, à son cou-
chant. 505.
» Cet homme, aussi inébranlable que Çakra, et qui, dé-
passant son indigente promesse de dix mille, immola, dans
la bataille, sous la pluie de ses flèches déversées, cent mil-
lions de combattants ! 506.
n 11 est comme un arbre, que le vent abrisé, couché sur
la terre par les mauvais conseils de ta majesté, sort, que
ne méritait pas ce fils de Bharata. » 507.
« Comment Bhishma, ce taureau des Kourouides, lui
répondit Dhritarâshtra, fut-il abattu par Çikhandl ? Com-
ment mon père, semblable au Dieu Indra, tomba-t-il de
son char ? 508.
» Comment, Saudjaya, mes fils ont-ils été privés du
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30
LE MAHA-BHARATA.
vigoureux Bhîshma, pareil aux Immortels et voué au céli-
bat à cause de son père ? '>09.
» Quand ce tigre des hommes â la grande âme, à la
grande force, à la grande science, au grand effort
fut tombé, que ne devinrent pas alors les âmes des Kou-
rouides? 610,
» Mon âme est précipitée dans la plus grande douleur,
en apprenant la mort de ce héros sans égal, de cet homme
éminent, de ce taureau des enfants de kourou. 611.
» Quels guerriers ont suivi ses pas ? Quels guerriers les
ont précédés? Qui a tenu ferme devant lui'! Qui a reculé?
Qui osa l'affronter ? 612,
» Quels héros ont suivi les pas de ce char éminent,
de ce kshatrya le plus excellent, quand il se plongeait au
milieu de la bataille dans l’armée ennemie ? 513.
» Lui, qui, exterminateur des guerriers, ses rivaux,
et tel que le soleil dissipant l'obscurité, jetait, semblable
à l’astre aux mille rayons, la terreur au sein des enne-
mis ; 51 A.
» Lui, qui exécuta dans la bataille au milieu des fils de
Pândou un exploit difficile à faire : lui, qui repoussa le
héros, qui dévorait les armées! 515.
» Comment les Pàndouides, — car tu étais près de lui,
Sandjaya — ont-ils écarté dans la bataille ce vertueux,
cet inabordable fils de Çântanou ? 510.
» Ce héros impétueux, terrible, inaffrontable, à la
langue de serpent, à la gueule ouverte, qui déchirait les
armées avec les longues dents de ses flèches ! 517.
» Comment un guerrier du Kountide a-t-il renversé
dans le combat ce héros invaincu, ce tigre des hommes
invincible, iudigne d’un tel sort et rempli de pudeur ?
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BHISHMA-PAHVA.
37
» Cet archer formidable, vivant au milieu des périls,
qui moissonnait de ses (lèches sur le plus grand des chars
les têtes des ennemis ; 518 — 519.
» Qui, à l’aspect de la grande armée des Pàndouides,
inabordable comme le feu de la mort, ne cessait d’opposer
les efforts aux efforts de ses rivaux. 520.
» Mais, quand il eut reculé dix jours la perte de l’armée,
ce destructeur des armées ennemies, descendit, comme le
soleil, à son couchant, ayant accompli une œuvre bien
difficile à faire. 521.
» Lui, qui, aussi immuable qu’lndra, et faisant plus
que sa promesse indigente de dix mille, immola dans la
bataille sous la pluie desesflèchesdispersées cent millions
de combattants ; 522.
» Il est, comme un arbre, que le vent a rompu, couché
sur la terre ; sort, que ce fils de Bharata ne méritait pas
sur le champ de bataille! 523.
» Comment, à la vue du fils de Çàntanou, l’armée des
Pàntchâlains a-t-élle pu frapper ici Bhlshma au courage
épouvantable. 524.
» Comment les enfants de Pàndou ont-ils soutenu la
bataille contre Bhlshma? Comment Bhlslnna n’a-t-il pas
vaincu, Sandjaya, Drona respirant l’air du ciel ? 525.
» Comment Bhlshma, le plus vaillant des guerriers
est-il tombé dans la mort, quand il avait prés, de lui Kripa
et le fils de Bharadwadja ? 526.
» Inaccessible aux Dieux mêmes et monté sur son char,
comment Bhlshma dans la guerre a-t-il été frappé à mort
par Çikhandi le Pântchàlain ? 527.
» Dis-moi, héroïque Sandjaya, comment fut blessé dans
a bataille ce Bhlshma, né dans la famille des héros, qui
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38
LU M AH A -BH AR ATA.
sans cesse rivalisait dans les combats avec le Djamada-
gnide ; qui, semblable aux Dieux, ne fut pas vaincu parle
fils de Djamadagni et par qui nous sommes plongés dans
la tristesse. 528 — 529.
» Qui des miens au grand arc, Sandjaya, n’ont pas
abandonné l’impérissable ? Quels héros le tenaient envi-
ronné par l’ordre de Douryodhana ? 530.
» Tous les fils de Pàndou se sont approchés de Bhîshma,
ayant à leur tête Çikhandi : est-ce que cette circonstance
n’a point obligé, Sandjaya, tous les Kourouides à déserter
l’impérissable? 531.
» Mon cœur est donc bien fort et composé du rocher le
plus dur, puisqu’il n’a point éclaté en apprenant que
Bhtshma, ce tigre des hommes, était frappé à mort !
» En lui étaient sans mesure la vérité, l’intelligence,
la science politique : comment ce taureau inalïrontable
des Bharatides est-il tombé dans la bataille ? 532—533.
» Lançait-il sa flèche, un bruit de foudre sortait de la
maâurvl : son arc au vaste son de tonnerre s’élevait comme
un grand nuage. 535.
a Ce héros, qui, brisant les chars ennemis, comme le
Dieu, qui tient la foudre, terrasse les Dànavas, versait
la pluie de ses flèches sur les fils de kountî, accompagnés
des Pantchâlains, unis aux Srindjayas ; 535.
# B f
» Quels braves ont environné, comme un rivage en-
toure le séjour des makaras, ce fléau des ennemis, qui se
plongeait dans le combat, qui enlevait les héros des en-
nemis, qui consumait par sa fougue, sa colère et sa puis-
sance les coursiers en grand nombre, les éléphants, les
fantassins et les chars; lui, de qui la voix ressemble au
son des tambours et des conques ; lui, qui est une mer
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BH1SHMA-PARVA.
3» .
inaccessible aux poissons de fantassins, aux tourbillons
de coursiers, aux tempêtes d’éléphants ; lui, de qui la
massue et l’épée sont égales aux dents du requin ?
636-537—538-539.
» Qui étaient alors devant ce Bhîshma, l’immolateur
des héros, qui accomplit, Sandjaya, ses exploits dans la
bataille pour le bien de Douryodhana? 640.
» Qui défendit l’armée, que l’aile droite rassembla au-
tour de Bhlshma à la splendeur infinie ? Quel kshatrya,
ferme dans son engagement, écarta de ses derrières les
héros des ennemis ! 541.
» Qui, rangés près de lui ont protégé Bhlshma par-
devant ! Quels héros ont défendu la queue de son armée,
tandis que ce héros combatiait ? 542.
» Qui étaient au flanc gauche, Sandjaya, quand les
Srindjayas furent immolés? Qui, dans les armées, défen-
dit en tête l’inabordable avant-garde ? 543.
» Qui a sauvé les derrières de ce héros dans sa
marche vers un chemin inaccessible? Qui, dans nos divi-
visions, ont soutenu les combats contre les héros desenne-
mis. 544- ‘
» Comment, protégé par ces braves et ces braves dé-
fendus par lui, leur impétuosité dans la guerre n’a-t-elle
pu surmonter les armées de ces héros dilliriles à vaincre,
comme Brahma celles du Pradjâpati, le souverain du
monde entier? Comment les Pândouides, Sandjaya,
ont-ils pu même lançer une flèche? 545 — 546.
» Tu me dis, Sandjaya, que Bhlshma, ce tigre des
hommes, auprès de qui, comme dans une lie, les Kou-
rouides, ayant repris courage, combattent avec les enne-
mis, est plongé au fond du sépulcre 1 547.
40
LE MAHA-BHARATA.
» Comment est-il tombé sous les coups des ennemis,
cet homme, derrière l'héroïsme duquel réfugié, mon fils
à la grande force dédaignait les Pàndouides ? 648.
» Mon père au grand vœu, plein de la cruelle ivresse
des batailles, et de qui l’amitié fut jadis recherchée de
tous les Dieux, immolant les Dânavas! 549.
n A la naissance de cet enfant à la grande énergie, le
plus excellent des fils, Çântanou, célèbre dans le monde,
abandonna le chagrin, l'abattement d’esprit et la peine.
» Comment me dis-tu qu’il a succombé, ce guerrier,
dont l’univers parle comme d’une personne, qui suivait la
plus excellente des voies, qui était savante, pure, mettant
sa joie dans son devoir et qui possédait la vérité sur les
Védas et les Védângas ! 550 — 551.
» A la nouvelle que le fils de (jântanou, ce héros intel-
ligent, dompté, placide, doué de la modestie et de tous
les astras, est mort, je sens expirer, ce me semble, tout
ce qui me restait de force. 552.
» L’injustice vigoureuse l'emporte sur la justice, —
c’est mon sentiment, — puisque, non contents d’avoir tué
leur vieux père , les Pàndouides nous envient encore ce
royaume ! 553.
» Jadis, Râma le Djamadagnide, qui savait tous les
astras et ne connaissait personne, qui fût supérieur à lui,
ayant levé ses armes pour Ambâ, fut vaincu par Bhtshma
dans une bataille. 554.
» Tu me dis qu’il est mort ce Bhlshma, le point culmi-
nant de tous les archers, l’homme aux œuvres semblables
à celles d'Indra, est-il un chagrin plus grand que cette
douleur? 555.
» Ce guerrier à la grande intelligence, par qui lurent
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BHISH.Y! A-PARVA.
Al
vaincues souvent des multitudes de kshatryas, et que ne
put détruire l’immolateur des héros ennemis, ce Ràma, le
fils de Djamadagni, il a donc succombé aujourd'hui sous
le bras de Çikhandi. 11 est donc supérieur en force, en
courage, en splendeur, ce Çtkandl, fils de Droupada, à
ce rejeton de Bhrigou à la grande vigueur, plein de la
folle ivresse des combats, lui, qui put immoler ce vaillant
taureau des Bharatides, instruit dans les plus grands as-
tras, habile en tous les Traités, héros accompli dans les
combats ! Quels braves ont suivi dans le champ, où se
réunissent les armes, ce meurtrier des ennemis ?
556 — 557 — 558 — 651).
» Dis-moi comment fut ce combat de Bhtshma avec les
Pàndouides. Après que son héros fut tombé mort,
Sandjaya, l’armée de mon fils devint, sans doute , comme
une femme. 560.
» Mon armée fut telle qu'un troupeau confus de taureaux
sans pasteur. Alors comment fut l’âme en cet homme ,
cher à l’autre monde (1), et dans lequel était concentré
en ce grand combat le courage supérieur de l’univers en-
tier ? Pouvons-nous conserver la vie, Sandjaya, quand on
a tué notre père à l'immense énergie, vertueux, au sen-
timent du monde entier? Nous ressemblons à l’homme,
qui veut traverser un fleuve et qui a vu son navire
submergé dans une eau profonde. 561 — 562 — 563.
» Mes fils déplorent beaucoup, avec douleur, je pense,
la mort de Bhtshma ; mais peut-être le fer est-il, Sandjaya,
la matière, dont est fait mon cœur, 56A.
» Puisqu'il n’a pas éclaté eh morceaux, à la nouvelle
(1) Implication du commentaire.
42
LE MAUA-BHABATA.
de la mort de Bhtshma, ce tigre des hommes! Comment
a-t-il succombé dans le combat ce guerrier éminent,
inaffrontable, en qui se trouvaient infinis les astras, l'in-
telligence et la science politique ? Ni l’adresse dans les
armées, ni le courage, ni la pénitence, ni la fermeté, ni
l'intelligence, ni même la générosité ne peuvent sauver
aucun homme de la mort. Sans doute, cette mort, elle
possède une grande vigueur ; personne dans tout le monde
ne peut l’éviter, 565 — 566 — 567.
» Puisqu’elle a frappé, dis-tu, Bhlshma, le fils de Çân-
tanou ! Naguère, affligé par les chagrins de mes fils et ne
songeant point à de grandes infortunes, j’ai pensé que le
lits de Çântanou, que Bhishma nous servirait d'une forte
cuirasse. Après qu’il eut vu le fils de Çântanou descendre,
Sandjaya, comme un soleil sur la terre, que fit alors Dou-
ryodhana ? Quand je tourne ma pensée, ou sur eux, ou
sur les rivaux, je ne vois pas qu’il reste aucune chose dans
l'armée des princes ennemis. Les rishis nous ont enseigné
ce devoir terrible du kshatrya. 668 — 669 — 570 — 671.
» On, meurtriers du fils de Çàntanoy, les Pandouides
désirent encore le royaume, ou nous désirons le royaume,
après que nous avons causé la mort de ce prince, lié par
un grand vœu. 572.
» Les fils de Pritbà se tiennent dans les devoirs du
kshatrya et mes fils n’ont pas commis une offense : un
noble cœur, Sandjaya, doit soutenir ces principes au mi-
lieu des difficultés et dans les infortunes. 573.
» Le courage et la plus grande force : voilà ce qui re-
posait en lui ! Comment les fils de Pândou ont-ils écarté,
comme des armées combinées, ce fils de Çântanou, mon
père, jamais vaincu, plein de pudeur, qui détruisait les
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BHISHMA-PARVA.
43
armées? Comment ces magnanimes ont-ils engagé le
combat? 674 — 675.
» Ou comment Bhtshma, mon père, Sandjaya, fut-il
abattu par les ennemis ? Douryodhana, Karna, Sakouni,
fils de Soubala, et Douççâsana le joueur, que dirent-ils à
la vue de Bhlshma tué? Ces joueurs insensés, habiles dans
les combats, ils sont entrés dans une salle de jeu terrible,
nommée les leviers de fer, les grands cimeterres, les lan-
ces de fer et les flèches, hérissée de chevaux, d’éléphants,
de fantassins, jonchée de corps çàetlà. 576 — 677 — 578.
u Quels hommes éminents jouèrent à ce jeu formidable,
dont la vie était l’enjeu ? Qui perdirent la partie? Qui,
autres que Bhlshma, fils de Çàntanou, firent leur mise au
jeu, y furent vaincus et renversés? Car je ne puis trouver
ici de tranquillité, en apprenant la mort de Bhlshma-
Dévavrata, mon père, aux actions effrayantes, et qui brillait
dans les combats ! Tu allumeras un jour, comme le feu par
le beurre clarifié, Sandjaya. une vive douleur, causée par la
perte de mes fils, qui doit naître dans mon cœur. Mes en-
fants versent des larmes, je pense, à la vue de Bhlshma
tué, ce grand homme, qui avait soulevé uu pesant far-
deau et de tjui le nom célèbre était répandu en tout l’u-
nivers. Je prêterai l’oreille à ces peines, dont l’auteur est
Douryodhana. 579 — 580 — 581 — 582 — 583.
» Raconte-moi donc, Sandjaya, tout ce qui est arrivé
là : ce qui s'est passé dans ce combat, et qui a son origine
dans la vésanie de cet insensé. 584.
» Dis-moi, Sandjaya, sans rien omettre, ce qui fut
écarté, ce qui fut bien conduit, ce que le désir de la vic-
toire fit exécuter de vigoureux, dans cette bataille, à ce
Bhishma, accompli dans les ai mes ; dis-moi comme fut ce
ââ
LE MAHA-BHARATA.
combat des armées de Kourou et de Pândou. 585—086.
» Narre-moi successivement par qui, en quel temps,
de quelle manière furent exécutées les choses, et qui en fut
te conseiller. » 587.
Sandjaya lui répondit :
Cette question, que tu m’adresses, grand roi, est comme
il te sied ; mais ne veuille pas rejeter cette faute sur Dou-
ryodhana. 688.
L’homme, qui obtiendra l’infortune phr sa 'mauvaise
conduite, ne doit pas soupçonner le péché dans un autre.
Celui, qui fera, puissant roi, tout ce qu'il blâme dans les
autres hommes, est digne de mort par son empressement
à faire des choses, blâmées du monde entier. 580 — 500.
Par considération pour toi, bien long-temps les Pàn-
douides, avec la connaissance de l’injure, ont subi une of-
fense au milieu.des forêts, et l’ont pardonnée. 591.
Écoute, inaitre de la terre, chaque action des coursiers,
des éléphants, des rois à la splendeur infinie, dont je fus
le témoin oculaire par la puissance de l'yoga. Ne jette pas
ton âme dans le chagrin : jadis cela même fut sans doute
écrit, souverain des hommes, au livre des destinées.
Je commence par adresser mon adoration au sage Parâ-
çaride, ton père, grâce à la bienveillance duquel j’ai obtenu
cette science suprême et céleste, 592—593 — 59 h.
Une vue supérieure aux sens, une ouïe, qui porte plus
loin que l'oreille, une seconde âme pour distinguer les
événements passés et futurs, 595.
Une science, née des choses élevées et sé|>arées de la
terre. Ma route dans l’atmosphère fut heureuse ; et, grâce
au don, que m'avait octroyé le magnanime, j’étais à l’abri
des flèches dans les batailles. 596.
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BHISHM A-PABVA.
45
Écoute de ma bouche, avec étendue, comme ce combat
des enfants de Bharata fut de fortune diverse, épouvan-
table, et ressemblant au plus grand des prodiges. 597.
Douryodhana prescrivit ce commandement pour l’ac-
tion à Douçcàsana, au milieu de ces nombreuses armées,
qui se consumaient en efforts : 598.
« Douççâsaua, que les chars protecteurs de Bhlshma
soient rassemblés à la hâte : excite promptement toutes les
armées. 599.
» Ce choc des Bharatides et des Kourouides, à la tête
de leurs armées, semble, à ma pensée, une multitude de
pluies, qui fondent sur moi 1 600.
» 11 n’y a rien, qui soit plus à faire en ce combat que
la défense de Bhlshma : si on le sauve, il peut tueries fds
de Prithà, avec les Srindjayas, accompagnés des Soma-
kas. 001.
Il a dit, cet homme à l'&me pure : « Je ne tuerai pas
» Çikhandl ! J’ai ouï dire qu’il fut précédemment une
» femme ; ainsi, je dois l’épargner dans le combat. » 602.
» 11 faut donc sauver Bhîsluna sans ménager aucun ef-
fort : que tous les miens se tiennent, déterminés à la mort
de Çikhandl ! 603.
» Que tous les guerriers, qui vont sur les routes de l’o-
rient et de l’occident, du septentrion et du midi, habiles
à manier toutes les armes, défendent mon ayeul. 604.
» En effet, s’il n’est pas défendu, le vigoureux lion sera
tué par un loup ; ne laissons pas un chakal, nommé Çi-
khandl, immoler ce lion. 605.
» Youdàmaniou défendra l’aile gauche ; Outtamaâu-
djas soutiendra l’aile droite : qu’ils se portent sur Phâl-
gouna;car Phàlgouna est le défenseur de Cikhandi ! 606.
LE MAHA-BH \RATA.
4«
n Protégé par le fils de Prithâ, mais privé de Bhtshma,
fais en sorte, Douççàsana, qu’il ne puisse donner la mort
au fils de la Gangà ! » 607.
Ensuite, la nuit étant survenue, ce fut un bien grand
bruit des maîtres de la terre, s’écriant : a Rassemblez !
» rassemblez! » 608.
C’était de toutes parts un tumulte, causé par les accla-
mations, les battements de mains, les appels au combat,
les roulements des tambours, les fanfares des conques, les
cris de guerre, le fracas des roues de chars, le bruit des
chevaux, qui hennissent, des éléphants, quibarrètent, des
guerriers, qui menacent. 609 — 610.
Toute la vaste armée des (forces de Kourou et do Pàn-
dou, rassemblée au grand complet, roi puissant, se leva
aux premières lueurs du soleil. 611.
Les traits, les cuirasses et les flèches des Pàndouides et
de tes fils, Indra des rois, étaient insoutenables à la vue.
Quand il fit jour, on vit les immenses armées des tiens,
Bharatide, et des ennemis, leurs flèches à la main.
612—613.
On vit resplendir, comme des nuages entremêlés d’é-
clairs, les éléphants et les chars ornementés d’or. 614.
Là, les armées des chars apparaissaient telles qu'un
grand nombre de villes: là, une splendeur immense en-
vironnait ton père, tel que la lune dans sa pléoménie. 615.
Au milieu de ces armées, les combattants se tenaient de
pied ferme, brillants par des flèches, des arcs, des glaives,
des cimeterres, des massues, des lances et des leviers de
fer éclatants. » 16.
Les éléphants, les hommes de pied, les maîtres de chars
et les coursiers restaient, souverain des mortels, portant
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BH1SHMA-PARVA.
47
des espèces de filets par centaines et par milliers. 61 7.
On voyait flotter, çà et là, dans les airs, des milliers de
drapeaux splendides, aux formes nombreuses et diverses
des ennemis et des tiens. 618.
Les drapeaux lumineux faisaient luire par milliers,
comme des feux allumés, leurs hampes d'or, aux membres
émaillés de pierreries. 619.
Tels que sur les palais de Mahéndra, resplendissaient
les drapeaux du grand Indra : les héros , vêtus de
cuirasses, bouillants du désir des batailles, purent les
admirer. 620.
On voyait à la tête des armées les Indras des hommes
avec des yeux de taureaux, portant diverses armes levées,
et des vêtements, sur le fond desquels étaient peints des
paons. 621.
Çakouni, fils de Soubala, Çalya, roi d’Avanti, Djayad-
ratha, Vinda et Anouvinda, nés du Kalk.éyain, et le roi
de Kauibodje à la grande politesse, 622.
Çroutàvoudha le Kalingain, le prince Djayatséna, Vri-
hadbala le Rourouide et Kritavarman le Satwatide, 623.
Ces dix héros, éminents hommes, aux bras forts comme
des massues, souverains d’armées complètes, immolateurs
de sacrifices aux riches honoraires, 624.
Ces rois et d'autres en grand nombre, soumis à la vo-
lonté de Douryodhana, étaient des monarques, fils de
monarques, remplis d'héroïsme et de science politique.
On les voyait au milieu de ces armées revêtus de la
cuirasse, le pied ferme, la peau de gazelle noire attachée
sur C épaule : tous étaient pleins de force, habitués dans
les combats. 625 — 626.
Doués de zèle pour la cause de Douryodhana, initiés
48
LE MAHA-BHARATA.
pour le inonde de Brahma, ils se tenaient puissants, iné-
branlables, environnés de leurs dix années. (527.
L’inébranlable année des kourouides formait onze
corps, dévoués aux fils de Dhritarâshtra : à la tôle de toutes
les armées était le (ils de Çàntanou, leur généralissime.
Nous vîmes, grand roi, Bhîshma l’impérissable avec son
blanc turban, ses armes blanches et sa blanche cuirasse,
tel enlin que la lune levée au milieu du ciel. 028 — 029.
Les kourouides et les Pàndouides virent ce héros, qui
avait pour son drapeau un palmier d’or, debout sur un
char d’argent, comme l’astre aux rayons froids monté sur
un nuage blanc. 630.
Les Srindjayas aux grands aies, sous la conduite de
Dhrishtadyoumna, levirent, comme de viles gazelles voient
un lion à la haute taille, sa gueule ouverte. 031.
Ces onze armées, chéries de la fortune et sous la con-
duite de Dhrishtadyoumna, prince, de trembler mainte et
mainte fois. 032.
Mais les sept armées des Pàndouides étaient défendues
par de grands hommes. Ces deux armées ressemblaient
à deux mers, qui se réunissent à la lin d'un youga et con-
fondent leurs tourbillons, pleins de cétacées furieux et
remplis d'énormes requins. Nous ne vîmes jamais rien
avant, sire, nous u'entendimes jamais conter rien de sem-
blable à ces armées réunies des enfants de kourou.
033-634-035.
Tous les rois de concert se réunirent, comme l’avait dit
Le vénérable Vyâsa, surnommé Rrishna-Ihvatpàyana.
La lune se retira dans son palais des Maghâs, le jour
revint et les sept grandes étoiles enflammées se couchèrent
au milieu du ciel. 030 — 637.
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BHISHlIA-l'ARVA.
A»
Le soleil semblait à son lever coupé en deux morceaux
par l’horizon : l'astre lumineux parut de nouveau dans le
ciel sur la cîme flamboyante.- (338.
Les chacals, les corneilles, les animaux, qui font leur
pâture de chair et de sang, témoignèrent par des cris le
désir qu’on leur jetât des cadavres. 639.
Chaque jour aux premières lueurs de la lumière, s'étant
levé avec des sens comprimés, le vieil aïeul desKourouides
et des Pàndouides, accompagné du lils de Bharadwâdja ;
Ils disaient, ces dompteurs des ennemis : « Que la vic-
toire soit donnée aux fils de Pândou ! » Voici le temps
arrivé où ils ont combattu pour toi. 840 — 641.
Dévavrata, ton père, à qui la distinction entre tous les
devoirs est connue, adressa les paroles suivantes aux
maîtres de la terre, qu’il avait rassemblés : 642,
« Voici que la porte du ciel vous est toute grande ou-
verte : allez donc par elle, vous, kshatryas, partager le
monde de Çakra et de Brahma ! 643,
» C’est la route éternelle (1), tracée par vos devan-
ciers et par ceux, qui les ont précédés. L’âme sans trouble
dans le combat, revenez aux sentiments de votre na-
ture. 644.
# C’est, épurés par de telles actions, que Nàbhâga,
Yayâti, Mandâtri, Nahousha et Nriga sont parvenus à la
région la plus élevée des cieux. 645.
» Le devoir du kshatrya n’est pas d’attendre la mort
dans sa maison d'une maladie; mais aller à la mort sur
un champ de bataille, voilà le devoir éternel du ksha-
trya. » 646.
(1) Édition de Bombay. Celle de Calootta dit : erueignée par le s Vérlat.
vu m 4
50
LE MAHA-BHARATA.
C’est ainsi que Bhtehma parlait, éminent Bharatide,
aux maîtres de la terre. Leurs armées sortirent ; ils bril-
laient sûr les plus hauts des chars. 047. *
Karna, le fils du Soleil, avait déposé les armes dans
cette bataille avec ses parents, avec ses ministres, à cause
de Bhlshma. 048.
Désertés par lui, tes fds et les rois mêmes de ton parti
sortirent, faisant résonner de leurs cris de guerre les dix
points de l’espace. 649.
Ces armées resplendissaient de coursiers, d’éléphants,
de drapeaux, de guidons, de blanches ombrelles, de fan-
tassins et de pachydermes. 650.
La terre était troublée par le son des tambourins et des
tymbales, les roulements des tambours, le fracas de la
roue des chars. 651 .
Les grands héros, brillants de leurs arcs, de colliers et
de bracelets, resplendissaient comme des montagnes, où
sont allumés des feux. 652.
Avec son drapeau, orné de cinq étoiles et d’un grand
palmier, Bhlshma se tenait à la tête de l’armée des
Kourouides, semblable au soleil paré de rayons purs.
Alors, tous les rois au grand arc, qui avaient embrassé
ton parti, éminent Bharatide, se dirigèrent conformément
aux ordres du fds de Çàntanou. 653 — 654.
Govâsana, le royal Çivide, accompagné de tous les
monarques et du roi Mâtanga, vint avec les couleurs du
lotus et une armée convenable, se placer en avant de
toutes les armées. Açvatthàman l’imita avec son drapeau
à la queue de lion. 655 — 656.
Çroutâyoudha, Tchitraséna, Pouroumitra, Vivinçati,
Çalya, Bhoûriçravas et l’illustre héros Vikarna, 657.
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BH1SHMA-PA1WA.
51
Ces sept grands héros, commandés par le fils de Drona,
se mirent, avec des chars excellents et les plus fortes ar-
mures, devant les pas de Bhishma. 658.
Leurs corps élevés brillaient ; leurs chars éminents
resplendissaient, éclatants par des drapeaux faits d’or.
Un autel d’or, que décorait une aiguière, était le dra-
peau du plus grand des instituteurs spirituels, Drona,
armé d’un arc. 659 — 660.
Dourvodhana, qui entraînait sur ses pas une armée de
plusieurs centaines de mille hommes, avait pour son
étendard un éléphant géant brodé en pierreries. 661.
, Le Kàlingain, rejeton de Pourou, les Kàmbodjes avec
les Soudakshinas, Kshémadhanvan et Çalya, ces héros se
placèrent devant lui. 662.
Le roi du Magadha, avec un char de haut prix et un
drapeau à l’image du taureau, marcha à l’ennemi, en-
traînant sur ses pas l’avant-garde. 663.
Semblable à un épais nuage d'automne, une nombreuse
armée d’orientaux était défendue par l’intelligent Kripa,
le seigneur des Angas. 66/i.
Djayadratha à la haute renommée, se tenant à la tète
de son armée, resplendissait sous un drapeau d’argent, le
premier des drapeaux, qui représentait un sanglier. 665.
Cent mille chars, huit mille éléphants et six myriades
de cavaliers obéissaient à ses ordres. 666.
Le roi souverain du Sindhou défendait une tête d'ar-
mée, grande force, qui brillait, composée de chevaux,
d’éléphants et de chars infinis. 667.
Le monarque de tous les Kalingas marchait, avec Ké-
toumat, commandant à soixante milliers de chars et une
myriade d’éléphants. 668.
52
LE MAHA-BHARATA.
Ses grands pachydermes, ornés de guidons, de car-
quois, de leviers en fer et de machines de guerre, bril-
laient, semblables à des montagnes. 669.
L’insigne du feu éclatait sur l’éminent drapeau du
Kalingain : un éventail, un chasse-mouche, un nishka
d’or et une ombrelle blanche lui prêtaient leur éclat.
Tel que le soleil trônant sur un nuage, Kétoumat lui-
même, sire, était monté, dans le combat, sur un éléphant
de la plus haute taille, couvert d'un caparaçon varié et
conduit avec le croc. 670—871.
Enflammé de splendeur et pareil au Dieu, qui tient la
foudre, le roi Bhagadatta s'avançait, siégeant sur un pa-
chyderme. 672.
Égaux à Bhagadatta et dévoués à Kétoumat, les deux
rois d’Avanti, Vindaet Anouvinda, se tenaient assis sur
les épaules d’un éléphant. 673.
Cette multitude, qui avait une armée, ou plutôt un
corps de chars , des membres d’éléphants, une tête
d’homme et des ailes de coursiers, s’avançait, terrible,
accompagnée de Drona, du roi Çântanouide, du fils de
l’Atchârya, de Vâhltka et de Kripa, en riant, sire, et
tournant sa tête de tous les côtés. 674 — 675.
Ensuite, après un instant, les guerriers, qui désiraient
la bataille, puissant roi, firent entendre un bruit confus,
qui ébranlait le cœur. 676.
La terre éclata, pour ainsi dire, au fracas de la roue
des chars, au barrit des éléphants, au bruit des tambours
et des conques. 677.
Dans un seul instant, le ciel et la terre furent tout rem-
plis alors du son des chevaux, qui hennissaient, et des
guerriers, qui menaçaient. 678.
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BHISHMA-PARVA.
53
En cette rencontre insoutenable de l’une contre l’autre,
les armées de tes fils et des Pândouides s’ébranlèrent.
On voyait resplendir, comme des nuages entremêlés
d'éclairs, les éléphants et les chars aux décorations d’or.
679—680.
Les drapeaux des tiens aux formes diverses, aux brace-
lets d’or, brillaient, monarque des hommes, tels que des
feux enfermés. 681.
On voyait resplendir, comme sur les palais du grand
Indra, les éclatants drapeaux de Mahéndra chez les tiens
et chez les ennemis. 682.
On voyait, revêtus de leurs armures, avec des cui-
rasses d’un éclat égal au soleil enflammé, les héros briller
d'une splendeur semblable à celle de l’astre lumineux ou
de la flamme. 683.
Les meilleurs guerriers des Kourouides, avec de grands
arcs et leurs yeux de taureaux, placés en tête de l’armée,
avec des arcs et des armes diverses, resplendissaient,
comme autant de Çivas, le sabre à la main, au milieu des
différentes armes levées. Pour défendre ses derrières,
Bhishma avait tes fils, roi des hommes, 684 —085.
Douççâsana, Dourvishaha, Dourmouka, Doussaha, Vi-
vinçati, Tchitraséna et le grand héros Vikarua, 686.
Satyavrata, Pouroumitra, Djaya, Bhoûriçravas et Çala :
vingt mille chars les suivaient. 687.
Les Abhlshahas, les Çourasénas, les Çivayains, les
Avasâtains, les (’.âlvas, les Matsyas, les Ambashthas, les
Trigarttas, les Kaikéyains, les Saâuviras, les Kaîtavas,
les guerriers de l’orient et de l’occident, du septentrion
et du midi. Ces douze peuples étaient des héros, qui
avaient fait le sacrifice de leur vie. 688 — 689.
54
LE MAHA-BHARATA.
Us défendaient le vénérable aïeul avec une grande
multitude de chars. Une armée de dgc mille éléphants
impétueux, sous les ordres du roi de Màgadha, suivait
cette division. Les gardes de la roue des chars et les fan-
tassins, protecteurs des éléphants, étaient au milieu de
l’armée, au nombre de six millions d'hommes. Des piétons
marchaient en avant, tenant à la main des épées, des
boucliers et des arcs. 690—691—692.
Us composaient plusieurs centaines de mille combat-
tants avec les traits barbelés et les ongles. Les onze
armées de ton fils, grand roi, rejeton de Bharata, pa-
raissaient comme le Gange, au milieu duquel se déverse
l'Yamounâ. 693—694.
« Ces armées étaient au nombre de onze, observa Dhri-
tarâshtra; comment, à la vue de cette immense multi-
tude, Youdhishthira le Pàndouide rangea-t-il sa petite
armée en ordre opposé? 695.
» Comment disposa-t-il ses troupes à l’encontre de
Bhîshma, ce fils de Kountî, à qui sont connus, Sandjaya,
tous les ordres de bataille Asourique, Gandharvique, hu-
mains et divins? » 696.
Dès qu’il vit ces innombrables armées des fils de Dliri-
tarâshtra, répondit Sandjaya, Dharmarâdja, le vertueux
Pàndouide, adressa à Dhanandjaya ces paroles : 697.
« On sait, mon ami, d’après le langage du grand
rishi Vrihaspati, qu'il faut combattre réuni une petite
armée; mais qu’il est loisible d’étendre et de porter sur
des points divers des forces considérables. 698.
» Une petite armée affectera donc la forme d’une ai-
guille contre un grand nombre. Or, nos forces sont bien
évidemment plus faibles que les forces de l’ennemi. 699.
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BHISHMA-PAllVA.
ôô
» Connaissant ces paroles du grand rishi, raisonne en
conséquence, fils de Pàndou. » A ces mots, Phâigouna
répondit à Dharmarâdja : 700.
« Voici mon raisonnement : il est un ofdre de bataille
invincible, inébranlable. Il est nommé la Foudre, et fut
employé par le Dieu, qui tient le tonnerre en sa main.
» Bhlma, le plus excellent des guerriers, qui est inaf-
frontable aux ennemis dans la bataille et merveilleux
comme le vent, combattra à la tête de nos rangs.
701—702.
» Broyant les forces des ennemis, ce général, le plus
grand des hommes, à qui tous les moyens de la guerre
sont connus, livrera bataille par-devant nous. 703.
» A peine l’auront-ils vu, tous les Kourouides, dont
le chef est Douryodhana, reculeront effrayés, comme de
viles gazelles à la vue d’un lion. 70â.
» Tous, en pleine assurance, nous nous réfugierons
derrière ce retranchement, ce Bhtma, le meilleur des
combattants, comme les Immortels derrière le roi des
Dieux : 705.
» Car il n’est pas un homme dans le monde, qui puisse
fixer les yeux sur Vrikaudara dans sa colère, sur ce héros
éminent aux œuvres plus que terribles, » 706.
A ces mots, Dhanandjaya aux longs bras agit de cette
manière, et, quand il eut disposé les armées, Phâigouna
de s’avancer à grands pas. 707.
En voyant s’approcher les Kourouides , la grande
armée des Pàndouides parut comme le Gange roulant à
pleins bords ses flots instables. 708.
Bhimaséna, le vigoureux Dhrishtadyoumna, Nakoula,
Sahadéva, le prince Dhrishtakétou et Virâta formèrent
66
LL MAHA-BHARATA.
l’avant-garde. Ensuite, le roi Y oudhishthira avec ses
frères et ses fils, environné d’une armée complète, défen-
dait les derrières. 709 — 710.
Les deux fils de Mâdrl à la grande splendeur gardaient
les roues du char de Bhlma, Les impétueux fils de Draàu-
padl et de Soubhadrâ protégeaient la queue. 711.
Entouré des héros de l’armée et des illustres chefs,
Dhrishtadyoumna le Pântchâlain étendait sur eux sa vi-
gilance. 712.
Après eux, éminent Bharatide, s’avançait Çikhandl,
défendu par Arjouna et tournant ses efforts à la perte de
Bhtshma. 713.
Le robuste Youyoudhâna était sur les derrières d’ Ar-
jouna ; deux Pântchâlains, Youdâmanyou et Outta-
maâudjas, Dhrishtakétou, le Kaîkéyain, et le vigoureux
Tchékitana protégeaient les roues de son char; Bhîma-
séna portait une solide massue, faite avec la force même
* du diamant, 71 h — 715.
Par sa marche d’une grande vitesse, il aurait desséché
l’océan ! Ceux-ci, monarque des hommes, se tenaient avec
leurs ministres, observant les ennemis. 716.
n Voici les fils de Dhritarâshtra! dit Blbhatsou; fais-
leur donc voir, sire, que tu es Bhîmaséna à la grande vi-
gueur! » 717.
Tous les guerriers alors d’honorer sur le champ de
bataille, par des paroles heureuses, le fils de Prithâ, qui
parlait ainsi. 718.
Le roi Youdhishthira, le fils de Kountî, était dans
l’armée du milieu, avec des éléphants enivrés, de haute
taille, qui se mouvaient comme des montagnes. 719.
Le Pântchâlain au grand cœur, le courageux Yajnaséna
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BHISHM A-PARVA.
67
suivait avec une armée complète, dans l’intérêt des fils de
Pândou, les pas 3e Virâta. 720.
Leurs ornements, de l’or le plus riche, avaient l'éclat
de la lune et du soleil : sur les chars flottaient leurs
grands drapeaux, qui portaient divers emblèmes. 721.
Ensuite, l’illustre héros Dhrishtadyoumna lit sortir en-
tièrement ses troupes, et défendit Youdhishthira avec ses
frères et ses fils. 722.
Un grand singe était placé sur le char d’ Arjouna et sur-
passait les immenses drapeaux arborés sur le» chars des
tiens et des ennemis. 723.
Les fantassins marchaient en avant, tenant à la main
des glaives, des lances de fer, des épées : les gardes de
Bhlmaséna formaient plusieurs centaines de milliers. 724.
Dix mille héroïques éléphants aux visages arrosés par
les gerçures de leurs joues fendues, couverts de filets
maillés d’or, enflammés comme la cime des monts, 725.
De haut prix, aux senteurs de lotus, distillant le mada,
tels que les nuages versent une rosée , suivaient les pas du
monarque Youdhishthiru, comme des montagnes ambu-
lantes. 720.
L’iuaflrontable Bhlmaséna, au grand cœur, étendait son
épouvantable massue, semblable à la barrière d'une porte,
et entraînait en avant l'immense armée. 727.
Aucun des combattants ne pouvait fixer de près les
yeux sur cette armée, qui brûlait, pour ainsi dire, aussi
impossible à regar der que le soleil même. 728.
Voilà cet ordre de bataille épouvantable, inaccessible à
la crainte, tournant son visage de tous les côtés, ombragé
sous un drapeau, autour duquel scintillent les éclairs de
l’arc, et protégé par l’archer du Gàndlva, 729.
68
LE MABA-BHARATA.
Invincible dans le monde des hommes, défendu par les
fils de Pàndou et qu'ils maintinrent disposé à l’encontre
de ton armée. 7S0.
Au point du jour, tandis que les guerriers se tenaient à
l’opposite du soleil levant, le tonnerre éclata dans un ciel
sans nuage, et le vent de souffler par derrière. 731.
Des vents s’élevaient à tous les degrés du cercle, et
versaient une pluie de sable fin : la poussière soulevée cou-
vrait le monde entier d'obscurité. 732.
Un grand météore igné tomba, éminent Bharatide,
tournant sa face à l'orient ; il se fendit avec un vaste
bruit et le soleil à son lever en fut éclipsé. 733.
Au moment où tous les guerriers étaient prêts A com-
battre, l’astre radieux se leva sans lumière, et la terre de
trembler avec de longs mugissements. 73 A.
La terre se rompit avec fracas, éminent Bharatide, et
de nombreux vents impétueux naquirent à tous les points
de l’espace. 735.
11 s'éleva une poussière cuisante, qui ne permettait
plus de rien distinguer. Tout, comme dans les forêts de
palmiers, était un frémissement et un cliquetis de dra-
peaux, que le vent agitait soudain, avec leurs multitudes
de clochettes attachées, leurs riches étoffes, auxquelles
étaient liés des bouquets d’or, et les grands étendards
d’une splendeur égale à celle de l’astre lumineux. Ainsi
les Pândouides, ces tigres des hommes, se tenaient fermes
avec le désir du combat , ayant disposé leur ordre de
bataille à l’encontre de ton fils. A nous combattants, la vue
de Bhlma à la tète des troupes, le pied ferme, sa massue
à la main, nous dévorait, pour ainsi dire, la moelle dans
tes os, ( De la stance 736 <1 ta stance 7A0.)
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BHISHMA-PARVA.
59
« Au lever du soleil, qui les premiers, Sandjaya, de-
manda le roi Dhritarâehtra, eurent le désir du combat, le
poil comme hérissé d'impatience , ou les miens , qui
avaient près d’eux Bhlshma pour guide, ou les Pàndouides,
guidés alors par Bhlmaséna? "Al.
» A qui resta en dernier le soleil, la lune et le vent?
Contre l’armée de qui les bêtes ravissantes, firent-elles
entendre leurs glapissements? Sur le visage de quels
jeunes guerriers vit-on un air serein ? Dis-moi cela,
Sandjaya, exactement. » 742.
Ces deux armées, répondit Sandjaya, en étaient venues
à s'égaler, pour ainsi dire, l’une l’autre; ces deux ordres
de bataille avaient les formes joyeuses, Indra des rois; ces
deux armées diverses ressemblaient à des rangées de fo-
rêts ; ces deux armées étaient pleines de chevaux, de chars
et d’éléphants. 743.
Ces deux grandes agglomérations avaient une figure
épouvantable: toutes deux étaient insoutenables, toutes
deux faites pour la conquête du Swarga , toutes deux
composées d’hommes éminents. "44.
Ensuite les principaux Kourouides se placent pour
combattre devant les Prithides, ceux-ci devant les Dhri-
tarâshlrides ; l'armée des Kourouides comme celle du roi
des Démons; l’armée des Pàndouides comme celle de
l’indra des Dieux. 745.
Le vent de souiller derrière les fils de Pândou ; les
bêtes ravissantes de hurler contre les enfants de Dhrita-
ràshtra. Les éléphants de ton fils no purent supporter les
senteurs âcres du mada des pachydermes ennemis. 7 4.(1.
Monté sur un éléphant à la couleur de lotus, à la cein-
ture d’or, couvert d’un filet, Douryod ana, exalté par les
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ao
LE M AH A-BHARATA.
poètes et les bardes, était allé se placer au milieu des
Kourouides. 7A7. ,
lin bouquet d’or brille sur sa tête. Ayant l’éclat de la
lune, abrité sous une ombrelle blanche, partout où il
va, il est suivi de Çakouni, le roi du Gândhàra, avec ses
montagnards Gàndhàraius. 7A8.
En avant de toute l'armée, le vieux Bhishma avec son
cimeterre, sa blanche ombrelle, son arc blanc, son blanc
turban, son drapeau blanc et ses blancs coursiers, res-
semble à une blanche montagne. 7A9.
Dans son armée, tous les Dhritarâshtrides, et Çala des
Vâhkîkas, et les Ambashthas, et les kshatrvas du Sin-
dhou, et les Saâuviras, et les héros Pantchanadains n’a-
vaient qu’une seule et même place en ion amitié. 750.
L’arc à la main et l'âme non abattue, monté sur un
char , traîné par des chevaux rouges , le magnanime
Drona s'y tenait comme le gourou habituel de tous lés
rois et s’avançait , pareil à l’ Indra de la terre. 751.
Au milieu de l'armée , marchait Vàrddhakshattri ,
Bhoûriçravas, Pouroumitra et Djaya , les Çâlvas, les
Malsyas, les Kaîkéyains et tous les frères, qui devaient
combattre dans l'armée des éléphants. 752.
Le Gotamide à la grande âme, au grand arc, combat-
tant avec des armes diverses et le plus fort timon du
Çaradvatide, s’avançait au nord (1) de l’armée avec les
Çakas, les Kirâtas et les Yavanas (2). 753.
(4) Au lieu de celle stance, l'édition de Bombay porte la suivante :
« Cette grande armée, protégée par lea Vrisbui-Bhodja» et les SounUh*
trakas, tenant à la main les armes, qu'ils connaissent, celte armée des tiens,
défendue par Kritavarman, s avance au midi. »
(2) Les Pahlawis, édition de Bombay.
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BHISHMA-PARVA.
61
Suivait une myriade de chars, qui appartenaient aux
conjurés. Ce mot les avait créés : « Ou la mort ou la vic-
toire sur Arjouna ! » Celui -ci était donc exposé aux pa-
roles d un tel serment. Les héros Trigarttas, consommés
dans les armes, précédaient la marche. 754.
La somme de tes éléphants, rejeton de Bharata, était
de cent mille. A chaque éléphant étaient attachés dix
chars. Pour chacun des chars, il y avait cent chevaux.
Pour chaque cheval étaient dix archers ; pour un ar-
cher, dix hommes armés de boucliers. Telles étaient, fils
de Bharata , tes nombreuses armées , disposées par
Bhtshma. 755—756.
A la naissance de chaque jour, Bhlshma, fils de Çânta-
nou, le généralissime, disposait l’armée en ordre Asou-
rique, Gandharvique, humain et divin. 757.
Large par la multitude des grands chars et retentis-
sant comme la mer, l’ordre de bataille, établi par
Bhlshma, tournait dans le combat sa tête au couchant.
Ton armée, Indra des hommes, était épouvantable,
avec des formes sans fin, mais non celle des Pàndouides;
cependant j’estime quelle était grande, inaffrontable, elle,
qui avait pour ses guides Krishna et Arjouna. 758 — 759.
Dès qu’il vit s’avancer à la hâte l’immense armée du
Dhritaràshtride, le fils de Kountl, le roi Youdhishthirade
s’abandonner à un mouvement de trouble. 760.
A peine eut-il vu cette armée, que Bhlshma avait
rendue impénétrable, à peine l’eut-il vue comme un dia-
mant, il dit, la couleur effacée, ces mots à Aijouna :
« Dhanandjaya, comment nous sera-t-il possible de
livrer bataille à ces Dhritaràshtrides, pour lesquels combat
notre ayeul aux longs bras ? 761 — 762.
62
LE MAHA-BHARATA.
» Voici un ordre de bataille inébranlable, impéné-
trable, que Bhlshma à l’immense splendeur, qui traîne les
cadavres des ennemis, a établi d’une manière enseignée
dans les Çâstras. 703.
» Nous sommes tombés en péril, nous et notre armée :
comment, guerrier vaillant, obtiendrons-nous la victoire
sur un ordre de bataille si puissant? » 76à.
L’immolateur des ennemis, Arjouna dit au Prithide
Youdhishthira, troublé, pour ainsi dire, majesté, à la vue
de ton armée : 765.
« Écoute de quelle manière, souverain des hommes, on
peut, quoiqu’on moindre nombre, vaincre des ennemis,
quelque nombreux soient-ils , doués de qualités et
plus grands par la science. 700.
» Je vais t’en dire le moyen, à toi, de qui la bouche, fds
de Pàndou, est pure d'invectives; moyen, qui n’est pas in-
connu à Nârada, Bhlshma et Drona. 767.
» Jadis appuyé sur la raison, dans la guerre entre les
Démons et les Dieux, l’ayeul suprême des créatures l’a
exposé de cette manière à Mahéndra et aux autres habi-
tants du ciel. 768.
» La force et l’énergie ne donnent pas la victoire à ceux,
qui la désirent, aussi sûrement que la vérité et la dou-
ceur, l’attachement au devoir et le travail (1). 709.
» Connaissant le vice et la vertu, épris de la plus
noble (2) ambition, combattez sans orgueil. Là, où est le
devoir, est aussi la victoire. 770.
» Notre victoire, sache-le, sire, est assurée dans ce
combat ; car, comme l’a dit Nârada, du côté, où est
Krishna, se tient la victoire. 771.
(1—2) Édition de Bombay.
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BHISHMA-PARVA.
63
» La victoire est aux ordres de Krishna (1) ; elle suit
les pas du meurtrier de Madhou ; autant que lui obéit la
victoire, autant les autres vertus lui sont également sou-
mises. 772.
» La splendeur de Govinda est infinie ; les multitudes
d’ennemis ne lui inspirent aucun trouble d’esprit : c'est
un homme fait de l’éternité (2). Là, où est Krishna, est
toujours la victoire. 773.
» Jadis devenu Hari-Vikountha à la flèche non pares-
seuse, il dit aux Asouras et aux Dieux avec une voix ton-
nante : n A qui la victoire doit-elle appartenir? » 774.
» Les vainqueurs furent alors ceux, qui dirent : Puis-
sions-nous vaincre sous la conduite de Krishna ! » Car les
trois mondes furent obtenus, grâce à lui, par Çakra et les
autres Dieux. 775.
» Je ne lui vois point ici la moindre inquiétude pour
toi, à qui le souverain du Tridiva, le Dieu, qui jouit de
l’univers entier, promet la victoire. » 776.
Ensuite, se disposant en bataille contre les divisions de
Bhishma, le roi Youdhishthira d’exciter son armée. 777.
Les Pàndouides rangèrent leurs troupes suivant la des-
cription, qui en fut donnée : les propagateurs de la race
de Kourou désiraient conquérir par une grande bataille
les plus hautes demeures du Swarga. 778.
L’armée de Çikhandi formait le centre, défendu par
l’Ambidextre. Dhrishtadyoumna, protégé par Bhlmaséua,
marchait au front de bataille. 779.
L’armée du midi, sire, était flanquée par Youyoudhâna,
(I) Explication <la commentaire.
^2) Édition de Bombay.
LE MAHA-BHAHATA.
aâ
le fortuné général des Satwatas, comme par Indra, un arc
à la main. 780.
Au milieu des hommes (1) et des éléphants, Youdhish-
thira était monté sur un char-, muni d’une galerie exté-
rieure, fourni d’engins en or, couvert d'or et de pierreries,
semblable au véhicule du grand Indra. 781.
Son ombrelle d’une nette blancheur, élevée dans les
airs , soutenue sur un manche d’ivoire, jette son éclat au
loin. Les grands rishis chantent les louanges du monarque
de la terre et décrivent un pradakshina autour de lui.
Les archi-brahmes lui prédisent la mort de l’ennemi,
les brahmarshis parfaits l’exaltent et le comblent de pa-
roles favorables avec des prières à voix basse, des hymnes
et des simples d’une grande efficacité. 782 — 783.
Enfin, le magnanime et le plus grand des Kourouides
s'avança comme Indra, le souverain des Immortels, dis-
tribuant aux brahmes des milliers de présents, des vaches,
des fruits, des fleurs et des nishkas d’or. 784.
Avec ses belles roues, ses blancs coursiers, ses bou-
quets lumineux, ses clochettes par centaines, le char
d’Arjouna, où le jaune de l’or s’entremêlait avec le rouge
du plus riche or, resplendissait comme le feu ou comme un
millier de soleils. 785.
Monté sur ce char, modéré par Kéçava, ce guerrier,
qui a le singe pour son drapeau, qui porte un arc, qui
tient à sa main les flèches du Gândiva, lui, de qui il
n’existe pas un égal sur la terre, un jour il sera pour
nous. 786.
Ce héros, duquel sans armes on admire les bras char-
(1) Édition de Bombay.
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BH1SHM A-PARVA.
«5
ruants, il s'est revêtu de formes infiniment terribles pour
détruire l’année de tes fils; il réduira en cendres sous
ses bras les éléphants et les hommes dans la bataille.
Accompagné des jumeaux, Bhimaséna-Ventre-de-Loup
est le gardien du char de" ce héros, à peine l’eurent-ils
vu semblable aux images de Mahéndra dans le inonde,
avec le dandinement d'un roi des lions dans l’ivresse ;
787—788.
A peine tes guerriers, l'Ame plongée dans la crainte-
eurent-ils vu l’inaccess'ble Vrikaudara, étalant devant soi
l’orgueil d’un roi des éléphants, paraître à la tête des ar-
mées, ils se troublèrent, comme des proboscidiens tombés
dans un'bourbier. 789.
Djanârddana dit ces mots, ô le plus vertueux des Bha-
ratides, au fils des rois, à Goudàkéça, qui se tenait au
milieu de l’armée : 790.
« Ce guerrier, qui brûlant de colère, placé dans l’ar-
mée, entraîne la nôtre comme un lion, c’est Bhishma, le
drapeau de la race Kourouide, par qui furent offerts trois
cents açva-médhas. 791.
» Ces armées cachent le prince à la haute dignité, de
même que les nuages couvrent l’astre lumineux. Immole
ces troupes et livre ensuite un combat au taureau des Bha-
ratides. » 792.
Dès qu’il vit que l’armée des Dhritarâshtrides s’était
avancée pour la bataille, Krishna dit encore à Arjouna ces
paroles, que lui inspira l’amour de son bien : 793.
i» Devenu pur, guerrier aux longs bras, et tournant le
visage au combat, adresse pour la perte des ennemis, ton
éloge à la Déesse Dourgâ. » 79A.
A ces mots du sage Vasoudévide sur le champ de ba-
vii 5
m
LE MAHA-BHAKATA.
taille, le Prithide Arjouna descendit de son char et, joi-
gnant les mains, il récita sa prière. 705.
« Adoration à toi, dit-il, noble Déesse, hôte du Mandara,
épouse de Siddhaséna, Koumàrl, Kâli, Déesse au collier
de crânes, Kapilâ, Krishnapin'galâ. 79(5.
» Adoration à toi, éminente Kâli ! Adoration te soit ren-
due, grande Kâli I Adoration à toi, Tchandî ! Déesse fu-
rieuse ! Libératrice aux nobles couleurs ! 797.
» Vertueuse Déesse aux longues dents, qui prends un
nom de Katyâyana; 6 Djaya, ô Vidjaya, qui portes une
queue de paon pour ton drapeau et qui es parée de divers
ornements I 798.
» Qui as pour arme une grande lance, qui portes un bou-
clier et un cimeterre, sœur ainée et puînée de Gopéndra,
toi, qui as pris naissance dans la famille du berger Nandu!
» Kaâuçikl, à qui le sang des builles est toujours
agréable : adoration te soit rendue, Déesse vêtue d’une
robe jaune, au rire violent, à la face de loup, amie des
batailles 1 799 — 800.
» Oumâ, Çàkambharl, Blanche, Noire, meurtrière du
Démon Kaltabha ! Adoration te soit rendue. Déesse aux
yeux d’or, aux yeux impairs, aux yeux bistrés! 801.
» Toi, en qui sont couservés très-purs les Védas et la
tradition; Brahmanî, toi, qui lis naître les Védas; toi, de
qui l’habitation est toujours voisine pour qui t’adore dans
les tchallyas des villages du Djamboûdwlpa ! 802.
» Tu es la science Védique parmi les sciences, tu es la
grande activité des êtres animés ; tu es, Dourgà, la sainte
mère de Skandha; les routes périlleuses, c’est là ton ha-
bitation! 803.
n Tu divinité est nommée la prononciation delaSvàhà,
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BHISHM A-PAKVA.
67
la Svadhà, la minute, l’instant, Sarasvati, Sàvitrî, la mère
des Védas et des Védântas. 80A.
- ii Tu es louée, grande Déesse, par une âme pure. Que
ta bienveillance m’assure toujours la victoire surlechamp
de bataille. 805.
» Ta demeure habituelle est dans les lieux d’un accès
difficile, au milieu des périls des forêts et dans les habita-
tions (1) de tes fidèles. Tu as enfermé dans le Pâlâla les
Démons, que tu as vaincus dans un combat. - 808.
» Tu es la lassitude, le sommeil, l’illusion, la pudeur
et la fortune elle même ; tu es le crépuscule, le point du
jour, le soleil en son midi, et la mère de toutes choses,
» La satisfaction, la nourriture, la constance, la splen-
deur, l'amplificatrice du soleil et de la lune. Les Siddhas
et les Tchâranas te regardent comme le salut des hommes
sauvés dans le combat, u 807 — 808.
Connaissant alors quelle était la dévotion du Prithide(
l'amie des hommes dit, placée dans l’atmosphère et se te-
nant vis-à-vis de Govinda : 809.
« Dans bien peu de temps, fils de Pândou, tu dompte-
ras les ennemis ; car tu es Nara, inaflrontable, secondé
par Nàràyana. 810.
» Tu es aussi invincible aux ennemis que le Dieu de la
foudre lui-même! » A ces mots, lui ayant donné une grâce,
la Déesse disparut au même instant. 811 .
Dès qu’il eut obtenu cette faveur, le fils de Kountl re-
garda la victoire comme à lui ; il remonta sur son char,
estimé le plus grand des chars. 812.
Placés sur un même véhicule, Krishna et Arjouna de
(1) Texte du commentaire.
68
LE MAHA-BHARATA.
souffler dans leurs conques célestes. — L’homine, qui, à
son lever, récitera cet éloge de Kâlt, 81 3.
N’a rien à craindre, ni des Yakshas, ni des Rakshasa»,
ni des Piçâtchas : il n’a pour ses ennemis, ni les serpents
et les autres animaux vinimeux, ni les monstres aux dents
saillantes. 81 A.
Dès ce moment, les princes de la famille du roi ne lui
inspirent aucune terreur ; il gagne la victoire dans ses
procès ; est-il prisonnier, il est délivré de sa prison. 815.
Il est préservé nécessairement dans les p is difficiles ; il
échappe aux voleurs; il obtient toujours la victoire dans le
combat, et ne connaît que la prospérité seule. 816.
Qu’il vive alors cent années, doué de vigueur et de
santé ! Voilà ce que mes yeux ont vu, grâce au sage Vyâsa.
Tes fds ont l’âme méchante ; leur démence empêche
aux deux rishis Nara et Nàrâyana de les connaître ; tous,
ils suivent le pouvoir de la colère. 817 — 818.
Le filet de la mort les enveloppe : cette parole est de
circonstance. Dwaipâyana, Nârada, Kan va, Ràma et Nara
ont voulu arrêter tôn fils ; mais il n’a pas écouté leur lan-
gage. Où est la vertu, la splendeur et l’amour, où est la
pudeur, la prospérité, le jugement, où est enfin le devoir,
là est Krishna, et là où est Krishna, se tient aussi la vic-
toire. 819—820—821.
« A quelle cause appartenaient les guerriers, qui com-
battirent là pleins d’ardeur? s'enquit Dhritarâshtra. De
qui les âmes, Sandjaya, imprimaient-elles la terreur? Qui
étaient abattus, abandonnés de leur âme? 822.
» Qui décochèrent les premiers traits, ébranlement du
cœur? Sont-ce les miens? Sont-ce les Pàndouides? Dis-
moi cela, Sandjaya 1 823.
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BH1SHMA-PARVA.
60
»< A qui de ces combattants, répandus en menaces, ap-
partenaient, dans l’engagement de ces armées, les effluves
des bouquets odorants, les discours et les pradakshi-
nas? » 824.
Les combattants de ces deux armées étaient alors pleins
d’ardeur, lui répondit Sandjava; les bouquets étaient
égaux; égales étaient les senteurs de ces fleurs bien odo-
rantes. 825.
Les immolés en grand nombre eussent composé des
armées, éminent Bharatide : le carnage, résultat du choc
de ces guerriers lancés l’un contre C antre , fut im-
mense. 826.
(Tétait un bruit confus d’instruments de musique, mêlé
au son des tambours et des conques, auxquels se joi-
gnaient les menaces mutuelles des guerriers, que trans-
portait l’héroïsme des batailles. S27.
Une grande infortune pesa à la fois sur les deux ar-
mées, quand les guerriers eurent fixé leurs regards, les
uns sur les autres, les Kourouides, qui poussaient des
cris, et les héros Pàndouides, qui étaient remplis d'ar-
deur. 828—829.
« Que firent les miens, Sandjaya, et les liis de Pàndou,
quand le désir du combat les eut rassemblés dans le
Dharma - Kshétra ou le champ des enfants de Kou-
rou ? » 830.
Dès qu’il vit la nombreuse armée des Pàndouides, ré-
pondit Sandjaya, le roi Douryodhana de s'approcher de
l’Atchârya et de lui dire ces paroles : 831.
« Regarde , Atchârya , cette grande et nombreuse
armée des fils de Pàndou, qui obéit aux ordres de tou
disciple, le sage fils de Droupada? 832.
70
LE MABA-BHARATA.
» Ici, sont des héros aux grands arcs, les égaux de
Bhîma et d'Atjouna dans la guerre, Youyoudhâna, Viràia
et le vaillant Droupada, 833.
» Dhrishtadyouinna, Tchékitâna, le valeureux souve-
rain de Kâçi, Pouroudjit, Kountibhodja et Çalvya, le roi
dés hommes, 834.
» L’intrépide Youdhàmanyou, le brave Outtamaàudjas,
le fils de Soubhadrâ et les enfants de Dra&upadl : tous,
assurément, sont des héros. 835.
» Écoute, ô le plus grand des brahmes, ceux des
nôtres, qui sont entrés en bataille. Je te dirai nommément
les généraux de mon armée : 836.
» Ta sainteté d’abord, et Bhtshma, et Karna, et Kripa,
vainqueur dans les batailles, Açvatthâman, Vikarna, et
Djayadratha, le fils de Somadatta, 837.
» Et d’autres héros nombreux, qui ont fait pour moi le
sacrifice de leur vie : tous combattent avec des armes
variées, tous sont habiles dans les combats. 838.
» Notre armée est - elle insuffisante , quand c'est
Bhlshma, qui la soutient? Leur armée, au contraire,
défendue par Bhîma, suffit-elle contre nous? 839.
» Fermes dans le poste, où l’ordre vous a placés, que
vos excellences, de concert, gardent Bhishma dans toutes
les routes du combat ! » 840.
Alors, faisant naître leur joie, le vieillard des Kou-
rouides, leur auguste aïeul, exhala son cri de guerre et
remplit de vent sa conque. 841.
• A ce même instant retentirent les conques, les tam-
bours, les petits panavas, les trompettes : c'était un bruit
tumultueux. 842.
Montés sur un grand char, attelé de chevaux blancs,
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BHISHMY-PARVA.
71
Mâdhava et le Pàndouide Arjouna de réveiller leurs cé-
lestes conques. 843.
Hrishlkéça remplit de vent son Pàntchadjanya, Dha-
nandjaya son Dévadatta , et Vrikaudara aux terribles
exploits sa grande conque Paâundra, 844.
Le roi Youdhishthira, fils de Kountl, son Anantavi-
djaya, ou la Victoire infinie : Nakoula et Sahadéva, ce-
lui-ci le Manipoushpaka et celui-là son éclatant Sou-
ghosa. 845.
Le roi de Kàçi à l’arc supérieur, le héros (jikhandi,
Dhrishtadyoumna, Viràta et Sàtyaki , à qui ne fut jamais
connue la défaite, 840.
Droupada, les enfants de Draâupadi entièrement, sou-
verain de la terre, et le fils aux longs bras de la chaste
Soubhadrâ tirèrent, chacun en particulier, des sons de
leur conque. 847.
Ce bruit confus déchira le cœur des Dhritarâshtrides et
fit résonner les échos du ciel et de la terre. 848.
Dès qu’il vit, rangés de pied ferme, 'es enfants de Dhri-
tarâshtra, le Pàndouide à l'enseigne du singe éleva son
arc et dit alors, souverain de la terre, ces paroles à Hrishi-
kéça : 849 — 860.
« Arrête, Impérissable, mon char entre les deux ar-
mées, jusqu’à ce que j’aie pu voir ceux, qui se tiennent
là debout, avec le désir de la bataille. 851.
» Avec qui devrai-je combattre, au commencement de
cette mêlée? Je désire voir ceux, qui, rassemblés ici,
doivent croiser le fer, et que brûle l'envie d'exécuter dans
la bataille un exploit agréable à cet insensé fils de l)hri-
tarâshtra. » 852—853.
A ces mots de Goudâkéça, Bharathide, Hrishlkéça
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72
LE MAHA-BH \RATA.
d’arrêter le superbe char entre les deux armées, 85A.
Sous les yeux de Bhîshma, de Drona et de tous les
maîtres de la terre : « Vois, (ils de Prithâ, dit-il, ce ras-
semblement des enfants de Kourou ! » 855.
A la vue de ses beaux-pères, de ses amis, de tous ses
parents, le pied ferme dans les deux armées, le fils de
Kountî, ému par la douleur et saisi d'une profonde com-
passion, articula ces paroles : 856 — 857.
« A l’aspect de ces guerriers, mes parents, que le dé-
sir des batailles conduit ici, mes membres fléchissent sous
moi, Krishna, et mon visage se flétrit. 858.
» Le tremblement m’agite ; sur mon corps se dresse
l’horripilation, le Gandîva échappe à ma main, et ma peau
se dessèche. 859.
» Je n’ai pas la force de rester debout; mon âme
tourne, en quelque sorte ; je vois des présages sinistres ,
Kéçava. 860.
» Je ne vois pas que le bien puisse venir de la mort
donnée à mes parents. Je ne désire pas la victoire, Krishna,
ni le royaume, ni les plaisirs. 861 .
» Qu’avons-nous besoin d'un royaume, Govinda? Qu'a-
vons-nous besoin de plaisirs ou même de la vie? Ges
hommes, pour qui nous eussions désiré un royaume, des
jouissances ou des plaisirs, ont renoncé aux richesses, au
souille de l'existence, et nous attendent, le pied ferme,
dans ce combat ! Ge sont nos instituteurs spirituels, nos
pères, nos fils et même nos aveux, 862 — 863.
» Nos oncles, nos beaux-pères, nos petits-fils, nos
beaux-frères et nos alliés enfin. Je n’ai pas le désir de leur
donner la mort, fussent-ils occupés même à la donner aux
autres! S6â.
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BHISHMA-PARVA.
73
» L’empire des trois mondes en dût-il Être le prix ;
combien moins pour la terre ! Quand nous aurons immolé,
Djanàrddana, les enfants de Dhritarâshtra, quelle joie en
ressentirons-nous ? 865.
» Si nous tuons ces criminels, le péché en retombera
sur nous ! Il ne nous sied donc pas de porter la mort aux
Dhritaràshtrides, nos parents. 866.
» En effet, Màdhava, comment pourrions-nous éprou-
ver du plaisir, couverts du sang de notre famille? Si eux,
l’àine offusquée par la cupidité, ils ne voient pas la faute,
que fait naître la destruction de sa famille, et le péché de
nuire à ses amis, ne devons-nous pas savoir nous détour-
ner de cette déchéance morale, quand nous voyons de nos
yeux, Djanàrddana, quelle faute accompagne ce massacre
de la famille ? Cette ruine de la famille, elle entraîne à
leur perte les devoirs éternels de famille. 867 — 868 — 869.
» La vertu n’étant plus, le vice surmonte la famille :
et l'etnpire du vice, Krishna, infecte les plus nobles
femmes. 870.
» Les femmes corrompues, rejeton de Vrishni, amè-
nent la confusion des castes; et cette confusion ouvre le
Naraka aux destructeurs de la famille. Les pères de cette
famille y tombent; car les offrandes de l’eau et des gâ-
teaux funèbres sont interrompues par ces fautes des des-
tructeurs de la famille, qui produisent la confusion des
castes. 871 — 872.
» Us poussent à leur perte les lois de la parenté et les
religions éternelles de la famille. Le Naraka est nécessai-
rement, Djanàrddana, l’habitation des hommes, qui ont
laissé perdre les vertus de la famille ; ainsi, l'avons-nous
appris des maîtres. Hélas 1 sommes-nous donc résolus à
74
LE M4HA-BHARATA.
commettre un grand crime, puisque le désir des plaisirs
d'un royaume fait que nous nous hâtons d'immoler notre
famille ? Si les Dhritarâshtrides, les armes à la main,
pouvaient me tuer dans la bataille, moi, sans armes,
sans résistance... y aurait-il un sort plus heureux? »
873—874—876—876.
Quand il eut parlé ainsi, Arjouna de laisser tomber son
arc avec sa flèche et, l'àme agitée par le chagrin, de s’as-
seoir sur le banc du char. 877.
Le meurtrier de Madhou lui adressa ces paroles, à lui,
pénétré de compassion, accablé de douleur, les yeux trou-
blés et remplis de larmes : 878.
« D’où te vient, Arjouna, cette défaillance de l'esprit,
qui ne conduit point au Swarga, qui produit la honte,
et qui ne trouve d'accès que dans le3 gens sans no-
blesse (1) ? 879.
» Ne tombe pas dans ce découragement, fils de Prithà,
cela ne te sied pas : abandonne cette vile faiblesse du
cœur, et reste ferme, fléau des ennemis. » 880.
« Comment , reprit l’autre , Màdbava , meurtrier des
ennemis , repousserai-je avec mes flèches Bhishma et
Drona, qui, tous deux, méritent mes hommages? 881.
» Mieux voudrait se nourrir seulement d'aumônes en
ce monde-ci que d’envoyer la mort à ses gourous d’une
haute autorité? Meurtrier de gourous, esclave de l'amour
et de l’intérêt, je mangerais donc une nourriture souillée
de sang. 882 — 883.
» Nous ne savons pas laquelle de ces deux choses est
(1) Ce distique est numéroté 880 dans l’édiliou de Calcutta par suite de
l’erreur, qui a fait comprendre dans les chiffres le sous-titre «le la vingt-
cinquième lecture.
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BH1SH.YJ Y-PARVA.
75
préférable pour nous : ou les vaincre ou être vaincus par
eux. En face de nous sont rangés les Dhritaràshtrides :
aucun homme, qui les aurait tués, n'aurait plus envie de
conserver l’existence ! 884.
» L'ànie frappée de la crainte du péché, l’esprit ému
de compassion, aveugle sur le devoir, je t’interroge ; dis-
moi de quelle résolution viendra notre salut. Je suis ton
disciple : instruis-moi, puisque j’ai recours à ta sagesse.
» Car je ne vois pas ce qui pourrait dissiper la tris-
tesse, qui dessèche les organes de mes sens, eussé-je ob-
tenu sur la terre un royaume sans ennemis, où règne l’a-
bondance, eussé-je obtenu même l'empire sur les Dieux !
885—880.
A ces mots adressés à Hrishlkéça, Goudâkéça , le fléau
des ennemis, dit encore à Govinda : « Je ne combattrai
pas ! » et resta enseveli dans le silence. 887.
Hrishlkéça répondit en riant, Bharatide, ces paroles
au guerrier, accablé par la douleur, au milieu do , deux
années : 888.
« N’aie pas de chagrin sur des hommes, qui ne sont
point il regretter. La manière, dont tu parles, est-elle
l’expression de la sagesse ? Les pandits ne pleurent, ni
les vivants ni les morts. 889.
» Car jamais je n’ai cessé d’être, ni toi, ni ces rois des
hommes, et jamais nous ne cesserons d’être, nous tous
au-delà de cette vie présente. 890.
» De même que, dans ce corps du mortel, on voit tour
à tour l’enfance, l’âge mûr et la vieillesse, de même, après
cette vie, on obtient un autre corps, et le sage ne se
trouble point ici-bas. 891.
» Le contact avec la matière donne du plaisir et de la
76
LE MAHA-BHARATA.
douleur, fils de Kountl, cause le froid et le chaud : sup-
porte ces choses, Bharatide, qui ne sont pas continuelles,
qui naissent et meurent tour à tour. 892.
» L’homme, qu’elles ne troublent pas, ô le plus
grand des hommes, et qui tient pour igaux le plaisir et la
douleur, est un sage qui participe à l'immortalité. 893.
>< Ce qui n’est pas ne peut être ; il est impossible
que ce qui est ne soit pas; la différence entre les deux
est saisie par ceux , qui voient la vraie nature des
choses. 89A.
» L’être, par qui cet univers fut créé, est indestruc-
tible, sache-le : personne ne peut causer la perte de cette
essence impérissable. 895.
» On dit que ces corps ont une fin, mais cette âme
est éternelle, impérissable ; elle échappe à toute mesure ;
combats donc, fils de Bharata. S96.
» Quiconque voit dans l’âme une coupable d'homicide
ou pense que l’âme est tuée, ne sait pas distinguer entre
ces deux choses, le corps et l'âme : celle-ci ne tue pas et
n’est pas tuée. 897.
» Elle ne nait pas, elle ne meurt point ; elle ne sera
pas de nouveau, après avoir été une fois : elle est antique,
sans naissance , impérissable , éternelle, et n'est pas tuée
dans un corps frappé à mort. 898.
» Dès qu’un homme sait qu’une âme est sans nais-
sance, impérissable, indestructible, éternelle, comment,
ou qui ferait-il tuer? Et qui tuerait-il ? 899.
» Ayant abandonné ses membres vieillis, l’àme passe
en de nouveaux corps, de même qu’un homme prend
d'autres vêtements neufs au lieu de ses habits usés. 900.
» Les flèches ne peuvent la percer, elle n’est pas brû-
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BHISHMA-PAKVA.
77
16e par le feu, les eaux ne peuvent la mouiller, ni le vent
la dessécher. 001 .
» Impossible à percer, à brûler, à mouiller, à dessé-
cher, durable, éternelle, allant partout, immobile, im-
muable, 002.
v Invisible, se dérobant à la pensée , l’âme est dite
n’ètre point exposée au changement de formes. La con-
naissant pour telle, ne veuille donc pas lui donner des
larmes. 003.
» Penses-tu quelle est toujours soumise à la naissance,
guerrier aux longs bras, et toujours soumise à la mort,
dans cette condition-là même, ne veuille pas lui donner
des larmes. 004.
» Car la mort suit immanquablement la naissance et
la renaissance suit immanquablement la mort. C’est une
chose, qu’on ne peut empêcher, ne veuille donc pas lui
donner des larmes.. 005.
» Les commencements des êtres sont indistincts ; dis-
tincts sont les milieux seulement ; mais les morts sont in-
distincts : y a-t-il ici lieu de gémir? 000.
» L’un voit l’âme comme une merveille, l’autre en
parle comme d’une merveille, celui-là écoute en parler
comme d’une merveille; mais, après qu’il a entendu, per-
sonne ici ne la connaît encore. 007.
» L'âme est perpétuellement invulnérable dans le corps
de chaque individu ; ne veuille donc pas donner des
larmes à toutes les créatures. 008.
k Ayant même considéré ton devoir, ne veuille pas
trembler, car il n’est ici rien de meilleur pour un kshatrya
qu'une juste guerre. 000.
>• Grâce à un tel combat, qui s’offre de lui-même, fils
78
LE MAHA-BBA1UTA.
de Prithâ, les heureux kshatryas obtiennent que la porte
du Swarga leur soit ouverte. 910.
» Si tu ne soutiens pas cette bataille légitime, tu aban-
donnes te devoir de ta caste et la gloire , tu encours le
péché. 911.
» Les créatures diront à jamais ta honte, et, pour un
homme réfléchi, la mort vaut mieux que le déshonneur.
» Les héros penseront que c’est la crainte, qui t'a fait
déposer les armes, et, après que tu as été en grande es-
time devant eux, tu tomberas dans leur mépris. 912-913.
» Tes ennemis tiendront sur toi mille discours inju-
rieux; ils blâmeront ton incapacité : est-il rien de plus
douloureux ? 914.
» Ou tué, tu obtiendras le Swarga ; ou vainqueur, tu
jouiras de la terre : relève-toi donc, fils de Kountl, et que
ton âme soit résolue au combat. 915.
» Tiens pour égaux le plaisir et la douleur, le gain et
la perte, la victoire ou la défaite ; combats vaillamment :
de cette manière, tu ne succomberas point au péché. 916.
» La philosophie, que je viens de t’exposer est dans le
système Sankhya; écoute-la avec recueillement : appuyé
sur elle, fils de Prithâ, tu ne seras pas lié par la chaîne
des œuvres. 917.
» Ici , il n’est pas d" échec dans les assauts, et l’on
n’est point frustré de ses espérances : une minime partie
de cette loi suffit pour sauver un homme d’un grand dan-
ger. 918.
» La nature de la détermination repose ici, rejeton de
Kourou, sur une seule doctrine ; mais les doctrines des
gens irrésolus sont infinies et se divisent en plusieurs
branches. 919.
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BH1SHMA-PARVA.
79
» Il est une parole fleurie, que débitent les hommes mal
instruits, voués aux désirs mondains, qui se font un plai-
sir des disputes sur le Véda, et du Swarga leur but prin-
cipal : « 11 n’existe pas une autre récompense, disent-ils;
et, distribuant le fruit des œuvres, à partir de la nais-
sance, ils sont prodigues en distinctions sur les cérémo-
nies pour arriver aux richesses et au pouvoir. 920 — 92i .
» Pour ces hommes, attachés à la puissance ou aux ri-
chesses, et de qui cette parole a séduit l'aine, la doctrine,
qui est la détermination elle-même, ne repose pas sur une
mûre réflexion. 922.
u Les Védas ont pour domaine les trois qualités ; sois
exempt, Arjouna, de ces trois qualités : que ton âme
ne se partage pas ; reste dans la constance de ton moi,
ne t’unis point à la joie, et commande en maître à ton
âme. 923.
» La science divine distingue en tous les Védas autant
de sens qu’il y a d'eau dans un puits, où les ondes affluent
de tous les côtés. 92â.
» Que ce soit l’œuvre seule, non jamais son fruit, qui
te porte à l’action : mais, si tu n’agis point à cause du
fruit des œuvres, ton désir ne doit pas être aussi de rester
dans l’improduclion de toute œuvre quelconque. 925.
» Tiens-toi ferme dans l’yoga et, devenu indifférent
au succès et au revers, accomplis les œuvres, sans atten-
dre la récompense, des actions ; c’est même cette indiffé-
rence, que l’on appelle yoga. 920.
» L’œuvre, Dhanandjaya, est de beaucoup inférieure à
l’yoga de la sagesse. Cherche ton refuge dans la sagesse :
malheureux sont les hommes, qui agissent à cause des
œuvres. 927.
80
LE MAHA-BHARATA.
» Le mortel, qui s’est muni de sagesse, se débarrasse
de ces deux choses : les bonnes et les mauvaises œuvres.
Livre donc un combat pour arriver à l’yoga. L’yoga est
la félicité des œuvres. 928.
» Les hommes d’intelligence unis à la sagesse, ayant
abandonné le fruit, qui liait des œuvres, affranchis des
liens de la naissance, passent dans ce monde, où règne à
jamais la santé. 929.
» Quand ta raison aura traversé les régions téné-
breuses de l’erreur, tu parviendras alors au mépris de
toute science déjà connue ou qui doit t'être enseignée.
■) Alors que, détournée de la science, ton âme se tien-
dra, immobile et sans bouger, dans la contemplation, tu
arriveras dans l’absorption en l’Être absolu. »
930-931.
« Quel est, répondit Arjouna, le langage d’un homme
voué à la méditation et de qui la science est immniuable,
Kéçava ? Que dit un homme à la raison ferme’’ Comment
se tient-il assis? Comment marche-t-il ? » 932.
« Lorsqu’il a banni tous les désirs, qui peuvent entrer
dans son cœur, repartit le bienheureux Bhagavat, et qu'il
trouve de lui-même, fils de Prithâ, son plaisir en lui-même,
il est appelé alors un sage à la sciençe immuable. 933.
*> Le solitaire, de qui l'esprit n’est pas troublé dans
les douleurs, qui a chassé le désir des plaisirs, qui est
sans colère, sans crainte, sans amour, est appelé une âme
forte. 934.
» Celui, qui n’a pas dispersé de tous les côtés ses affec-
tions, qui, ayant obtenu le bonheur et le malheur, ne s’est
pas réjoui de l’un, ni irrité contre l’autre, la sagesse de
cet homme est solidement affermie. 935.
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BHISHMA-PARVA.
81
» Si, tel que la tortue retire ses membres dans sa cara-
pace, il a retiré entièrement ses organes des choses, qui
affectent les sens, la sagesse de cet homme est solidement
affermie. 936.
» Les objets des sens cessent leur influence devant le
mortel voué au jeûne : ainsi les affections de l’âme se re-
tirent â la vue d’un homme exempt d'affections. 937.
» 11 arrive que les sens impétueux, fils de Kountl, en-
traînent de force l’âme de l’homme instruit, quelque
dompté qu’il soit. 938.
» Qu’après les avoir tous comprimés, il demeure assis,
la pensée attentivement fixée sur moi ; car solidement affer-
mie est la sagesse de l'homme, qui a réduit en sa puis-
sance les organes des sens. 939.
» La pensée de l'homme sur les objets des sens enfante
le penchant, celui-ci engendre l’amour et de l’amour naît
la colère. 940.
» La folie vient de la colère, de la folie procède le
trouble de la mémoire, qui donne la naissance à la perte
de l’intelligence, et, la raison perdue, l’homme périt.
» Le mortel à l’esprit docile, qui marche aux objets
sensibles avec des sens obéissants à son âme et séparés de
l’amour et de la haine, parvient à la sérénité. 941 — 942.
» L’abandon de ses douleurs naît au sein de la séré-
nité, et, quand son âme est sereine, la sagesse bientôt se
présente à lui de tous les côtés. 943.
» 11 n’est pas de science pour l’homme sans attention ;
il n’est pas de méditation pour quiconque est privé d’at-
tention ; il n'est pas de calme pour celui, qui ne médite
pas : d’où pourrait venir le plaisir au mortel, qui ne jouit
pas du calme? 944.
vu
6
82
LE MAHA-BHARATA.
» L'égarement du cœur, qui obéit à la marche des
sens, emporte la raison, comme un navire est promené
au milieu des ondes par le veut. 945.
» Elle est donc solidement affermie, guerrier aux longs
bras, la sagesse de ce; homme, qui a comprimé de tous les
côtés ses organes pour les choses sensibles. 9âd.
» Ce qui est la nuit pour toutes les créatures est, pour
l’homme calmé, un jour où il est bien éveillé ; ce qui est
le jour pour tous les êtres éveillés est pour L’anachorète
une nuit, où il voit clair maigri ■ les ténèbres. 947.
b I)e même que les eaux entrent dans la mer, dont elles
remplissent le bassin aux montagnes fameuses ; de même
tous les désirs entrent dans le cœur ; et l’ homme passionné
n’obtient pas la paix. 948.
» Quiconque, ayant secoué tous les désirs, marche
sans affections, indifférent à tout, sans orgueil, il arrive à
trouver la paix. 949.
b C’est lit, fils de Prithà, la halte divine : celui, qui ne
l’atteint pas, est livré au délire. S'y tient-il attaché, il ob-
tient 4 l’heure de la mort (1) l'affranchissement de la ma-
tière et l’union en l'être absolu. » 950.
« Si tu penses, Djatiàrddana, que la pensée vaille
mieux que l’action, interrompit Arjouna, pourquoi tne
pousses-tu, Kéçava, dans une action épouvantable ?
» Pourquoi égares-tu ma raison, pour ainsi dire, avec
ce langage ambigu Comment puis-je arriver au parti le
meilleur? Décide cela seulement et dis-le-moi. »
(1) S’il y arrive, ‘lit Parraud, qui ajoute en note : * Il y a sans doute
ci quelque mystère, qu'il nous est impossible de pénétrer. » Ces trois ou
quatre mots n'existent pas dans les deux textes de Bombay et de Calcutta :
v< iU tout le mystère.
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BHISHMA-PARVA.
33
« En ce monde, lui répondit le Vasoudévide, il y a
deux manières de vivre, je te l’ai déjà dit, prince sans
péché : celle des Sankhyanistes, voués à l’yoga de la
science, et celle des Yogis, livrés à l’yoga des œuvres.
» L’homme, parce qu'il n’accomplit pas un commen-
cement d’œuvres, ne jouit pas de i’état vide d’action :
il n’atteint pas môme à la perfection en renonçant au
monde. 951 — 952—953 — 95ü.
» damais, en eiïct, qui que ce soit ne reste, ne fût-ce
qu’un seuT instant, sans faire d’action. Tout homme est
poussé à l’œuvre malgré lui par les qualités, qui naissent
de sa nature. 955.
» Quiconque, ayant interdit l’action à ses sens, de-
meure inertement assis, et, laissant s’égarer son âme,
nourrit dans son esprit le souvenir des choses sensibles,
on l’appelle un hypocrite. 956.
» Mais on loue, Arjouna, l’homme, qui, ayant enchaîné
par l’esprit ses organes des sens et n’étant pas attaché à
l’yoga des œuvres, entreprend une action par ses facultés
actives. 957.
» Accomplis donc une action nécessaire : agir vaut
mieux que l’inaction. Si tu n’agis pas, tu ne réussiras pas
môme à trouver ta subsistance. 958.
» A l’exception de cette œuvre, qui a pour objet le sa-
crifice, ce monde nous retient avec la chaîne des œuvres.
Accomplis donc, exempt de désirs, cette présente action.
» Jadis, quand Brahma eut formé les ôtres avec le sa-
crifice : « Croissez avec lui, dit-il ; qu’il soit pour vous la
vache Kàmadhouh et trayez de sa mamelle toutes les
choses désirées. 959 — 960.
a Nourrissez les Dieux avec le sacrifice etqueles Dieux
84
LE MAHA-BHARATA.
vous en nourrissent. Appuyés l’un sur l'autre, atteignez
au bien suprême. » 9(51.
» En effet, les Dieux, nourris par les sacrifices, vous
donneront les nourritures désirées. Quiconque mange les
mets, sans qu’il ait commencé par donner aux Dieux une
pari dans les aliments donnés par eux, n’est pas autre
chose qu’un voleur. 962.
u Les gens honnêtes, qui mangent les restes du sacri-
fice, sont lavés par eux de toutes leurs souillures ; mais
les méchants, qui font cuire des aliments pour eux seuls,
s’y engraissent de leurs péchés. 963.
» Les créatures vivent par la nourriture, la nourriture
vient des pluies, les pluies naissent du sacrifice, et le sa-
crifice a son origine dans l’œuvre. 964.
» Sache que de Brahma procède l’œuvre, et que l’Être
incorruptible est la source de Brahma. Par conséquent,
Brahma est toujours présent en toutes choses ; il repose
dans le sacrifice. 965.
» Quiconque livre ses organes des sens aux plaisirs
d’une vie de péchés, et ne fait pas rouler ainsi dans le
bas-monde ce cercle, qui a reçu le mouvement ency-
clique, coule, fils de Prithâ, une existence inutile. 966.
» Mais a-t-on mis le plaisir en son âme, est-on rassasié
de soi-même, est-on satisfait de son âme, l’œuvre n’existe
pas chez un tel homme. 967.
» Car il n’y a pas d’utilité pour lui dans une chose faite
en ce monde ou non faite; tous les êtres voient se retirer
d’eux également son intérêt. 968.
» Sans lui être attaché, accomplis donc ton œuvre en
tout temps; car l'homme, qui accomplit son œuvre avec
détachement, arrive au bien suprême. 969.
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BHISHMA-PAKVA.
85
» C’est en effet par l’œuvre seulement que Djanaka et
les autres sont parvenus à la perfection. Considérant
même l’enchaînement des choses du monde, il te faut
agir. 970.
» Ce que fait un supérieur, un autre homme l’imite : le
monde suit ce qui est l’acte d’une autorité. 971.
•) Il n’est rien, que j’aie à faire dans les trois mondes : il
n’est rien, que je n’aie pas acquis et qui me soit encore à
obtenir, et cependant je reste attaché à mon œuvre. 972.
•> Si je n’étais pas toujours sans paresse dans mon
œuvre, qu’ arriverait-il , fils de Prithâ? Les hommes ne
suivent-ils pas entièrement ma voie? 973.
» Ces mondes périraient, si je ne faisais pas mon œuvre,
je serais auteur de la confusion, et je détruirais ces êtres
existants. 974.
» De la manière qu’agissent les ignorants, attachés à
leurs œuvres, Bhar&tide ; ainsi doit agir le sage, désirant
embrasser le monde entier dans son âme détachée. 975.
» Qu’il ne fasse pas naître la division dans les pensées
des ignorants; qui désirent la récompense des œuvres;
que le sage accomplisse avec attention les actes, et que
son exemple excite à faire toutes les œuvres. 976.
» Toutes les actions sont les ouvrages des qualités
inhérentes à la nature : « C’est moi, qui en suis l’au-
teur! » pense un homme à l’âme aveuglée par l’or-
gueil. 977.
» Celui, à qui la vérité est connue, guerrier aux longs
bras, et qui sait distinguer entre l’acte et la qualité,
pense : « Les qualités de l'iime sont dans les qualités de
la matière; » et il ne s’attache point aux cruvres. 978.
» Troublé par les attributs de la nature, on s'attache
86
LE MAHA-lUIAllATA.
aux œuvres, qui naissent de ces qualités. L'homme, quia
la science universelle, ne doit pas causer la chûte des
gens à l’esprit lourd, qui ne possèdent pas cette science.
» Dépose en moi toutes tes œuvres; et, sans espérance,
sans orgueil, la pensée mise en l’Ame suprême, combats,
libre de soucis. 679 — 980.
» Ces hommes, qui, pleins de foi, suivent continuelle-
ment, sans murmurer, les opinions, que j'énonce ici, sont
eux-mêmes libérés des œuvres. 981.
» Mais ceux, qui, le murmure à la bouche, n’obéissent
pas à mes sentiments, sache que ces hommes, aveugles en
toute science, ont la raison perdue. 982.
» Le sage même .agit d’une manière conforme à sa pro-
pre nature ; les êtres obéissent à leur penchant naturel.
Que sert de combattre cette loi ? 983.
« Dans les affections de chaque organe des sens,
résident l’amour et la haine. Qu’il ne tombe pas sous
leur empire? Ces deux passions, en clfet, sont ses enne-
mis. 98é.
b Rester fidèle à sa religion, fût-elle dépourvue de
qualités, vaut mieux qu'embrasser la religion d'autrui,
quelque excellemment travaillée soit-elle. Sr. convertir
ù la religion des autres, entraîne l'inquiétude avec soi ; il
est préférable de mourir dans sa religion, b 985.
« Maintenant, de quelle manière cet homme instigué,
reprit Arjouna, commet-il le péché sans le désirer, Vrish-
nide, et comme poussé malgré lui ? b 98(3.
« C'est par l'amour, répondit Bhagavat, c'est par
la colère, deux passions, qui naissent de la qualité radjas.
Celle-ci est d'un avide appétit, remplie de péchés : sache
qu’elle esL dans ce monde un ennemi. . 987.
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RHISHVJA-PVllW
87
» Comme le feu est caché par la fumée, et le miroir
par la rouille, comme un fœtus est enveloppé par le
sein de sa mère, de même cette qualité embrasse le
moude. 988.
» Changeant de forme à volonté, aussi insatiable que
la flamme, éternelle ennemie de l'homme instruit, enfant
de Kountt, elle offusque la science. 089.
» Les sens, le cœur et la raison : voilii ce qu’on appelle
son habitation. Après qu’elle a enveloppé l’Âme par eux,
elle égare la science. 900.
» Ainsi, comprime dès le principe tes organes des sens,
excellent liliaratide : détruis cette cause de péchés, où
périssent la science et la distinction. 991.
» Les sens, dit-on, sont très-hauts, le cœur est au-des-
sus des sens, la raison est au-dessus du cœur, et lui, ce
radjas, est au-dessus de la raison. 092.
» Ayai.t donc appris qu’il est ainsi plus fort que la rai-
son, tire ta force de toi-même, guerrier aux longs bras, et
détruis cet ennemi, qui change de forme à volonté, aux ap-
proches inaccessibles. 093.
» 4’ai donné cet éternel yoga à Vivaçv.d, continua
Bbagavat, Vivaçvat le transmit à Manou et M nou le ré-
péta à lkshwàkou. 09û.
» C’est ainsi que les rishis des rois l’ont c< nnu, arrivé
dans leurs mains par la succession de l’un à l'autre. Cet
yoga, fléau des ennemis, s’est perdu ici-bas par la longue
révolution du temps. 005.
» Je viens de t'exposer maintenant çet antique yoga.
Tu es mon serviteur et mon ami, dit-on. Voilà, certes ! le
plus profond mystère. » Oüti.
« Le temps, où ta majesté naquit, est autre que le
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88
LE .UAHA-BHARATA.
temps où Vivaçvat est né, reprit Arjouna. Comment dois-
je entendre ces mots : « C’est toi, dis-tu, qui lui as com-
muniqué cet yoga au commencement des choses? » 097.
« Mes naissances écoulées sont nombreuses, répondit
Bhagavat; il en est ainsi des tiennes, Arjouna. Je les con-
nais toutes ; mais toi, fléau des ennemis, tu ne les connais
pas. 998.
» Quoique je n’aie pasreçu la naissance et que ma vie
soit immortelle; quoique je sois le souverain de tous les
êtres, je commande «A ma propre nature, et je nais par la
magie de moi-même. 999.
» A chaque fois qu’il y a défaillance dans la vertu et
accroissement du vice, «alors je me produis moi-même.
» Je nais dans chaque youga pour la conservation des
bons, la destruction des méchants et la restauration de la
vertu. 1,900 — 1,001.
» Quiconque sait ainsi dans la vérité ma naissance et
ma fonction divine, ne revient plus.A la naissance, Arjouna,
une fois que son âme a quitté son corps et qu’elle s’est
identifiée «avec moi. 1,002.
» Renonçant à la colère, à la crainte, à l’amour, plu-
sieurs de mes fidèles, purifiés par le feu de la science
et réfugiés d.ans mon sein, sont venus à la vie en moi.
» «Autant ils s’inclinent devant moi, autant je les honore.
Tous les hommes, fils de Prithà, suivent ma voie (1).
1,003—1,004.
» Ceux, qui désirent la perfection des œuvres, sacri-
fient aux Dieux ici-bas ; et bientôt ils obtiennent d.ans ce
monde des hommes la perfection, qui naît des œuvres.
(lj C'est mol pour n.ot le vers déjà employé ci-dessus, distique 973.
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BH1SHMA-PARVA.
89
» C’est moi, qui ai créé les quatre classes et distribué
à chacune ses travaux et ses qualités. Sache que j’en
suis le créateur dans mon éternelle inactivité.
1,005—1,006.
» Je ne suis pas souillé par les œuvres, et je n’ai
aucun désir pour la récompense de mes œuvres. L’homme,
à qui je suis connu pour tel, est libre du lien des œu-
vres. 1,007.
» Ainsi, sachant que tes devanciers ont fait l’œuvre
avec le désir de la délivrance, accomplis donc aussi, toi,
cette œuvre, qui fut faite antérieurement A ces devan-
ciers. 1,008.
» Qu’est-ce que l’action ? Qu’est-ce que l’inaction ? me
demanderas -lu. Sur cette question, les poètes eux-mèiues
flottent indécis. Je te dirai en quoi consiste cette œuvre,
dont la connaissance te conduira à la délivrance du
mal. 1,009.
» Il faut connaître l’action ; il faut connaître l’acte dé-
fendu ; il faut connaître l’inaction. Il est diflicile de mar-
cher dans le sentier de l’œuvre. 1,010.
» Quiconque verra l’inaction dans l'œuvre, et l’œuvre
dans l’inaction, sera un homme sensé, un sage au milieu
des hommes, tout occupé soit-il de toutes les œuvres.
» Celui, de qui toutes les entreprises sont exemptes
d’une pensée d’amour, les sages l’appellent un pandit,
qui a consumé l’œuvre dans le feu de la science.
1,011—1,012.
» L’homme, qui a renoncé au désir de la récompense
des œuvres, qui, sans asile, est continuellement rassasié,
n’agit pas, fût-il môme engagé dans une œuvre. 1,013.
» Sans désirs, l’âme gouvernant ses pensées, toute es-
00
LE il VU A- B H AH A i \.
pèce d'union abandonnée, faisant l’œuvre avec son corps
seulement, 'il ne tombe pas dans le péché. 1,01 A.
» Satisfait d’obtenir ce qui se présente de soi-même,
ne désirant pas s’unir avec le sexe, libre d’envie, égal
dans le succès et le revers, auteur même d’une œuvre, il
n’est pas lié par elle. 1,015.
» Pour l’homme, qui est libre de désirs, aflranclii des
passions, ferme dans la science et qui fréquente les sacri-
fices, l’œuvre entière s'évanouit. 1 ,010.
» L’enseignement des Védas est Dieu ; l'offrande, que
le brahme verse dans le feu de C autel, est Dieu ; il faut
donc qu’il aille vers Dieu, celui, qui a sa pen-ée dans l’œu-
vre attachée Sur Dieu. 1,017.
» Parmi les yogis, les uns honorent le sacrifice des
Dieux mêmes ; les autres célèbrent le sacrifice par le sa-
crifice dans le feu de Brahma. 1 ,018.
» Ceux-là sacrifient dans le feu de la répression les or-
ganes des sens, l'ouïe et le reste ; ceux-ci de sacrifier
dans les feux des sens, le son et les autres objets sen-
sibles. 1,019.
» Quelques-uns sacrifient dans le feu de la contempla-
lion et dans celui de la compression de l’âme, allumés par
la science, toutes les fonctions des sens et celles de la
respiration même. 1,020.
» On voit des yatis aux vœux parfaits olfrir en sacrifice
leurs richesses, leur piété et leur pénitence, ou le sacrifice
de l’unification, ou le sacrifice de la science et de la lec-
ture. 1,021.
» D’autres sacrifient la respiration dans l’expiration,
ou l’expiration dans la respiration. 11 en est qui, fermant
ces doux routes à l’air, que l’o» respire ou que l’ou exhale,
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BHISHMA-PARVA.
91
i e livrent à la compression entière des souffles vitaux.
» Beaucoup, se refusant la nourriture, sacrifient dans
I a vie les choses, qui la soutiennent. Tous ces hommes,
connaissant le sacrifice, son mérite et ses différences, se
1 avent de leurs péchés dans le sacrifice. 1,022 — 1,023.
» Ils mangent l'ambroisie des restes du sacrifice et
vont à l’éternel Brahma. Ce monde ne peut être le do-
maine de l’homme, qui n’a point de sacrifice. l)’où lui en
viendrait un autre, 0 le plus excellent des kourouides?
» Ces differentes espèces de sacrifice ont été créées
dans la bouche de Brahma. Sache que tous sont le fruit
des œuvres et par cette connaissance, quand tu la possé-
deras, tu seras délivré. 1 ,024 - 1 ,025.
» Le sacrifice de la science, fléau des ennemis, vaut
mieux que le sacrifice fait avec les richesses. L'œuvre
toute entière, fils de Prithà, est achevée dans kl science.
» Sache ceci : les sages, qui voient la vérité des cho-
ses, gagnés par tes prosternements, tes interrogations, tes
hommages, t'enseigneront la science. 1,020 — 1,027.
» Quand tu la connaîtras, fils de Pàtidou, tu ne retom-
beras plus dans cette défaillance d’esprit ; grâce à elle, tu
verras tous les êtres au complet dans ton àuie et en moi.
a Eusses-tu commis plus de fautes que tous les
pécheurs ensemble, tu traverseras tout cet océan de
péchés sur la barque même de la science. 1 ,028 —1,029.
b De même que le feu allumé réduit en cendres le bois;
ainsi le feu de la science, Arjouna, consume' jusqu’à la
cendre toutes les œuvres. 1,030.
« il n’existe pas en effet une eau lustrale ici-bas, telle
que la science: ) homme, que ! < contemplation a purifié,
obtieut avec le temps, cette science même dans son âme.
92
LE MAHA-BHAK \TA.
» Le mortel, qui a la foi, qui a comprimé .ses organes
des sens et qui lui est entièrement dévoué, acquiert la
science ; une fois qu’il en est maître, il arrive bientôt à
la paix la plus profonde. 1,031 — 1,032.
» L’homme sans science, sans foi, à l'âme bercée par
le doute, périt! Ni ce monde, ni celui à venir, ni le bon-
heur ne sont pourcelui, dequi l'âme est ballottée par l’in-
certitude. 1,033.
» Le mortel, Dhanandjaya, qui est maître de soi-même,
qui a retranché le doute par la science, qui a déposé les
œuvres dans la contemplation, n’est pas enchaîné par les
œuvres. 1,034.
» Ayant donc pourfendu avec l'épée de la science ce
doute de toi-même, qui naît de l’ignorance et qui siège
dans le cœur, embrasse l'yoga, fils de Bharata, et lève-
toi! » 1,035.
« Tu as parlé, reprit Arjouna, du renoncement aux
œuvres et maintenant tu parles de l’yoga : dis-ntoi après
une attentive réflexion, Krishna, lequel de ces deux moyens
vaut le mieux. » 1 ,036.
« Le renoncement aux œuvres et l'yoga des œuvres,
lui répondit Bhagavat, produisent l’un et l’autre la béa-
titude; cependant l’voga des œuvres vaut mieux que le
renoncement aux œuvres. 1,037.
» Celu'r, qui a renoncé aux œuvres pour toujours, on le
reconnaît à ces traits : il n’a ni honte ni désir. Son esprit,
qui ne flotte pas entre ces deux affections, est assurément,
guerrier aux longs bras, aisément délivré du lien des
œuvres. 1 ,038.
» Les stupides font une distinction entre la doctrine
Sânkhya et l’yoga, mais non les sages. En effet, qui se
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BHISHMA-PARVA.
03
livre entièrement à l’un obtient le fruit de tons les deux.
» Le séjour, où l’on arrive par les déductions du Sàn-
kbya, on y parvient également par les actes de l’yoga ;
et celui, aux yeux de qui le Sânkhya et l'yoga ne sont
qu’un, voit nettement les choses. 1,030. — 1,040.
» Mais il est difficile d’arriver sans l’yoga au renonce-
ment des œuvres, tandis que l’anachorète, adonné à
l’yoga, ne tarde pas à s’identifier avec l’Etre absolu.
» L’homme, qui se livre à l’yoga d’une âme purifiée,
vainqueur de son âme et victorieux des sens, n’est pas
souillé par ses œuvres, quoiqu’il agisse avec un corps
semblable à celui de tous les êtres vivants.
1,041—1,042.
» Que le sage pense de cette manière : « Ce n’est pas
moi, qui fais cela! » quand il voit, entend, touche, flaire
et mange, dort, marche et respire. 1,043.
» Soit qu’il parle, prenne ou quitte une chose, soit
qu’il ouvre ou ferme les yeux , il doit penser ainsi : « Les
organes des sens ont sans cesse pour objets les choses
sensibles. 1,044.
o Celui, qui, abandonnant le désir, fait les œuvres,
qu’il a déposées en Dieu, n’est pas plus souillé par le
péché que fonde ne peut souiller une feuille de lotus. »
b Les yogis, fuyant le désir, exécutent les œuvres par
le corps, l’esprit, la pensée et tous les sens pour la puri-
fication d’eux-mêmes. l,04â — 1,046.
b Le sage, qui a renoncé au fruit des œuvres, parvient
au comble de la tranquillité; mais l’insensé, qui est
attaché à la récompense, est enchaîné par la force du
désir. 1,047.
b Le mortel, Sànnyasi d'esprit en tous ses actes, habite
LE M.VH \-HIlAHATA.
9 h
paisiblement, sans agir, ni sans faire agir, maître de lui-
même, clans la cité aux neuf portes (1). 1 ,048.
» L’auteur du monde n’a créé, ni l’activité, ni les
œnvres, ni l’inclination vers le fruit des œuvres : c’est le
jeu delà nature individuelle. 1,049.
» Le Tout puissant n’accepte pour lui, ni les crimes,
ni les bonnes actions de personne. La science est couverte
par l’ignorance ; c’est elle, qui produit l’erreur dans les
jugements des hommes. 1 ,050.
» Mais pour ceux, dans l’âme de qui la science a tué
l’ignorance, cette science, telle qu’un soleil, illumine en
eux l’idée de l’Etre suprême. J, 051.
» La pensée mise en Lui, leur âme en Lui, leur de-
meure en Lui, livrés entièrement à Lui, ils entrent dans
une route, d’où l'on ne revient plus, la science ayant
efiàcé leurs péchés. 1,052.
» Dans le brahme, doué de modestie et de science,
dans le taureau, dans l’éléphant, dans le chien et dans
l’homme, qui mange du chien, les docteurs ne voient
qu’un seul et même être. 1,053.
» (leux, de qui l'âme se tient ferme dans l’identité, ont
triomphé de leur nature ici-bas : car Brahman est iden-
tique, sans défaut : aussi restent-ils attachés â Brahman.
» L'homme, de qui l’âme est unie par l'identification
à Brahman, ne so réjouit pas d’une chose .agréable ; une
chose fâcheuse ne l’attriste pas. La pensée ferme, sans
trouble, connaissant Brahman, ferme dans Brahman, son
esprit n’est pas attaché au contact des objets extérieurs; il
(1) C'est-à-dire, le corps , qui a neuf voies ou issues : les deux yeux,
les deux oreilles, les deux narines, h bouche, l’anus et l urètre.
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BHISHMA-PARVA.
05
trouve son plaisir en lui-mônif', il parvient à nne éter-
nelle félicité : 1 ,054 — 1 ,055 — 1 ,050.
» Les voluptés, qui naissent du toucher sont les causes
de la douleur elle- même ; elles commencent, elles doivent
finir, fils de Rounti, et le sage ne leur confie pas son plaisir.
» Quiconque peut ici-bas, avant d'ôlre libéré du corps,
soutenir la fougue, qui vient de l'amour et de la colère,
est un sage : il est heureux ! 1,057 — 1,058.
» L’homme, qui trouve en soi-même sa joie, en soi-
même ses divertissements, en soi-même sa lumière, est
un yogi, qui va s’unir à Brahman et qui s’avance, de-
venu Brahman lui-même. 1,059.
» Les rishis aux âmes comprimées, libres du doute,
qui se complaisent dans le bien de tous les êtres, et de qui
les péchés sont effacés, obtiennent de s’unir à Brahman.
n Les yalis, qui ont soumis leurs pensées, qui son
exempts de colère et d’amour, qui ont la science de leur
âme, sont bien près de s’unir à Brahman. 1,060—1,061.
» L’anachorète, qui a mis hors de soi le contact avec
les objets extérieurs, qui tient ses deux sourcils bien entre
ses yeux mômes, qui a rendu égales la respiration et l’expi-
ration, qui fait conv enablement passer l’air dans les deux
orifices de ses narines, qui a chassé la colère, le désir et.
la crainte, qui a vaincu sa pensée, son cœur et ses sens,
qui est entièrement livré au soin de sa délivrance, cet
homme est toujours un sage, assurément. 1,062 — 1,063.
» Quand il a compris que je perçois les pénitences et
les sacrifices, que je suis le souverain maître des mondes
et l’ami de toutes les créatures, il arrive à l’indifférence
absolue. 1,064.
» L'homme, qui fait l’action prescrite, sans être at!a-
96
Lli MAHA-BHARATA.
ché au fruit des œuvres, continua Bhagavat, est un sân-
nyasi, est un yogi; mais non l’ homme, qui est sans
feux, ni celui, qui est sans acte. 1,065.
» On a dit que l’yoga est le renoncement : connais-le,
(ils de Bharata : personne ne peut-être un yogi, s’il n’a
l’âme parfaitement détachée. 1 ,006.
» L’œuvre est nommée la cause pour l’anachorète, qui
veut s’élever à l’yoga ; la tranquillité est nommée l’effet,
quand ce môme homme est parvenu à son but. 1,067.
» Alors qu’il n'est plus attaché aux organes des sens,
qu’il n’est plus attaché aux objets sensibles, l’homme,
qui s’est élevé à l’yoga, on l’appelle un sannyasi de toutes
ses pensées. 1,068.
» Que l’âme ne s’élève pas soi-même, que l'âme ne
s’abaisse point elle-même : tantôt l’âme est amie de
l'homme, tantôt elle est son ennemie. 1,069.
» L'âme est l'amie du mortel, par l’âme de qui l’âme
est vaincue : elle se comporte en ennemie par la haine
de l’homme, qui n’est pas maître de son âme. 1,070.
» Mais l’âme de l'homme paisible et vainqueur de lui-
même est parfaitement recueillie dans le froid et le chaud,
dans le plaisir et la douleur, dans les honneurs et la dis-
grâce. 1,071.
» L’yogî aux sens vaincus, rassasié de la distinction et
de la science, qui de la cîine, où il est placé, voit d’un
œil égal la glèbe de terre, la pierre et l’or, est appelé un
youkta, un sage. 1,072.
» L’homme à l’esprit égal pour les méchants et les
bons, les parents, les haineux, les indifférents, les moyens,
les ennemis, les amis et les bons cœurs, jouit de la plus
grande estime. 1,073.
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I1HISHM V-l’AUV \.
97
:* Que l’Yogi, sans épouse, sans espérances, se retire
clans un lieu secret, seul, à part, l’esprit et la pensée re-
tenus, pour adorer l’Ame éternelle. 1,074.
» Qu’il étende dans un lieu pur la jonchée d’un siège
immobile pour lui-mérae, ni trop haut, ni trop bas,
excellemment couvert de toile, de fourrure ou d’herbes
kouças. 1,075.
» Qu’ayant attaché son âme fixée sur un seul point,
les fonctions des sens et de la pensée comprimées, il s’as-
seoie là sur son siège et qu’il s’adonne à la contemplation
pour la purification de lui-mème. 1,070.
» Qu’immobile, conservant son corps dans un parfait
équilibre, tenant son cou et sa tête sans bouger, les yeux
fixés sur le bout de sou nez, sans regarder aucun point de
l’espace, l'aine paisible, exempt de crainte, ferme dans le
vœu du bramatchâri et comprimant son cœur, le sage, se
tienne assis, entièrement livré à moi et sa pensée atta-
chée sur moi. 1,077 — 1,078.
» L'Yogî à l’esprit dompté, qui médite ainsi conti-
nuellement sur l’âme, arrive' à la tranquillité, qui repose
en moi et qui est le commencement du Nirvàna ou de Ju
béatitude éternelle. 1,079.
» L’unification en Dieu n’est, Arjouna, ni pour celui
qui mange trop, ni pour celui qui mange, ïans contenter
sa faim, ni pour celui, qui est trop adonné au sommeil, ni
pour celui qui ne dort pas. 1,080.
» ('.et yoga , qui détruit la peine , appartient aux
œuvres de l’homme, qui modère ses aliments, qui mo-
dère ses récréations, qui modère ses pensées, qui modère
son sommeil et son état de veille. 1,081.
» Lorsque sa pensée reste toute soumise en lui-mème,
vu 7
98
IÆ M ULV-BHA1UTA.
qu’il est sans désirs pour tous les objets capables de
l’exciter, c’est alors qu’il est appelé un Youkta. 1,082,
» Comme une lampe, qui, à l’abri du vent, ne vacille
pas, tel est, dit-on, l’image de l’Yogi aux pensées com-
primées, qui est parvenu à l’union de son âme avec Dieu.
» Quand le service de l’yoga a fait cesser la pensée,
quand, voyant son âme dans la grande Ame, il est satis-
fait de soi-même ; 1 ,083 — l,08â.
» Lorsqu’il est parvenu à connaître cette joie infinie,
perceptible à l’esprit, supérieure aux sens, et que, ferme
sur l’essence divine, il ne vacille pas; 1,085.
# Lorsque, après l’avoir obtenu, il pense qu’il n’existe
nulle autre acquisition supérieure à celle-ci et que, solide-
ment appuyé sur elle, il n’en peut être détourné par la
douleur, quelque vive soit-elle ; 1 ,086.
» 11 faut qu’il sache que cette séparation d’avec l’union
à la douleur est nommée l’yoga. On doit le pratiquer
d’une âme résolue et qui a le mépris de soi-même.
» Ayant abandonné entièrement toutes les jouissances,
qui naissent de la pensée, ayant réprimé avec son âme
toutes les distractions des sens, qui surgissent de tous les
côtés, 1,087—1,088.
» Que peu à peu sa pensée expire, saisie par la cons-
tance, et qu'ayant établi son cœur immobile dans son
âme, rien ne puisse plus même l’émouvoir. 1,089.
» Que de tous les côtés, où son cœur volage, incons-
tant, s’échappe de son âme, il retienne cet organe et le
ramène sous sa puissance. 1,090.
» Une joie pure vient alors inonder cet Yog! à l’âme
paisible, aux passions calmées, qui est sans péchés et
parfaitement identifié à l’Être absolu. 1,091.
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BHISH.M \-P\HV \.
99
» L’Yogi aux péchés effacés, qui médite continuelle-
ment sur l’àme, jouit en paix d’une félicité sans terme et
qui est en contact avec Dieu même. 1,092.
» Celui, de qui l'àme est unie à l’yoga, voit que la
grande Ame est dans toutes les créatures et que toutes les
créatures sont dans la grande Ame ; il voit donc en toutes
choses l’identité. 1,093.
# Quiconque me voit partout, voit que tout existe en
moi ; je ne péris point à ses yeux, et lui, il ne périt pas de-
vant moi. l,09â.
» Celui , qui m’honore comme résidant en tous les
êtres, est arrivé à l’unité ; et l’Yogi, dans quelque condi-
tion qu’il se trouve, est toujours en moi. 1,095.
a L’homme, à qui la ressemblance avec lui-même, fait
voir partout l’unité, soit heureuse, soit malheureuse, on
l’estime, Arjouna, un Yogi du premier ordre. » 1,096.
« Cet yoga, que tu as dit s’accomplir , meurtrier de
Madhou, par l’égalité de l'esprit, je ne lui vois pas, répon-
dit Arjouna, un état bien solide à cause de sa mobilité.
» Le cœur est violent, mobile, puissant, Krishna ; il
est étendu : je pense qu’il est bien difficile de le compri-
mer, comme le vent. » 1,097 — 1,098.
« Sans doute, guerrier aux longs bras, le cœur est mo-
bile, répartit Krishna ; il est difficile à retenir ; mais on
le saisit, fils de Kountl, par l’exercice et l’absence des
passions. 1,099.
» L’homme, qui n’est pas dompté, parvient avec peine
à l’yoga; mais il est des moyens pour y parvenir, quand
on fait des efforts, servis paruneâme obéissante. » 1,100.
Arjouna dit :
« L’homme, qui est doué de la foi, mais qui n’est pas
100
LE MAHA-BHARATA.
un Yati, el de qui l'aine s’est écartée de l’yoga, dans
quelle voie entre-t-il, Krishna, lui, qui n’a pu atteindre à
la perfection de l’unification ? 1,101.
» Tombé entre le bien et le mat, l’insensé, guerrier aux
longs bras, ne périt-il pas sans profit dans la route de.
Brahman, comme un nuage, que le vent a déchiré.
» Veuille , Krishna, nie retrancher ce doute entière-
ment. Nul autre que toi ne convient ici pour me tirer
d’incertitude. » 1,102 — 1,103.
« Fils de Prithâ, lui répondit Bhagavat, la perte de
cet homme n’existe, ni dans ce monde, ni dans l’autre
vie. Personne, mon fils, s’il est auteur de bonnes œuvres,
n’entre dans la voie malheureuse. l,10â.
» Devenu citoyen des mondes réservés aux bonnes ac-
tions, quand il en a fait son séjour une infinité d’années,
tombé de l’yoga, il passe dans la famille des gens heu-
reux et purs; 1,105.
» Ou il naît dan3 la race des sages Yogis. 11 est
certes, bien difficile d’obtenir en ce monde une naissance
telle que celle-ci. 1,10(5.
n Là, il acquiert d’être uni à la pensée, qui animait
son corps précédent, et de nouveau, fils de Kourou, il
s’efforce d’arriver à la perfection. 1,107.
» En effet, ses précédents exercices l’entraînent, mal-
gré sa résistance, et, parce qu'il désire connaître l’yoga,
il excède la parole de Brahma. 1 ,108.
» S'efforçant avec ardeur, ayant lavé tous ses péchés,
l’Yogi, que plusieurs naissances ont purifié, est conduit
par elles dans la voie suprême. 1,109.
» L’Yogî est alors estimé supérieur aux ascètes ; il est
supérieur aux savants ; il est supérieur aux hommes, qui
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BHlSHMA-PAltVA.
101
font les œuvres. Sois donc un Yogî, Arjouna ; 1,110.
# Car l'homme de foi, qui m’adresse son culte d’une
âme venue toute à moi, je l’estime le plus grand sage
parmi tous les Yogis. 1,111.
» Attachant ton cœur à moi, cultivant l’yoga, prenant
un refuge en moi, continua Ilhagavat, écoute, fils de
Prithâ, comment tu peux me connaître tout entier, sans
donner place au doute. 1,112.
u Je te dirai cette science avec la distinction ; une fois
qu’on l’a connue, on n’entrevoit plus rien autre chose ici
bas, qui soit encore à savoir. 1,113.
» Entre des milliers d'hommes, il n’en est aucun qui
s’efforce d’atteindre à la perfection: et, parmi-les parfaits,
qui font leurs efforts, il n’en est pas un, qui me connaisse
dans la vérité. 1,114.
» La terre, l’eau, le feu, le vent, l’air, l’esprit, la rai-
son et la conscience : telle est ma nature, divisée en ses
huit branches. 1,115.
» C’est l’inférieure ; mais sache, guerrier aux longs
bras, que j'ai une nature plus excellente, le principe des
êtres vivants, et par laquelle tout cet univers est soutenu.
» C’est la cause de tous ces êtres, que ta rue tmbrasse;
lixe là-dessus ta pensée. La naissance et la mort de ce
monde entier, c'est moi! 1,116—1,117.
» 11 n’est rien autre chose au-dessus de moi, Dha-
nandjaya. Tout cet univers tient suspendu à moi par un
fil, comme des multitudes de perles. 1,118.
» Je suis la saveur dans les eaux, fils de Kountl, la
lueur dans le soleil et la lune, la syllabe Aum dans tons
les Védas, le son dans l’air et la virilité dans les hommes.
» Je surs l’odeur sainte dans la terre, la splendeur
102
LE MAHA-BHARATA.
dans le feu, la vie dans toutes les créatures animées et la
pénitence dans les ascètes. 1,119 — 1,120.
» Sache, fils de Prithâ que je suis la semence éternelle
de tous les êtres, la sagesse des sages et la vigueur des
vigoureux. 1,121.
» Je suis dans les forts la force libre de passion et d’a-
mour, éminent Bharatide ; je suis dans tous les êtres l'a-
mour, que la loi ne défend pas. 1,122.
» Sache que les qualités du genre sattwa et celles de
l’espèce radjas et les qualités de l’ordre tâmas viennent
de moi seulement ; je ne suis pas en elles, c’est elles, qui
sont en moi. 1,123.
» Tout ce monde , jouet des illusions faites de ces trois
qualités, ne sait pas que moi, l’ Éternel, je suis au-dessus
d’elles. 1,124.
» Voilà comme j'ai composé de qualités ma divine,
mon insurmontable magie, mais à ceux, qui viennent à
moi, il est donné de la traverser. 1,125.
» Ils ne viennent point à moi, les hommes vils, les
insensés, les malfaiteurs, ni ceux, qui ont embrassé les
sentiments des Démons, ni ceux, à qui l’illusion ravit la
science. 1,126.
» Quatre sortes d’hommes aux bonnes œuvres m’a-
dorent, Arjouna : l'affligé, celui, qui désire la science,
le sage, qui la possède, et celui, qui aspire à la richesse.
» Le sage sans cesse en contemplation, homme d’un
seul culte, l’emporte sur eux : je suis toujours l’ami du
sage, et lui, il m’aime d’un amour égal au mien.
1,127—1,128.
» Tous, ils sont de généreux fidèles; mais le sage,
c’est moi-même; embrassant mon sentiment, son âme
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BHISHMA-P\RVA.
403
est attachée sur moi, comme sur la voie suprême. 1,129.
» A la fin de plusieurs renaissances, l’homme de savoir
vient à moi : « Le Vasoudévide est tout; il est bien diffi-
cile d'atteindre à cette grande âme! # dit-il. 1,130.
» Ceux, à qui les désirs ont dérobé la science, snivent
d’autres Dieux ; et , enchaînés qu’ils sont par leur
propre nature, ils embrassent, celui-ci tel vœu, celui-là
tel autre. 1,131.
» Quelle que soit la divine personne, qu’un fidèle
quelconque désire honorer dans sa foi, c’est moi, qui
rends inébranlable sa foi en cette Divinité. 1,132.
» Appuyé sur cette croyance, il s'efforce d’honorer ce
Dieu, et par-là il obtient l’accomplissement de ses bons
désirs, dont je suis l’inspirateur. 1,133.
» Le fruit, obtenu par ces hommes d’une intelligence
étroite, a son terme : ceux, qui sacrifient aux Dieux, vont
aux Dieux; ceux, qui m’adorent, vont à moi ! 1,1 SA.
» Dans l'ignorance, où les tient ma nature supérieure,
éternelle, qui n’a rien de plus élevé, les insensés pensent
que je suis invisible , moi , qui suis doué de l’évi-
dence. 1,135.
» Car je ne suis pas visible à tout homme, moi, qui
suis enveloppé de la magie, que l’yoga peut seul écarter !
Ce monde, jouet de l'erreur, ne peut me distinguer, moi,
qui suis sans être né et qui ne dois pas finir! 1,136.
» Je connais, Arjouna, tous les êtres passés, présents
et futurs; mais je ne suis connu par aucun d’eux. 1,137.
» P.ar l'effet de la folie des discussions, qui s’élèvent
de l’amour et de la haine, toutes les créatures de ce
monde, vaillant Bharatide, s’avancent vers le délire.
» Mais les hommes, de qui le péché a disparu sous les
104
LE MAHA-BHARATA.
œuvres saintes, m’adorent, inébranlables dans leur vœu,
affranchis de cette folie des controverses. 1,138 — 1,139.
» Ceux, qui viennent se réfugier en moi pour la déli-
vrance de la vieillesse et de la mort, connaissent Brahman
dans sa plénitude, l’Ame suprême et l’œuvre. 1,140.
» Ceux, qui ont appris d'une âme identifiée que je suis
avant tous les êtres, avant tous les Dieux, avant tous les
sacrifices, me connaissent, l’heure de la mort une fois
arrivée! » 1,141.
«Qu’est-ce que ce Brahman, ê le plus grand des hommes?
répondit Arjouna. Qu’est-ce que l’Ame suprême? Qu’est-ce
que l’œuvre? Qu’appelle-t-on, dis-tu, ce qui fut avant
tous les êtres? Et ce qui fut avant tous les Dieux? 1,142.
» Comment es-tu le premier sacrifice? Qu'es-tu ici
dans ce corps? Comment faut-il que les hommes à l'Aine
asservie te connaissent à l'heure de la mort? » 1,143.
« Brahman est la cause primordiale, éternelle, ré-
pondit Bhagavat; la disposition delà nature, c’est l’ A—
dyàttna; on appelle œuvre la création, qui donne la nais-
sance aux principes élémentaires. 1 ,1 44.
» Ce qui fut avant les êtres, c’est l’essence de la chose
périssable, ce qui fut avant les Dieux, c’est l’Homme-
type. Je suis dans ce corps le premier des sacrifices, ô
le plus excellent de tous ceux, qui sont revêtus d’un
corps. 1,145.
» L'homme, qui, affranchi de son corps, s'avance, se
rappelant mon souvenir, au temps de la mort, s’avance,
il n’y a pas de doute, pour s’unir à ma nature. 1,146.
» A chaque être, qu’il se rappelle à l’instant de la
mort, c’est toujours vers cette créature, qu’il va, fils de
hounti, changé en la nature de cet être. 1,147.
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BH1SHMA-PARVA.
105
» Ainsi, rappelle-toi mon souvenir en tous les temps,
et livre ce combat, l’esprit et le cœur placés en moi ; tu
viendras, n'en doute pas, t’identifier avec moi. 1 ,148.
» Si mon fidèle se rappelle cet antique prophète, le
modérateur de toutes choses, moindre qu’un atôme, et
qui cependant soutient l'univers, de qui la forme ne
tombe pas sous les S"ns, qui est de la couleur du soleil et
qui fut avant les ténèbres, il s’avance, pensant, fils de
Prithà, à l’Homme primitif et céleste, avec une âme, que
l'exercic unit à l’yoga et qui ne s’écarte point sur d’autres
objets. 1,149 — 1,150.
» Uni d’une âme inébranlable à la dévotion et à la
force de l’yoga, ayant concentré comme il convient les
souilles de la vie au milieu de ses sourcils, il s'avance vers
l’esprit divin et suprême. 1,151.
» Je vais t’enseigner en abrégé cette voie, que les doc-
teurs en Védas nomment l’indestructible, dans laquelle
entrent les Yatüi aux passions éteintes, et que désirent
ceux, qui cultivent le brahmatcharya. 1,152.
» Lorsqu’il a barré toutes les portes, enfermé l’esprit
dans son cœur, placé les souilles de vie sur sa tête et
qu’il est entré dans la dévotion de l’yoga, 1,153.
» Quiconque, abandonnant son corps, s’avance, pro-
nonçant en l’honneur de lirahman le monosyllabe Aum
et se souvenant de moi, entre dans la voie la plus excel-
lente. 1,154.
» Je suis facile à acquérir, (ils de Prithà, pour l’yogi
sans cesse en extase, de qui la pensée n’est point partagée
et qui garde un continuel souvenir de moi, l’Eteruel.
n Une lois parvenus jusqu'à moi, ces magnanimes,
entrés dans la perfection suprême, ne sont plus con-
106
LE MAHA-BHARATA.
damnés à renaître dans cette périssable vie, le séjour des
douleurs. 1,155 — 1,156.
» Depuis cette terre jusqu’au monde de Brahma, les
hommes décrivent une révolution de cercle, Arjouna, et
reviennent animer d autres corps; mais celui, qui est
venu habiter en moi, ne subit point ici-bas de nouvelles
renaissances. 1,157.
# Quiconque sait que le jour de Brahma remplit mille
yougas, et que sa nuit est d’une égale durée, possède la
connaissance de son jour et de sa nuit. 1 ,158.
» A l’arrivée du jour, toutes les choses visibles naissent
du sein de l’invisible; aux approches de la nuit, elles s’é-
vanouissent ici dans l’invisible Brahma. 1,159.
' » Ainsi, quand vient l’arrivée de la nuit, cet assem-
blage d’êtres dépose la vie, dont ils ont vécu ; et tout,
fils de Prithâ, renaît nécessairement, aussitôt que le jour
éclot. 1,160.
a Mais, outre cette nature invisible, Î1 en existe une
autre éternelle, également invisible, qui ne périt pas dans
la mort de tous les êtres. 1,161.
a On la nomme l’invisible , l'impérissable. On dit
que c’est la voie suprême. Quand on y est parvenu, on
ne revient plus en arrière. C’est ma demeure la plus
élevée. 1,162.
a Une dévotion exclusive peut obtenir cet esprit su-
prême, au sein duquel se tiennent tous les êtres et par qui
fut déployé tout cet univers. 1,163.
a Je vais te dire le temps, éminent Bharatide, où les
Yogis décédés vont à l’état, d’où ils reviennent, et à la
condition, d'où ils ne reviennent pas. 1,1 OA.
a Le feu, la lumière, le jour d’une quinzaine lumi-
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BHISHMA-PARVA.
107
neuse, les six mois, où le soleil voyage dans l'hémisphère
septentrional : ceux, qui meurent en de telles circons-
tances, connaissent Brahman et vont à Brahman. 1,165.
» La fumée, la nuit, un jour de quinzaine obscure, les
six mois, où le soleil fait sa route au midi : les défunts
sous de telles conditions reviennent , après qu’ils ont
obtenu la lumière de la lune. 1,166.
» Ces deux routes obscure et lumineuse du monde
sont jugées éternelles : on ne revient pas de celle-ci, mais
de l’autre il y a retour. 1,167.
» Aucun Yogi, qui a la connaissance de ces deux voies,
ne peut être le jouet de l’erreur. Arjouna, sois donc en
tous les temps uni à l’yoga. 1,168.
» L’Yogi, à qui toutes ces choses sont connues, sur-
passe le fruit saint, que l’on enseigne être contenu dans
les aumônes, les pénitences, les sacrifices et la lecture des
Védas ; il s’élève au premier et au plus haut des cieux.
» Je vais te dire, à toi, qui m’écoutes, libre d’envie,
continua Bhagavat, cette science, accompagnée de la dis-
tinction et qui est le plus grand des mystères, line fois
que tu l’auras sue, tu seras affranchi du malheur.
» C’est une science de roi, un mystère de roi, la plus
haute des purifications, équitable, indestructible, d’un ac-
complissement très-facile et qui a la certitude devant
elle. 1,169—1,170—1,171.
» Les hommes, qui ne croient pas à cette loi, fléau des
ennemis, ne parviennent pas jusqn’A moi et retournent
dans la route du monde de la mort. 1,172.
» C’est moi, qui, revêtu d’une forme invisible, ai créé
ce monde entier : tous les êtres reposent en moi ; et moi, je
ne suis pas contenu dans eux. 1 ,173.
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108
LE M A H Y-BHARATA.
» Et, sous un autre aspect , les êtres ne résident pas
en moi. Voilà quel est mon yoga souverain. Créatrice des
êtres, mon âme les soutient tous, et n’est pas soutenue
par eux. 1,174.
» De même qu’un grand vent, qui pénètre tout, ne
cesse pas de résider en l'atmosphère : ainsi résident en
moi tous les êtres. Réfléchis bien à cette comparaison.
» A la fin d’un kalpa , toutes les créatures, fils de
Rounti, rentrent dans ma nature, et de nouveau je les
crée au commencement d’un autre kalpa. 1,175 — 1,176.
» Appuyé sur ma nature, je produis mainte et mainte
fois cet ensemble tout entier des êtres, malgré eux, grâce
au pouvoir de ma nature. 1,177.
» Les œuvres ne m’enchaînent pas, Dhanandjaya. Non
attaché par les œuvres, je reste assis, comme si j’étais
indifférent aux œuvres. 1,178.
» La nature fut enfantée par ma providence, et c’est la
cause, fils de Rounti, qui donne l’impulsion au mouve-
ment circulaire du monde avec ses êtres mobiles et immo-
biles. 1,179.
» Les insensés me dédaignent sous le corps humain,
dont je suis revêtu, ignorant que j’ai une nature supé-
rieure, qui est la grande souveraine de tous les êtres.
» Vaines sont leurs espérances, vaines sont leurs œuvres,
vaine est leur science, vide est leur pensée; ils ont pris la
nature des Rakshasas et des Asouras. 1,180 — 1,181.
» Mais, remontant jusqu’à ma nature divine, les ma-
gnanimes m'honorent d’une âme non partagée, sachant
que je suis le premier des êtres et l’impérissable. 1 ,182.
» Toujours ces homuiesaux vœux inébranlables me cé-
lèbrent, toujours ils s’efforcent tf arriver à moi , toujours
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BHISHMA-I’AÜVA.
109
ils m’adorent avec dévotion, et, continuellement unis à la
contemplation, ils ne ressent de m’honorer. 1,183.
» Célébrant le sacrifice de la science, d’autres m’ho-
norent dans mon unité, dans ma simplicité, sous diverses
formes, moi, de qui le visage est tourné de tous les côtés.
» Je suis le sacrifice, je suis la cérémonie, je suis l’of-
frande aux .Mânes, je suis le simple salutaire, je suis la
prière, je suis le beurre clarifié lui-même, je suis le feu,
je suis la chose offerte en sacrifice : 1,184—1,185.
» Je suis l’ancêtre du monde, sa mère, son père, son
aïeul; je suis ce qu’il faut connaître, la sainte syllabe
Aum, le Rig, le Santa et le Yadjour. 1,180.
» Je suis la voie, le soutien, le maître, le témoin, la de-
meure, l'asile et l'ami, la naissance et la destruction, le
lieu pour toute chose, le trésor et la semence immortelle.
b C’est moi, qui échauffe; c’est moi, qui retiens et qui
verse la pluiê;jc suis l’ immortalité et la mort; je suis,
Arjouna, ce qui est et ce qui n’est pas. 1,187 — 1 ,188.
b Après qu’ils ont purifié leurs péchés et célébré des
sacrifices, les brahmes, habiles dans les trois Védas, me
recherchent comme la voie du Swarga, et, parvenus, à la
sainte demeure du roi des Dieux, ils mangent, sire, au
sein des cieux, les aliments célestes. 1,189.
b Quand ils ont goûté le Swarga, la récompense de
leurs vertus étant épuisée , ils rentrent dans le grand
monde des morts ; et, quoiqu’ils aient suivi le devoir, en-
seigné par les trois Védas, ces hommes, qui ont le désir
de voir leurs désirs accomplis, obtiennent ainsi d’y aller
et de s’en revenir. 1,190 — 1,191.
» J’apporterai les joies de l’yoga à ces hommes tou-
jours en contemplation et qui m’honorent avec une pen-
sée, qu’un autre objet ne partage pas. 1,192.
110
LE MAHA-BHARATA.
» Les dévots, qui, doués de foi, sacrifient à d'autres
Dieux, m'honorent moi-même, fils de Kountl, quoique
d’une manière non conforme aux règles. 1 ,193.
» Je participe à tous les sacrifices et j’en suis l'auguste
seigneur ; mais ils ne me connaissent pas dans la vérité,
et c’est la cause de leur chûte. 1,194.
» Les adorateurs des Dieux se rendent au ciel des
Dieux; les adorateurs des Mânes passent au rang des
Mânes ; le monde des Bhoûtas est ouvert pour ceux, qui
sacrifient aux Bhoûtas ; mais ceux, qui m’adorent,
viennent s'unir à moi-même. 1,195.
» Une personne pieuse m’offre-t-elle avec piété de
l’eau, un fruit, une Heur, une simple feuille, je reçois vo-
lontiers ce que sa dévotion me présente. 1,190.
» Accomplis en vue de m’en adresser l’hommage, fils
de Kountl, les œuvres, tes repas, tes sacrifices, tes au-
mônes et tes pénitences. 1,197.
» Ainsi, tu seras dégagé des œuvres, qui ont des fruits
bons et mauvais ; puis, libre et ton âme unie à la contem-
plation et au renoncement de toutes choses, tu viendras à
moi. 1,198.
» Je suis égal pour toutes les créatures ; il n’en est au-
cune, qui mérite ma haine et mon amour; mais ceux, qui
m’honorent avec dévotion, ils sont en moi, et je suis en
eux. 1,199.
» Si un homme de la plus mauvaise conduite m’adore
sans partage, on doit l’estimer déjà comme- vertueux ; car
il a pris une sage résolution. 1,200.
» Bientôt il aura l'âme fidèle au devoir, il marche à la
paix éternelle. Confesse cette vérité , fils de Kountl !
l’homme pieux en moi ne périt pas. 1,201.
Les femmes, les valçyas, les çoûdras, ceux-mêmes, qui
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BHISHMA-PAKVA. 111
lurent enfantés dans le péché, s’ils cherchent un refuge
en moi, ils entrent dans la voie suprême ; 1,202.
» A plus forte raison, les saints brahmes et les dévots
Râdjarshis ! Placé dans ce monde périssable et sans joie,
adore-moi donc, Arjouna! 1,203.
Attache en moi ton âme; identifié avec moi, n’adorant
que moi seul, adresse-moi ton pieux hommage; et c’est
ainsi qu'uni avec moi, livré tout à moi, tu parviendras à
moi-même. 1,204.
» Écoute encore, guerrier aux longs bras, ma parole
sublime, poursuivit Bhagavat. Je vais te parler, engagé
par l'amour de ton bien, à toi, qui m’écoutes avec plaisir.
» Ni les chœurs des Dieux, ni les grands rishis ne
connaissent ma naissanee; car je suis le premier-né, avant
les Dieux, avant les grands rishis entièrement.
» Quiconque sait que je n’ai pas de naissance, que je
n’ai pas de commencement et que je suis le suprême
seigneur du monde, est exempt d’erreur parmi les mortels
et délivré de tous les péchés. 1,205 — 1,206 — 1,207.
» La raison, la science, la certitude, la patience, la
vérité, la répression des sens, la paix, le plaisir et la dou-
leur, l’être et le non-être, la crainte et la sécurité, 1,208.
» L’innocuité, l'égalité d’âme, le contentement, la pé-
nitence, l’aumône, la renommée et la honte, sont les
qualités variées des êtres, qui émanent de moi. 1,209.
» De moi, sont nés les sept grands rishis et les quatre
premiers Manou, de l’esprit desquels sont venues au jour
les créatures, qui vivent dans ce monde. 1,210.
n Quiconque sait dans la vérité mon yoga et cette
éminence de ma personne est uni à moi d’un yoga iné-
branlable ; il n’y a là-dessus aucun doute. 1,211.
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11-2
LE MAH V-ltH Mi VTA.
« Je suis la naissance de tout ; tout procède de moi ! »
Ayant conçu cette pensée, les savants m’adorent, "doués
par la sagesse spirituelle. 1,212.
•. L’àme fixée en moi, quand ils ont déposé en moi les
souilles même de leur vie, ils se plaisent, ils se divertissent
à s’instruire les uns et les autres, à parler de moi cons-
tamment. 1,213.
» Ils m'adorent, éternellement unis à la contemplation,
précédés par l’amour, et je leur donne cet yoga de
l’intelligence, par lequel ils arrivent à moi. 1,214.
» A cause de la pitié, qu’ils m’inspirent, je dissipe
■en eux, avec le flambeau lumineux de la science, sans
quitter ma nature , les ténèbres , que produit l’igno-
rance. » 1,215.
« Ta divinité , répondit Arjouna , est le suprême
Brahman, la demeure suprême, la purification première,
l’Homme éternel, céleste, le premier Dieu, le seigneur
sans naissance, disent tous les rishis, le Dévarshi Nàrada,
Asita, Vyàsa. C’est encore ce que tu me déclares toi-
même. 1,210 — 1,217.
» Je pense véritable, Kéçava, tout ce que tu me
dis. En effet, ni les Dieux, Bhagavat, ni les Dâuavas ne
connaissent la manière , dont tu te manifestes aux
yeux. 1,218.
» Toi seul, tu te connais toi-même, ô le plus grand des
hommes, auteur des êtres, souverain des créatures, Dieu
des Dieux, seigneur du monde. 1,219.
» Veuille me dire, sans rien omettre, quelles sont tes
célestes supériorités, desquelles éminences tu as rempli
ces inondes. 1,220.
» Promenant ma pensée autour de ta personne, com-
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BH1SII 1A-PARV \.
113
ment te connaîtrai-je, divin Yogi? Sous quelle forme de
l’être, Bhagavat, seras-tu accessible à ma pensée? 1,221.
» Raconte de nouveau avec étendue, Djanârddana, ton
yoga et ta vertu suprême. Je ne puis me rassasier de t’é-
couter; c’est une ambroisie pour moi. » 1,222.
« Eh bien! je vais te raconter mes vertus célestes,
reprit Bhagavat, mais sommairement, ô le plus ver-
tueux des kourouides ; car ma grandeur n’a pas de
lin. 1,223.
» Je suis l'âme, qui a son domicile placé dans tous
les êtres; je suis le commencement, le milieu et même la
fin de toutes les créatures. 1 ,224.
» Parmi les Adityas, je suis Vishnou; parmi les corps
lumineux, je suis le radieux soleil ; parmi les Maroutes,
je suis Maritchi; je suis la lune parmi les constella-
tions. 1,225.
» Au milieu des Védas, je suis le Sâma-Véda ; je
suis Indra entre les Dieux; parmi les organes des sens,
je suis l’esprit; entre les créatures intelligentes, je suis la
raison. 1,226.
« Entre les Roudras, je suis (jankara ; parmi les Rak-
shasas et les Yakshas, je suis le Souverain des richesses ;
je suis le feu entre les Vaçous ; entre les montagnes, je suis
le Mérou. 1,227.
» Sache que je suis, fils de Prithâ, Vrihaspati, le plus
grand des archi-brahmes, Skanda entre les généraux, l’o-
céan parmi les lacs. 1,228.
» Entre les maharshis, je suis Bhrigou ; entre les pa-
roles articulées, je suis le saint monosyllabe Aum ; dans
les sacrifices, je suis le murmure de la prière; dans les
choses inébranlables, je suis l’ Himalaya. 1,229.
vu 8
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il*
LE MAHA-Bil \1!ATA.
» Dans les arbres, je suis le figuier religieux; parmi
Tes Dévarshis, je suis Nùrada; je suis Tchitaratha entre
les Gandharvas; parmi les Siddhas, je suis l’anachorète
Kapila. 1,230.
» Sache que je suis parmi les chevaux Utchlchraîravas,
né avec l’ambroisie; parmi les éléphants, Alràvata; et,
parmi les hommes, leur souverain monarque. 1,231.
» Entre les armes de guerre, je suis la foudre; entre
les vaches, Kàmadouk; je suis l'amour, père de tout ce
qui vit; je suis Vàsouki entre les serpents. 1,232.
u Je suis Ananla parmi les Nàgas, Varouna entre
les animaux aquatiques, Aryaman au milieu des Pitris
ou des Mânes, Yama parmi ceux, qui se domptent eux-
mèmes. 1,233.
» Je suis Prahlàda entre les Daityas; je suis le temps
parmi les calculs de supputation ; parmi les quadrupèdes,
je suis le lion, monarque des forêts; parmi les oiseaux, je
suis Garouda. 1,234.
» Je suis le vent entre les choses purifiantes; je suis
Râma entre ceux, qui portent les armes; je suis le ma-
kara parmi les poissons et le Gange parmi les fleuves.
» Je suis de toute chose créée, Arjouna, le commence-
ment, le milieu et la fin; je suis parmi les sciences celle
de l’Aine universelle; je suis la parole des hommes, qui
parlent. 1, 233— 1,236.
» Entre les caractères d'écriture, je suis la lettre A ;
dans les mots composés, je suis la conjonction copulative
sous-entendue; je suis le temps éternel, père de tout, qui
a son visage tourné de tous les côtés. 1,237.
» Je suis la mort, qui ravit tout; je suis la naissance
de ce qui est à naître; je suis, parmi les mots féminins, la
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BH1SHMA PAIIY \.
115
renommée, la fortune, la parole, la mémoire, l’intelligence,
la fermeté, la patience. 1,238.
» Je suis le grand hymne entre les chants du Sâma; je
suis la Gàyatri entre ceux des Védas ; je suis dans les mois
le Màrgaçîrsha (1) ; je suis dans les saisons le printemps,
père des fleurs. 1,239.
■) Je suis la chance des joueurs (2) , la splendeur des
splendides, la victoire, le conseil, l’âme des êtres ani-
més. 1,240.
» Entre les rejetons de Vrishni, je suis le Vasoudévide;
entre les fils de Pàndou, je suis Dhanandjaya; entre les
anachorètes, je suis Vyâsa; entre les poètes, je suis le
chantre Ouçanas. 1,241.
»Je suis la verge de ceux, qui châtient ; je suis la ligne de
conduite de ceux, qui désirentla victoire ; je suis .e silence
même des secrets ; je suis le savoir de ceux, qui possèdent
la science. 1,242.
» Ce qui est la semence de tous les êtres, Arjouna,
c’est encore moi; car rien de ce qui est immobile ou mo-
bile ne peut exister sans moi. 1,243.
» 11 n’est pas de terme, fléau des ennemis, à mes cé-
lestes qualités : et l’ample narration de mon éminence,
que tu viens d’écouter, est pour exemple seulement.
» Quelqu’être qui ait de la vigueur, de la fortune, de
l’excellence, sache que cette force est née d’uue partie de
moi-même. 1,244 — 1,245.
u Mais qu’ as-tu besoin, Arjouna, de cette vaste
science? Je me liens, soutenant ce monde entier sur une
seule portion de moi-même ! n 1,246.
(1) Novembres! écembre.
(2) Littéralement : le jeu des trompeurs.
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110
LE MAHA-BHARATA.
« Celte parole sublime, pleine de mystère, nommée la
science de l’Ame suprême, que tu m’as dite pour me
témoigner ta bienveillance, reprit Arjouna, elle a chassé
de moi l'erreur, 1 ,24 7.
» Car tu m’as fait entendre a\ec étendue, non-seule-
ment la naissance et la perte des êtres. Dieu aux yeux de
lotus, mais encore la grandeur éternelle de la divi-
nité. 1,248.
» Cependant, je désirerais te voir, ô le plus grand des
hommes, dans ta forme souveraine, de la même manière,
que tuas dit, majestueux seigneur, être toi-même, 1,249.
u Si tu penses qu’il m’est possible de te voir ainsi, au-
guste maître de l’yoga. Montre donc à mes yeux ta per-
sonne éternelle. » 1,250.
H Voici par centaines et par milliers, répondit Bhaga-
vat, mes célestes formes de maintes sortes, mes aspects
sous maintes couleurs. 1,251.
» Voici les Adityas, les Vasous, les Roudras, les Açwins
et les vents ! Voici, fils de Bharata, un grand nombre de
merveilles, qui n’ont pas encore été vues. 1252.
» Voici maintenant tout l’univers, avec les choses im-
mobiles et mobiles, ici placé dans un seul et même lieu,
Goudàkéça, en mon corps, et tout autre objet, dont tu dé-
sires la vue. 1,253.
i> Mais tu ne peux me voir avec cet œil humain
Reçois donc ces yeux divins, présents de ma grâce
Vois mon union suprême à lou e » les choses 1 » 1,254.
Quand il eut ainsi parlé, reprit Sandjaya, Hari, le
maître de l’yoga suprême, se fit voir au fils de Prithâ,
sire, dans sa forme souveraine, la plus haute. 1.255.
Il avait beaucoup d’yeux et de visages, beaucoup d’as-
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BHISHMA-l’AKVA.
117
pecLs merveilleux , beaucoup d'ornements célestes ; il
tenait levées beaucoup d'armes divines. 1,256.
» Il portait une robe et des guirlandes célestes, de
célestes onguents et de célestes parfums ; il était resplen-
dissant, infini, fait de toutes les merveilles, et tournait le
visage de tous les côtés. 1,257.
Si la splendeur de mille soleils s’élevait à la fois au
milieu du ciel, cette irradiation ne serait qu’égale à la lu-
mière, que répandait alors ce magnanime. 1,258.
Le fils de Pàudou vit là dans le corps du Dieu des
Dieux cet univers entier, conservant l'unité dans ses
divisions multiples. 1,259.
Un ce moment, saisi d’étonnement et le poil hérissé,
Dhanandjaya, inclinant sa tête et réunissant au front les
deux paumes de ses mains en coupe, adressa au Dieu
ces paroles : 1,260.
« Immortel, je vois en ton corps tous les Dieux, et les
troupes diverses des êtres, et Brahma, le seigneur, assis
sur e siège d’un lotus, et les rishis, et les Ouragas
divins. 1,261.
» Je te vois offrant de tous les côtés une forme sans fin,
avec beaucoup d’yeux, de bouches, de ventres et de bras;
mais je ne vois, seigneur de l’univers, ni le commence-
ment, ni le milieu, ni la lin de ta forme universelle.
» Je te vois, Dieu, qu’on ne peut regarder, coiffé de
la tiare, portant la massue, armé du tchakia; montagne
de splendeurs, enflammée de tous les côtés, incommen-
surable, offrant partout l’éclat du soleil ou du feu allumé.
1,262—1,263.
Tu es l’Être impérissable, suprême, seul digne d’être
connu ; tu es le plus grand trésor de cet univers ; tu es
118
LE MAHA-BHARATA.
indestructible ; tu es le gardien de l'immuable justice, et
j’estime que tu es l'Homme éternel. 1,264.
» Je te vois sans commmencement, sans milieu, sans
fin, porter pour tes deux yeux le soleil et la lune, doué
d’une vigueur sans terme et de bras sans borne, ouvrir
une bouche flamboyante comme le feu et réchauiïer tonte
la création par ta propre lumière. 1,265.
» Toi seul, tu occupes le ciel, cet intervalle entier de
lui jusqu’à la terre et tous les points de l’espace. A la vue
de ta forme merveilleuse et terrible, l’épouvante agite,
magnanime, les trois mondes. 1 ,266.
» Voici les troupes des Dieux, qui pénètrent dans toi ;
les uns, effrayés et les mains jointes, murmurent la prière;
les autres de répéter Swasti, et les chœurs des Siddhas et
des grands rishis te célèbrent par des hymnes magni-
fiques. i,2()7.
» Les Roudras, les Adityas, les Vasous, les Sâdhyas,
les Viçwadévas, les deux Acwins, les Vents et les Ouslnua-
pas, les Gandharvas, les Yakshas, les troupes des Sid-
dhas et les Asouras te contemplent, tous frappés de stu-
peur. 1,268.
» A la vue de ta forme immense, où sont tant de bou-
ches et d’yeux, guerrier aux longs bras, où sont tant de
pieds, de bras et de jambes, tant de ventres, tant d’épou-
vantables dents, ce monde et moi, nous sommes émus de
terreur. 1,261).
» Car en te voyant, Vishnou, teint de nombreuses
couleurs, enflammé, la bouche ouverte, tes grands yeux
flamboyants, toucher les deux, mon àme est agitée parla
crainte : je ne puis retrouver, ni la paix, ni ma constance.
» A la vue de tes bouches et de tes épouvantables
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BHISHMA-PARVA.
110
dents, semblables au feu de la mort, je ne distingue plus
les points de l’espace ; la joie est sortie de mon cœur.
Sois-moi propice, Seigneur des Dieux , habitation du
monde. 1,270-1,271.
» Voici tous les fils du roi Dhritarâshtra, accompagnés
des troupes mêmes des maîtres de la terre, Bhishma, Drona
et cet illustre fils du cocher avec les chefs de nos sol-
dats, 1,272.
» Qui courent se précipiter dans tes bouches aux
longues dents formidables. On en voit plusieurs , qui
sont, la tête brisée, suspendus entre les intervalles de tes
dents. 1,273.
» Tels que des rapides nombreux, dérivés des fleuves,
se précipitent, le front tourné vers l'Océan : tels ces hé-
ros du monde des hommes courent vers tes bouches
flamboyantes. l,27â.
» Comme des sauterelles volent d'une vitesse crois-
sante à leur perte vers la flamme allumée, de même les
mondes eux-mêmes s’élancent rapides et vont chercher la
mort dans les bouches enflammées. 1,275.
» Tes bouches embrasées lèchent de toutes parts et
dévorent tous les mondes. Après que tu l’as rempli,
Vishnou, de tes splendeurs, tes rayons formidables con-
sument l'univers entier. 1,270.
» Dis-moi qui est ta divinité avec une forme si terrible.
Adoration te soit rendue ! Sois-moi favorable, ô le plus
excellent des Dieux, je désire te connaître, cause pre-
mière ; car je ne vois pas quelle sera ton action ?» 1 ,277.
ci Je suis le temps , qui opère la destruction des
hommes, lui répondit Rhagavat. Vieux, je suis venu ici
alin d’anéantir les hommes. Les guerriers, qui forment
120
LE MAHA-B1IARATA.
aujourd’hui les deux armées ennemies, périront tous, toi
seul excepté. 1,278.
» Lève-toi donc ! obtiens la gloire ; triomphe des enne-
mis et jouis d’un royaume opulent ! C,es hommes, je les
ai déjà condamnés à mort : sois-en seulement, Savya-
sâtchi, l'instrument ! 1,279.
» Immole Drona , et Bhtshma, et Djayadratha , et
Rarna, et les autres guerriers, que j’ai déjà frappés : ne
te laisse pas troubler par ta douleur ; combats, et tu vain-
cras les ennemis dans cette bataille ! » 1,280.
A peine eut-il entendu ce langage de Kéçava, Kirlti,
joignant les mains et tremblant, lui adressa une adora-
tion; et. saisi d’un mortel effroi, il dit, incliné et balbu-
tiant, ces nouvelles paroles à Krishna : 1,281.
« C’est à juste titre, Rishikéça, que ton glorieux nom
remplit de joie l’univers, qui te marque son dévouement.
A peine entendu , les Rakshasas de s’enfuir aux dix
points de l’espace et tous les chœurs des Siddhas de se
mettre en prières. 1,282.
» Et pourquoi, magnanime, ne s’inclineraient-ils pas
devant toi, plus vénérable que Brahma, toi, le premier
créateur, toi, l’Infini, le souverain des Dieux, l’habitation
du monde, toi, l’Éternel, ce qui est et n'est pas, ce qu’il
y a de plus élevé? 1,283,
» Tu es le premier Dieu, l'homme antique, le plus
grand trésor de cet univers! Tu es le vettri (1) et la
science, qu’il faut connaître ; tu es la demeure suprême :
c'est toi, qui as étendu cet univers, Dieu à la forme in-
finie. l,28i.
fi) Un Rage, qui connaît la nalttre de I âme et de Dieu.
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BH1SHMA-PARVA.
121
» Tu es Vàyou, Yatua, Agni, Varouna, Lunus! Tu es
le Pradjâpati et l’ayeul suprême des êtres! Adoration,
adoration te soit rendue ! Mille fois, et encore, et de nou-
veau, adoration, adoration à toi ! 1 ,285.
» Adoration à toi, devant et derrière! Adoration à toi
de toute part. Dieu universel! Doué d’une énergie sans
borne et d’une vigueur sans mesure, tu remplis tout ; de-
là vient ton nom d’Universel. 1,2S0.
» Te croyant mon ami, je t’ai appelé brusquement :
« Eh, fils d’Yadou!... JEh, Krishna!... Eh, mon ami! o
Je ne connaissais pas cette grandeur, que tu possèdes, et
je l’ai fait par étourderie ou par amitié. 1,287.
» Si je ne t’ai pas honoré, soit au jeu ou à la prome-
nade, soit couché ou assis, soit dans les festins, ou seul,
ôu en présence de ces guerriers, je te prie de m’excuser,
Atchyouta, être incommensurable. 1,288.
» Tu es le père du monde avec ses êtres immobiles et
mobiles; il doit t'honorer comme le plus vénérable des
gourous. Tu n’as point de supérieur, tu es sans égal ; com-
ment en trouverait-on un autre à la puissance incompa-
rable? 1,289.
b Incliné et prosternant mon corps devant toi, je te
supplie donc, tel qu'un maitre digne d’éloges. Veuille
bien, ô Dieu, me pardonner, comme un père à son fils,
un ami à son ami, un amant à sa maîtresse. 1,290.
b Je suis content d’avoir pu voir cette merveille, qui
n'avait pas encore été vue; mais la crainte agite mon
cœur. Montre-moi la forme, que tu avais avant celle-ci.
Sois-moi favorable. Dieu, souverain des Dieux, demeure
du monde. 1 ,291.
b Je désire te revoir, le disque de guerre à la main,
122
LE MAHA-BHARATA.
portant la tiare et la massue. Rêvions à ta forme de quatre
bras, Dieu aux mille bras et de qui l’univers est le corps.»
u Arjouna, tu dois à ma faveur, lui répondit Bhaga-
vat, qu’elle t’a fait voir, en t’unissant à mon âme, ma
forme supérieure, primordiale, universelle, infinie, com-
posée de splendeur , merveille, que n’avait contemplée
aucun autre avant toi. 1,292 — 1,293.
» Ni par les Védas, les sacrifices et la lecture des
livres sainis, ni par les aumônes, ni par les œuvres, ni
par les plus cruelles des pénitences, personne dans ce
monde des hommes, si ce n’est toi, héros des kourouides,
n’a jamais pu obtenir de me voir sous une telle forme.
» Que le trouble n'agite pas ton âme, qu’elle ne soit
pas frappée de folie, parce que tu m’as vu sous une
forme telle et ni épouvantable. Exempt de crainte et le
cœur joyeux, tu vas revoir la forme, que je portais avant. »
1,294—1,295,
A ces mois, dit Sandjaya, le Vasoudévide rendit au
héros Arjouna la vue de sa précédente ligure, et le ma-
gnanime, se montrant de nouveau avec un air serein,
rassura son esprit effrayé. 1,290.
« Maintenant que j’ai vu, Djanârddana, ta forme hu-
maine et placide, reprit Arjouna, mon âme est revenue et
je rentre dans ma nature. » 1,207.
« Tu as vu cette forme bien dillicile à voir, qui est la
mienne, répondit B agavat : la contempler toujours est le
désir incessant des Immortels eux-mêmes. 1,298.
» Ni par les Védas, ni par la pénitence, ni par l’au-
mône, ni par le sacrifice, on ne peut obtenir de me voir
sous une forme telle que tu m’as vu tout à l’heure, f ,299.
» C.’est par une dévotion sans partage que l’on peut,
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BH1SHMA-PARVA.
123
Arjouna, me connaître dans une forme telle, me voir en-
vérité et même entrer dans moi. 1,300.
» Quiconque accomplit ses œuvres en vue de moi, est
dévot en moi, me considère comme son premier objet, est
affranchi de désirs, est exempt d’inimitié à l’égard de tous
les êtres, celui-là, fils de Pàndon, vient à moi. » 1,301.
« Qui sont les plus versés dans l’yoga, dit Arjouna :
ou tes fidèles, qui t’honorent continuellement, livrés de
cette manière à la contemplation, ou ceux, qui t’adorent
comme indestructible et indistinct? » 1,302.
« Ceux qui m’honorent, adonnés sans cesse à la con-
templation, ayant déposé leur esprit tout en moi, répondit
Bhagavat, ces hommes, doués d’une foi éminente, je les
estime les plus grands des contemplateurs. 1,303.
» Néanmoins ceux, qui servent T Impérissable, l'indis-
tinct, l’Être, qu’on ne peut voir, qui est présent partout,
qui est placé sur un sommet inaccessible, l’immuable, le
Vrai ; ces hommes, qui se complaisent dans le bien de
toutes les créatures, qui ont déposé en moi tout l’en-
semble de leurs sens et de qui la pensée est égale de
toutes parts, arrivent également à moi. 1 ,30/i — 1,305.
» Ceux, de qui les pensées sont attachées à l’indistinct,
exécutent une plus pénible tâche; car il est difficile aux
créatures incorporées de trouver une route invisible.
» Mais ceux, qui, voués à moi, ayant déposé toutes
leurs œuvres en moi, m’honorent, méditant sur moi avec
un yoga sans partage! j’arrache bientôt à la mer, dont
tes / lots couvrent ce inonde de la mort, fils de Prithà,
ces hommes, qui ont placé en moi leurs pensées,
1,306—1,307—1,308.
» Dépose en moi ton cœur; fais résider ta raison en
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m
LE MAH \-BHAllATA.
moi-même, tu habiteras en moi, et désormais tu n’auras
plus aucun doute. 1,809.
» Si tu ne peux établir solidement en moi ta pensée,
Dhanandjaya, désire au moins arriver jusqu'à moi par
l’yoga d’une constante pratique. 1,310.
» Es-tu incapable de persévérance , dirige toujours
vers moi tes premières œuvres; car, en opérant à mon
intention tes actes, tu atteindras à la perfection. 1,311.
■> Ne peux-tu môme accomplir cette chose, comprime
ton âme ; réfugie-toi dans la méditation sur mes qualités
et renonce au fruit de toutes les œuvres. I,3l2.
» En effet, la science vaut mieux que la pratique; la
méditation est préférable à la science ; le renoncement au
fruit des œuvres est au-dessus de la méditation, et le
bonheur à venir est bien près du renoncement à la récom-
pense des œuvres. 1,313.
» L’homme sans haine, ami de toutes les créatures,
miséricordieux, sans orgueil, sans vanité, patient, content
de soi-mfme, qui tient pour égaux le plaisir et la peine,
qui a comprimé son âme, de qui les résolutions sont fer-
mement arrêtées, qui m’a confié son cœur et sa raison,
qui est toujours en contemplation, cet homme, mon ser-
viteur, est chéri de moi. 1,314 — 1,315.
» Celui, que le monde n’afllige pas et qui n’afllige pas
le monde, qui est libre du chagrin, de la joie, de la crainte
et de la colère, cet homme est chéri de moi. 1,316.
» Celui, qui estdétaché de tous les soins, pur, honnête,
indifférent pour tout, exempt des passions, qui troublent
l’âme, renonçant à toutes les entreprises, cet homme, mon
serviteur, est chéri de moi. 1,317.
» Celui, qui n’a point de joie, pas de tristesse, pas de
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BHISHMA-PARV X.
125
haine, pas de désirs, qui ne s’inquiète pas de la bonne ou
de la mauvaise fortune, parce qu’il est mon serviteur, cet
homme est chéri de moi. 1,318.
» Celui, qui est égal dans la haine et dans l’amitié,
dans l’honneur et dans l’opprobre, qui est égal dans le
froid et le chaud, dans le plaisir et dans la peine, affranchi
des désirs, indifférent au blâme ou â l’éloge, silencieux,
toujours content, quelque chose qui arrive, l’âme ferme
et n’avant aucun domicile, cet homme, mon serviteur, est
chéri de moi. 1,319-1,320.
» Mais les hommes, pleins de foi, qui font de moi leur
principal objetet qui s’asseoient, comme je l’ai dit, autour
de cette sainte ambroisie : voilà ceux de mes fidèles, que
j’aime par-dessus toute chose. » 1,321.
« Je désire connaître, Kéçava, lui dit Arjouna, ce que
c’est que Prakriti, ce qu’est Pourousha lui-même, ce
qu’on appelle kshétraet kshétrajna, la science et ce qu’il
|aut savoir. » 1,322.
« Ce corps, fils de Kountî, répondit Bhagavat, est
appelé kshétra; l’homme, qui possède cette connaissance,
les maîtres en cette matière le nomment un kshétra-
jna. 1,323.
» Sache, fils de Bharata, que je suis dans toutes les
formes mortelles le kshétrajna, ou C idée de la matière ;
cette science de la matière et de son idée, je l’estime la
véritable science. 1,324.
» Ecoute-moi raconter brièvement le kshétra dans ses
qualités, ses modifications et son origine, ce qu’est l’esprit
et les facultés, qu’il possède. 1,325.
» Nombre de fois les rishis ont chanté séparément ces
matières en des hymnes divers; elles le furent dans les vers
LE M AUA-UH AHATA.
126
de Soûtras brahmiques, qui ont raisonné ,ur les causes.
» Las grands éléments, le moi, la raison, l’abstrait, les
onze organes, les cinq sens, qui sont la voie de relation
avec les objets extérieurs, le désir, la haine, le plaisir, la
peine, l'imagination , le raisonnement et la suite des
idéas : voilà, en somme, l’énoncé du kshétra ou du corps
avec les affections, qui le modifient. 1,326-1,327-1,328.
» La modestie, la sincérité, la patience, l'innocuité, la
droiture, le respect de son instituteur, la pureté, la cons-
tance, l’empire sur soi-même, 1,329.
» L’indifférence à tous les objets des sens, l’absence
même de la vanité, une attention constante à la nais-
sance, à la vieillesse , aux maladies , à la douleur, au
péché, à la mort, 1,330.
» Le détachement de tout, être libre d’affection à l’é-
gard de ses lils, de son épouse, de sa maison et des
autres choses, une constante égalité d’âme dans tous les
événements, qu’on les désireou ne les désire pas, 1,331.
» La sainte dévotion par l'union perpétuelle en moi, la
prière sans témoin dans un lieu écarté, se tenir éloigné
des plaisirs dans les assemblées des hommes, 1,332.
» La continuité dans la science de l’Ame suprême et la
vue des choses, qui appartiennent à la connaissance de la
vérité : voilà ce qu’on appelle la science ; la contre-par-
tie est l’ignorance. 1,333.
» Je vais dire ce qu’est le Jnéya (1) : dès qu’on l’a
connu, un homme savoure l’ambroisie, et, Brahman su-
prême, sans commencement, n’est appelé, ni un être, ni
un non-être. 1,33A.
(1) C’eat-à-diro : il lud, quod cognoscendum est . ou, ce qu'il faut savoir.
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BH1SHMA-PAKVA.
1*27
» Doué partout de mains et de pieds, partout de têtes
et de visages, partout d’yeux et d'oreilles, il réside dans
le monde, embrassant l'univers de toutes parts. 1,335.
» Dépourvu de tous les sens, il éclaire lui-même
toutes les facultés sensitives; détaché de tout, il supporte
toute chose, et jouit de toutes les qualités, sans qu’il en
possède aucune. 1,336.
», Au-dedans de tous les êtres, et à l’extérieur, mobile
et immuable, on ne peut le discerner, soit de près, soit de
loin, à cause de sa subtilité. 1,337.
» Non séparé dans tous les êtres, on dirait qu’il est sé-
paré d’eux. Sachez qu’il est le nourricier des créatures,
qu’il dévore ce qui existe, et le renvoie à la vie. 1,338.
» Lumière des lumières, il est nommé la plus profonde
des ténèbres ; science , objet de la science , but de la
science, il habite dans lecteur de chaque homme. 1,330.
» Ainsi je viens de t’exposer brièvement le kshétra, la
science et le jnéya : mon serviteur, quand il a su les dis-
tinguer, parvient à s'identifier avec moi. 1,340.
» Sache que la nature et le principe mâle sont l’un et
l'autre sans commencement ; sache aussi que les qualités
et les changements de condition naissent eux-mêmes de
la nature. 1,341.
» En effet, comme il réside en la nature, ce principe y
perçoit les qualités, qui naissent de la nature ; et son in-
clination vers ces qualités est la cause de sa naissance en
des matrices ou bonnes ou mauvaises. 1,342.
» Pourousha, le souverain maître, l’Ame suprême,
comme on l’appelle, est l’esprit supérieur, qui, dans ce
corps universel , observe, dirige, perçoit et soutient.
«Quiconque sur ce ^ point de vue connaitce principe mâle
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1-28
LE M AH A-BHAllATA.
et la nature avec ses qualités, en quelque condition qu’il
se trouve, n’est plus forcé de renaître. 1,343 — 1,844.
» Les uns contemplent d'eux-mêmes par la pensée
l’àme dans leur âme; ceux-ci voient l’âme par l’union
avec la philosophie Sankhya, ceux-là par l’yoga des
œuvres. 1,345.
» Les ignorants, qui, livrés aux leçons de l'oreille, ho-
norent cette doctrine, parce qu’ils l'ont écoutée de cette
manière enseignée dans la bouche des autres, arriveront
eux-mêmes arec leu précédente au rivage ultérieur de la
mort. 1,346.
» Quand il naît un être, soit mobile, soit immobile,
sache, éminent Bharatide, que cette naissance provient
de l’union de la matière avec l’esprit. 1,347.
» Celui-là possède une vue nette des choses, qui voit
ce principe souverain résider en tous les êtres d'une ma-
nière égale, et leur survivre, quand ils périssent. 1,348.
» 11 ne se fait aucun tort à soi-même par cette vue d' un
principe, qui subsiste également partout; puis, après cette
vie, il entre dans la voie supérieure, 1,349.
n Quiconque voit que, de tous côtés, la nature seule
est l’auteur de tous les actes, il voit en même temps que
l’exécution n’en doit pas être imputée à lui-même. 1,350.
» Dès qu’il voit la condition individuelle et universelle
des êtres se fondre dans l'unité, il s'avance alors vers
Brahman. 1,351.
n Quoiqu'elle réside en ce corps, l’âme suprême, inal-
térable, n’y agit pas, fils de Kountl ; elle n’y contracte
pas de souillure, parce quelle est sans commencement et
quelle est vide de qualités. 1,352.
» Comme l'air, qui pénètre partout, ne subit aucune
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BHISHMA-PARVA.
129
souillure à cause de sa subtilité, ainsi l'âme reste partout
inaltérable dans son union avec le corps. 1,353.
u Tel que le soleil à lui seul étlaire ce monde entier,
tel, fils de Bharata, l’esprit illumine tout le corps. l,35i.
» Ceux, qui voient, avec les yeux de la science, la dis-
tinction du corps et de l'esprit, avec la délivrance de la
nature animale, iront au plus haut des cieux. 1,335.
» Je dirai encore, poursuivit Bhagavat, la première
des sciences, la science sublime, dont la connaissance
élève d’ici-bas tous les anachorètes à la perfection su-
prême. 1,306.
» Parvenus à cette science, entrés dans ma condition,
ils ne renaissent pas à la nouvelle création du monde,
ils ne sont pas émus de terreur à sa fin. 1,357.
» J’ai pour matrice le grand Brahman : en lui, je dé-
pose un germe, et de là procède, fils de Bharata, la nais-
sance de tous les êtres. 1 ,358.
» De ces corps, qui naissent dans toutes les matrices,
la grande matrice, enfant de Kounlî, c’est Brahman; et le
père, qui en fournit la semence, c’est moi! 1,359.
» Vérité, passion, obscurité, tels sont les noms, guer-
rier aux longs bras, que l’on donne aux trois modes, qui
tirent naissance de la nature et qui enchaînent au corps
l’àme impérissable. 1 ,360.
» Là, brillante et saine à cause de sa pureté, la vérité
l’attache, vertueux ami, par son penchant au bonheur,
par son penchant à la science. 1,361.
» Sache que le radjas est la passion elle-même ; elle
naît de l’appétit et de la soif, elle retient l’âme par sa
tendance à l’action. 1,362.
» Sache encore, Bharatide, que l’obscurité, c’est l’i—
vu 9
130
LK MAHA-BHAKATA.
gnorance, cause de l’erreur chez tous les hommes ; elle
enchaîne l’homme par la négligence, la paresse et le som-
meil. 1,363.
« La vérité fait que l'homme s’attache au bonheur, le
radjas à la passion ;mais l’obscurité, masquant la science,
fait qu’il s’adonne à l’incurie. 1,36A.
» Il y a vérité, quand on a vaincu la passion et l’obscu-
rité; passion, quand ou a triomphé de la vérité et de
l’obscurité; obscurité, quand on a vaincu la vérité et la
passion. 1,365.
» Lorsque la science montre sa lumière à toutes les
portes du corps, sachez alors que la vérité est dans tout
son éclat. 1,366.
» La cupidité, l’action, le commencement des entre-
prises, l’inquiétude, le désir : ces choses, éminent Bha-
ratide, naissent de la passion dans son état d’accroisse-
ment. 1,367.
» L’aveuglement, l’inaction, la négligence et l’erreur
elle-même, fds de Rourou, sont le3 enfants de l'obscurité
adulte. 1,368.
» Lorsqu’un mortel arrive à l’heure de sa dissolution,
au temps où la vérité est dans toute sa croissance, il entre
dans las mondes purs des saints, auxquels fut accordé de
voir le Très-Haut. 1,369.
» Meurt-on dans la passion, on renaît parmi des gens
enclins à l’action ; si l’on expire dans l’obscurité de l’âme,
on renaît dans les matrices de mères insensées. 1,370.
» Le frnit sans tache d’une action vertueuse appartient
à la qualité sattwa ; la peine est le fruit de la passion, et
le fruit de l’obscurité, c’est l’ignorance. 1,371.
» De la vérité vient la science, de la passion naît l’avi-
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BHISHMA-PARVA.
131
dité, de l’obscurité dérivent la négligence, l’erreur et l’i-
gnorance. 1,372.
» Les personnes de vérité vont en haut, les hommes de
passion flottent dans un espace intermédiaire ; les gens
d’obscurité, livrés à une conduite inspirée par les der-
nières qualités, descendent en bas. 1,373.
» Aussitôt qu'un sage a vu qu'il n’est pas un autre
agent que'ces trois qualités, il reconnaît ce qui leur est
supérieur et tend vers ma condition. l,37â.
» Délivré de la naissance, de la vieillesse, de la dou-
leur et des maladies, l’àme, qui a franchi ces trois qua-
lités, lesquelles naissent du corps, savoure l’ambroisie. »
« De quels caractères, reprit Arjouna, est revêtu
l’homme, qui a franchi ces trois qualités? Quelle est sa
manière de vivre ? Comment a-t-il triomphé de ces trois
qualités? » 1,375 — 1,37b.
» Quiconque voit sans haine la lumière, l’action, l’er-
reur, iils de Pâudou, et n'a pour elles aucun désir, soit
présentes, soit absentes, répondit Bhagavat, 1,377.
» -Qui assiste spectateur, comme un indifférent, au jeu
des qualités et n’en est pas troublé, se tient ferme, sans
vaciller et se parle de ce.te manière 4 lui-même : « Ceci
est l'action des qualités! » 1,378.
» Le sage, maître de soi-même, qui voit des mêmes
yeux le plaisir et la peine, du même œil la motte de terre,
la pierrerie et l’or, insoucieux de ce qui est agréable ou
fâcheux, égal dans le blâme et dans la louange, 1,379.
» Égal dans les honneurs ou dans l’opprobre, égal des
deux côtés, soit ami, soit ennemi, et qui renonce à toute
entreprise, celui-là est appelé un homme, qui a surmonté
Y influence des qualités. 1,380.
132
LE MAHA-BHARATA.
» Quiconque me sert avec une constante union de
piété, franchit ces qualités et participe à l’essence de
Brahman. 1,381.
» Car je suis l’habitation de Brahman, de l’incorrup-
tible ambroisie, de la justice éternelle et du bonheur
infini. 1,382.
» Il est, dit-on, un' figuier religieux, açwattha (1) im-
périssable, qui a ses branches sur la terre, ses racines au
ciel, et des hymnes pour feuilles : le connaître, c’est con-
naître le Véda. 1,383.
» Ses branches se répandent en haut et en bas ; elles
naissent des qualités; elles ont pour leurs bourgeons les
objets sensibles. Ses racines s’étendent en bas, et, dans
ce monde des hommes, elles sont retenues par les
œuvres. 1,384.
» On ne discerne ici-bas, ni sa forme, ni son commen-
cement, ni sa fin, ni sa place. Une fois qu’on a sapé avec
la forte hache de l’indifférence cet açwattha aux racines
bien étendues, 1,385.
» On doit ensuite chercher ce lieu, d’où ne reviennent
plus ceux, qui y sont allés. Que l’homme se tourne (2)
alors vers ce Pourousha primordial, d’où est sortie l’an-
tique origine des choses. 1,380.
» Sans orgueil, sans délire, ayant vaincu le péché de
la concupiscence, la pensée continuellement fixée sur
l’Ame suprême, exempts d'amour, affranchis de l’incerti-
tude, du plaisir, de la douleur et des vains désirs, sages,
ces fidèles s’avancent vers le séjour éternel. 1,387.
(1) C'est le nom du rtligiosa ficus .
(2) Nous lisons prapadyet , au lieu de prapadyé, pour obtenir un sens
raisonnable.
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BHISHMA-PARVA.
133
» Ni le soleil, ni la lune, ni le feu ne lui prêtent sa
lumière. Une fois qu’on y est allé, on ne revient plus :
c’est là qu’est ma demeure suprême. 1,388.
» Dans le monde des vivants, une portion de moi-
même, qui est la vie et qui est éternelle, attire l’esprit et
les six organes des sens, qui reposent dans la nature, vers
un corps, dont elle se revêt et quelle abandonne elle-
même dans la suite des années. Ce maître souverain s’a-
vance, prenant sur lui ces organes des sens, comme le
vent s’imprégne des senteurs dans Cair, son inconsistant
séjour. 1,389 — 1,390.
y> Habitant dans l'esprit, les oreilles, les yeux, le tou-
cher, le goût et l’odorat, il se met en rapport avec les ob-
jets des sens. 1,391.
» Soit qu’on l’exhale, soit qu’il reste uni au corps, soit
qu’il savoure les jouissances, les insensés ne l’entrevoient
pas sous les qualités, dont il est enveloppé ; mais il est vu
par ceux, qui ont l’œil de la science. 1,392.
» Les yogîs, qui font leurs efforts, le contemplent aussi
en eux- mêmes; mais les méchants ont beau s’efforcer, ils
ne le voient pas dans leur âme vide de pensées. 1,393.
» Les rayons, qui, placés dans le soleil, éclairent
l’univers entier, ceux, qui sont dans la lune, et ceux, dont
brille le feu, sache que c’est ma splendeur. 1 ,39â.
» Entré dans la terre, c’est ma force, qui y soutient les
êtres : je nourris toutes les plantes et je suis devenu entre
elles le savoureux sôma. 1,395.
» Sous la forme du soleil, je pénètre le corps de toutes
les créatures animées, et, joint au double mouvement de
la respiration, j’opère la digestion des aliments, qui sont
de quatre espèces. 1,396.
134
LE MAHA-BHARATA.
» Je me tiens dans le cœur de chaque créature ; je suis
la mémoire, le raisonnement et la science; dans tous les
Védas, c’est moi qu’il faut connaître; je suis l'auteur et le
docteur de tous les oupanishads. 1,397.
» 11 y a deux sortes de pouroushas dans le monde ; le
corruptible et l’incorruptible. Le corruptible est le corps
de tous les êtres, l'incorruptible est nommé l’âme.
» Mais il est un autre pourousha très-élevé, souverain,
indestructible, qui, mêlé aux trois mondes, les soutient :
on l’appelle le paramâtma ou l’Ame su prime.
1,398—1,399.
» Et, comme je surpasse le corruptible et que je suis
plus grand que l’incorruptible même, c’est pour cela que,
dans le monde et dans les Védas, je suis nommé le plus
grand des pouroushas. 1,400.
# Quiconque me connaît ainsi pour le suprême pou-
rousha, il sait tout et m’honore de toute son âme, fils de
Bharata. 1,401.
» Ici j’ai fini de t’exposer, mortel sans péché, ce f.âstra,
qui est le plus grand des mystères. Quand on l’a su, on
est sage et parvenu au comble de son affaire. 1,402.
» L’intrépidité, continua Bhagavat, la qualité sattwa,
la pureté, une constance inaltérable dans l’yoga de la
science, l’aumône, la répression des sens, le sacrifice, la
lecture, la pénitence et la droiture, 1,403.
» L’innocuité, la vérité, l’absence de colère, le renon-
cement, la placidité et la fuite des paroles dures, la com-
passion à l’égard de tous les êtres, le manque de convoi-
tise, la douceur, la pudeur et la constance, 1,404.
» La force, la patience, la fermeté, la candeur, l’inno-
cence, pas d’orgueil en excès : telles sont, Bharatide, les
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BHISHMA-PARVA.
135
qualités d’un être né dans la condition divine. 1,405.
» L’hypocrisie, l’orgueil, la vanité, la colère, la dureté .
dans les paroles et l’ignorance : ce sont là, fils de Prithâ,
les défauts d’un individu né dans la classe des Asouras.
» On pense que la naissance divine affranchit de la
condition de renaître et que l’asourique y enchaîne. Ne
t'afflige pas, fils de Pàndou, tu es né^lans la condition
des Dieux. 1,406 — 1,407.
» 11 y a deux espèces de création dans ce monde : celle
des Dieux et celle des Asouras. Je t’ai longuement parlé
de celle des Dieux ; écoute-moi, fils de Prithà, te raconter
celle des Asouras. 1,408.
» Les gens, qui naissent dans la race des Démons, ne
connaissent, ni lt mystère de la naissance, ni celui de la
mort. L’impureté n’existe pas chez eux ; il n’y a ni vertu,
ni vérité. 1,409.
# Le monde est un mensonge, disent-ils ; il est transi-
toire, il n’a point de Dieu ; il est né du concours mutuel
des forces ; quelle autre cause a-t-il que l’amour? »
» Appuyés sur une telle manière de voir, ces êtres à
l’intelligence étroite, à l'ânie perdue, les ennemis de l’u-
nivers, s’adonnent à des actions violentes pour la perte du
monde. 1,410—1,411.
» Livrés à’ un amour insatiable, remplis de fraude,
d’orgueil et de folie, l’aveuglement leur fait embrasser de
mauvaises opinions, et ils s’avancent, ayant conçu des
vœux impurs. 1,412.
» Embrassant une opinion, dans laquelle il n’est pas
d’autre fin que la mort : « La première chose au monde,
pensent-ils, c’est la satis faction de ses désirs. » Tel est
cet axiome, qu’ils proclament dans leur insanité. 1,413.
130
LE MAHA-BHARATA.
» Enchaînés par les cent liens des espérances, esclaves
de l’amour et de la colère, ils désirent entasser les
richesses par des moyens injustes pour satisfaire à leurs
désirs de jouissances. 1 ,âl A.
« J'ai gagné cela aujourd’hui ; je puis me donner ce
plaisir, disent-ils. J’ai cela maintenant, un jour à venir
j'aurai cette rich^se... 1,415.
» J'ai tué cet ennemi, et je tuerai aussi les autres!...
Je suis un prince, j’ai des jouissances.... Je suis heureux,
je suis fort, j’ai des plaisirs... 1,416.
» Je suis opulent, je suis noble : quel autre est sem-
blable à moi ?... Je sacrifierai, je ferai des aumônes, je
me réjouirai ! » Ainsi parlent ces hommes, aveuglés par
l’ignorance. » 1,417.
» Troublés par diverses pensées, enveloppés dans les
filets de l’erreur, attachés dans les satisfactions de leurs
désirs, ils tombent dans l’impur Naraka. 1,418.
» Occupés d’eux-mêmes, insensibles, pleins de ri-
chesses, d’orgueil et de folie, ils offrent avec hypocrisie
des sacrifices, qui n’ont de l’acte saint que le nom et qui
ne sont pas conformes aux règles. 1,419.
» Voués à la vanité, 4 la violence, à l’amour, à l’or-
gueil, à la colère, calomniateurs d’autrui, ils me haïssent
dans la personne des autres et en eux-mêmes. 1,420.
» Et moi, je précipite ces gens pleins de haine, cruels,
les plus vils des hommes, dans les mondes, pour y renaître
à jamais infortunés en des mères d’Asouras. 1,421.
n Arrivés en ces matrices de Démons et, aveuglés à
chaque naissance, ils tombent enfin, sans qu’ils m’aient
encore obtenu, dans la dernière des voies. 1,422.
» 11 y a trois espèces de portes au Naraka ; c'est par
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BHISHMV-PAUVA.
137
elles que l’âme se perd : l’amour, la colère et l’avarice.
Que l’homme évite donc cette triple ouverture. 1,423.
» L’homme, qui échappe à ces trois portes de ténèbres,
fils de Kountl, fait son salut et passe dans la voie de la
béatitude. 1,424.
» Mais quiconque, rejetant les Çàstras divers, ne suit
dans sa vie que l’inspiration de ses désirs, ne parvient, ni
à la perfection, ni au bonheur, ni à la voie suprême.
» Que le Çâstra soit donc ton autorité ! Que ce qui est
ou n’est pas à faire soit devant tes yeux! Quand tu sauras
ce qui est enjoint par les préceptes des Çàstras, veuille
bien exécuter ici ton action. » 1,425 — 1,426.
« Quelle est la condition de ceux, qui, mettant de côté
les règles du Çâstra, offrent cependant le sacrifice avec
foi ? dit Arjouna. Est-ce la vérité, la passion ou l’obs-
curité ? » 1,427.
« II y a trois sortes de foi, répondit Bhagavat, chacune
dépend du caractère des hommes ; il y a la foi suivant la
passion et la foi suivant l’obscurité. Écoute chacune
d’elles. 1,428.
» La foi est conforme à l’âme de chacun; car l’âme
individuelle, qui est faite de foi, Bharatide, est telle qu’est
cette foi. 1,429.
» Les hommes de vérité sacrifient aux Dieux ; les
hommes de passion aux Yakshas et aux troupes des
Rakshasas; les autres, gens de ténèbres, aux esprits des
hommes morts et à la foule des Bhoûtas. 1,430.
» Les ascètes, qui endurent de cruelles mortifications
non autorisées par les Védas, qui sont accompagnés de la
fraude et de l’orgueil, esclaves de la violence, des pas-
sions et de l’amour, 1,431.
138
LE MAHA-BHARATA.
» Insensés, qui tourmentent l’ensemble des principes
vitaux, d’où leur corps est formé, et moi-même, qui me
tiens dans l'intérieur du corps, ont conçu, sache-le, des
résolutions d’Asouras. 1,432.
» Il ,y a trois espèces de nourriture agréable à tout
homme; il est aussi trois sortes de sacrifices, de péni-
tences et d'aumône. Ecoute quelle en est la différence.
u Les aliments, qui augmentent la joie, le bien-être, la
santé, l’énergie, la force et la vie, savoureux, doux, per-
manents, délicieux, plaisent à l’homme de vérité.
1,433—1,434.
i > Les mets piquants, acides, salés, très-chauds, amers,
brûlants, sont aimés de l’homme passionné : ils donnent
la maladie, le chagrin et la douleur. 1,435.
» Les gens de ténèbres se plaisent aux aliments
corrompus, sans saveur, fétides, vieux, souillés et rejetés
même. 1,430.
» Offert conformément aux règles et par des hommes, qui
n’en désirent pas le fruit, après qu’ils s’v sont appliqués
de cœur, en disant : « C’est une cérémonie, qu’on doit
faire ! » le sacrifice est d’un esprit formé sur la qualité
sattwa. 1,437.
» Mais celui, qui est célébré par hypocrisie, en vue de
la récompense, mise avant toutes choses, sache, ô le plus
vertueux des Bharatides, que c’est un sacrifice suivant
l’ordre radjas. 1,438.
» Le sacrifice, dénué de foi, sans règles, sans nourri-
ture distribuée, sans hymnes, sans honoraires pour le
prêtre, est un sacrifice, qui appartient à l’espèce la-
mas. 1,439.
» Le respect aux Dieux, aux brahmes, aux gourous,
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BHISHMA-PARVA.
130
aux personnes de science, la pureté, la droiture, la con-
tinence et l’innocuité, sont nommés zèle corporel. 1,440.
» Un langage modéré , vrai , attentif à la douceur,
l’usage des lectures à voix basse, sont dites zèle ver-
bal. 1,441.
» La sérénité de l’Ame, la douceur de caractère, le si-
lence, la coercition de soi-même, la pureté de son être :
tel est ce qu’on appelle le zèle mental. 1 ,442.
» Ce triple zèle, pratiqué avec une foi profonde par des
hommes, qui n’en désirent pas le fruit, c’est ce qu’on
nomme le produit de la qualité sattwa. 1,443.
'> Un zèle, conduit par l’hypocrisie et dans le but d’en
tirer des honneurs, du respect, des hommages, est ap-
pelé ici-bas un zèle de radjas : il est instable et men-
teur. 1,444.
■) Le zèle du fou, qui se livre à des tortures sur lui-
même, par infatuation ou pour détruire un ennemi, est dit
un zèle, qui provient de tamas ou de ( obscurité. 1,445.
» La charité, faite en temps et lieu convenables, à une
personne digne, mais qui ne peut rendre, parce qu’on
s’est dit : « On ne saurait mieux donner, » est inspirée,
dit-on, par la qualité sattwa. 1,440.
» Une charité, qu’on exerce en vue de retour, ou dans
l’espoir d’une récompense, ou même à contre-cœur, est
dite une charité, qui vient de la qualité radjas. 1,447.
» Une aumône donnée à des personnes indignes, hors
du temps et du lieu, avec mépris et d'une manière bles-
sante, est appelée une aumône de ténèbres. 1,448.
u Alm! Lui! Le Bien! c’est la triple dénomination,
sous laquelle on désigne Brahman. \vec le premier de res
mots , il a créé les brahmes, les Védas et les sacrilices.
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LE MAHA-BHARATA.
140
» On vaque aux cérémonies de la pénitence, de l’au-
mône et des sacrifices, après qu’on a prononcé la syllabe
Aum. C’est après elle qu’ont toujours lieu les actes des
brahmes, de qui la voix fait entendre la sainte écri-
ture. 1,449 — 1,450.
« Lui! » disent ceux, qui célèbrent les mystères de la
pénitence et des sacrifices, les diüérentes cérémonies de
l’aumône, et qui désirent la délivrance, sans mettre avant
toutes choses le fruit des œuvres. 1,451.
» Cette expression « le Bien 1 » est employée dans
toutes les choses, dont l'essence est le grand, dont l’es-
sence est le bon ; ce mot « le Bien, » fils de Prithâ, est
encore usité en toute chose digne d’éloges. 1,452.
» On appelle • le Bien » la constance dans l’aumône,
dans la pénitence, dans le sacrifice ; on nomme aussi « le
Bien » toute chose, qui dépend de ces actions pieuses.
» Quand la foi n’accompagne, ni le sacrifice, ni l’au-
mône, ni la pénitence, l’œuvre est dite alors mauvaise :
elle n’existe, fils de Prithâ, ni pour ce monde, ni pour
l’autre vie. » 1,453 — 1,454.
« Je désire connaître en particulier, Hrishlkéça, meur-
trier aux longs bras de Madhou, lui dit Arjouna, la vérité
sur le renoncement et l’abnégation. » 1,455.
« Les poètes savent que le renoncement est la cessa-
tion de tous les actes de désirs ; et les savants, répondit
Bhagavat, nomment abnégation l’abandon du fruit de
toutes les œuvres. 1,456.
» Parmi les sages, les uns pensent qu'il faut éviter les
œuvres comme un péché; les autres sont d’avis qu'on ne
doit pas les abandonner, lorsqu’il s'agit de pénitence ,
d’aumône et de sacrifices. 1 ,457.
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BHISH.U A-P.UIVA. •
141
» Écoute, ô le plus vertueux des Bharatides, quelle est
mon opinion sur le renoncement ! On dit qu’il est de trois
espèces, tigre des hommes. 1,458.
» On ne doit pas renoncer à l'œuvre de pénitence, d’au-
mône et de sacrifice, qui est à faire ; car le sacrifice, l’au-
mône et la pénitence sont des purifications pour les sages.
» Ces œuvres doivent être faites, une fois qu’on a séparé
d’elles le désir et renoncé aux fruits. Telle est, fils de
Prithâ, mon opinion suprême bien arrêtée. 1,459 — 1,400.
» 11 ne convient pas d’abandonner une œuvre néces-
saire ; renoncer à un acte par égarement d’esprit vient,
dît-on, de l’obscurité ou de la qualité tamas. 1,461.
» Quiconque renonce à l’action par crainte d’une afflic-
tion corporelle, en se disant : « C’est trop pénible 1 » après
qu’il a fait cet abandon, inspiré de la passion, ne recueille
aucun fruit de son désistement. 1,462.
» L’action nécessaire, que l’homme exécute, Arjouna,
parce qu’il faut l’accomplir, abstraction faite du désir et
de la récompense, est réputée une abnégation suivant la
vérité. 1,463.
» Dirigé par la qualité sattwa, le sage, qui a renoncé
au fruit des œuvres et de qui les doutes sont retranchés,
ne hait pas un acte malheureux et ne s’attache pas à un
acte prospère. 1,464.
» Il est impossible que l’homme, revêtu d’un corps,
abjure toutes les actions entièrement ; mais, s’il a renoncé
au fruit des œuvres, il est un véritable tyagî (1). 1,465.
» Le fruit des œuvres est de trois sortes après la mort
(1) Un religieux, voué à la vie ascitique, ou l'homme, qui abandonne
toutes les choses terrestres.
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142
LE MAHA-BHAKATA.
pour ceux, qui ne sont pas des tyagîs : le désiré, le non
désiré, et celui, qui n’est ni l’un ni l’autre; mais nulle
part il n’en est ainsi pour les sannyâsîs (1). 1,466.
» Écoute de ma bouche, guerrier aux longs bra3, ces
cinq causes dans la perfection de toutes les affaires : elles
sont énoncées dans la philosophie Sànkhya aux conclu-
sions démontrées. 1,467.
» C'est l’empire divin, l’agent et l'instrument particu-
lier, les efforts divers des individus et le Destin, qui est
ici le cinquième. 1,468.
» L’horame, qui commence une entreprise, juste ou in-
juste, de corps, de pensée ou de parole, est soumis à l'in-
fluence de ces cinq causes. 1,469.
» Ce plan étant ainsi disposé, l’homme, qui ne voit que
lui seul comme agent de toutes ses actions, c’est l’imper-
fection de sa raison, qui met un voile sur les yeux de cet
insensé. 1,470.
» Celui, de qui le caractère est sans orgueil et de qui la
raison est pure, quoiqu’il ait tué ces guerriers, ne sera donc
pas homicide et ne sera point lié par le pêché. 1,471.
» La science, son objet, son sujet, poussent triplement
à l'action : l’organe, la chose, l’agent sont la triple com-
préhension de l’œuvre. 1,472.
» La science, l’action et l’agent sont aussi de trois es-
pèces suivant la différence des qualités. Maintenant que
le nombre des qualités est exactement exposé, écoute ce
qu’ elles goût. 1,473.
(1) Ce mot signifie un homme, qui renonce entièrement à toute action
mondai ue ; mais Krishna borne ici le wua au renoncement à l'espoir de
récompense.
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BHISHM A-PARVA. 143
» Quiconque voit une seule âme impérissable en tous
les êtres, voit l’indivisible en toutes les créatures distinc-
tes. Sache que cette connaissance appartient à la qualité
sattwa. 1,474.
» Mais la science, qui voit individuellement dans tous
les êtres un grand nombre d’âmes individuelles, sache
quelle provient duradjas. 1475.
» La science étroite, sans principe, sans avantage de
la vérité, attachée à une seule chose, comme si elle était
tout, est appelée une science de lamas. 1,476.
» Une action nécessaire, dénuée de désir, faite sans
haine et sans amour, par un mortel, qui n’en veut pas
obtenir de récompense, est nommée un acte suivant la
vérité. 1,477. •
» Mais une œuvre de beaucoup de peine, exécutée par
un homme, qui souhaite l’amour ou qui est accompagné
d’orgueil, est dite inspirée de la passion. 1,478.
» Une action, entreprise avec folie, sans considérer les
obstacles, l'offense, la perte, les forces de Cnn et de l’au-
tre côté, est appelée un acte de ténèbres. 1,479.
» Un agent libre d’envie, vide d’égoïsme, doué de
fermeté et de courage, que, ni les succès, ni les revers, ne
* peuvent faire changer, est appelé un homme suivant la
qualité sattwa. 1,480.
» Quand un agent est passionné, désirant le fruit des
œuvres, cupide, impur, à l'àme violente, esclave de la
joie et du chagrin, on dit qu’il appartient au radjasa 1,481.
» L’agent, qui est incapable, vil, opiniâtre, fourbe,
méchant, paresseux, prompt à se décourager, lent à en-
treprendre, on l’appelle un sujet du lamas. 1482.
» Écoute la différence de la raison et de la constance ;
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LE MAHA-BHAKATA.
146
elles sont de trois espèces, Dhanandjaya, suivant les qua-
lités. Je vais te les expliquer séparément et sans réserve.
» Une raison, qui sait déterminer le commencement ou
la fin dans ce qui est ou n’est point 4 faire, dans ce qui est
à craindre ou ne l’est pas, dans ce qui est liberté ou ce qui
est esclavage, fils de Prithà, est celle du sattwa.
» La raison qui entrevoit confusément le juste et 1 in-
juste, ce qui est ou n’est point à faire, fils de Prithâ, est
celle du radjas. 1,483 — 1,684 — 1,485.
» Enveloppée d’obscurité, si la raison pense que le vice
est la vertu, et que toutes les choses existent dune ma-
nière opposée à ce qu’elles sont, fils de Pritha, c est un
effet du tamas. 1,486.
» Une constance, qui retient les fonctions des sens, de
la respiration et du cœur dans une contemplation sans
défaut, provient de la vérité, fils de Prithâ. 1,487.
» Si elle ne délivre pas de la somnolence, de la crainte,
du chagrin, du désespoir, de la folie, cette constance inin-
telligente, fils de Prithà, est inspirée des ténèbres. 1,488.
» Écoute maintenant de ma bouche, ô le plus ver-
tueux des Bharatides, le plaisir, qui est de trois espèces.
Quand un homme se réjouit de l’étude et marche vers la
fin de la tristesse, 1 489.
b Et quand ce qui était comme du poison au commen-
cement est à la fin devenu semblable à l’ambroisie, alors
son plaisir, qui naît du calme de sa raison et de son âme,
est dit U résultat de la qualité sattwa. 1,490.
« Le plaisir, qui, dérivé de l’union des sens aux objets
sensibles, est au commencement semblable à l'ambroisie
et tel que du poison à la fin, est un plaisir donné par la
qualité radjas. 1,491.
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BHISHM A-PA K VA.
145
h Mais le plaisir, qui, dans son commencement et dans
la suite, est un égarement de l’âme, qui fait croître la né-
gligence, la paresse et la somnolence, est dit un plaisir de
l’ordre lamas. 1.492.
» Ni sur la terre, ni dans le ciel, parmi les Dieux , il
n’existe aucun être, qui soit exempt de ces trois qualités,
dont la nature est la mère. 1,493.
» Les qualités, qui naissent de leurs dispositions natu-
relles, fléau des ennemis, ont réparti les fonctions entre
les brahmes, les kshatryas, les valçyas et les çoùdras.
» La paix, la répression des sens, la pénitence, la pu-
reté, la patience, la droiture, la science, la sagesse, la foi
à la providence et au monde à venir : tels sont les devoirs
des brahmes, nés de leur nature. 1,494 — 1,495.
» L’héroïsme, la vigueur, la fermeté, l’adresse, ne ja-
mais fuir dans le combat, la libéralité, un cœur de souve-
rain : voilà quels devoirs appartiennent naturellement au
kshatrya. 1,497.
» L’agriculture, la garde des troupeaux, le commerce :
ce sont les devoirs naturels du vatçya. Servir les autres
castes est le devoir né de la nature du çoûdra. 1,498.
» L’homme, à qui plaisent ses fonctions, quelqu’ elles
soient, atteint à la perfection. Écoute de quelle manière
un homme, content de son état, peut y arriver. 1,499.
» L’homme parvient à la perfection, quand par ses
œuvres, il a honoré l’Être, auteur des créatures et par qui
fut déployé tout cet univers. 1,500.
» Le devoir propre à une caste vaut mieux que le de-
voir bien réglé d’une autre : l’homme, qui remplit l’acte
nécessaire, que lui impose le devoir de sa classe, ne tombe
pas dans le péché. 1,501.
vu
10
146
LE MAHA-BHARATA.
» Qu’il n’abandonne pas, fils de Kountt, l’action, fût-
elle coupable, à laquelle il est soumis par sa naissance :
en effet, toutes les entreprises sont enveloppées par le
péché, comme le feu est environné par la fumée. 1 ,502.
» Par cet abandon de toutes les affections mondaines,
un esprit complètement détaché, qui a vaincu ses passions
et banni ses désirs, est conduit à la plus haute perfection
de la vacuité des œuvres. 1,503.
» Quand il est parvenu à cette perfection, comment
arrive-t-il à Dieu ? Apprends-le de ma bouche en abrégé :
car c'est là, fils de Kounti, le dernier terme de la science.
» Doué d’une raison pure, ayant comprimé son âme
par sa fermeté, ayant abandonné les objets sensuels, la voix
et le reste, ayant chassé lahaine et l’amour, 1,504 — 1,505.
» Vaquant à la prière dans un lieu écarté, ses aliments
réduits à une portion minime, son esprit, sou corps, sa
voix comprimés, livré à l’yoga de la pensée, arrivé à l’ab-
sence des passions, 1 ,506.
» Affranchi de la vanité, de la violence, de l’orgueil,
de l’amour, de la colère et des embarras d’une famille,
sans avarice, entièrement pacifié, il devient participant à
l’essence de Brahman. 1 ,507.
» Identifiée à ce Dieu, son àme sereine n’a plus ni cha-
grin, ni désir: égal envers tous les êtres; il est parvenu à
mon culte le plus élevé ! 1,508.
» Grâce à sa dévotion, il me distingue avec vérité dans
ma grandeur et dans mon essence : introduit en moi par
cette pure connaissance, il n’en est plus séparé. 1,509.
» Quand il m'a choisi pour son asile, il obtient par ma
faveur, quoiqu’il ne cesse de vaquer à toutes les œuvres,
une patrie incorruptible et impérissable. 1,510.
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BHISHMA-PARVA.
n~
a Me choisissant pour ton principal, but, dépose menta-
lement toutes tes œuvres en moi, et, t'unissant à moi par
l’yoga de ta raison, garde tes pensées toujours fixées en
ma personne divine. 1,511.
» Si tu retiens sur moi ta pensée, tu traverseras, grâce
à ma faveur, toutes les difficultés insurmontables ; mais
si, par orgueil, tu fermes ton oreille à ma voix, tu périras.
» Tu penses, appuyé sur l'orgueil : « Je ne combattrai
pas!» mais ta résolution est vaine ; le naturel t’y pous-
sera. 1,512 — 1,513.
» Lié par les fonctions, qui dérivent de tes dispositions
naturelles, tu feras, malgré toi-même, fils de Kountl, ce
que dans ton délire tu désires ne pas faire. 1,51A.
» Le cœur de tous les êtres, Arjouna, est la place où
réside Içwara, qui, par sa magie, promène toutes les
créatures, montées sur la roue du temps. 1,515.
» Réfugie-toi de toute ton âme, fils de Bharata, en cet
unique asile; et tu obtiendras de sa grâce la paix su-
prême et l’éternel Paradis. 1,516.
» Ici, j’ai fini de t’exposer une science plus arcane
même que le mystère. Considère-la sans rien oublier, et
agis de la manière que tu le désireras. 1,517.
» Écoute encore ma parole sublime, le plus grand de
tous les mystères; tu es mon bien-aimé ; donc, je dois te
dire ce qui est ton bien. 1,518.
» Attache en moi ton âme, sois pieux envers moi, offre-
moi des sacrifices, adresse-moi ton adoration; car tu
viendras à moi : je te promets la vérité, tu es mon ami.
» Renonce à tous les devoirs, et viens à moi, comme à
ton seul refuge ; je te délivrerai de tous les péchés ; ne
t’afflige donc pas 1 1,510 — 1,520.
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US
LE MAHA-BHAUATA.
» Ne répète jamais ces paroles de ma bouche, ni à
l’homme sans pénitence, ni à l’homme sans religion, ni à
celui, qui ferme son oreille, ni à quiconque me déteste.
» Mais celui, qui révélera ce mystère sublime à mes
serviteurs, viendra sans doute à moi, quand il m’aura
servi d’un culte suprême. 1,521— 1,522.
# Nul autre parmi les hommes n’aura fait une chose,
qui me soit plus agréable; et il n’y aura personne, que je
préfère à lui sur la terre. 1 ,523.
n Quiconque lira ce pieux entretien, qui vient de naître
entre nous deux, célébrera en mon honneur un sacrifice
de science : tel est mon sentiment. 1 ,52 h.
» Et l'homme de foi, sans envie, qui l’aura une seule
fois écouté, libéré de ses péchés, ira dans les mondes
heureux des âmes aux œuvres saintes. 1,625.
« As-tu, fils de Prithâ, écouté ma parole d’une pensée
attentive? Ce trouble de l’esprit, qui avait produit ton
ignorance, a-t-il cessé, Dhanandjaya? » 1,526.
« Mon trouble a cessé, répondit Arjouna ; grâce à toi,
Dieu éternel, j’ai recouvré la mémoire : tu m’as rendu
ferme ; mon trouble a disparu ; j’accomplirai ta parole. »
C’est ainsi, poursuivit Sandjaya, que j’entendi3 cette
conversation merveilleuse, horripilante, du Vasoudévide
et du magnanime fils de Prithâ. 1,527 — 1,528.
Depuis que, par la bienveillance de Vyâsa, j’ai
entendu raconter de la bouche même de Krishna , le
maître de l’yoga en personne, cet yoga suprême, le plus
grand des mystères, 1,529.
Je me rappelle, sire, je me rappelle cette conversation
sainte et merveilleuse de Kéçava et d’ Arjouna, et je m’en
rejouis à tout moment. 1,630.
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BHISHMA-PARVA.
1/19
Quand je nie rappelle , grand roi , quand je me rap-
pelle cette forme plus que merveilleuse de Hari, je
demeure stupéfait, et je m’en réjouis mainte et mainte
fois. I,ô31.
Où est Krishna, le maître de l’yoga, où est l’archer fils
de Prithà, là sont la fortune, la victoire, la prospérité,
une politique certaine : voilà mon sentiment. 1,532.
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LA MORT DE BHISHMA.
Sandjaya dit :
A la vue de Dhanandjaya, armé du Gândiva et de ses
flèches, les héros poussèrent de nouveau des cris im-
menses d allégresse. 1,533.
Pleins de joie, les Pândouides, les Srinjayas et les
braves, qui marchaient à leur suite, remplirent de vent
leurs conques, filles de la mer. 1,534.
Tout à coup furent battus les tambours et les ton-
nerres ( lj, furent sonnés les trompettes et les krakatchas :
ce fut un bruit confus. 1,535.
La curiosité attira en ce lieu, monarque des hommes,
les chœurs des Siddhas et des Tchâranas, les Mânes, les
Gandharvas et les Dieux. 1 ,536.
Les éminents rishis, ayant mis Indra à leur tète, y
affluèrent de compagnie pour contempler ce grand car-
uage. 1,537.
(i) Sans doute, le nom d’un instrument de musique pour la guerre.
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BHISHMA-PARVA.
151
A l’aspect des deux armées, sire, mainte et mainte fois
ondoyantes, semblables à la mer et pleines d’ardeur pour
la bataille, le vaillant Dharraarâdja-Youdhishthira, dépo-
sant la cuirasse, rejetant la plus excellente des armes,
descendit précipitamment de son char, vit son grand
oncle, et debout, 4 pied, joignant les paumes de ses
mains réunies au front, il s’avança en silence vers l’armée
des ennemis, face à face avec elle.
1,538— 1,539— 1,540,
Quand Dhanandjaya , le fils de Kountl , le vit en
marche, il descendit à la hâte de son char, et s’avança
lui-même, accompagné de ses frères. 1,541.
Le Vasoudévide suivit ses pas, sire, et les monarques,
désirant voir ce qui allait arriver , suivirent celui-ci, selon
les degrés de leur prééminence. 1 ,542.
« Qu'as-tu résolu, sire, lui dit Arjouna, pour que tu
nous abandonnes et que tu ailles à pied même au-devant
de l'armée ennemie? » 1,543.
« Où comptes-tu aller au milieu de ces armées encui-
rassées de l’ennemi, reprit Bhîmaséna, toi, Prithide,
Indra des rois, qui abandonnes tes frères, toi, qui as dé-
posé ta cuirasse et ton arme? » 1,544.
« Quand je te voi3, Bharatide, toi, mon frère aîné,
t’en aller ainsi, dit Nakoula, mon cœur v; iltent est ac-
cablé de douleur. Dis ! où ta majesté va-t-elle? » 1,545.
« Dans cette multitude des plus effroyables combat-
tants, que voici rangée et qu’il te faut combattre, dit à
son tour Sahadéva, où vas-tu, sire, la face tournée vers les
ennemis? » 1,546.
A ces paroles de ses frères, Youdhishthira ne répondit
pas un seul mot, rejeton de Kourou, et même, dans sa
152
LE MAHA-BHARATA.
marche silencieuse, rien n’arrêtait ses regards. 1,5A7.
Le magnanime à la grande science, Krishna, leur dit
en riant : « Sun dessein m’est connu. 1,5A8.
» Quand il aura fait approuver sa conduite à Bhishma,
à Drona, au Gotamide, à Çalya et à tous les gourous, il
combattra avec tous les ennemis. 1,549.
» En effet, comme nous l’enseigne la tradition dans un
précédent kalpa, la victoire d'une bataille est certaine
pour l'homme, qui combattra avec de plus grands, s’il
fait approuver sa guerre, conformément aux Traités de
morale, à ses parents, aux vieillards et aux gourous ; c'est
mon sentiment! » Tandis que Krishna parlait de cette
manière, il s’éleva dans l’armée des Dhritarâshtrides un
grand brouhaha, et l’armée contraire demeura dans le si-
lence. A la vue d’Youdhishthira, les vaillants guerriers
du Dhritarâshtride se dirent l’un à l’autre : « Cet homme
est l’opprobre de sa famille; car il est évident que ce roi
Youdhishthira, accompagné de ses frères, s’avance men-
diant un secours, avec l’air comme effrayé à l'aspect de
Bhishma! Comment? Quand il a pour défenseurs Dha-
nandjaya et Vrikaudara, le fils de Kounti,
1,550 — 1,551 — 1,552 — 1,655 — 1,554.
» Et Nakoula, et Sahadéva, ce Pàndouide s’avance ef-
frayé! Ce guerrier, célèbre dans le monde, n’a-t-il pas
reçu la naissance dans une famille de kshatryas, comme
parait l’annoncer son cœur timide et d’une faible énergie
dans la guerre? » Ensuite, tous les guerriers joyeux,
l’âme bien disposée, de célébrer les Kourouides, de se-
couer chacun en particulier ses vêtements, et de blâmer
unanimement, roi des hommes, Youdhishthira, qui mar-
chait, avec ses frères, accompagné de Kéçava. Puis,
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BHISHMA-PARVA.
153
quand l'armée Kouravienne se fut épuisée en blâme sur le
fils d’Yama, 1,555—1,556—1,557—1,558.
Elle retomba de nouveau, sire, tout à coup dans le si-
lence : « Qu’est-ce que va dire ce roi? s’entredisaient-ils.
Qu’est-ce que Bhtshma va lui répondre? 1,559.
» Que va dire Bhima, fier de ses batailles? Que diront
Krishna et Arjouna? Quelles paroles désire-t-il lui-même
nous faire entendre? » Une bien grande incertitude, sire,
dont Youdhishthira était l’objet, tenait donc alors en sus-
pens les deux armées. Il se plongea dans l'armée des
ennemis, hérissée de lances en fer et de flèches.
1,560—1,561.
Environné de ses frères, il s’approcha à la hâte de
Bhishma, et lui prit les pieds de ses deux mains ; puis, le
roi Pândouide tint ce langage au fils de Çântanou, à
Bhishma, préparé au combat : 1,562 — 1,503.
« Je te salue, invincible guerrier; nous allons com-
battre avec toi. Daigne me le permettre ici, et accorde-
moi ta bénédiction. » l,56â.
« Si tu ne t’étais point ainsi, souverain de la terre, lui
répondit Bhtshma, approché de moi dans la guerre, je
t'aurais maudit pour la défaite , puissant roi. 1,565.
» Je suis content, mon fils; obtiens la victoire; obtiens
dans la guerre autre chose, fils de Pândou, qui est l’objet
de tes désirs. 1,566.
# Que désires-tu de nous, Prithide, le plus distingué
entre tous les hommes de choix? Puisque tu as agi de
cette manière, grand roi, tu n’as point à craindre la dé-
faite! 1,567.
» L’homme est le serviteur de l’affaire, dit-on; mais
l'affaire n’est pas la servante de l'homme. En vérité, grand
V
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!
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V
I
154 LE MAHA-BHARATA.
roi, les Kourouides m’ont enchaîné à leur affaire. 1,508.
» En conséquence, rejeton de Kourou, je te répète
cette parole, comme une personne impuissante : les Kou-
rouides m’ont enchaîné à leur affaire. Que désires-tu
autre chose que le combat? » 1,569.
« Parle sans cesse en ma faveur, guerrier à la grande
science, qui désires mon bien, reprit Youdhishthira.
Combats dans l’intérêt des Kourouides : ce sera toujours
ce qu’il y a de mieux pour moi ! » 1,570.
<i Quelle chose possible à soutenir ferai-je ici pour toi,
sire? lui répondit Bhlshma. Je combattrai, puisque tu y
consens, fils de Kourou, dans l’intérêt de l’ennemi : dis-
moi ce que tu veux dire ! » 1,571.
o Je t’interroge donc, mon père; adoration te soit
rendue, mon aïeul! reprit Youdhishthira. Comment pour-
rai-je vaincre dans la bataille ton altesse invaincue? Dis-
moi cette bonne chose, si le meilleur des partis est exposé
devant tes yeux. » 1,572 — 1,573.
« Je ne vois pas d’homme, qui puisse me vaincre, fils
de Kountl, quand je combats en bataille, repartit Bhish-
ma. Non! il n’est personne, pas môme Çatakratou, fût—
•' il visible à nos yeux! » 1,574.
« Eh bien ! c’est la question, reprit Youdhishthira, que
je t’adresse, mon aïeul. Dis-moi quel est le moyen, que
les ennemis auraient de te donner la mort dans un com-
bat. » 1,575.
« Je ne vois pas d’homme, lui répondit Bhlshma, qui
puisse triompher de moi dans une bataille : par consé-
quent, l’heure de la mort ne peut arriver pour moi. Fais
ton retour vers les tiens ! » 1 ,576.
Le rejeton de Kourou, Youdhishthira reçut la parole
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BH1SHMA-PARVA. 165
de Bhlsbma sur sa tête, et il s’inclina de nouveau en sa
présence. 1,677.
Le guerrier aux longs bras s’avança de nouveau auprès
du char de l’Atchârya, au milieu de tous les guerriers,
attachant leurs yeux sur lui, environné de ses frères.
11 s’inclina devant Drona, décrivit un pradakshina au-
tour de lui et fit entendre de sa voix à l’invincible guide
spirituel ces paroles dirigées vers l’utilité : 1,578-1,579.
h Je te salue, inaffrontable ; je vais combattre, exempt
de péchés. Comment pourrai-je vaincre tous les ennemis,
brahme, avec ta permission ? » 1,580.
» Si tu n’étais venu auprès de moi avec une résolution
bien arrêtée pour le combat, lui répondit Drona, j’aurais
fulminé sur ta tête une malédiction, qui eût entraîné
entièrement ta défaite. 1,581.
» Je suis honoré par toi, prince sans péché, et cette
déférence me satisfait, Youdhishthira; combats, je te le
permets, et remporte la victoire. 1,582.
•> 11 faut que j’accomplisse ton désir; dis-moi ce que
tu veux me dire. Les choses étant ainsi, grand roi, que
désires-tu autre chose que le combat? 1,583.
» L’homme est le serviteur de l’affaire, dit-on, l’af-
faire n’est point la servante de l'homme. En vérité, grand
roi , les Kourouides m’ont enchaîné îf leur affaire.
b Par conséquent, je dois le parle&en personne impuis-
sante. As-tu un autre désir que le combat? Je ferai la
guerre dans l’intérêt des Kourouides : c’est à toi de gou-
verner ma victoire. » l,58â — 1 ,585.
« Souhaite pour moi la victoire, brahme, et dis quel
sera mon bien, lui répondit Youdhishthira. Combats dans
la cause des Kourouides : c’est la grâce, dont moi-même
je fais élection. » 1,586.
150
LE MAHA-BHARATA.
« La victoire est certaine pour toi, sire, puisque Hari
est ton conseiller, repartit Drona. Je te connais, tu vain-
cras les ennemis dans la bataille. 1,587.
» Krishna est pour toi la victoire, par cela même que
Krishna est ton devoir. Combats, (ils de Kounti; viens!
interroge-moi 1 que te dirai-je ? » 1,588.
« Je t’interroge, ô le meilleur des brahines! reprit
Youdhishthira. Écoute ce que j’ai envie de te dire. Com-
ment pourrai-je triompher dans le combat de ta sainteté,
qui n’a jamais connu la défaite ? » 1,589.
« Tu n’auras pas la victoire tant que je combattrai
sur le champ de bataille, répondit le vieux brahme.
Efforce-toi avec tes frères, sire, de me donner prompte-
ment la mort. » 1,590.
« Eh bien ! dis-moi donc, guerrier aux longs bras,
quels sont, reprit Youdhishthira, les moyens de te donner
la mort. Tombé à tes pieds, je t’interroge, Atchàrya; ado-
ration te soit rendue ! u 1,691.
« Je ne vois pas, mon fils, repartit Drona, un ennemi,
qui puisse me tuer sur le champ de bataille, combattant
de pied ferme, plein d’une bouillante colère et. faisant
pleuvoir des pluies de flèches en torrents. 1,592.
» Je ne vois pas le héros, qui me tuerait dans un com-
bat, c’est une •vérité, que je te dis, excepté si j’avais
déposé mes armes, que mon âme fût expirante et moi ar-
rivé près de la mort. 1,593.
» Je mettrais bas les armes dans une bataille, si j’en-
tendais un mot blessant d'une grande importance, venu
d’un homme à la parole croyable : je te dis cette vérité. »
A ces mots, roi puissant, du sage fils de Bharadwâdja,
Y oudhûhthira s’avança vers le Çaradvatide, après qu’il eut
obtenu l’approbation du guide spirituel. 1,594 — 1,595,
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BHISHMA--PAHVA.
157
11 s’inclina devant Kripa, il décrivit un pradakshina
autour de lui, et, habile à manier la parole, il adressa au
plus inaffrontable des héros ces paroles : 1,590.
« Quand j'aurai reçu ton approbation, mon gourou, je
combattrai, libre de péchés; puisse-je vaincre tous les
ennemis avec ta permission, mortel sans péché I » 1,597.
« Si tu ne t’étais pas approché de moi avec une réso-
lution bien arrêtée pour la bataille, répondit Kripa, j’au-
rais fulminé contre toi une malédiction, grand roi, qui
eût entraîné entièrement ta ruine. 1,598.
» L’homme est le serviteur de l’affaire, mais l’afTaire,
dit-on, n’est pas la servante de l’homme. En vérité, les
Kourouides, grand roi, m’ont enchaîné à leur affaire.
» Il me faut combattre dans l’intérêt de ces princes;
c'est mon opinion, Mahàràdja. Je te parle donc en homme
impuissant. Que désires-tu en dehors de la bataille ? »
1,599—1,000.
« Eh bien ! je t’interroge donc : Atchârya, écoute mon
langage, » reprit Youdhishthira. A ces mots, il ne parla
plus, agité par la douleur, et sembla un corps, d'où l’âme
s’est enfuie. 1,001.
Le Gotamide répondit au prince, qui s’était évanoui,
ayant le désir de poursuivre son discours :
« On ne peut me donner la mort, puissant monarque ;
combats et gagne la victoire. 1,002.
» Je suis content de ta venue en ce lieu, roi des hommes;
je désire toujours ta victoire ; relève-toi : c’est une vérité,
que je te dis là. 1,003. »
A peine eut-il entendu ces paroles du Gotamide, le mo-
narque, ayant fait approuver son dessein à Kripa, de s’a-
vancer où était le souverain de Madra. 1,604.
158
LL MAHA-BHAKATA.
Il s’inclina devant Çalya, il décrivit un pradakshina au-
tour du prince invincible, et le roi de lui adresser ces pa-
roles fortunées: 1,605.
« Je demande ton approbation, insurmontable héros,
grâce à laquelle je combattrai sans péché. Puissé-je vaiu-
cre tous les ennemis, sire, avec ta permission. » 1,606.
« Si tu n’étais pas venu me trouver, lui répondit Çalya,
avec une résolution bien arrêtée pour le combat, j’eusse
fulminé contre toi une malédiction, puissant roi, qui eût
entraîné ta défaite dans le combat. 1,607.
« Je suis content, je suis honoré ; accompli soit donc
tout ce que tu désires ! Combats, je te le permets, et rem-
porte la victoire. 1 ,608.
» Dis une parole, héros : ds quelle chose as-tu besoin ?
Que te donnerai-je ? Dans cette conjoncture, Mahârâdja,
que désires-tu en dehors du combat? 1,609.
» L’homme est le serviteur de l'affaire, dit-on; mais
l’affaire n’est pas la servante de l’homme. Ce mot est vrai,
sire, et les Kourouides m'ont enchaîné à leur affaire. 1,610.
» J’accomplirai ton vœu, fds de ma sœur, comme tu le
désires. Je te parlerai donc en personne impuissante. Qu >
désires-tu, mais autre chose que le combat? » 1,611.
« Dis toujours, Mahârâdja, répondit Youdhishthira,
ce qui est mon bien le plus grand : volontiers, combats
dans la cause de l’ennemi, c’est aussi la grâce, dont je fais
choix.» 1,612.
« Qu’y a t-il ici de possible? Dis, 0 le plus sage des
rois, reprit Çalya, et je le ferai pour toi volontiers ! je
combattrai dans la cause de l’ennemi ; car les Kouroui-
des m’ont choisi dans leur affaire. » 1,613.
« Un effort de ta vaillance , Çalya, est la grâce, que je
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BHISHMA-PARVA.
159
demande moi-même, dit Youdhishthira. 11 te faut exécu-
er dans la guerre la mort de la vigueur, que possède le
fils du cocher. » 1,61A.
« Ton voeu sera accompli, comme tu le désires, fils de
Kountl, répondit Çalya. Va ! combats ; je te promets la
victoire. » 1,615.
Dès qu’il eut reçu l’approbation de son oncle, le souve-
rain de Madra, le fils de Kountl, environné de ses frères,
sortit de la grande armée. 1 ,616.
Le Vasoudévide s’avança, dans le champ de bataille,
vers le fils adoptif de Mdhâ, et ce frère aîné de Gada lui
parla ainsi dans l’intérêt des Pândouides : 1,617.
« J’ai ouï dire, Karna, que tu ne combattrais pas, à
cause de ta haine pour Bhîshma. Fais choix de notre
parti, avant que Bhîshma ne périsse. 1,618.
n Mais, Bhîshma une fois mort, tu reviendras à la
guerre, fils de Râdhà, si tu vois l’alliance avec le Dhri-
tarâshtride, égale à votre omit U'. » 1,619.
« Je ne ferai pas une chose désagréable au Dhrita-
râshtride, répondit Karna. Sache que je désire, Kéçava,
le bien de Douryodhana, à qui j’ai sacrifié ma vie. »
Aussitôt qu’il eut entendu ces paroles, Krishna s’en re-
vint, Bharatide, se réunir aux fils de Pàndou, qui avaient
à leur tête Youdhishthira. 1,620 — 1,621.
Le premier-né des Pândouides cria au milieu de cette
armée: « Quiconque nous choisit, je le choisis moi-même
pour mon allié ! # 1,622.
Alors, fixant ses regards sur eux, Youvoutsou, l’âme
joyeuse, répondit à Dharmarâdja-Youdhishthira, le fils
de Kountl : 1,623.
« Majestés, je combattrai pour vous les fils de Dhrita-
160
LE MAHA-BH \ Il ATA.
râshtra, si c’est moi, que tu choisis, irréprochable mo-
narque. » l,62â.
« Viens ! viens ! répondit Youdhishthira ; noos. You-
you tsou et le Vasoudévide, nous combattrons tes aveugles
frères; nous parlons en général. 1,625.
» Je te choisis, combats pour ma cause ; en toi, guer-
rier aux longs bras, on voit la postérité et les offrandes
funèbres du roi Dhritarâshtra. 1 ,626.
u Aime-nous, qui t’aimons, fils de roi à la grande splen-
deur. L’insensé fils de Dhritarâshtra n’en concevra point
décoléré.» 1,627.
Ensuite, Youyoutsou de faire résonner le tambour et,
abandonnant les Kourouides, tes fils, de passer à l’armée
des fils dePândou. 1,628.
Alors tout rempli de joie, le roi Youdhishthira aux
longs bras revêtit de nouveau sa cuirasse enflammée,
flamboyante d’or. 1,629.
Tous les plus vaillants des hommes revinrent chacun à
son char, et ils rangèrent de rechef la multitude en ba-
taille, comme elle était auparavant. 1,630.
Les héros firent résonner les tambours par centaines et
jetèrent différents nobles cris de guerre. 1 ,631.
A la vue des Pàndouides, ces tigres des hommes, de-
bout sur leurs chars, les princes, Dhrishtadyoumna et les
autres, tous alors de s'en féliciter. 1,632.
A peine eurent-ils vu la gravité des fils de Pàn-
dou, guerriers vénérables et qui savaient s'acquitter
des respects dus à autrui, les souverains de la terre
les comblèrent en ce moment des plus grands hom-
mages. 1,633.
Les rois de se raconter l'amitié, la miséricorde oppor-
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BHISHMA-PAllVA.
161
tune, l’éminente compassion de ces magnanimes envers
leurs parents. 1,634.
« Bien ! bien ! » acclamait-on ; et de toutes parts ces
hommes remplis de gloire envoyaient des paroles saintes,
accompagnées d’éloges, qui ravissaient le cœur et l’esprit.
Les Mlétchhas et les Aryas, qui virent et qui enten-
dirent ce spectacle et ce langage, pleurèrent alors, en
bégayant cette noble conduite des fils de Pàndou.
1,635—1,636.
Charmés de joie, ces héros impétueux battirent les
grands et nobles tambours ; ils emplirent de vent par
centaines les conques, dont la blancheur était semblable
à du lait. 1,637.
Ûhritaràshtra dit :
« Tandis que les armées des miens et celles de l’en-
nemi étaient ainsi rangées en bataille, qui furent ceux des
Kourouides et des Pàudouides, qui portèrent les premiers
coups? » 1,638.
Dès qu’il eut entendu la parole de son frère, ton fils
Douççâsana, répondit Sandjaya, mit Bhishma à la tète de
l'année et marcha avec elle avant. 1,639.
Tous les Pândouides, sous la conduite de Bhlmaséna,
s’avancèrent, faine joyeuse, désirant combattre Bhishma.
Les cris de guerre, les exclamations de plaisir, le
grincement des scies, le bruit des cornes de taureau, les
tambours, les tymbales, les tambourins, le hennissement
des chevaux et le barrit des éléphants, couraient pêle-
mêle au milieu des airs, sire, par-dessus les deux armées.
Nos cris se confondaient avec les cris des ennemis : c’é-
tait alors un vaste tumulte. 1,640 — 1,641 — 1,642.
Vil 11
162
LE MAHA-BHA1UTA.
Dans ce choc d’une grande inimitié, les nombreuses
armées du Pàndouide et du fils de Dhritaiâshtra ébran-
lèrent par le son des tambours et des conques les forêts,
comme si elles étaient secouées par le vent. 1,643.
En cet instant malheureux, où les armées, pleines de
coursiers , d’éléphants et de rois fondirent l’une sur
l'autre, un bruit s’éleva, immense, tel que celui des mers
soulevées par l’orage. 1,644.
Au milieu de ce tumulte, qui éclatait, horripilant, con-
fus, Bhîmaséna aux longs bras de pousser des cris comme
un taureau. 1,646.
Cette clameur du héros, elle domina par-dessus le bruit
des tambours et des conques, le barrit des éléphants et
les cris de guerre des deux armées. 1,646.
Bhîmaséna fit entendre sa voix plus forte que tous les
bruits des chevaux, qui hennissaient par milliers dans les
armées. 1,647.
Les divisions de trembler à ce cri entendu : le son en
ressemblait à celui de la foudre d’Indra ou au nuage ton-
nant. 1,648.
A la voix de ce héros, toutes les montures de lâcher
sous elles l’urine et les excréments : le reste des animaux
en fut effrayé comme au rugissement d'un lion. 1,649.
Se montrant épouvantable , mugissant comme une
grande nuée, jetant la terreur dans l’âme de tes fils , il
s’avança là vers eux. 1,650.
Les frères de retenir le héros, qui se portait en avant,
et de le couvrir avec une multitude de flèches, tels que
des nuées masquent l’auteur du jour. 1,651.
Douryodhana, ton fils, sire, Dourmoukha et Doussaha,
Douççâsana et Dourmarshana, qui combat sur un char,
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BH1SHMA-PARVA.
468
Vivinçati, Tchitraséna et le héros Vikarna, Pouroumi-
tra, Djaya, Bhodja et le vigoureux fils de Somadatta
1,652—1,653.
Laissèrent échapper de leurs mains les grands arcs,
de même que des nuées vomissent des éclairs, et prirent
des flèches de fer, semblables à des serpents déchaînés.
Les fils de Draâupadl, le héros né de Soubhadrà, et
Nakoula, Sahadéva, Dhrishtadyoumna le Prishatide
S’avancèrent, accablant de traits aigus les enfants de
Dhritarâshtra, comme les sommets des montagnes sonten
but aux coups de la foudre rapide. 1,654-1,655-1,656.
Et parmi tant d’ennemis, il n’y eut personne, qui, dans
ce premier combat, détourna la tête au bruit épouvantable,
que faisait éclater la surface de la corde de3 arcs. 1,657.
Je vis combien les disciples de Drona, sire, avaient
la main prompte à décocher une multitude de flèches, qui
transperçaient les drapeaux. 1,658.
Le bruit des arcs, qui murmurent en décochant la
flèche, ne se calme pas; ils envoient des traits enflammés
comme des étoiles filantes, qui glissent sur la surface du
ciel. 1,659.
Tous les autres souverains de la terre, éminent Bhara-
tide, ont vu, comme s’ils étaient assis au spectacle, cet
admirable Bhîma s’avancer vers tes ennemis, ses parents.
Enflammés de colère, se portant des coups, qui attes-
taient leur cruauté, ces héros déployaient leur force, sire,
avec un mutuel désir de l’emporter l’un sur l’autre.
Remplies de chars, de coursiers et d’éléphans, les deux
armées de Kourou et de Pândou brillaient au plus haut point
sur le champ de bataille, comme des couleurs sur une
étoffe peinte. 1,660 — 1,661 — 1,662.
LE MAHA-BHARATA.
164
Ensuite, tous les princes, ayant empoigné leurs arcs,
le soleil disparut, voilé par la poussière, soulevée sous les
pieds des guerriers. 1,663.
D'après l'ordre de ion fds, les deux armées s’affron-
tèrent. Tandis quelles couraient, elles formaient là une
vaste barrière impénétrable d'éléphants et de chevaux,
pleine de conques et de tambours, auxquels se mêlait le
son des cris de guerre : c'était une bruyante tortue d’épées,
de pachydermes, d'arcs et de flèches saisies. 1,664-1,665.
Le vent, qui bondissait par-devant, produisait le son
comme d’une mer agitée. Les princes, qui, par milliers,
suivaient les ordres d’ Youdhishthira, joignirent avec leurs
gens l’armée de ton fils, et la rencontre des guerriers de
ces deux armées fut marquée de la plus grande
violence. 1,666 — 1,667.
On ne vit différence aucune entre les tiens et les ennemis
pour combattre et revenir à leurs rangs après avoir été
rompus. 1,668.
Tandis que se déroulait ce combat très-épouvantable,
tout rempli de tumulte, ton père excellait en splendeur
par-dessus toutes les armées. 1,669.
Le matin de ce cruel jour eut lieu, monarque des
hommes, une bataille d’une grande terreur, qui déchira
le corps des rois : 1,670.
Combat, où les Kourouides désiraient vaincre les Srin-
djayas et qui fit résonner les échos du ciel et de la terre,
comme le rugissement des lions. 1,671.
Les exclamations de joie étaient égales au bruit des
conques : on y apprit à connaître les cris de guerre des
rois, qui répondaient aux cris de guerre. 1,672.
Le bruit de la corde de l'arc frappée sur la manique.
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BHISHMA-PARVA.
165
le piétinement des pas de l’infanterie, le grand tumulte
des cavaliers, le son des bâtons ferrés et des crocs aigus,
qui s' abattaient sur le cou des pachydermes, le cliquetis
des armes et le branle des clochettes, que les éléphants
secouaient, en courant l’un sur l’autre, formaient alors
un brouhaha discordant, épouvantable : le bruit des chars
ressemblait au nuage tonnant. 1,073 — 1,674 — 1,675.
Tous, embrassant des sentiments cruels et faisant le
sacrifice de leur vie, ils fondirent sur les Pândouides, avec
leurs enseignes déployées. 1,676.
Armé d’un arc effrayant et semblable au bâton de la
Mort, le fils de Çântanou lui-même, sire, de se précipiter
sur Dhanandjaya. 1,677.
Arjouna, saisissant l’arc Gândtva , célèbre dans le
monde, courut, impétueux, sur le fils de la Gangâ, au
front de la bataille. 1,678.
Ces deux tigres de Kourou désiraient la mort l’un de
l’autre; mais le vigoureux fils de la Gangâ ne put
même, dans ce combat, ébranler de son coup le fils de
Prithâ. 1,679.
Le Pândouide, sire, n'ébranla point Bhîshma sur le
champ de bataille. Sàtyaki au grand arc s’élança contre
Kritavarman. 1,080.
Le combat de ces deux héros fut bien grand, épouvan-
table. Sàtyaki salua Kritavarman, et celui-ci de saluer Sà-
tyaki ; puis, ces deux hommes à la vaste force de se dé-
chirer bruyamment ; et bientôt ils brillèrent, tous les
membres couverts de flèches, 1,681 — 1,682.
Tels qu’au printemps deux kinçoukas fleuris (1) aux
(i) Poushpaçabalaâu poushpitdviva.
106
LE MAHA-BHARATA.
fleura (1) variées. Le héros Abhimanyou engagea un com-
bat avec Vrihadbala. 1,683.
Le roi Koçalien dans ce conflit, souverain des hommes,
trancha le drapeau du fils de Soubhadrà et abattit son
cocher. 1,684.
Celui-ci, irrité à la vue de son guide renversé du char,
blessa Vrihadbala de neuf flèches. 1 ,085.
Ensuite, prenant deux autres bhallas acérés, ce broyeur
des ennemis coupa avec l’un son drapeau, tua son cocher
avec l'autre et fendit sa roue. 1 ,686.
Ces deux vaillants héros de se déchirer mutuellement
avec des flèches mordantes. Bhlmaséna combattit sur ce
champ de carnage le héros Douryodhana, ton fils, orgueil-
leux, enflammé, aux hostilités déclarées. Ces deux vail-
lants héros, les principaux des Kourouides, déchargèrent
l’un sur l'autre deux averses de flèches dans la plaine du
combat. A l'aspect de ces magnanimes, adroits, combat-
tant avec des armes diverses, l'étonnement naquit dans
l'esprit de toutes les créatures. Une bataille engagea
avec le héros Nakoula Douççâsana,
Qui le blessa de ses flèches nombreuses, aigiies, tran-
chant les articulations; et le lils de M&drl lui coupa son
drapeau, son arc et sa flèche, en riant, Bharatide, avec
ses traits acérés. Ensuite, ton invincible fils darda sur
Nakoula dans cette grande bataille vingt-cinq petites
flèches. 11 entama ses coursiers et lit tomber à terre son
drapeau. ( De la stance 1,687 à la stance 1,694).
Dourinoukha combattit Sahadéva à la grande force ;
puis, le héros Sahadéva abattit dans cette grande bataille
(I) PoushpaçabaUiâu poushpit Aviva.
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BH1SHMA-PARVA.
167
le cocher de Dourmoukha avec une flèche au tranchant des
plus aigus, et le blessa dans cette terrible rencontre avec
une pluie de traits en dépit de ses efforts. 1,694 — 1,695.
Ces deux guerriers, ivres de la fureur des combats,
désirant voir déjà fini le duel commencé, de s’inspirer un
mutuel effroi, avec des flèches terribles. 1,696.
Le roi Youdhishthira fondit lui-même sur le souverain
de Madra ; mais celui-ci de lui couper son arc à ses yeux
mêmes en deux morceaux. 1,697.
Mais, sans plus s’occuper de son arc coupé, l’autre de
saisir rapidement un second arc plus solide. Le fils de
Kountî irrité couvrit le roi de Madra sous des flèches aux
nœuds inclinés, en lui criant : « Arrête ! arrête-toi ! »
1,698-1,699.
Dhrishtadyoumna s’élança, Bharatide, sur Drona; mais
celui-ci dans la plus ardente colère trancha l’arc solide,
donnant la mort, dans les mains du magnanime Pàn-
tchàlain ; et de lui envoyer dans ce combat une flèche de
la plus grande épouvante, pareille au bâton de la Mort.
Le trait se plongea dans son corps. Mais, ayant pris un
second arc et quatorze flèches, le fils de Droupada blessa
Drona dans cette rencontre. Ces deux héros dans la plus
vive colère se livrèrent le plus violent combat.
1,700—1 ,701—1 ,702—1,703.
Çankha, joyeux dans la bataille, s’avança pour com-
battre le fils de Somadatta, plein de joie dans le combat,
puissant monarque, et lui cria : « Arrête ! arrête-toi ! »
Le héros lui brisa dans cette lutte le bras droit; mais
le fils de Somadatta fit une blessure à Çankha dans l’en-
droit où est la clavicule. 1,704 — 1,705.
Le combat de ces deux guerriers, enflammés de fureur
168
LE MAHA-BHARATA.
dans cette bataille, fut rapide avec des formes effrayantes,
comme le combat d’un Dânava et d’un Dieu. 1,706.
Le héros irrité Dhrishtakétou à l'âme incommensu-
rable fondit en plein combat, souverain des hommes, sur
Vâhllka aux formes courroucées. 1,707.
Celui-ci, majesté, étourdit avec ses flèches nombreuses
Dhrishtakétou irrité et proféra son cri de guerre. 1,708.
Mais, sans retard, le roi de Tchédi, ivre de colère,
blessa dans ce combat avec des flèches nouvelles Vâhllka,
tel qu’un éléphant enivré. 1,709.
Là, irrités dans cette lutte, poussant mainte et mainte
fois des cris, ils se joignirent, comme les planètes An-
gâraka et Boudha, dans la plus ardente colère. 1,710.
Ghatotkatcha aux œuvres terribles combattit avec le
Rakshasa Alambousha aux actions effrayantes, de même
qu' Indra engagea une bataille avec Bala. 1,711.
Ghatotkatcha, Bharatide, fendit ce démon irrité aux
vastes forces avec quatre-vingt-dix flèches acérées.
Mais Alambousha nombre de fois déchira le vigoureux
Bhatmaséni dans la bataille avec ses dards aux nœuds in-
clinés. 1,712 — 1,713.
Ces deux guerriers, blessés par les flèches, de briller
dans la guerre. Le robuste Çikhandl attaqua danscecom-
bat le fils de Drona. 1,71A.
L’ayant frappé avec un trait de fer bien aiguisé,
Açvatthâman ébranla fortement Çikhandl, ferme, mais
irrité. 1,715.
Ce héros lui-tnème, sire, blessa le fils de Drona avec
une flèche aigüe, mordante, altérée de sang. 1,716.
Ces deux guerriers se portèrent des coups mutuels
avec mainte espèce de traits. Virâta, le général d’armée,
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BH1SHMA-PARVA.
169
s’avança dans le combat d’un pied rapide vers le héros
Bhagadatta. Ensuite, un conflit de s’élever, sire. Virâta,
plein d’une ardente colère, lit tomber une pluie de flèches
sur Bhagadatta : tel un nuage bat une montagne avec
le torrent d’une averse. Puis Bhagadatta, le souverain de
la terre, couvrit de ses dards impétueux Virâta, comme
une nuée masque le soleil élevé sur l’horizon. Kripa le
Çaradvatide s'avança contre le Kaikéyain Vrihaikshattra.
1,717—1,718—1,719—1,720.
Kripa l’ensevelit, Bharatide, sous une pluie de flèches ;
et l'autre remplit d’une averse de traits le Gotamide, brû-
lant d’une ardente colère. 1,721.
Après qu'ils eurent immolé mutuellement leurs chevaux
et tranché les arcs l’un de l’autre, privés de chars, ils
se joignirent, furieux, pour un combat à l'épée. 1,722.
Cette bataille des deux guerriers fut sans égale, aux
formes effrayantes. Ensuite, le roi Droupada, tout rempli
d’une brûlante colère, ce fléau des ennemis, attaqua le
roi du Sindhou, Djayadratha aux formes, qui respiraient
la joie. Le monarque sindhien blessa avec trois flèches
Droupada, et fut à son tour blessé par lui dans le combat.
La lutte de ces deux héros fut bien épouvantable avec des
formes effrayantes, 1,723 — l,72i — 1,725.
Mais causant le plaisir du spectateur, comme celle de
Çoukra et d’Angàraka. Voici Vikarna, ton fils, qui s’ap-
proche, avec ses chevaux rapides, du vigoureux Çrouta-
soma. Ensuite, leur combat se déroule. Mais Vikarna
frappe Çroutasoma de ses flèches, sans l’ébranler;
1,726—1,727.
Et celui-ci n’ébranla point Vikarna ; ce fut comme un
prodige. Le vaillant héros dans la cause des Pàndouides,
170
LE MAHA-BHARATA.
le tigre des hommes, Tchékilana irrité s'élança contre
Souçarman; et ce prince arrêta le belliqueux Tchékitana
dans le combat, sire, avec une grande averse de flèches.
Mais Tchékilana en colère fit éclater sur lui, dans cette
ardente bataille, un orage de traits, comme une grande
nuée inonde une montagne. Le valeureux Çakouni fondit,
Indra des rois, sur le vaillant Prativindhya, tel qu'un lion
sur un éléphant en folie. Le fils d'Youdhishthira, dans
une violente colère, déchira avec ses dards aigus, en cette
rencontre, le fils de Soubala, comme Indra déchire un
Dànava. Mais Çakouni, en échange (1) de ses coups,
blessa Prativindhya ( De lu statu e 1,728 à la stance
l,73â. )
Et le mit en pièces, monarque à la grande science, avec
ses traits aux nœuds inclinés. Çroutakarman courut dans
le combat, Indra des rois, contre le vaillant Soudakshina,
le héros des Kàmbudjains, qui avait frappé le valeureux
Sahadéva et n’avait pas réussi à l’ébranler plus qu’il n’eût
fait du mont Maînâka. Mais Çroutakarman avec colère
étourdit le héros des Kâmbodjains avec ses flèches nom-
breuses, le déchiranlde tous les côtés. Le terrible Iràvat
irrité s’avança dans cette bataille contre Çroutâyoush en
colère, qui répondait à ses efforts par d'autres efforts. Le
héros, fils d’Arjouna, tua les chevaux de son rival dans
cette rencontre, sire, et, vigoureux, il poussa un cri, qui
remplit toute l’armée. Çroutâyoush furieux immola dans
ce premier combat les coursiers du fils de Phâlgouna,
sous l’extrémité de sa massue. Ensuite commença la ba-
taille des personnes. Les deux princes d’Avanti, Vinda et
(i) Pratï, tlani* le vérité composé pratyavmdhyat.
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BHIRHMA-PARVA.
171
Anouvinda, s’attachèrent dans le combat au héros Koun-
tibhodja au grand char, accompagné de son fils, environné
de son armée. Là, nous fûmes témoins du carnage épou-
vantable, prodigieux, qui fut déployé par ces deux guer-
riers. {De la stance 1,734 à ta stance 1,742.)
Assurant leur pied immobile, ils combattirent avec la
nombreuse armée. Anouvinda, de sa massue, frappa
Kountibhodja. 1,742.
Aussitôt, celui-ci le submergea sous des pluies de
flèches; et son fils de blesser Vindaavec ses dards. 1,743.
Mais Vinda répondit à cette blessure par une autre :
ce fut une chose merveilleuse. A la tête de leurs guerriers,
les cinq frères Katkéyains engagèrent le combat avec
les cinq frères G&ndâras, suivis de leurs guerriers. Ton
fils Vlrabâhou combattit avec Outtara, le fils de Viràta,
le plus généreux des héros, et le blessa de neuf flèches.
Mais Outtara lui-mème frappa ce héros de traits acérés.
1,744—1,745—1,746.
Le roi deTchédi, sire, fondit.lesarmesàlamain (l),sur
Ouloûka, qu'il atteignit d'une pluie de flèches ; 1,747.
Et Ouloûka le couvrit lui-même de traits aigus, horri-
pilants : le combat de ces princes fut, souverain des
hommes, revêtu de formes effrayantes. 1,748.
Laissons-les, ces guerriers invaincus, se déchirer l'un
l’autre dans une bouillante colère! Il y avait ainsi des
mill ers de duels sur ce champ de bataille, plein de cour-
siers, d’éléphants, de chars et de fantassins, que fournis-
saient tes armées et celles de l’ennemi. Un instant, ce
combat offrit, pour ainsi dire, un spectacle agréable.
1 ,749 — 1,750.
(t) Samataï.
172
LE MAHA-BHARATA.
Ensuite, comme si l’on avait eu les yeux d’un homme
ivre, on ne distinguait plus rien sur le champ de carnage.
Poussé instinctivement par sa vue, l’éléphant allait vers
l’éléphant, le maître de char vers le maître de char, le
coursier vers le coursier, le fantassin vers le fantassin.
Alors se déployait un combat perplexe et des plus insur-
montables, danscette plaine de héros, quis'y étaient réunis
mutuellement : là, s'étaient rassemblés les Tchâranas,
les Siddhas, les rishis et les Dieux.
1,751—1,752 — 1,753.
Us désiraient contempler cette bataille épouvantable,
pareille à la guerre des Asouras et des Immortels. Là, des
milliers d’éléphants et de chars, auguste monarque, des
multitudes de coursiers et des troupes innombrables
d’hommes s’étaient réunis sous <1ps étendards opposés.
Ici et là, tigre des hommes, on voit des rangées d’élé-
phants, de chars et de conducteurs, qui combattent avec
une bouillante ardeur. 1,754 — 1,755 — 1,756.
11 y a ici et là, sire, des centaines de mille hommes de
pied, qui combattent sans fin : je vais te raconter cela,
fils de Bharata, 1,757.
Là, un fils ne reconnaît pas son père, ni le père son fils,
né de son propre sang, ni le frère son frère, ni le fils de
la sœur sou oncle maternel, 1,758.
Ni l’oncle son neveu, ni l’ami son ami. Les fils de
Pândou combattent avec les Kourouides comme s’ils
étaient possédés par un Démon. 1,759.
Parmi les premiers des hommes, les uns accouraient
sur des chars à l'armée des chars, et séparaient avec leurs
chars, éminent Bharatide, les couples de chaque attelage.
Les timons des chars étaient divisés par les timons des
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BHISHMA-PARVA.
173
chars, les jougs par les jougs, les guerriers assemblés par
ceux, qui s’assemblaient. Les autres désiraient se donner
mutuellement la mort. 1,760—1,761.
Ils ne pouvaient se voir à cause du voisinage des chars
et des hommes sans chars : les grands pachydermes aux
joues fendues par le mada ne le pouvaient eux-mémes,
serrés qu’ils étaient par les énormes éléphants. 1 ,762.
Souvent les proboscidiens, irrités par les éléphants de
guerre, qui ressemblaient à des arcades surmontées de
drapeaux, se déchiraient l'un l’autre à grands coups de
leurs défenses. 1,763.
Blessés par les .dents des énormes et impétueux élé-
phants, arrivés au milieu d’eux, ils poussaient alors, puis-
sant roi, des cris de profond désespoir. l,76à.
Conduits par les leçons du manège, frappés à coups
d’aiguillons et de bâtons ferrés, des éléphants aux joues
non fendues par le mada s’avançaient, tournant la face
et le regard du côté où se tenaient les éléphants en rut.
D’autres grands pachydermes, mêlés aux proboscidiens
en folie, jetaient des cris comme une ardée et couraient
çà et là. 1,765—1,766.
Amenés convenablement , des éléphants de guerre,
dont les joues fendues arrosaient le faciès de mada, en-
fermés dans un cercle de flèche < en fer, de leviers et de
cimeterres, jetaient un gémissement, les membres coupés,
et tombaient privés de vie. Ceux-là couraient à tous les
points de l’espace et poussaient des clameurs épouvan-
tables. 1,767—1,768.
On voyait, prêts à frapper, les fantassins aux vastes
poitrines, jetés autour des éléphants, courir çà et là irri-
tés, armés de cimeterres, d’arcs, de haches luisantes, de
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174
LE MAHA-BHAKATA.
niouçalas, de massues, de bhindipâlas, de leviers, de
flèches, de pilons, de sabres acérés, sans tache, désirant,
puissantroi, se donner la mort. 1,709 — 1,770 — 1,771.
On voyait dans la main des héros, qui fondaient les
uns sur les autres, étinceler des glaives arrosés du sang
des hommes. 1,772.
Un bruit confus naquit sous les bras des héros, qui dé-
chargeaient leurs épées abattues dans les membres d'un
ennemi dédaigné. 1,773.
C’était une rumeur d’hommes rompus sous les pilons
et les massues , brisés par les épées des guerriers , déchi-
rés par la dent des éléphants, broyés sous les pieds des
pachydermes. 1,774.
On entendait ici et là, comme venues des enfers, Bha-
ratide, les voix épouvantables des troupes d’hommes
criant les uns après les autres. 1 ,775.
Les cavaliers, montés sur des chevaux, d'une grande
rapidité, comme les cygnes, et portant des guirlandes de
fleurs immortelles, couraient celui-ci sur celui-là. 1,776.
Lancées de leurs mains, monarque à la vaste science,
des flèches incisives, luisantes, aux ornements d’or, tom-
baient, semblables à des serpents. 1,777.
Montés sur des coursiers de la première vitesse, cer-
tains héros sautaient sur les grands chars et enlevaient la
tète aux maîtres de ces véhicules. 1,778.
Quand il les avait trouvés à la portée de ses flèches, un
maître de char immolait une foule de cavaliers avec ses
bhallas aux nœuds inclinés. 1,779.
Semblables aux nuages nouveaux, les éléphants fu-
rieux aux ornements d’or broyaient sous leurs pieds les
coursiers vaincus. 1,780.
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BH1SHMA-PARVA.
175
Quoique bien redoutables par les côtés, c’est-à-dire, tes
défenses, les bosses frontales déchirées, d'autres en proie
à d'horribles souffrances, poussaient des gémissements,
torturés par les traits barbelés. 1 ,781.
Ayant inspiré le trouble, ceux-ci à des chevaux, mon-
tés de leurs cavaliers, ceux-là à des éléphants, des guer-
riers les renversaient à l’iraproviste dans cette épou-
vantable (1) mêlée. 1,782.
Les éléphants, élevant au bout de leurs trompes les
chevaux, équités par leurs cavaliers, les foulaient aux
pieds, et s’avançaient vers les troupes des chars, où flot-
taient les drapeaux. 1,783.
D’autres, que poussaient la virilité et l’ivresse ,dont ils
étaient remplis, tuaient les coursiers et les cavaliers ren-
versés avec les trompes et leurs pieds. l,78â.
Des flèches acérées, luisantes, tombaient, semblables à
des serpents, sur les éléphants, dans leurs flancs, dans
leurs membres, entre leurs défenses. 1,785.
Les lances de 1er s’abattaient reluisantes, lancées par
le bras des héros, et brisaient les cuirasses de fer, les
corps et les hommes. 1,786.
Elles tombaient çà et là épouvantables, pareilles à de
grands météores, monarque des hommes. Ils immolaient
dans le combat les ennemis avec des cimeterres étince-
lants, sortis de leurs fourreaux faits en peau de tigre et
suspendus avec un cuir d'éléphant. Entre tes probosci-
diem, les uns, montrant avec colère un flanc déchiré, cou-
verts de poussière, tombaient sous les haches, les bou-
cliers, les cimeterres ; les autres, renversant les chars avec
(1) Bhairava , mot de l'édition de Bombay.
176
LE M 4HA-BHA11ATA.
leurs trompes, les tiraient à tous les pointsde l'espace, et
s’avançaient, remplissant de bruit tous les lieux. Ceux-ci
étaient déchirés par des lances de fer et mis en pièces par
les massues; 1,787 — 1,788 — 1,789 — 1,790.
Ceux-là étaient broyés aux pieds des éléphants;
d’autres étaient brisés par les chevaux, coupés par la
roue des chars, tranchés par l'acier det massues. 1,791.
Ils redemandaient çà et là avec des cris leurs parents :
ceux-ci des fils, les uns des pères, ceux-là des frères avec
leurs alliés; 1,792.
Les autres des oncles. Plusieurs, fils de liharata, récla-
maient des neveux et même des ennemis dans ce combat:
tels portaient leurs entrailles répandues, tels avaient les
cuisses fracassées. 1,793.
On en voyait beaucoup avec les bras mutilés ou les
flancs déchirés, à qui le désir de la vie arrachait les cris
les plus ardents. l,79â.
D’autres, assiégés par la soif, sire, et conservant à peine
un reste de vie, se traînaient sur la terre, où le combat les
avait renversés, cherchant quelque peu d’eau. 1,795.
En proie aux douleurs, arrosés par des flots de sang,
ils jetaient des malédictions, et sur cux-mèmes, et sur tes
fils rassemblés pour la guerre. 1,790,
D’autres héroïques kshatryas, à la guerre résolument
embrassée, ne déposaient pas l’arme, qu’ils avaient prise
les uns et les autres, et ne s’abandonnaient pas à des
plaintes, auguste monarque. 1,797.
Ils menaçaient, le poil hérissé, et, entr' ouvrant leurs
lèvres, ils montraient leurs dents avec colère. 1,708.
Us s’adressaient l'un à l’autre les regards de leurs
visages aux sourcils contractés. Ceux-là infortunés, déchi-
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BHISHMA-PARVA.
177
rés par les flèches, accablés par la douleur des blessures,
Mais l’àme intacte, la force morale entière, restait sans
voix. D’autres héros, qui avaient abandonné leurs chars,
se trouvaient alors sans char dans le combat.
1,799—1,800.
Renversés, ils en désiraient un ; et, brisés par les élé-
phants de guerre, ils brillaient alors, puissant roi, comme
des kinçoukas fleuris. l,80i.
Des bruits nombreux, épouvantables, éclataient dans
les armées, tandis que se déroulait ce carnage des plus
vaillants héros. 1,802.
Dans ce combat, le père tuait son lils et le fils son père,
le neveu son oncle et l’oncle son neveu, l'ami son ami, et
le parent son parent : c’est ainsi que fut exécuté ce car-
nage des Kourouides avec les (ils de Pândou.
Tandis que s’agitaient ces terribles scènes épouvanta-
bles et sans fin, l’armée, des princes Pàndouides fut émue,
en s’approchant de Bhîsinna. 1,803 — 1,804.
Ce guerrier aux longs bras resplendissait alors avec son
drapeau cinq fois brillant, qui représentait en argent un
palmier, arboré sur son grand char, éminent Bharatide,
comme le Mérou avec la lune. 1,805 — 1,806.
Ce jour épouvantable et terrible, où périssaient les plus
valeureux des hommes, avait vu s’écouler, sire, la plus
grande portion de son avant-midi. 1,807.
Quand Dourmoukha, Kritavarman, Kripa, Çalya et
Vivinçati, exhortés par ton fils, s’approchèrent de
Bhîsbma et voulurent couvrir sa personne, 1,808.
Défendu par ces maîtres de char au nombre de cinq,
vaillant Bharatide, ce héros se plongea dans les armées
des fils de Pândou. 1,809.
VII
12
178
LE MAHA-BHARATA.
Souvent on vit le palmier, drapeau flottant de Bhlshma,
au milieu des guerriers de Tcliédi et de Râçi, des Ka-
TOushas et des Pântchâlains. 1,810.
Avec ses bhallas aux nœuds inclinés, à la grande
vitesse, ce héros tranchait les tètes des ennemis (1), les
chars, les drapeaux et l’attelage. 1,811.
Blessés dans les articulations, certains éléphants pous-
saient des cris de détresse dans les routes du char de
Bhlshma, qui semblait s'y jouer , éminent Bharatide,
comme dansjune salle de danse. 1,812.
Abhimanyou, étant monté dans son char attelé de che-
vaux bruns, s’avança vers le char de Bhlshma dans une
ardente colère. 1,813.
11 s’approcha du Çântanouide et des plus grands héros
dans ce char, où flottait pour drapeau un karnikâra peint
en or. 1,814.
Ce vaillant guerrier frappa son drapeau avec le palmier
flabelliforme, son enseigne, et combattit avec Bhlshma et
les héros, qui suivaient son char. 1,815.
11 blessa Kritavarman d'une flèche, Çalya de cinq
traits, et jeta la stupeur dans son bisaïeul en le frappant
de neuf dards à la pointe acérée. 1,816.
11 le transperça d’un trait lancé, convenablement dé-
coché, et trancha d’une flèche son drapeau aux décora-
tions d’or. 1,817.
11 enleva d’un bhalla, aux nœuds inclinés et qui brisait
toutes les défenses, la tète au corps du cocher de Dour-
moukha. 1,818.
Il coupa, avec un autre bhalla à la pointe acérée, l’arc
(1) Arlndm, édition de Bornhny.
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BH1SHMA-PAKVA.
179
ornementé d’or à Kripa ; et, bouillant de colère, ce guer-
rier au grand arc tua, comme s’il exécutait une danse, ses
compagnons avec des flèches au bout aigu. Les Dieux se
réjouirent alors de voir sa légèreté ! 1,819 — 1,820.
Les héros, de qui Bhlshtna était le chef, ayant vu les
qualités, qui rendaient admirable ce fils de Krishna, pen-
sèrent qu’il y avait en lui- même le vigoureux Dhanan-
djaya en peVsonne, que sa splendeur égalait celle du mé-
téore, quelle se tenait dans la route de la légèreté et que
le son de son arc, bruyant comme le Gândiva, allait tou-
cher à tous les points de l’espace. 1,821 — 1,822.
Bhishma, le meurtrier des héros ennemis, s’approcha
de lui avec vitesse, et perça rapidement de neuf flèches
dans le combat ce fils d’ Arjouna. 1,823.
Le vieillard aux vœux comprimés coupa avec trois bhal-
las le drapeau du jeune guerrier à la force proéminente et
frappa son cocher de trois flèches. 1,824.
Kritavarman, Kripa et Çalya blessèrent le fils de Krish-
na; mais ils ne lui causèrent pas, vénérable monarque,
plus d’émotion qu’ils n’en eussent produit sur le mont
Mainaka lui-même. 1 ,825.
Le vaillant Krishnide, environné de ces guerriers , par-
tisans de Douryodhana, déchargea sur les cinq héros une
averse de flèches. 1,826.
Quand par ses pluies de traits il eut empêché leurs
grands astras, il poussa un cri plein de vigueur, et lança
contre Bhishma ses dards. 1,827.
On le vit alors déployer en ses efforts une bien émi-
nente iorce de ses bras: il harcela dans cette bataille
Bhishma de ses flèches. 1 ,828.
Bhishma lui-même décochait ses dards à la manière de
180
LE MABA-BHARATA.
ce valeureux guerrier ; et celui-ci trancha dans le combat
avec ses traits les flèches, sorties de l’arc du rival. 1,829.
Ensuite, ce héros de couper avec neuf projectiles aux
coups infaillibles le drapeau de Bhishma': à cette vue, les
soldats poussent des cris. 1 ,830.
Le palmier d’argent au vaste tronc, décoré de pierre-
ries, tomba sur le sol, tranché par les flèches du fils de
Soubhadrà. 1,831.
A l’aspect du drapeau abattu sous les flèches du Sou-
bhadride, Bhima joyeux de jeter des cris alin d’encoura-
ger Abhimanyou. 1,832.
Bhishma aux vas.es forces manifesta dans cette bataille
d’une profonde épouvante des astras puissants, nombreux
et célestes. 1 ,833.
Puis, le bisaïeul à l’âme incommensurable inonda d’un
millier de flèches le fils de Soubhadrà : ce fut comme un
prodige. l,83â.
Alors dix héros aux grands arcs des Pândouides couru-
rent à la hâte, montés sur leurs chars, pour secourir le fils
de Soubhadrà. 1 ,835.
C’étaient, maître des hommes, Virâta avec son fils,
Dhrishtadyoumna, Bhlrna avec les cinq frères Kaîkéyains
et Sâtyaki. 1,836.
Entre eux, qui se précipitèrent avec rapidité au milieu
de la bataille, le fils de Çàntanou, Bhishma étourdit avec
neuf flèches Sâtyaki, le Pàntchâlain. 1,837.
Il le transperça d’un rasoir, qu’il envoya avec un tran-
chant acéré, et coupa d’un trait le drapeau de Bhîmaséna.
Cet étendard fait d’or, qui portait l’emblème d’un lion,
tomba, tranché par Bhishma, ô le plus excellent des
hommes, du char de Bhimaséna. 1,838 — 1,839.
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BHISHMA-PARVA.
181
Bhîma ensuite dans ce combat de blesser Bhtshma, le
fils de Çàntanou, avec trois flèches, Kripa avec une, et
Kritavarman de huit traits. 1,840.
Outtara, le fils de Virâta, courut, monté sur un élé-
phant, dont le bout de la trompe lui formait autour du
poing un bracelet (1), contre le roi, souverain du Madra.
Mais Çalya sur son char arrêta l’impétuosité sans égale
de ce roi des éléphants, qui s'élafiçait avec légèreté dans
le combat. 1,841 — 1,842.
Irrité, l’Indra des pachydermes montade son pied surle
joug et tua les quatre grands chevaux, excellent attelage
de Çalya. 1,843.
Debout sur son char, dont les chevaux n’étaient plus,
le souverain du Madra envoya une lance de fer, semblable
à un serpent et qui devait porter la mort à Outtara.
L’arme ayant fendu la cuirasse, une épaisse obscurité
s’empara de lui ; son manteau, le croc aigu lui échappèrent,
et il tomba des épaules de son éléphant. 1,844 — 1,845.
Puis, Çalya, ayant pris une épée, sauta en bas de son
char sublime ; et, marchant avec hardiesse à l’énorme
éléphant, de lui trancher sa large trompe. 1,846.
Son armure brisée par les multitudes de flèches, sa
trompe coupée, le pachyderme poussa un terrible cri de
détresse, tomba et mourut. 1,847.
Après un tel exploit, le roi de Madra monta rapidement,
souverain des hommes, sur le char lumineux de Krita-
varman. 1,848.
A la vue d’Outtara, son frère, étendu mort, Çwéta le
Viratide, plein de colère & l’aspect des sept grands héros,
trancha leurs arcs avec des flèches aux nœuds inclinés.
(1) Élucidation du commentaire.
182
LE MAHA-BH ARATA.
On les vit alors, fils de Bharata, entièrement coupés.
Mais, dans la moitié d’un ciin-d’œil, ayant recouvré
des arcs et sept flèches, ils abattirent les deux chevaux de
Çwéta ; 1,849—1,850—1,851.
Et de nouveau, avec sept bhallas rapides, le guerrier
aux longs bras, à l'âme incommensurable, trancha les
arcs dans les mains de ces archers. 1,852.
Tremblants à la vue de leurs grands arcs coupés, ces
héros lui envoient des lances de fer et poussent des cris
épouvantables. 1,853.
Tous les sept, ô le plus vertueux des Bharatides, lan-
cèrent à la fois des flèches sur le char de Çwéta. Savant
dans les plus grands astras, le guerrier blessa, avec sept
bhallas, ces héros flamboyants de colère, à la voix sem-
blable au tonnerre du grand Indra (1), qui n’avaient pas
touché au but. Ensuite, ayant pris un dard fait pour dé-
chirer tous les corps, 1,854—1,855.
Çwéta décocha le trait à Roukmaratha (2). La grande
flèche, supérieure au diamant (3), se plongea dans son
corps. 1,856.
Frappé vigoureusement par ce projectile, Roukmaratha
s'affaissa sur le banc de son char : une profonde défaillance
d’esprit s’empara de lui. 1,857.
Son cocher non troublé (4) s’empressa de l’emmener
évanoui, sans connaissance, sous les regards du monde
entier. 1,858.
Çwéta prit d’autres chevaux, décorés d’or, et ce guer-
rier aux longs bras s’amusa à faire tomber les têtes des
drapeaux ennemis. 1,859.
(1) Leçon du texte de Bombay.
(2-3) Leçon du même texte.
(4) Voyez l’édition de Bombay.
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BH1SHMA-PARVA.
183
Il transperça, fléau des ennemis, le cocher et les che-
vaux, qui restaient; et, quand il les eut couverts de ses
traits débordés, il s’avança vers le char de Çalya. 1,860.
Tout à coup éclata dans tes armées, Bharatide, une
explosion de cris joyeux, quand on vit le généralissime
s’avancer précipitamment au secours du char de Çalya.
Se couvrant de Bhishma, ton iils à la grande force le
suivit dans ce mouvement, environné de son armée et de
ses héros. 1,861 — 1,862.
11 délivra le roi du Madra, arrivé près de la gueule de
la mort; et, de ce moment, s’engagea une tumultueuse,
une horripilante bataille. 1,863.
Les chars et les éléphants des tiens et des ennemis se
joignirent. Sur le (ils de Soubhadrâ, sur Bhimaséna, sur
le héros Sàiyaki, sur le Kalkéyain, sur Virâta et Dhrishta-
dyoumna le Prishatide, sur ces lions des hommes et sur
les guerriers du Tchédi, le vieil aïeul des Kourouides dé-
chargea ses averses de flèches. l,86â — 1,865 — 1,866.
« Quand ce fameux héros Çwéta fut ainsi arrivé près
du char de Çalya, s’enquit Dhritarâshtra, que firent alors
les Kourouides et le fils de Pàndou? 1 ,867.
» Ou que fit Bhishma, le fils de Çântanou? Raconte-
moi cela : réponds à mes questions. » 1 ,868.
Ces énergiques kshatryas, sire, étaient au nombre de
cent mille, répondit Sandjaya; ces héros aux grands
arcs avaient mis à leur tête Çwéta, le généralissime.
Les vaillants Pândouides désiraient sauver du roi ton
fils, qui étalait son armée, Çikhandi, qui marchait devant
eux et qui (1) voulait ravir l'existence à Bhishma, le plus
(t) Phrase elliptique du texte, embarrassé et confuse.
184 LE MAHA-BHARATA.
brave dans le combat. Ils s’étaient approchés de son
char, ornementé d’or, et une bataille s’engagea, grande
et tumultueuse. 1,860—1,870 — 1,871.
Je vais te raconter ce carnage vaste et merveilleux
des tiens et des ennemis, suivant les phases de cette ba-
taille. 1,872.
Le plus grand des héros, le fils de Çântanou, tranchait
les têtes en marchant et rendait vides un grand nombre
de bancs sur les chars. 1,873.
Égal au soleil, l’auguste masqua l’auteur du jour. 11
blessait partout de ses flèches, tel que l’astre radieux, à
son lever, dissipe l’obscurité. l,87â.
Par lui, sire, furent envoyés dans le champ de bataille,
en centaines de mille, des flèches d'une rare légèreté
et d’une grande force, causant la mort des kshatryas.
Dans ce combat, il abattit par centaines les têtes des
héros : de vaillants hommes aux cuirasses d'épine, sire,
étaient privés de leurs têtes. 1,875 — 1,876.
On voyait les chars, souverain des hommes, retenus au
milieu des chars : le char enfermait le char, et le coursier
était empêché par le coursier. 1,877.
Les chevaux aiguillonnés emportaient çà et là, sire, le
héros, muni de son arc et tué (1) dans sa vigueur, 1,878.
Les morts, ceints de leurs cimeterres et de leurs car-
quois, avaient leurs cuirasses tombées. Des cadavres, éten-
dus par centaines sur la terre, gisaient sur la couche des
héros. 1,879.
A peine tombés, les vivants se relevaient et couraient
l’un sur l’autre : quand ils s’étaient remis sur pied, ils se
(1 î Nihatun, suivant l'édition de Bombay.
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BH1SHMA-PARVA.
185
précipitaient et rencontraient un combat à deux. 1,880.
Frappés, ils revenaient, l'un contre l’autre, au front de
la bataille : l’éléphant enivré errait autour des maîtres de
char, immolés par centaines. 1,881.
Les maîtres de chars écrasaient de tous côtés, sous les
roues de leur char, ceux, qui gisaient à terre : quiconque
était tombé de son char (1) périssait par les flèches d’un
ennemi. 1,882.
L’héroïque cocher, frappé de mort, tombait de son haut
siège : une poussière épaisse s'élevait dans le combat sous
les pieds du combattant. 1,883.
On reconnaissait, au seul bruit des arcs, les guerriers,
contre qui l’on combattait; c’était au seul contact de ses
membres que les combattants distinguaient leur adver-
saire. l,88â.
Quoiqu’elle soutint cette lutte avec des flèches, l’armée
en surmontait le bruit par les tinnitements de ses parures :
grâce à ce cliquetis, fait par l’un et l’autre parti, les sol-
dats n’entendaient point le sifflement des traits. 1,885.
Au milieu des sons du pataha, qui déchirait les oreilles
dans cette bataille, où l'homme d’armes déployait sa
prouesse, il n’était’pas un nom, que l’on put ouïr en cette
guerre horripilante et tumultueuse ; aucun père n’y pou-
vait reconnaître son fils, né de son propre sang.
1,886-1,887.
Avec une roue brisée, un joug rompu, un de ses che-
\aux tués, réduit à une seule bête de somme, les dards
jetaient à bas de son char le héros et son cocher. 1,888.
C'est ainsi que, dans cette bataille, les héros étaient
(1) Syandanât, édition de Bombay.
186
LE MAHA-BHARATA.
privés de chars ; ils apparaissaient aux yeux de tel ou tel
blessé de tous les côtés (1). 1,889.
Son éléphant tué, sa tète fendue, ses articulations bri-
sées, son cheval immolé, qui pouvait alors échapper à la
mort (2), quand Bhishma exerçait le carnage sur les en-
nemis? 1,890.
Çwéta fit, dans ce combat, l’extermination des Kou-
rouides; il abattit sous ses multitudes.de flèches les fils de
rois et les nobles héros (3). 1,891.
De ses foules de traits, il coupa les têtes des maîtres de
chars ; et, de tous les côtés, il trancha les arcs et les bras
ornés de leurs bracelets, 1 ,892.
Les maîtres de chars, les roues des chars, souverain de
la terre, les guerriers, montés sur les chars, les étendards
et les chars eux-mêmes, vils ou de haut prix. 1,893.
Des multitudes de chevaux, des multitudes de chars,
des multitudes d'hommes, fils de Bharata, des éléphants,
Çwéta en immola par centaines. 1.89A.
Nous, elliayés de la crainte, qu’inspirait Çwéta, nous
abandonnâmes le plus grand des héros, et, reportant nos
pas en arrière, nous nous enfuîmes là où nous voyions ton
char. 1,895.
Sans tenir cas du vol des flèches, les enfants de Kou-
rou se tinrent, fils de Kourou, leur cuirasse endossée pour
la guerre, derrière Bhishma, le fils de Çàntanou. 1 ,896.
Bhishma, le tigre des hommes, sans trouble au milieu
de ces marques de notre frayeur, se posa, lui seul, iné-
branlable comme le mont Mérou. 1,897.
(1) Texte de Bombay.
(2) Kshayam , édition de Bombay.
/3) Même livre.
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BHISHMA-PARVA.
187
11 se tint, tel que le soleil aux rayons d’or, enlevant les
souffles de la vie dans le combat, de même que l’astre du
jour dissipe les froids à la fin de l’hiver par les rayons de
sa lumière. 1,898.
11 lança ses multitudes de flèches par faisceaux, détrui-
sant les ennemis, comme Vishnou , le disque k la main,
immole les Asouras. 1 ,899.
Blessés par Bhlshma, ils abandonnent la grande ar-
mée : ils s’en retirent comme d’un troupeau : c’est ainsi
que l’horreur du feu déchaîné sur les terres fait déserter
les troupeaux au berger (1). 1,900.
Ce fléau des ennemis, plein d’ardeur, florissant, porté
vers ce qui était agréable à Douryodhana, seul, ayant vu
Çwéta seul, mit presque à sec la mer des (ils de Pândou.
Faisant le sacrifice de sa noble vie et rejetant la crainte,
il abattit, souverain des hommes, les armées des Pàn-
douides. 1,901 — 1,902.
Dès que Bhishma-Dévavrata , ton père , vit Çwéta
répandre la mort dans les armées, il suivit rapidement ce
général. 1,903.
Celui-ci couvrit Bhîshma d’une grande multitude de
traits, et Bhîshma déchargea sur lui des torrents de flèches.
Semblables à deux taureaux mugissants, ou comme
deux éléphants en fureur, ou tels que deux tigres irrités,
ils se frappèrent l’un l’autre. 1,904 — 1,905.
Ces deux éminents hommes arrêtaient les astras au
moyeu des astras; Bhîshma fit la guerre à Çwéta, et
Çwéta à Bhîshma avec une mutuelle envie de se donner la
mort. 1,906.
(1) Texte de Bombay, combiné avec celui deCalcutta.
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188
LE MAHA-BHARATA.
Lu seul jour suffirait à Bhîshuia, plein d'une colère
bouillante, pour consumer de ses flèches l’armée des Pân-
douides, si Çwéta ne la défendait pas! 1,907.
Aussitôt qu’ils virent Bhîshma détourner son visage de-
vant Çwéta, la joie inonda les enfants de Pàndou, et ton
fils tomba dans le découragement. 1,908.
Alors, environné des princes, Douryodhana irrité cou-
rut avec son armée dans la bataille contre l’armée des
Pândouides ! 1,909.
A cette vue, abandonnant le fils de la Gangà, Çwéta se
mit à détruire l’armée de ton fils, comme la force du vent
brise et déracine les arbres. 1,910.
Quand il eut jeté la déroute dans ses bataillons, le Vi-
ratide, plein de colère, s’avança, grand roi, là où Bhlsbma
l’attendait de pied ferme. 1,911.
Là, en étant venus aux mains, ces deux magnanimes
aux vastes forces, sire , aux traits enflammés, combat-
tirent l’un contre l’autre, comme Indra jadis et Vritra,
animés d’un mutuel désir de se donner la mort. Saisis-
sant un arc, Çwéta de blesser Bhîshma avec sept flèches.
1,912—1,913.
Ensuite ce valeureux, ayant vaincu la valeur du héros ,
accomplit rapidement sou œuvre, tel qu’un éléphant en
rut à l’égard d’un éléphant en folie. 1,91A.
Çwéta de blesser Bhîshma en vrai fils de kshatrya, et le
fils de Çântanou lui rendit une blessure en échange de la
sienne avec dix flèches. 1,915.
Le vigoureux, blessé par lui, n’en fut pas ébranlé plus
qu’une montagne. Çwéta de frapper une seconde fois le
fils de Çântanou avec vingt-cinq dards aux nœuds incli-
nés : ce fut comme une chose merveilleuse. 11 partit d’un
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BHISHMA-PARVA.
18»
éclat de rire en ce combat; et, léchant les coins de sa
bouche, 1,916 — 1,917.
11 trancha avec dix llèches l’arc de Bhlshma en dix
morceaux ; puis, encochant un trait aigu et un dard, père
de l’horreur, il coupa le palmier du magnanime et la tête
de son drapeau. Dès qu’ils virent tomber l’enseigne de
Bhlshma, tes fils 1,918 — 1,919.
Pensèrent que Bhtshma n’était plus ou qu’il était sous
le pouvoir de Çwéta ; et joyeux les Pàndouides sonnèrent
de tous côtés les conques, à la vue du palmier, enseigne
du magnanime, qui tombait. Alors Douryodhana irrité
d’exciter ton armée : 1,920 — 1,921.
« Efforcez-vous de sauver Bhlshma dans celle mer agi-
tée ; si nous fermons les yeux, il va périr sous les coups
de Çwéta (1) ! 1,922.
Bhlshma, le fils de Çântanou, est un héros, je vous (2)
dis la vérité! » Le roi dit, et les braves se hâtent. 1,923.
Ils sauvèrent Bhlshma avec une armée en quatre corps.
Vàhllka, Kritavarman, Kripaet Çalya, 1,924.
Le fils de Djàrâsandha, Vikarna, Tchitraséna et Vivin-
çati, s’empressant à propos, opposèrent de tous côtés leur
obstacle. 1,925.
Ils firent tomber sur Çwéta une pluie très-serrée de
flèches ; mais ce brave à la grande force, à l’âme incom-
mensurable, se hâta d'arrêter ces héros irrités avec ses
traits aigus et de leur faire admirer la légèreté de sa main,
A peine eut-il arrêté tous ces guerriers comme un lion ar-
rête des éléphants, 1,926 — 1,927.
(t) Édition de Bombay.
(2) Ibidem.
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100
LE MAHA-BHARATA.
11 trancha l’arc de Bhtshma avec une grande pluie de
flèches. Le fils de Çântanou prit un autre arc dans ce
combat, 1,928.
Et, blessa, Indra des rois, Çwéta avec des flèches aux
plumes de-héron. Ce général en colère de frapper Bhlshma
dans cette bataille avec des traits nombreux, sous les re-
gards du monde entier. Quand le roi üouryodhana dans
la détresse vit Bhtshma lui-même, le héros du monde en-
'tier, arrêté par Çwéta dans le combat, un bien grand
murmure se répandit alors dans l’armée.
1,920—1,930—1,931.
Lorsqu’ils virent ce héros blessé dans son élan par une
flèche de Çwéta, ils crurent que Çwéta l’avait tué, qu’il
avait succombé sous la puissance de Çwéta. 1,932.
Dévavrata, ton père, tombé sous le pouvoir de la co-
lère, — car il voyait son drapeau coupé et son armée ar-
rêtée, — 1,933.
Envoya contre Çwéta , puissant roi, des traits nom-
breux; mais Çwéta, le plus excellent des maîtres de char,
enchaîna dans le combat ces flèches de Bhtshma; l,93â.
Et trancha de nouveau avec un bhalla l’arc de ton
aïeul. Le fds de laGangâ enflammé décoléré, sire, aban-
donna son arc. 1,935.
11 en prit un autre de haute taille, plus fort, et encocha
sept grands bhallas, aiguisés sur la pierre. 1,936.
Avec quatre, il tua les quatre chevaux de Çwéta, le
général des armées; avec deux, il coupa son drapeau et,
doué d’une force légère, avec le septième grand bhalla,
il enleva dans sa colère la tête du cocher. Le héros de
sauter à bas du char, qui avait perdu ses chevaux et son
guide. 1,937—1,938.
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BH1SHMA-PARVA.
191
Tombé sous le pouvoir de la colère, le trouble s’empara
de lui. Quand ton aïeul vit réduit à pied Çwéta, le meil-
leur des maîtres de chars, 1,939.
11 le frappa de toutes parts avec des multitudes de
flèches aiguisées; et lui, blessé des traits, lancés dans le
combat par l’arc de Bhlshma, 1,940.
11 abandonna son arc dans son char; il prit une lance
de fer damasquinée d'or, et, tenant à la main cette arme
formidable, terrible, redoutable, d’une grande épouvante,
semblable au bâton de la mort et propre à l'immolation
pour le trépas, il cria au milieu du combat à Bhlshma, le
fds de Çântanou : 1,941 — 1,942.
« Arrête-toi, bien irrité que tu es, et regarde-moi, ôle
plus grand des hommes 1 » C’est ainsi que le brave au
grand arc apostropha le vaillant Bhlshma dans la bataille.
A ces mots, le héros à l'àme incommensurable envoie
cette lance de fer, pareille à un serpent : ce brave dans la
cause des Pândouides, il désirait causer ton infortune.
1,943- -1,944.
Un vaste gémissement éclata parmi tes fils, monarque
des hommes, quand ils virent la main de Çwéta lancer cet
épieu de fer, si épouvantable, pareil à un serpent déchaîné
et dont l'éclat ressemblait à celui du bâton de la mort. Le
projectile tomba rapidement, sire, tel qu’un grand météore
échappé à la voûte des deux. 1,945 — 1,946.
Il étincelait dans l’atmosphère, comme enveloppé de
flammes. Alors Bhlshma-Dévavrata, ton père, sire, dans une
grande émotion, coupa en neuf morceaux à l’aide de huit
flèches cette lance, dont l'or précieux avait changé la ma-
tière et qui fut tranchée par les traits aigus. 1,947-1,948.
Les tiens de pousser des cris de joie, quand ils virent
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192
LE MAHA-BHARATA.
détruit cet épieu de fer. Le Virâtide, plein de colère, niais
de qui l’âme était sous l’étreinte de la mort, ne savait
plus distinguer ce qui était à faire. Le fils de Yiràta,
rempli d’ardeur, saisit en riant une massue pour la mort
de Bhtshma. Les yeux rouges de colère, tel qu’un autre
Dieu de la mort, son bâton à la main,
1,949—1,950—1,951—1,952.
Il courut sur Bhtshma, comme une masse d”eau sur
une uiflntagne. A peine eut-il vu que la fougue d’un tel
guerrier était irrésistible, l’auguste Bhishma de sauter
promptement à terre afin d'écbaper àsoncoup (1). Çwéta,
sire, sous le pouvoir de la colère, fit tournoyer une grande
massue, 1,953 — 1,954.
Et, semblable au Dieu Çiva, la darda sur le char de
Bhishma. Ce léger véhicule (2) fut comme réduiten cendres
par la chûte de cette arme. 1,955.
Son char, son joug, ses chevaux, son cocher, tout te
fut du même coup. Les plus grands héros virent alors à
pied, sans char, Bhishma, le plus excellentdes conducteurs
de chars (3). 1,956.
Les braves, Çalya et les autres, s’élancèrent vite à son
secours. Ayant pris un autre char et tendu son arc, l’im-
placable 1,957.
Bhishma de s’approcher lentement à l’aspect de Çwéta,
le plus grand des héros. Dans cette conjoncture, il enten-
dit tomber du ciel une grande et divine voix, source de
bien pour lui-même: «Bhishma, Bhtshma, disait-elle,
(1) Prahâra , stiivaot l’édition de Bombay.
(2) Texte de Bombay.
(3) Édition de Bombay.
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BHISHMA-PAUV \.
103
ne tarde point, guerrier aux longs bras, à déployer tes
efforts. 1,958—1,959.
» Car voici le temps, que le Dieu, auteur du monde,
assigna pour la victoire sur ce héros. » Dès qu’il eut oui
CC3 paroles, que proférait le messager des Dieux, 1 ,960.
Son aine devint allègre, et il tourna son esprit à la mort
de ce vaillant soldat. A l’aspect de Çwéta, le plus excel-
lent des maîtres de char, à pied, sans char (1), 1,961.
Les vaillants gue Tiers se portèrent de compagnie à sa
défense. C’étaient Sàtyaki, Bhluiaséna, Dhrishtadyoumna
lePrishatide, les Katkéyains, Dhrishtakétou etlevigoureux
Abhimanyou. Dès qu’il vit accourir ces guerriers, le héros
à l'âme incommensurable, secondé par Drona , Çalya et
Kripa, de les arrêter, comme une montagne écarte les
fureurs du vent. Aussitôt qu’il eut éloigné tous les magna-
nimes Pândouides, Çwéta dégaina son cimeterre et trancha
Tare de Bhishma. L’aïeul des Kourouide» abandonna bien
vite son arc coupé. 1,962—1,963 — 1,964—1,965.
Lorsqu’il eut entendu la voix du messager des Dieux ,
il tourna son esprit à la mort de ce guerrier (2). Déva-
vrata, ton père, les arrêtant (3), 1,966.
Prit à la hâte un nouvel arc. Dans un instant, le héros
eut préparé cette arme, qui ressemblait en splendeur à
l’arc de Çakra. 1,967.
Ton père, ô le plus vertueux des Bharatides , vit alors
ce vaillant Çwéta, environné de ces tigres des hommes,
sous la conduite de Bhlmaséna. 1,968.
(t) C'est une répétition du vers 1,956; mais rien ici ne l'a préparée
par qui et comment Çwéta fut-il priré de son char ?
(2-3) Inutile et désagréable répétition des vers précédents; négligence
du copiste; il coupe ici mal à propos la narration.
VII
13
IDA
Lli MAHA-BHAHATA.
Le file de la Gangà courut d’un rapide essor contre le
général Çvvéta. A cette vue, l’auguste héros Bhiniaséna le
blessa de six flèches au milieu du combat. Quand Déva-
vrata, ton père, excellent Bharatide, eut arrêté les autres
éminents héros avec ses traits formidables, il blessa dans
ce combat Abhinianyou de trois dards aux nœuds in-
clinés. 1,009 — 1,070 — 1,971.
L’aïeul des Bharatides frappa sur le champ de bataille
Sàtyaki de cent flèches, Dhrishtadyoumna de vingt, et le
Kékéyide de cinq. 1 ,072.
Une fois que Dévavrata, ton père, eut arrêté tous ces
guerriers aux grands arcs avec ses dards redoutables , il
fondit sur Çvvéta. 1,073.
Le vigoureux Bhîshma, ayant tendu son arc, y encocha
une flèche suprême, insurmontable , égale au trépas, et
dont la pesanteur devait causer la mort. 1 ,07A.
Les Rakshasas, les Ouragas, les Picàtçhas , les Gan-
dharvas et les Dieux contemplèrent cette flèche, dont la
vue inspirait l’horreur et qui ressemblait beaucoup à la
flèche de Brahma. 1,975.
Le trait, flamboyant comme la grande foudre, se plongea
dans la terre, après qu’il eut rompu la cuirasse du guer-
rier, de qui la splendeur égalait celle du feu enflammé.
11 perdit promptement son éclat, comme le soleil, qui
descend à son couchant ; et, quand il eut enlevé la vie du
corps de Çvvéta, le vieux héros s’éloigna. 1 .O^O — 1 ,077.
Nous vîmes tomber dans le combat, tel que la cime
détachée d’une montagne, ce tigre des hommes immolé
ainsi par Bhlshma. 1,978.
Tous les Pàndouides et ceux, qui étaient les grands
héros des kshatryas , de pleurer sa perte : tes fils et les
Kourouides de s’en réjouir entièrement. 1,979.
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BHISHM A-PARVA.
195
Quand Douççàsana eut vu, sire, Çwéta étendu mort,
il fit un signe , et les instruments de musique chantèrent
de tous les côtés avec des notes effroyables. 1,980.
Après que Bhlshina eut immolé ce guerrier au grand
arc, qui brillait dans les combats, on vit trembler les
braves à l’arc puissant, sous la conduite de Çikhandl.
Ensuite, après la mort du général des armées, Dhanan-
djaya et le Vrishnide conclurent avec une sage lenteur une
suspension d'armes universelle. 1,981 — 1,982.
Une trêve suspendit tes combats entre ton armée et
celle de l’ennemi : les tiens et les autres poussèrent main-
tes et maintes fois des plaintes. 1,983.
Les héros, fds de Prithâ, navrés de douleur , entrèrent
sous leur lente, vaillant roi , pensant à la mort allreuse ,
qu’amène un duel de chars. l,98â.
« Après que Çwéta, le général des années, eut péri
dans la bataille sous le fer des ennemis, s’enquit Dhri-
tarâshtra, que firent alors, mon fils, les héros Pântchà-
lains avec les fils de Pàndou ? 1,085.
» Je t’ai ouï dire que Çwéta, le général des armées, fut
couché mort dans la bataille au milieu des ennemis, ré-
duits à la fuite, malgré leurs efforts pour sa défense.
» Quand je t’entends parler de victoire, Sandjaya, tu
fais la joie de mon esprit ; il ne tombe pas dans la confu-
sion, comme si ma pensée était occupée à chercher un
moyen dans les oupàyas (1). 1,986 — 1,987.
« Toujours dans la joie, adonné aux affaires, avancé en
âge, chef des Kourouides, c’est ce fils intelligent lui-
même, qui engagea son père dans ces inimitiés. 1,988.
(1) Mot du teito de Bombay.
LE M AH A- BHARATA.
190
» Naguère dans la crainte de le voir s’embarrasser
daus les chagrins (1), je déposai ma faveur sur les Pàn-
douides. Aujourd'hui, renonçant à tout ce qu'il possède,
il est allé se mettre dans la peine. 1 ,089.
» La brillante fortune des Pàndouides l'a fait entrer
dans cette route impraticable : il suit une conduite
sans noblesse, il lutte sans cesse contre les obstacles, que
lui suscite son ennemi. 1,990.
» Ce monarque si insensé, il est allé dans leur palais ;
comment, dévoué d'abord à Youdhiâhtbira (2), a-t-ü pu,
Sandjaya, s’irriter contre lui? 1,991.
» J’estime que mon fils est une àme vile (3), précipitée
dans les enfers par les derniers des hommes : ni Bhîshma,
ni l'Atchârya n’approuveront jamais la guerre. 1,992. ^
» Ni Kripa, ni Gâudhân, ni moi, Sandjaya, nous ne lui
donnerons jamais notre sanction ; ni le Vasoudévide, re-
jeton de Vrishni, ni Dharmarâdja, fils de Pàndou ,
» Ni Bhima, ni Arjouna, ni les jumeaux, les plus émi-
nents des hommes. Douryodhana fut toujours arrêté par
moi, par Gândhâri, par Vidoura. 11 est sans cesse en
guerre, Sandjaya, avec Ràma le Djamaiiagnide et le ma-
gnanime Vyâsa. 1,993 — 1,994 — 1,995.
» Embrassant les opinions de Rama et du fils de Sou-
bala, il fait ce qui est criminel. Par la bouche de Douççâ-
sana, il a injurié les Pàndouides. 1,990.
» Je pense qu’il est tombé, Sandjaya, dans une infor-
tune épouvantable. /\j>rès la mort de Çwéta et la victoire
de Bhishma, que fit dans la bataille le fils de Prithâ irrité,
(1) Udvéyabhayât, suivant l'édition de Bombay.
(2) Texte de Bombay.
(3) Ibidem.
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BH1SHMA-P UIVA.
197
accompagné de Krishna; car la peur, mon ami, que
m’inspire Aijouna, ne se calme pas encore. 1,997-1,998.
» Dhanandjaya, le fds de Kountt, est un héros à la
main prompte ; les corps seront en proie h ses flèches, il
détruira ses ennemis. 1 ,999.
» Que devinrent vos esprits à la vue de ce fds d'Indra,
égal à Vishnou, semblable .A Mahéndra (1) dans la guerre,
et de qui les pensées de colère ne sont jamais vaines?
» Ce héros à l’âme incommensurable, qui sait les Vé-
das, auquel Indra fit connaître ses astras et de qui la
splendeur égale celle du soleil ou de la flamme, a mérité
le nom de vainqueur dans les batailles. 2,000—2.001.
» Ce grand héros, fils de Kounti, à la main agile pour
toucher la corde de son arc , il lance au milieu des
ennemis ses traits, dont l'attouchement ressemble à celui
de la foudre. 2,002.
» Que fit, Sandjaya, après la mort de Çvvéta dans la
bataille, ce vigoureux à 1* grande science, Dhrishta-
dyoumna, fils du roi Droupada? 2,003.
» Par l’offense commise envers eux et par la mort du
général des armées, l’âme des magnanimes Pândouides,
à mon avis, dut naguère s’enflammer de fureur. 2,004.
» Pensant jour et nuit à leur colère, je ne puis, à cause
de Douryodhana, obtenir un moment de tranquillité.
» Comment s’est déroulé ce grand combat : dis-moi
tout, Sandjaya. 2005 — 2,000.
Écoute, sire, et recueille ton attention, répondit San-
djaya; il y a ici de toi un grand écart; tu ne dois pas
rejeter entièrement cette faute sur Douryodhana. 2,007.
(!) (édition île Bombay.
108
LE MAHA-BHARATA.
Ton intelligence est comme un pont jeté sur un lieu,
d’où les eaux sont écoulées; c’est comme un puits, que
l'on creuse dans ton somptueux palais. 2,008.
Quand l’avant-midi de ce jour se fut passé au milieu
de cette vaste horreur et que Çwéta, le général des ar-
mées, fut tombé sous les coups de Bhlshma, 2,009.
Çankha, l’oppresseur des héros ennemis, le Viratide,
superbe de ses batailles, vit Çalya, qui se tenait de pied
ferme, accompagné de Kritavarman. 2,010.
Au même instant, il s’enflamma de colère, comme le
feu de l’autel, où l’on verse le beurre clarifié, et, vigou-
reux, il fit vibrer un grand arc, semblable à l’arc de Ça-
kra. 2,011.
Environné de tous les côtés par une nombreuse multi-
tude de chars et poussé par le désir de tuer, Çankha
fondit sur le champ de bataille contre le souverain de
Madra. 2,012.
Lançant une pluie de flèches, il s’avança vers le char
de Çalya. L’ayant vu accourir avec la hardiesse d’un élé-
phant en folie, 2,013.
Sept chars des tiens couvrirent de tous côtés, pour sa
défense, le roi de Madra, tombé entre les dents de la
mort. 2,01â.
Ensuite, Bhlshma aux longs bras poussa un cri comme
le tonnerre d’un nuage, saisit un arc, qui avait la
taille d’un palmier, et fondit sur Çankha dans le champ de
bataille. 2,015.
A peine eut-elle vu se hâter le vaillant héros au grand
arc, toute l’armée des Pàndouides trembla, telle qu’un
navire battu par la fougue du vent. 2,010.
Arjouna, alors, s’empressa de se jeter devant te brnrc
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BH1SHMA-PARVA.
199
Çankha : « Il faut le sauver de Bhîshma ! c dit-il ; et le
combat entre ces deux guerriers commença. 2,017.
Ce fut un vaste brouhaha de guerriers combattant sur
la plaine : « Voilà, disaient-ils, la force aux prises avec
la force! » et ils tombaient dans l’étonnement. 2,018.
Çalya, sa massue à la main, sauta à bas de son grand
char et tua, éminent Bharatide, les quatre coursiers de
Çankha. 2,019.
Celui-ci prit à la hâte un cimeterre, et courut de son
char, privé de chevaux, se réfugier sur le char de Blbhat-
sou, où il trouva la paix. 2,020.
Des flèches s’envolèrent , précipitées , du char de
Bhishma : le ciel et la terre en furent couverts de tous les
côtés. 2,021.
Bhishma, le plus excellent de tous les guerriers, abattit
sous ses dards les Pântchâlains, les Matsyas elles illustres
kaîkéyains. 2,022.
11 abandonna soudain l’ambidextre Pàndouide clans le
combat et fondit sur le roi du Pàntchâla, Droupada, en-
vironné d'une armée, son cher parent. 11 décocha de nom-
breuses flèches, sire. Telles que les forêts sont dévastées
par le feu à la fin de la froide saison, 2,023 — 2,02i.
Telles on voyait les armées de Droupada consumées
par les flèches. Bhishma se tenait au milieu du combat,
comme un feu sans fumée. 2,025.
Les guerriers du Pàndouide ne pouvaient tenir les
yeux sur Bhishma, qui semblait les consumer de son
énergie, comme le soleil au milieu du jour. 2,020.
Les soldats de Pàndou, glacés d’épouvante, tournèrent
les yeux de tous les côtés ; mais nulle part ils ne trouvèrent
un défenseur, connue des taureaux affligés par le froid.
200
LE MAHA-BHARATA.
Au milieu de l'armée en déroute, sans courage, tuée
et broyée, les guerriers Pàndouides jetèrent de vastes cla-
meurs. 2,027 — 2,028.
Bhishma, le fils de Çântanou, sans quitter un instant
son arc bandé, décocha des traits à la pointe enflammée,
comme des serpents à la dent venimeuse. 2,029.
L’homme aux vœux comprimés, embrassant de son
attention tous les points de l’espace et visant mainte
fois les héros Pàndouides, ne cessait de les abattre sous
ses flèches. 2,030.
Ensuite les armées se trouvèrent rompues, broyées
de tous les côtés, au moment où le soleil était parvenu
à son couchant. 11 n’y eut plus rien de sensible aux
yeux. 2,031.
F.es lils de Prithâ, qui venaient de voir Bhishma envoyer
ses traits dans cette grande bataille, conclurent, éminent
Bharatide, une suspension d’armes entre les deux armées.
Dans le premier moment de cet armistice, tandis que
Bhishma était encore irrité du combat et que Dourvo-
dhana conservait son ardeur, Dharmaràdja, accompagné
de tous ses frères et de tous les souverains de la terre,
s'empressa de se rendre chez Djanârddana.
2,032 — 2,033 — 2, 03A.
Pénétré d’une profonde douleur, pensant à la victoire
de l’ennemi et témoin de la valeur de Bhishma, il dit au
rejeton de Vrishni : 2,035.
« Krishna, vois Bhishma au grand arc, au courage ef-
froyable, qui consume mon armée de ses (lèches, comme
le feu, au temps chaud (1), dévore une forêt de bois sec.
(1) Édition de Bombay.
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BH1SHMA-PARVA.
>01
» Comment pouvons- nous d’un œil fixe regarder ce
magnanime, qui semble de sa langue lécher mes armées,
tel que le feu accru par l’oblation ? ‘2,036 — ‘2,037.
» A la vue de ce tigre des hommes à la grande force,
son arc à la main, mon armée en déroute s’enfuit, pour-
suivie par la mort de ses flèches ! 2,038.
» Yama irrité ne pourrait le vaincre dans un combat,
ni Çnkrn, sa foudre à la main, ni Varouna, qui tient son
lacet, ni Konvéi a, armé de sa massue ! 2,030.
» 11 est impossible de vaincre Bhlshma à la grande
force, à la grande énergie, l.es choses étant ainsi, je suis
brisé par Bhlshma, comme un navire dans une eau pro-
fonde. 2,040.
» La débilité de mon intelligence, Kéçava, m’ayant mis
aux mains avec Bhlshma, je m'en irai dans les bois, Go-
vinda : le mieux est pour moi d’y vivre; 2,041.
» Non de livrer pour la mort ces maîtres de la terre à
Bhlshma! Ce héros, Krishna, à qui les grands astras sont
bien connus, il abattra mon armée. 2,042.
» Les gens de mes bataillons courent à leur perte elle-
même, comme les sauterelles volent vers un feu allumé.
» Je suis poussé à ma chute, rejeton de Vrisbni, et mon
courage en a pour cause un royaume : c’est lui, qui traîne
dans l’infortune et qui livre mes frères à l'oppression des
flèches. 2,043 — 2,044.
n Mes frères, par amitié pour moi, furent précipités du
trône, renversés du bonheur. La vie, pense-t-on, est d’un
haut prix ; mais aujourd’hui la vie estdiflicile àconserver.
» Je pratiquerai le reste de mes jours une pénitence
dure : je n’exposerai pas ces hommes, mes amis, Kéçava,
à mourir dans un combat. 2,045- 2,046.
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202
LE MAHA-BHARATA.
» Bhtshma à la grande vigueur fait sans cesse périr,
soqs des astras divins, mes héros et de nombreux milliers
des guerriers les plus excellents. 2,047.
» I)e quelle action faite mon bien (1) résultera-t-il?
Dis-moi-le sans tarder, Màghavat. L’Ambidextre est, dans
les combats, un médiateur, à mes yeux. 2,048.
» Se rappelant ses devoirs de kshatrya, Bhtshma, sans
aide, avec la seule vigueur de ses bras, a la force de com-
battre l’ennemi. 2,049.
» Ce guerrier au grand cœur fit, autant qu’il pouvait,
avec sa massue exterminatrice des héros, son œuvre de
destruction au milieu des fantassins, des chars, des che-
vaux et des éléphants. 2,050.
» Ce brave, il est capable de causer la perte des ar-
mées ennemies, auguste monarque, soit par un combat de
droiture, soit en versant par centaines ses pluies de flèches.
» Seul, le prince, ton ami, connaît les astras; il doit
nous mépriser, consumés que nous sommes par Bhishma
et par le magnanime Drona. 2,051 — 2,052.
# Employés mainte et mainte fois par Bhishma et Drona
au grand cœur, ces astras célestes consumeront tous les
ksbatryas. 2,053.
» Accompagné de tous les rois, Bhishma irrité, Krishna,
— car tel est son courage, — nous réduira, certainement,
tous en cendres. 2,054.
» Vois donc, souverain de l’yoga, qui pourra calmer
ce Bhishma au grand char, au grand arc, comme un nuage
éteint l'incendie d’une forêt. 2,055.
» Et, grâces à toi, Govinda, les fils de Pàndou, rétablis
(1) llitam , édition de Bombay.
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BH1SHMA-PAIIVA.
203
dans leur royaume, ayant détruit leurs ennemis, goûteront
la joie avec leur famille. » 2,056.
Quand il eut parlé ainsi, le magnanime fils de Pritliâ
demeura plongé dans ses pensées ; et, l’âme frappée de
chagrin, il resta long-temps recueilli en lui-même. 2,057.
Dès qu’il eut vu ce Pândouide en proie à la douleur et
l’âme étreinte par la peine, Govinda lui dit alors ces mots,
qui réjouirent tous les enfants de Pândou : 2,058.
« Ne gémis pas, ô le plus vertueux des Bharatides, et
ne veuille pas te désoler ; car tu as pour toi ces héros, tes
frères, qui sont tous les plus habiles archers du monde ;
» Et moi, qui suis porté à te faire plaisir, et le grand
héros Sâtyaki, sire, et les deux vieillards Droupada et
Virâta, et Dhrishtadyoumna le Prishatide; 2,051) — 2,060.
b Et tous ces héros puissants, qui tous ont les regards
fixés sur ta faveur, û le plus excellent des rois, et te sont
entièrement dévoués. 2,061.
b Ce Dhrishtadyoumna le Prishatide, arrivé au com-
mandement des années, est toujours animé par l’amour
de ton bien et se complaît en ce qui t’est agréable. 2,062.
b Et Çikhandl est assurément assigné pour la mort de
Bhishma aux longs bras, a A peine le grand roi eut-il en-
tendu ces paroles, il dit au héros Dhrishtadyoumna dans
cette assemblée, où le Vasoudévide l'entendit:
« Dhrishtadyoumna-Prishatide , écoute ce que je vais
dire. 2,063 — 2,06A.
n 11 ne faut pas t’irriter contre cette parole, dite par
ma bouche : ta majesté est un général d’armée égal à mol,
suivant le Vasoudévide. 2,066.
b Tu es le général des Pàndouides, éminent fils de
Bharata, comme Kàrttikéya fut nommé jadis le général
perpétuel des Dieux. 2,066.
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20à
LE MAHA-BHARATA.
» Immole, tigre des hommes, les Kouronides sous ton
courage. Bhlma, Krishna et moi, auguste monarque, nous
te suivrons. 2,067.
» Il en sera ainsi des deux enfants réunis de Vlâclri, et
des Draâupadéyains cuirassés, et des autres chefs, les sou-
verains de la terre. » 2,068.
Dhrishtadyoumna dit ces mots, qui firent la joie de tous
les Pândouides: « Jadis Çambhou m’a assigné, fils de
Prithà, la mort de Drona. 2,069.
» Je combattrai dans la bataille Rhlslmia et Drona ,
Kripa, Çalya, Djayadratha et tous les princes, qui brillent
aujourd’hui dans les combats. » 2,070.
Admirant cette fierté de l'Indra des princes, du Pri-
shatide, de L’Iinmolateur des ennemis, les Pândouides à
la grande vigueur, de pousser des cris pleins de la cruelle
ivresse des batailles. 2,071.
Ensuite Arjouna dit au Prishatide, général des ar-
mées : « 11 est une disposition des troupes, qu’on appelle
Kràauntchârouna ou le héron et qui détruit tous les enne-
mis. 2,072.
» Que les rois contemplait avec les Kourouides, con-
formément à la vérité, cette disposition opposée des trou-
pes inconnue jusqu’à ce jour, qui peut détruire les armées
ennemies et que Vrihaspati jadis fit connaître à Indra
dans la guerre des Asouras et des Dieux ! »
Le roi des hommes, tel que le Dieu armé de la foudre,
adressa ces paroles à Djishnou (1) : 2,073 — 2,07à.
Au point du jour, il mit Dhanandjaya en tète de toutes
les armées. Le drapeau ravissant, merveilleux, qui se dé-
roulait dans les routes du soleil et que les ordres d’Indra
(l; Quelle* paroles?
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BH1SHMA-PAKVA.
•205
avait commandé à Viçvakarma, orné de guidons peints de
toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, semblable A la ville
des Gandbarvas et tel qu’un oiseau dans l’air, resplendit,
vénérable monarque, et semblait danser dans les roues
des chars. 2,075—2,076—2,077.
Le fils de Prith'â fut illuminé par l’archer du Gandivâ
et parce drapeau, omé de pierreries, comme le Soumé-
rou (1), éclairé d’une lumière supérieure. 2,078.
Environné (J’une nombreuse armée, le roi Droupadafut
la tête de ces troupes : Kountibhodja et Çalya, les souve-
rains des hommes, en furent comme les deux yeux. 2,079.
Le monarque du Daçârna, les Pràyàgas avec les trou-
pes du Dàçéraka et les kiralas aux terres humides furent,
taureau des Bharatides, les os du cou. 2,080.
Accompagné des Nishâdas, des Patatchtcharas, des
Houndas et des rejetons de Pourou, Youdhishthira, sire,
en était comme le dos. 2,081.
Lesdeux ailes étaient composées de Bhluiasénaet Dhrish-
tadyoumna le Prishatide, d’Abhimanyou, issu de Drou-
pada et du grand héros Sâtyaki, 2,082.
Des Piçâtcha-*, des Dàradas, des Paâundras avec les
kountivishas, des Madakas, des Ladakas, des Tanganas
mêmes et des autres Tanganas, 2,083.
Des Vàhikas, des Tittiras, des Pàndyas, des Oudhras,
des (laravas, des Toumboumas,des VatsasetdesNàkoulas.
Nakoula et Sakadéva étaient placés au flanc gauche.
Dix mille chars appuyaient les deux ailes, mais un mil-
lion formait la tête. 2,084—2,085.
Le dos était composé d’un arbouda (2) même et de
(1) Édition de Bombay.
(2) Édition de Bombay. — Un arbouda fait cent millions.
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200
I.fci MAHA-BIIARATA.
vingt raille : un million et soixante-dix raille étaient com-
pris dans le cou. 2,086.
Aux extrémités de l’oiseau guerrier , sur les ailes, sur
le bord des ailes, marchaient, sire, des éléphants, entou-
rés de fantassins-, ils resplendissaient comme des monta-
gnes. 2,087.
Virâta avec les Kaîkéyains, le roi de Kàçi et Çatvya
avec trois myriades de chars en défendaient la croupe.
Quand ils eurent ainsi disposé en ordrq cette grande
armée, les (ils de Pândou, revêtus de cuirasses pour le
combat, se tinrent, attendant avec impatience le lever du
soleil. 2,088—2,089.
Leurs blanches ombrelles, grandes, sans tache , aux
couleurs de l’astre radieux, brillaient au milieu des élé-
phants et parmi les drapeaux. 2,090.
A la vue du kraàuntcha, cette grande disposition de
troupes, qu’on ne pouvait rompre, à la vue de cet ordre
de bataille, plein d’une vaste épouvante, fait par le Pàn-
douide à la force sans mesure, ton (ils, 2,091.
S’étant approché, roi vénérable, de l’Atchàrya, de
Kripa, de Çalya, du rejeton de Somadatta, de Vikarna
et d’Açvatthâman lui-même, 2,092.
De tous ses frères, à la tête de qui se trouvait Douç-
çâsana, et des autres héros, en bien grand nombre, ras-
semblés pour le combat ; 2,093.
Ton fils dit ces paroles, qui inspirèrent à propos la joie
à tous ces hommes, qui avaient des (lèches et des traits
divers, qui tous étaient habiles dans les choses de la
guerre : 2,09i.
« Vous êtes tous de grands héros, capables de vaincre,
chacun en particulier, les fils de Pândou dans le combat :
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BHISHMA-PAKVA.
•207
i\ plus forte raison, quand vous êtes réunis à la tête de
vos armées! 2,095.
» Défendue par Bhîshma, votre armée est-elle insuffi-
sante? Et leur armée suffit-elle, par cela seul qu’elle est
défendue par Bhlma ? 2,096.
» De notre côté sont les Çourasénas, les Vénikas, les
Koukkouras, les Rétchakas, les Trigarttas, les Madranas
et les Yavana3, 2,097.
» Accompagnés de Çatrounjaya, de DouççAsana, de
Vikarna, de Souvira, de Nanda et d’Oupananda, 2,098.
» Accompagnés de Tchitraséna, accompagnés des Ma-
nibhadrakas. Que les chefs, avec leursguerriers, défendent
Bhlshma. » 2,099.
Alors Bhîshma, Drona et tes fils, auguste roi, dispo-
sèrent l’armée en grand ordre de bataille, afin de repous-
ser les Pàndouides. 2,100.
Bhlshma, environné de tous côtés par une armée nom-
breuse, s’avança, entraînant sur ses pas, comme le roi des
Dieux, une immense armée. 2,101,
L’auguste Bharadwàdjide le suivit, avec son grand arc.
Les Gândhàras, les Saâuvlras du Sindhou, les Çivis et les
Vasâtis, accompagnés des Rountalas, souverain des
hommes, des Daçârnas, des Màgadhains, des Vidarbhas,
des Mélakas et des Karnaprâvaranas, défendirent avec
toute cette armée Bhîshma, qui brillait dans les batailles ;
et Lakouni protégea le Bharadwàdjide avec une autre ar-
mée. 2,102— 2,103— 2, 10S.
Ensuite, le roi Douryodhana, réuni à tous ses frères,
aux Açvâtakas, aux Vikarnas, aux Koçalas inférieurs, aux
Daradas, aux Vrikas et aux Kshoudrakamâlavas, courut,
bouillant d’ardeur, contre l’armée du fils de Pândou.
20b
LE MAHA-BHAÜATA.
Bhoûriçravas , (J al a, (jalya, Bhagadatta, Viuda, cl
Anouvinda, les deux rois d'Avanti, protégèrent l’aile
gauche. 2,105—2,106—2,107.
Somadatta, Souçarman et le roi de Kâuibodje, renom-
mé pour son humanité, (jatàyoush et Çroutàyoush allèrent
se ranger à l’aile droite. 2,108.
Açvatthàman, kripa et kritavarman le Sâtwata défen-
dirent avec une grande armée les derrières de l'armée.
Les protecteurs de l’arrière-garde étaient les souverains
de diverses contrées : kéloumat, Vasoudàna et l’auguste
lils du roi de kâçi. 2,109 — 2,110.
Tous les tii-ns, remplis de joie et d’ardeur pour les
combats, firent résonner les conques et poussèrent leurs
cris de guerre. 2,111.
Dès qu’il eut entendu leurs clameurs joyeuses, l’au-
guste et vieux ayeul des kourouides exclama son cri de
lion et remplit de vent sa conque. 2,112.
Puis, les tambourins, toutes les sortes de péçis (1) et
les tambours furent battus par les ennemis ; on sonna les
conques, et ce fut un bruit confus. 2,113.
Et, tenues sur un grand char, attelé de chevaux blancs,
résonnèrent les deux excellentes conques, parées de pier-
reries et d’or. 2,116.
Hrishîkéça fit parler son Pàntchadjanya, et Dhanan-
djaya son Dévadatia. Ventre-de-loup aux exploits formi-
dables donna un son à sa grande conque Paâundra.
Le roi Youdhishthira, le fils de Kountl, enfla sa Vic-
toire-éternelle ; Nakoula et Sahadéva le Soughosha et le
Manipoushpaka. 2,115 — 2,116.
(1) Une espèce de Umbouri.
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BH1SHMA-PAUV A.
20»
Le roi de Kâçi, et Çaivya, et le vaillant Çikandl, et
Dhrishtadyoumna le Viratide, elle héros Sâtyaki, 2,117.
Et les l’àntchàlnins aux grands arcs, et les cinq fils de
Draàupadi, tous remplirent de vent leurs vastes conques;
et de proclamer leurs cris de guerre. 2,118.
Ce bruit tumultueux, immense, enfanté par ces héros,
fit résonner le ciel et la terre. 2,1 19.
Ainsi, grand roi, ces enfants de Kourou et de Pândou
revinrent, pleins d'ardeur, au combat, se meurtrissant les
uns les autres. 2,120.
« Tandis que les miens et les autres, demanda Dhrita-
ràshtra, étaient ainsi disposés en ordre de bataille dans
ces innombrables armées, comment ces plus éminents des
guerriers se livrèrent-ils ce combat? » 2,121.
C’est ainsi qu’au milieu de ces nombreux bataillons, ré-
pondit Sandjava, l'armée, semblable à une mer, étalait,
admirable comme un océan sans rivage, ses cuirasses et
ses drapeaux éclatants (1). 2,122.
* Debout au milieu d'eux, sire, Douryodhana, ton fils,
adressa ce langage à tous les tiens : « Combattez, hommes
cuirassés ! » 2,123.
Puis, s’étant revêtus de sentiments cruels et renonçant
à la viç, tous, ils s'approchèrent des Pàndouides, leurs
enseignes déployées. 2, I2é.
Alors s'éleva entre les tiens et les ennemis un combat
tumultueux, plein d’horreur, où les éléphants et les chars
étaient joints l’un à l'autre. 2,125.
Décochées par les maîtres de chars, les flèches à la
belle empennure, au fer bien luisant, à la pointe ra-
il Kditiim de Bombay.
vu • I h
»
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210
LE MAHA-BHARATA.
y
pide. tombaient sur les éléphants et les chevaux. 2,120.
Bhlshma aux longs bras, à la valeur épouvantable, re-
vêtu de sa cuirasse, s'avança, levant son arc, dans le feu
de la bataille. 2,127.
Le vieil ayeul des Kourouides déchargea maintes fois
ses pluies de flèches sur le Soubhadride, Blitmaséna, le
héros Arjouna, leKaîkéyain, leViratide, sur Abhimanyou
le Prishatide, sur les «autres vaillants hommes du Tchédi
et des Matsyas. 2,128 — 2,129.
Une grande multitude s'émut dans cet engagement des
armées, et il y eut une vaste infortune de tous les guer-
riers. 2,130.
Les cavaliers , les vexillaires, les plus excellents des
chevaux furent immolés ; et les Pàndouides s’avancèrent
dans l'armée des chars, qui fuyaient çà et là (1). 2,131.
A peine le vaillant Arjouna eut-il aperçu le héros
Bhlshma, qu’il dit avec colère au Vrishnide : a Avance là
où est notre ayeul. 2,132.
» Ce Bhlshma dans sa bouillante fureur détruira bien m
certainement mon armée : il se complaît, fils de Vrishni,
dans le parti de Douryodhana. 2,133.
» Voici Drona, Kripa, Çalya et Vikarna, accompagnés
des Dhritaràshtrides, Douryodhana à leur tête. 2,134.
u Bien défendus , archers vigoureux ils tueront les
Pàntchàlains ; et moi, Djanârddana, je tuerai Bhlshma à
cause de son armée. » 2,135.
a Sois ferme, Dhanandjaya, lui répondit le Vasoudé-
vide ; je vais te conduire, héros, vers le char de ton
ayeul. » 2,136.
(t) Édition do Bombay.
«
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BHISHM V-PAKVA.
211
Dès qu’il eut (lit ces mots, (’.nàuri fit arriver, souverain
des hommes, près du véhicule de Bhtshma son char, cé-
lèbre dans le monde, orné de nombreux guidons flottants
_ et d’un drapeau à l’insigne du singe, traîné par des che-
vaux, couleurs de grues, et mugissant avec un bruit im-
mense, accompagné d’une grande épouvante.
2,137—2,138.
Le Pàndouide s’avançait sur ce char vaste, éclatant, de
la couleur du soleil , résonnant comme le tonnerre du
nuage ; il immolait dans sa marche l’armée des Kou-
rouides et les bataillons des héros. 2,139.
Accroissant la joie de ses amis, il accourut avec rapi-
dité dans le combat sur l’ennemi, qui se précipitait non
moins rapidement, tel qu'un éléphant dans la fièvre du
rut, 2,1 A(*.
Jetant la terreur au sein des héros, les abattant sous
ses flèches. Défendu par les Kékayains, les Saâuvlras, les
guerriers de l’orient, le roi de Sindhou à leur tète, ainsi le
fils de Çàntanou s'avançait légèrement contre Arjouna.
Quel maître de char, si ce n’est l’aïeul des kourouides,
Drona et le fils du Soleil, peut alfronter l’arc Gàndiva?
Ensuite le grand-père des Kourouides, Bhishma au grand
arc, lança contre Arjouna soixante-dix sept flèches de fer ;
Drona vingt-cinq, et Kripa lui envoya cinq traits aigus.
2,141-2,142—2,143-2,144.
Douryodhana lui adressa soixante-quatre et Çalya neuf
dards aiguisés, le Dronide soixante et le vaillant Vikarna
trois flèches. 2,145.
Partis xle la main d'Artâyani, sire, trois bhallas vinrent
frapper le fils de Pàndou. Blessé par eux de tous les
cfttés avec ces traits acérés, le héros au grand arc, aux
•21*2
LE MAH\-UHAIt VT A.
longs bras, n’en fut pas ébranlé plus qu'une montagne
entamée par ces flèches. Kirlti à l'âme incommensurable,
éminent Bharatide, rendit en échange à Bhishma vingt-
cinq, à Kripa neuf dards, à Drona soixante, au vaillant .
Vikarna trois flèches. 11 blessa Artâyani de trois autres,
et le roi Douryodhana lui -même avec cinq. Sàtyaki, Vi-
râta, Dhrishtadyoumna le Prishatide, Abhiuianyou le
Draàupadide avaient environné Dhanandjaya ! Uéuui
avec les Sotnakas, le roi du Pântchâla s’avança vers
le vaillant Drona, à qui était cher le salut du fils
de la Gangà. Le plus excellent des maîtres de chars,
Bhishma de blesser à la hâte le fils de Pàndou avec qua-
tre-vings traits acérés. Les tiens alors se réjouirent. A
l’ouïe de leurs cris de joie, l’auguste lion des héros entra,
plein d’ardeur, au milieu d’eux. Quand Dhanandjaya fut
arrivé au centre de ces vaillants guerriers, il se mit â jouer
de son arc et prit ces grands héros pour le but de ses flè-
ches. Ensuite le roi Douryodhana, le monarque des
hommes, dit à Bhishma: [De la stance 2,lâ6 à la stance
2,155.)
» Car il voyait le fils de Prithà accabler son armée dans
la guerre: « Ce vigoureux fils de Pàndou, mon père, ac-
compagné de Krishna, 2,155.
# Il abat toutes nos armées et coupe à l’entour nos ra-
cines, de ton vivant, fils de la Gangà, et quand Drona, le
plus excellent des maîtres de chars, vit encore ! 2,156. #
» Voilàque Karna à cause de loi, souverain des hommes,
a déposé les armes, et que, sans cesser d’aimer ce qui est
mon bien, il ne combat plus les enfants de Prilhâ dans la
bataille. 2,157.
» Agis donc en sorte, fils de la Gangà, que Phàlgouna
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BH1SHMA-PARVA.
213
périsse! » A ces mots, Dévavratra, ton père, sire: 2,158.
« Honte, s’écria-t-il, au devoir du kshalrya!» et il
marcha contre le char du Prithide. A la vue des deux che-
vaux blancs arrêtés, les princes, sire, 2,159.
Poussent des cris de guerre à gorge déployée, vénérable
monarque, et remplissent de vent leurs conques. Le Dro-
nide, Douryodhana et Vikarna, ton fils, 2,1(50.
Fermes pour la guerre, environnent llhishma dans le
combat ; et de la même manière tous les Pàndouides, ré-
solus pour une grande bataille, se jettent autour de Dha-
nandjaya. Et la lutte commença. Le lils de la Gangà ou-
vrit l’attaque avec neuf flèches envoyées au Prithide.
2,161—2,102.
Arjouna de le blesser en retour avec dix traits, qui fen-
daient les articulations ; et le guerrier, qui avait l'orgueil
de ses batailles, le Pàudouide Arjouna de cacher à llhis-
hma les points de l'espace avec un millier de traits bien
décochés. Ensuite, Bhfshma, le lils de Çànlanou, arrêta
avec une multitude de flèches, prince, la multitude des
flèches du Prithide. Tous deux extrêmement satisfaits de
celle rencontre , tous deux se réjouissant de ce combat,'
Tous deux désirant exercer une vengeance, ils com-
battaient, sans faire aucune distinction entre les personnes.
Des multitudes de traits volaient par troupes de l'arc du
puissant Bhlshma. 2,163 — 2,164 — 2,165 — 2,166.
On les voyait détruits, fendus parles flèches d’ Arjouna:
et les grands nombres, que celui-ci décochait de tous les
côtés, 2,167.
• Tombaient, abattus sur le sol de la terre' par les traits
du lils de la Gangà. Arjouna d'attaquer Bhlshma avec
vingt-cinq dards aigus. 2,168.
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*214
LE MAHY-BHAIWIA.
Et Bhishma de blesser dans le combat le Prithidc avec
neuf flèches. Ils s’étaient tué leurs chevaux, déchiré l’un à
l'autre leurs drapeaux d'une bien grande puissance et brisé
les roues de leurs chars. Puis, ces dompteurs des ennemis
semblèrent se jouer du combat. Le meilleur des guerriers,
Bhishma irrité, grand roi, 2,169 — 2,170.
Frappa le Vasoudévide entre les seins avec trois flèches.
Le meurtrier de Madhou blessé de ces dards, que Bhishma
avait envoyés de son arc, 2,1/1.
Brilla dans cette bataille, sire, comme un kinçouka en
fleurs. Bouillant de colère à la vue de la blessure, faite au
vainqueur de Madhou, Vrjouna 2,172.
De blesser dans le combat avec trois flèches le cocher
du fils de la (iangà. Déployant leurs efforts contre le char
l’un de l'autre, ces deux héros 2,173.
Ne purent alors se vaincre dans cette lutte mutuelle-
ment; ils décrivirent des cercles divers, sire, des «allées et
des retours, tant légère était l’habileté de leurs cochers!
Ils pensaient à saisir un temps dans leurs coups, monar-
que des hommes. 2,174—2,176.
Mainte et mainte fois ils se tinrent de pied ferme,
sire, placés dans les voies du temps à saisir. Tous deux,
ils firent résonner leurs conques, mêlées aux rugissements
de guerre. 2,176.
Les deux héros firent sonner leurs arcs : soudain la
terre, déchirée par le fracas des roues de leurs chars et
les fanfares de leurs conques, trembla, poussa des gé-
missements, et personne ne pouvait distinguer, éminent
Bharaiide, une différence entre ces guerriers.
2,177—2,178.
Ils étaient deux héros vigoureux, l’un à l’autre sem-
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BHISHMA-PARVA.
v.15
blables dans le combat. Les Kourouides s’approchèrent
à une mesure du drapeau de Bhishma; 2,179.
Et les fils de Pàndou s’avancèrent également vers le
Prithide, à une mesure de son drapeau. A peine eurent-
elles vu, sire, que tel était le courage de ces deux vail-
lants hommes, 2,180.
Toutes les créatures, dans cette lutte, tombèrent au
sein de l’étonnement. Aucun homme ne voyait dans le
combat nulle différence entre ces deux braves; 2,181.
Comme il n’apercevait pa3 un seul défaut en l’un
d’eux, fidèle aux règles de son devoir. Tous les deux
se rendirent invisibles par la multitude de leurs flèches ;
Et soudain ils reparurent dans le combat. Les grands
rishis, les Tchâranas, les Gandharvas et les Dieux, à la
vue du courage de ces deux guerriers, se dirent l’un à
l’autre : « 11 est impossible de vaincre dans une bataille
ces deux grands héros si furieux! 2,182 — 2,183—2,184.
» Ils ne peuvent l’être en aucune manière, ni par les
inondes, ni par les Gandharvas ou les Asouras, ni par les
Dieux. Ce combatest une merveille, une grande merveille,
survenue dans les mondes! 2,185.
» Il n’y aura jamais un tel combat sur la terre! Le
sage Prithide lui-même, avec ses coursiers, avec son
char, avec son arc, est incapable de vaincre Bhishma,
semant ses traits dans une bataille : tel aussi Bhishma ne
saurait vaincre en bataille ce fils de Pàndou, armé de son
arc et inaffrontable aux Dieux mêmes dans un combat.
Certes! le bruit de ce duel ira aussi loin que s’étendra le
inonde. » 2,186 — 2,187 — 2,188.
Telles étaient les paroles, qui furent ouïes dans le com-
bat et qui se répandirent, portant avec elles, maître des
•216
LE MAHA-BHARATA.
hommes, les louanges de Bhishma et d’Arjouna. 2,180.
Ensuite, tes guerriers et les Pàndouides se frappèrent
de coups mutuels dans cette bataille ; et dans le moment
que ces deux héros déployaient ainsi leur courage: 2,190.
Dans cette guerre où ils employaient des cimeterres
aux tranchants aigus , des haches luisantes , d'antres
flèches en grand nombre et des armes sous toutes les
formes diverses, 2,191.
Les héros des deux armées se déchirèrent les uns les
autres. Tandis que se déroulait ce combat effrayant et de
la plus horrible épouvante, avait lieu, sire, cette fameuse
rencontre de Drona et du guerrier Pàntchàlain.
2,192-2,193.
« Comment Drona et le Prishatide Pàntchàlain vinrent-
ils à se rencontrer, déployant leurs efforts dans la ba-
taille ? s’enquit Dhritaràshtra. Conte-moi cela , San-
djaya. 2,19ü.
» Le destin est donc, à mon avis, supérieur à l'homme
même, puisque le fils de Ç&ntanou, Bhishma, ne put sur-
monter le Prithide en ce combat! 2,195.
» Bhishma, dans sa colère, détruirait les mondes avec
les choses immobiles et mobiles, comment sa force, San-
djava, n’a-t-elle pu surpasser le Prithide en cette ba-
taille? » 2,196.
Écoute, sire, avec attention, lui répondit Sandjaya, ce
combat de la plus horrible épouvante. Les Dieux mômes,
sous la conduite d'Indra, ne pourraient vaincre le fils de
Prithâ. 2,197.
Drona d'affronter, malgré sa colère, Dhrishtadyoumna
avec des traits divers; et, d’un bhal la, il abattit son co-
cher du siège du char. 2,198.
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BHISHMA-PARVA.
217
Bouillant de fureur, il perça de quatre flèches triom-
phantes, auguste roi, les quatre coursiers de Dhrishta-
dyoumna. 2,199.
Celui-ci de blesser Drona dans le combat avec quatre-
vingt-dix flèches acérées, et de lui crier : « Arrête ! arrête
là. » 2,200.
• Et le majestueux Bharadwàdjide à l’âme incommensu-
rable couvrit de nouveau le guerrier irrité avec un nuage
de flèches. 2,201.
Il saisit, pour le trépas du Prithide, une effrayante
flèche au contact semblable à celui de la foudre d’Indra
et telle qu’un nouveau bâton de la mort. 2,202.
Un grand tumulte éclata dans toute l'armée, fils de
Bharata, quand ils virent le Bharadwàdjide encocher ce
trait dans le combat. 2,203.
Nous vîmes en ce moment le courage merveilleux de
bhrishtadyoumna ; car ce vaillant homme resta seul
dans le champ de bataille, immobile comme une mon-
tagne. 2,204. •
Il trancha dans son vol ce trait enflammé, horrible-
ment épouvantable , qui lui apportait la mort , et fit
pleuvoir, sur le fils de Bharadwâdja, une averse de
flèches. 2,205.
A la vue de cet exploit difficile, exécuté par Dhrishta-
dyoumna, les Pântchâlains avec les fils de Pâtidou pous-
sent à l’envi des cris de joie. 2,206.
Bouillant de courage, il envoya sur Drona, désirant sa
mort, une lance de fer à la grande vitesse, ornée de lapis-
lazuli et d’or. 2,207.
Soudain le Bharadwàdjide de couper en trois morceaux,
dans son vol, sur le champ de bataille, cette lance aux
218
LU MAHA-UHARATA.
ornements d'or, et de pousser en même temps un éclat de
rire. 2,208.
A peine eut -il vu sa pique en fragments, sire, l'auguste
Dhrishtadyoumna fit éclater sur Drona des pluies de flèches.
Après qu’il eut arrêté, dans le moment, cette tempête de
fer, Drona, le grand héros, trancha par le milieu l’arc du
fils de Drotipada. 2,209 — 2,210.
Voyant son arc brisé dans cette bataille, le vigoureux à
la haute renommée envoya sur Drona une massue pesante,
faite avec la force d'une montagne. 2,211.
Lancée de sa main, la massue vola avec le désir de por-
ter la mort à Drona. Là, nous vîmes le courage merveil-
leux du Bharadvàdjide. 2,212.
Celui-ci brisa avec promptitude la massue aux orne-
ments d’or; et, quand il eut exécuté cette prouesse, il en-
voya au rejeton de Prishat des bhallas ivres de sang, à
l’empennure d’or, bien acérés, aiguisés sur la pierre. Ces
traits brisent la cuirasse de l'enmmi, et, sur le champ de
bataille, ils s’abreuvent de sang. 2,213 — 2,214.
Mais, s’armant d’un nouvel arc, Dhrishtadyoumna au
grand cœur s'avance hardiment sur Drona, et le blesse de
cinq flèches dans ce combat. 2,210.
Baignés de sang, ces deux éminents hommes brillaient
tels que, dans la saison du printemps, sire (1), brillent
deux kinçoukas en fleurs. 2,216.
S'étant avancé hardiment, plein d’impatience, en tête
de l’armée, Drona de nouveau trancha l’arc du fils de
Droupada. 2,217.
Le héros à l’âme infinie enveloppa le guerrier à l'arc
(1) Édition île Bomba v
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t
BH1SHMA-PA1U A. 219
brisé de flèches aux nœuds inclinés, comme un nuage
couvre de pluie une montagne. 2,218.
Il renversa du banc de son char le cocher avec un
bhalla; il abattit, sous quatre flèches aiguës, ses quatre
coursiers, et poussa dans le combat son cri de guerre.
Enfin, il coupa son arc avec un autre bhalla, décoché de
sa main. 2,219 — 2,220.
Le guerrier sans char, à l’arc brisé, aux chevaux tués,
au cocher sans vie, sauta vite à bas de sa voiture, une
massue à la main, et déploya un rare courage. 2,221.
Mais, avant même qu’il fût descendu de son char,
l'autre abattit prestement sa massue: ce fut comme une
chose merveilleuse. 2,222.
Le guerrier vigoureux aux bras robustes prit aussitôt
un cimeterre large, céleste, avec un bouclier immense,
lumineux (1) comme cent lunes ; 2,223.
Et, poussé |>ar le désir de la mort de Drona, il fontlit
rapidement sur lui, comme un lion, que presse la faim,
sur un éléphant en folie. 2,22â.
Nous vîmes alors pa altre le courage merveilleux du
Bharadwâdjide, sa légèreté, fils de Bharata, et la force de
ses bras, pour lancer des flèches. 2,225.
Car, seul de sa personne, il couvrit le Prishatide avec
une pluie de projectiles ; et il fut ensuite impossible à son
rival de faire un pas en avant sur le cbamp de bataille.
Mais, tout empêché qu’il fût par Drona, le héros Abhi- ^
manyou, en habile archer, arrêta sur son bouclier ces
multitudes de flèches. 2,226—2,227. . ^
En ce moment, le vigoureux Bhima accourut, d'un
;|) ftiitioii «I iSniiikiy.
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•220
LK MAllA-bHAJtATA.
pied rapide, prêter le secours de ses longs bras dans la
bataille au magnanime rejeton de Prishat. 2,228.
11 blessa Drona de sept Arches aiguës et fit monter pré-
cipitamment, sire, le Prishatide dans un autre char.
Le roi Douryodhana alors excita le souverain du Ka-
linga à conduire sa nombreuse armée au secours du Bha-
radwâdjide. 2,229 — 2,230.
Obéissant à l’ordre de ton fils, monarque des hommes,
cette armée épouvantable, immense, de Kalingains, s’a-
vança vers Bhtmaséna. 2,231.
Drona, le meilleur des maîtres de chars, abandonna le
Pàntchàlain et combattit avec les deux vieillards réunis,
Virâta et Droupada. 2,232.
Dhrishtadyoumna lui-même s’avança vers Dharmarftdja.
Alors s'éleva un combat tumultueux, qui fit se dresser le
poil d’épouvante ; 2,233.
Lutte du magnanime Bhima et des Kalingains, guerre
épouvantable, à la forme terrible, entraînant la ruine du
monde. 2, 23 A.
« Comment, à la voix de mon fils, s’enquit Dhritarâsh-
tra, le Kalingain, général de nos années, livra-t-il un com-
bat à Bhlmaséna d'une si grande force, aux prouesses
merveilleuses? 2,235.
» Comment le Kalingain, à la tête de sou armée, osa-
t-il combattre ce héros, marchant avec sa massue, comme
la Mort, son bâton à la main ? » 2,230.
Aussitôt que ton fils, Indra des rois, poursuivit San-
djaya, eut donné cet ordre au héros d’une grande vigueur,
le Kalingain s’avança, accompagné d'une nombreuse
armée, contre le char de Bhlmaséna. 2,237.
Celui-ci de marcher contre l’immense armée des Ka-
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BH1SHMA-PARVA.
*221
üngains, accourant, munies de grandes armes et que les
chevaux, les éléphants et les chars environnaient d’une
enceinte impénétrable. 2,238.
Bhimaséna d’attaquer cette armée des Kalingains et
Kétoumat le Nishadhain, qui arrivait à la tête des Tclfé-
diens. 2,239.
Revêtu de sa cuirasse, Çroutàyoush irrité s’avança vers
Bhlma avec le roi Kétoumat et une nombreuse armée.
Le monarque des Kalingains commandait à une myriade
d’éléphants et plusieurs milliers de chars. Kétoumat avec
les Nishadhains enferma, puissant roi, Bhimaséna de
tous les côtés. Sur le champ, les Tchédiens, les Matsyas
et les Kàroushas, soumis aux commandements de Bhlma,
s’avancèrent à la hâte, chaque peuple avec son roi, vers
les Nishadhains. Ensuite, naquit un combat épouvantable
aux formes terribles, 2,240 — 2,241 — 2,242—2,243.
Où couraient des guerriers, poussés par le désir de se
donner la mort l'un à l'autre. Mais le combat de Bhlma
devint effrayant, 2,244.
Tel que le combat D’Indra contre l'innombrable armée
desDaltvas. De grandes voix, semblables aux rugissements
.de la mer, s’élevaient du champ de bataille, puissant roi,
où combattait cette armée. Les guerriers, se déchirant
l’un l’autre, firent, souverain des hommes, ressembler à
du sang toute la terre, couverte de chair meurtrie. En-
traînés par le désir de tuer, on ne distinguait pas les
combattants de son parti et ceux du parti opposé.
2,245—2,240—2,247.
Les héros, invincibles dans les batailles, soutenaient
chacun les guerriers de sa cause : c'était un vaste carnage
d’un petit nombre par un plus grand, 2,248.
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222
LE MAHA-BHARATA.
Des Tchédiens, monarque des hommes, avec les Ka-
lingains et les Nishadas ! Quand les Tchédiens à la grande
vigueur curent exécuté leur prouesse autant qu’ils avaient
de force, ils abandonnèrent Bhtmaséna et se retirèrent du
champ de bataille. Le Pàndouide, après la retraite des
Tchédiens, tint de pied ferme avec tous les Kalingains,
et, appuyé sur la force de ses bras , il fit demi-tour en
arrière au combat. Le vigoureux guerrier ne bougea pas
du banc de son char ; 2,249 — 2,250 — 2,251 — 2,252.
11 répandit ses flèches aiguës sur l’armée des Kalin-
gains. Mais leur monarque au grand arc et le héros, son
fils, nommé Çakradéva, frappèrent de leurs dards le fils
de PAndou. Alors Bhimaséna aux longs bras agitait son
arc éclatant; et, n’appelant à son aide que la force ale ses
bras, il combattit avec le roi Kalingain, tandis que le fils
de celui-ci déchaînait une foule de traits dans le combat.
2,253—2,254—2,255. *
II frappa de ses flèches les chevaux des ennemis ; et,
dès qu’il vit privé de son char ce dompteur des ennemis,
Çakradéva fondit sur le héros, cjui semait çà et là ses
traits aigus. Ce guerrier vigoureux déversa, Indra des rois,
une pluie de flèches sur Bhimasésa, comme le nuage à la
lin d'un été. Bhimaséna à la grande force se tint de pied
ferme dans son char, dont les chevaux étaient sans vie,
2,256—2,257—2,258.
Et envoya de toute sa vigueur une lance de fer à Çakra-
déva. Frappé par elle, le fils du Kalingain tomba du char
sur le sol de la terre avec son drapeau, avec son cocher.
Dès qu’il vit son fils tué, le grand héros des Kalingains
2,259—2,260.
Ferma avec plusieurs milliers de traits les plages du
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KH 1SHM A-PAR V A .
223
ciel à Bhîma. Celui-ci d'abandonner sa massue immense,
pesante, à la grande vitesse (1), 2,261.
Et, désireux d'accomplir un exploit terrible, de lever
son cimeterre, portant au bras, sire, un bouclier incom-
parable, fait du cuir d’un taureau 2,262.
Et tout couvert de constellations avec des demi-lunes
exécutées en or. Le Kalingain irrité fixa la corde à son
arc. 2,263.
11 prit une flèche épouvantable, pareille au venin des
serpents, et l’envoya à Bhlmaséna, duquel, souverain des
hommes, il désirait la mort. 2,26â.
Bhlmaséna de couper en deux morceaux dans son vol
avec sa longue épée, sire, ce trait aigu lancé avec vitesse;
Et dejwusser un cri de joie, qui répandit l'épouvante
dans ton armée. Le Kalingain en colère darda prompte-
ment sur Bhlmaséna dans la bataille quatorze leviers de
fer, aiguisés sur la pierre. Mais, avant que ces projectiles
aériens ne fussent arrivés, le Pândouide aux longs bras
2,265—2,266.
Les trancha soudain, sans être ému, sire, avec son
excellente épée. Après qu’il eut coupé ces quatorze
leviers de fer, Bhima courut sur Bhânoumat, qu’il voyait
en face de lui; et Bhânoumat ensevelit Bhtma sous une
averse de flèches. 2,267 — 2,268.
11 poussa un cri avec vigueur et lit résonner les voûtes
du ciel ; Bhîma n’en put supporter les cris de guerre dans
ce grand combat. 2,269.
Doué d’une voix de tonnerre, il poussa un cri d’un son
immense : à ce bruit l'armée des Kalingains trembla.
(!) Édition de Bombay.
LE MAHA-BHARATA.
■m
Elle ne crut pas dans ce combat, éminent Bharatide,
que Bhiuia fût seulement un homme. Quand il eut jeté
sou vaste cri, 2,270 — 2,271.
Comme son rirai était monté sur le plus excellent des
éléphants, il plongea rapidement son épée, augus e roi,
entre les défenses du grand pachyderme. 2,272.
11 trancha de son épée Bhânoumat au milieu de l’ar-
mée; et, quand ce dompteur des ennemis eut tué le fils du
roi entre ses guerriers sur le champ de bataille, 2,273.
11 abattit sur l'épaule de l’éléphant son épée, capable
de supporter un lourd fardeau ; et, son épaule brisée, le
géant du troupeau jeta un cri et tomba, 2,274.
De même que la cime d'une montagne escaladée par la
fougue d’un lion. Le descendant de Bharata de sauter
vite à bas de son éléphant renversé, et, l’âme intrépide,
de se tenir sur la terre, armé de sa cuirasse et le cime-
terre à la main. Sans crainte, il parcourut de nombreuses
routes, abattant les éléphants autour de lui.
2,275—2,270.
L'auguste parut de toutes parts comme une roue de
feu, aujnilieu des troupes de chevaux, des éléphants et
de l’armée des chars. 2,277.
On le voyait dans le combat exercer le carnage au mi-
lieu des bataillons de fantassins. Le vigoureux Bhima se
promenait comme un faucon dans la bataille. 2,278.
11 coupait avec une grande rapidité, sous un cimeterre
au tranchant acéré, les corps et les têtes des combattants
sur des éléphants. 2,279.
Fantassin irrité, effroyable aux ennemis, semblable au
Dieu de la mort, Yama, il semait la stupéfaction nu mi-
lieu des héros. 2,280.
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BHISHMA-PÀKVA.
225
Hors d’eux-mêmes, poussant des cris, ils fuyaient, sur
le champ de carnage, son épée, qui se promenait avec une
rapidité extrême dans cette grande bataille. 2,281.
Quand il avait tranché les roues et les attelages des
chars, ce vigoureux dompteur des ennemis, il abattait les
maîtres de chars eux-mèmes. 2,282.
On vit Bhlmaséna parcourir des routes nombreuses; il
fit vcir, Bharatide, la volte, la contre-volte, le percer,
riuimersion, le glissement, le saut, la descente et l’as-
cension (1). Le magnanime Pàndouide en blessa quel-
ques-uns avec l’extrémité de son épée. 2,283 — 2,28â.
Us criaient, les organes vitaux déchirés, et tombaient
sans vie. D’autres éléphants, privés de leurs combattants,
avec les trompes coupées et le bout de leurs défenses
brisé, de tourner leur colère , Bharatide . sur leurs
armées elles-mêmes. Ils tombaient alors sur la terre,
poussant de longs mugissements. 2,285 — 2,286.
Les leviers de fer rompus, les corps gigantesques, les
bouses aux diverses couleurs et les ceintures flamboyantes
d’or, 2,287.
Les colliers, les épieux en fer, les étendards des élé-
phants, les carquois, les véhicules divers et les arcs,
Les bâtons de feu resplendissants, les crocs et les
aiguillons, les clochettes aux formes différentes, et les
épées à la poignée d’or; 2,288 — 2,289.
Nous vîmes toutes ces choses tombant et renversées
avec les cavaliers. La terre était couverte dans ce com-
bat d’éléphants immolés aux membres inférieurs mutilés,
semblables à des montagnes écroulées. Quand il eut broyé
{)) Terme? de gymnastique et d'escrime.
vil • 15
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226
LE MAHA-BHAHATA.
ainsi les grands pachydermes, l’éminent guerrier broya
les chevaux. 2,290 — 2,291, •
11 abattit les cavaliers eux-mêmes : ce combat de lui et
d’eux, vénérable monarque, fut épouvantable. 2,292.
On voyait disséminés çà et là, dans cette grande ba-
taille, les mors, les attaches de joug, les ceintures flam-
boyantes d’or, les caparaçons, les traits barbelés, les
glaives d’une grande richesse, les cuirasses, les boucliers
et les diverses parures. 2,293 — 2,294.
11 en fit la terre toute remplie, comme bigarrée de lotus.
Des maîtres de chars, le vigoureux Pâudouide, s’étant
élancé, s’approcha des uns et les renversa, eux et leurs
drapeaux, avec le tranchant de son cimeterre. Fuyant
mainte fois devant lui, courant avec légèreté par tout l’es-
pace, essayant des routes différentes, les hommes per-
daient l’esprit dans le combat. 11 frappait les autres du
pied, il écrasait même les yeux à ceux là. 2,295 — 2,296.
Il pourfendait ceux-ci avec le cimeterre. 11 en était
qu’il épouvantait de ses cris ; il en fit tomber d’autres sur
la surface de la terre par l'impétuosité de ses cuisses.
D'autres, qui osaient jeter un coup-d'œil sur lui, de
s’enfuir, chassés par ce regard seul. Ainsi l’armée nom-
breuse des héroïques Kalingains, répandue autour de
Bhishma, fondait sur Bhîmaséna dans cette bataille. Ayant
aperçu Çroutàvoush à la tète des guerriers Kalingains, il
s’approcha de lui. 2,297 — 2,298 — 2,299.
Quand le Ralingain à l’àme sans mesure vit le héros1 s’a-
vancer, il frappa de neuf flèches Bhîmaséna au milieu des
seins. Blessé par les traits du Kaliugain, comme un
pachyderme en but aux traits aigus, Bhîmaséna flamboya
de colère, tel que le feu par le bois. En ce moment, le
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BH1SHMA-PARVA.
227
meilleur des maîtres de chars, Viçoka, ayant pris un char
orné d’or, le mit à sa disposition. L’immolateur des
ennemis, le Kountide, d’y monter à la hâte,
2,300— 2,301— 2,302— 2,303— 2, 30â.
De fondre sur le Kalingain et de lui crier : « Arrête !
arrête ià ! » Ensuite, le vigoureux Çroutàyoush irrité dé-
cocha ses flèches acérées à Bhîma, lui faisant voir la
légèreté de sa main. Le vigoureux Bhîma, cruellement
blessé par ces neuf traits aigus, que lui avait envoyés le
plus excellent des arcs, entra dans une bouillante colère,
comme un serpent frappé d'un bâton.
2,305—2,306—2,307.
Le plus robuste des hommes forts, le vigoureux fils de
Prithâ, levant son arc avec colère, blessa le Kalingain de
sept flèches en fer. 2,308.
Avec deux traits, il envoya dans les demeures d'Yama
les deux solides gardiens des roues de son char, Satya et
Satyadéva; 2,309.
Et, redoublant ces coups, le guerrier à l’âme infinie,
avec ses nârâtchas (1) et ses flèches acérées, fit suivre à
Kétournnt leurs pas dans la bataille. 2,310.
Les kshatryas Kalingains irrités en plusieurs nom-
breux milliers combattirent Bhimaséna en colère. 2,311.
Ensuite, par centaines, ces héros, sire, d’arrêter Bhî-
maséna avec des haches, des glaives, des leviers de fer,
des cimeterres, des massues et des lances. 2,312.
Mais, dès qu’il eut arrêté la pluie de flèches déchaînée
contre lui, ayant saisi sa massue et circulant autour d’eux,
le robuste 2,313.
(i) Flèche de fer.
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228
LK MAHA-BHARATA.
Bhtma fit entrer sept cents héros dans le palais d’ Yaraa,
et le broyeur d'ennemis précipita deux mille autres Ka-
lingains au royaume de la mort : ce fut une chose mer-
veilleuse. Ce héros à la valeur épouvantable rompit ainsi
mainte et mainte fois dans la bataille ces armées de Ka-
lingains, et rendit en ce combat les éléphants veufs de
leurs cavaliers. 2,314 — 2,315 — 2,31(5.
Ils couraient épars au milieu des armées, comme des
nuages battus par le vent ; et, tourmentés par les flèches,
ils poussaient des cris et foulaient aux pieds leurs propres
bataillons. 2,317.
Le vigoureux Bliîma aux longs bras, ceint du cime-
terre et plein d’ardeur, fit résonner sa conque au bruit
très-épouvantable. 2,318.
Il agita les cœurs de tous les guerriers Kalingains, et le
délire, fléau des ennemis, y fit invasion. 2,319.
De tous côtés, les armées et les coursiers furent ébran-
lés entièrement par Bhimaséna dans le combat, comme
par un Indra des éléphants. 2,320.
Tandis qu’il tentait différentes routes, courait çà et là,
s’élançait à chaque instant, l’égarement naquit en leur
esprit. 2,321.
Cette armée tremblante d’hommes, agités par la crainte
de Bhimaséna, s’ébranla comme un grand lac ouvert à
l’incursion d’un alligator. 2,322.
Dans le moment où tous ces héros des combattants Ka-
lingains tremblaient devant Bhimaséna aux œuvres mer-
veilleuses, tournaient le dos et fuyaient de tous les côtés,
le général des Pàndouides cria, fils de Bharata, à ses ar-
mées : «Combattez! » 2,323 — 2,324.
A cette parole du général, les troupes, que comman-
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BHISHM V-PARVA.
220
dait Çikandl, tournèrent contre Bhîshma leurs guerriers
et leurs armées de chars. *2,325.
Le Pândouide Dharmarâdja (1) les recueillit tous der-
rière la grande armée des éléphants, couleur des sombres
nuages. 2,326.
Quand il eut ainsi (2) encouragé toutes ses armées, le
Prishatide reçut l’arrière-garde de Bhlmaséna, composée
des plus vaillants guerriers. 2,327.
11 n’existe dans le monde du roi des Pântchâlains au-
cun autre, qui, plus que Bhima et Sàtyaki, fasse des ac-
tions aussi agréables aux êtres, qui jouissent du souille de
la vie (3) ? 2,328.
Le Prishatide, immolateur des héros ennemis, vit Bhl-
maséna aux longs bras, le sacrificateur de ses rivaux, s’a-
vancer au milieu des Kalingains. 2,329.
11 jeta des cris nombre de lois, il était plein d’ardeur ;
il remplit de vent sa conque dans le combat ; il poussa un
cri de guerre. 2,330.
Dès que Bhlmaséna aperçut le drapeau del’ébénier sur
le char orné d'or aux chevaux couleur de la colombe, il
commença de respirer. 2,331.
Aussitôt que Dhrishtadyoutnna à l’amc infinie vit Bhl-
maséna poursuivi par les Kalingains, il s’avança lui-
même sur le champ de bataille pour le sauver. 2,332.
Tandis que ces deux héros habiles, Dhrishtadyoumna
(1) Ceci est probablement une erreur : il faut ici une appellation de
Dhrishtadyoumna le Prishatide. Malheureusement, l’édition de Bombay a
consacré la même faute. La tète des armées n'était pas le poste d’You-
dhiathira.
(2) Où est le discours, qu’a dû précéder ce mot rétrospectif.
(3; N'esl-ce pas un morceau décousu, les parties en lambeaux d'une
grande lacune, peut-être un passage du discoure, dont nous avoua plus
haut signalé l’absence?
230
LE MAHA-BHARATA.
et Vrikaudara, soutenaient la bataille contre les Kalin-
gains, ils aperçurent de loin Sàtyaki. 2,333.
Le plus éminent des hommes, Çainéya, le plus excel-
lent des conquérants, s’étant porté rapidement sur le lie i
du combat, recueillit l’arrière-garde du Prishatide et de
Bhlmaséna. 2,334.
Là, saisissant un arc, il répandit la crainte, et, monté
sur une âme terrible , il détruisit les ennemis dans le
combat. 2,335.
Là, Bhtma fit couler un fleuve, qui roulait du sang, qui
avait pour limon une l'ange détrempée de chair et de
sang et pour origine même les Kalingains. 2,336.
Dans l’intervalle jeté entre les Kalingains et les Pàn-
douides, Bhlmaséna à la grande vigueur de traverser l'in-
franchissable largeur de l'armée. 2,337. *
A son aspect, les tiens de crier, sire: « Voici la mort
sous la figure de Bhîma, qui fait la guerre avec les Kalin-
gains I » 2,338.
Le lils de Çàntanou, aussitôt qu’il eut entendu ce cri,
s’avança, environné de tons les côtés par une nombreuse
armée, vers Bhlma V entre-de-loup. 2,339.
Sàtyaki, Bliitnaséna et Dhrishtadyouuina le Prishatide
de courir vers le char orné d’or, où Bhîshma était monté
Tous d’entourer le (ils de la Gangâ rapidement et de
faire tomber avec vitesse trois et trois flèches sur Bhlshma.
Dévavrata, ton père, les blessa tous en retour et déco-
cha trois et trois dards sur ces héros, malgré leurs vain»
efforts. 2,340 — 2,341 — 2,342.
Quand il euiarrèté avec une pluie de flèches ces grands
héros, il tua de ses traits les chevaux de Bhlma aux ar-
mures d'or. 2,343.
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BHISHMA-PARVA.
231
L’auguste Bhîma, s'arrêtant avec son char aux cour-
siers immolés, envoya rapidement une lance de fer sur le
char du filâ de la Gangà. 2,3 44.
Dévavrata, ton père, de couper en deux morceaux l’arme
à l’instant quelle arrivait, et les fragments se répandirent
sur la terre au milieu du champ de bataille. 2,345.
Saisissant une grande et pesante massue de fer avec
des attaches, Bhimaséna, le plus vaillant des hommes,
sauta précipitamment à bas de son véhicule. 2,346.
Dhrishtadyoumna, le plus excellent des maîtres de
chars, lit monter le héros illustre dans sa propre voiture,
sous les yeux de toutes les armées, et l’entraîna loin du
péril. 2,347.
Au même instant, sollicité par le désir de ce qui était
agréable à Bliîma, Sàtyaki lui-même abattit sous ses
ilèches le cocher du vieil aïeul des kourouides. 2,348.
Après la mort de son cocher, Bhîshma, le meilleur des
maîtres de char, fut emporté hors du champ de bataille
par ses chevaux fuyant avec la rapidité du vent. 2,349.
Quand la course des sonipèdes eut entraîné le grand
héros loin de lui, Bhimaséna, sire, flamboya comme un
feu, qui, nourri par l’incendie (t), dévore une aride forêt.
Aucun des tiens, éminent Bharatide, ne put résister à
ce guerrier inébranlable,- lorsqu’il immola au milieu de
l'armée tous les Kalingains. 2,350 — 2,351.
Honoré par les Pântchàlains et les Matsyus, dès qu’il
eut embrassé Dhrishtadyoumna, il s’approcha deSâtyaki;
Et celui-ci au courage infaillible, le tigre des Yadouides,
adressa en souriant ces paroles à Bhimaséna, sous les yeux
de Dhrishtadyoumna : 2,352 — 2,353.
(1) IvaUthitu , édition de Bombay.
LE M AH A-CHAR ATA.
•232
« Oh ! bonheur! Le roi du Kalinga, et Kétoumat, le fils
du roi, et le Kalingain Çakradéva, et tous les kalingains,
puissants en chars, en chevaux, en éléphants, ont suc-
combé dans le combat sous la valeur et la force de ton
bras. Ce nombreux ordre de bataille des Kalingains, com-
posé d'héroïques combattants et considérable par ses
hommes illustres, il a donc été broyé par toi seul ! » A
ces mots, le dompteur des ennemis, le petit-iils aux
longs bras de Çini, 2,354 — 2,355 — 2,356.
Courut embrasser le Pànclouide, debout sur le char.
Puis, revenant au sien, le grand héros, dans sa colère, fit
revivre en soi la vigueur de Bhtma et détruisit les tiens.
Dès que le temps de l’avant-midi se fut écoulé dans ce
jour, qui vit, rejeton de Bharata, une si vaste destruction
de cavaliers, de fantassins, de chevaux, d’éléphants et de
chars, 2,357—2,358—2,359.
Le Pàntchàlain s’attacha à ces fameux héros: le fils de
Drona, Çalva et le magnanime Kripa. 2,360.
Le fils à la grande vigueur du roi de Pàntchala immola
avec de nombreuses (lèches aiguës, au char d' Içvatlhà-
man, ses chevaux célèbres dans le monde. 2,361.
Voyant ses coursiers tués, le Dronide s'élança rapide-
ment sur le char de Çalva et s’approcha, ses traits à la
main, de Dhrishladyouuina. 2,362.
Aussitôt qu’il eut vu Ührishtadyoumna engagé avec le
Dronide, le fils de Soubhadrà fondit rapidement sur Aç-
vnlthâuwn, dispersant ses (lèches acérées. 2,363.
11 blessa, éminent Bharatide, ÇaJya de vingt-cinq traits,
Kripa de neuf, le fils de Drona avec huit dards. 2,364.
Mais Açvatthâman rendit à l'Arjounide la blessure
d’une (lèche, à Çalva de douze, à Kripa de trois dards
acérés. 2,365.
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BH1SHM \- PARVA.
233
Lakshmana, ton petit-fils, s'approcha avec colère du
fils de SoubhadrA, le pied ferme; et un combat de s’en-
gager entre eux. 2, 366.
Le Douryodhanidc irrité blessa dans cette bataille,
sire, le Soubhadride avec des flèches acérées : ce fut
comme un prodige. 2,367.
Abhimanyou à la main prompte frappa rapidement,
avec colère, son cousin avec cinq centaines de sagettes.
Mais Lakshmana lui trancha d'une flèche, puissant roi,
son arc même dans son poing; exploit, qui fit jeter de
hauts cris aux guerriers. 2,368 — 2,369.
Le meurtrier des héros ennemis, le Soubhadride aban-
donna aussitôt son arme brisée, ô le plus vertueux des
hommes à la voix articulée, et il en prit une autre aux di-
verses couleurs. 2,370.
Ces deux vaillants guerriers, s’étant joints dans le
combat et désirant exercer l’un sur l’autre une vengeance,
se frappèrent mutuellement avec des flèches aiguës et
mordantes. 2,371..
A peine le roi Douryodhana eut-il vu ton robuste petit-
fils (1) accablé par le fils à' Arjonna, ce monarque des
hommes se porta au lieu du combat. 2,372.
Quand ton fils se fut approché, tous les monarques
ennemis d’environner de tous côtés l’Arjounide par la
multitude de leurs chars. 2,373.
Cerné par ces héros dans le combat, ce héros invin-
cible, sire, et d’une valeur égale à celle de Krishna, n’en
fut aucunement ému. 2,374.
(1) Il y a ici ur.e faute énorme dans le texte de Calcutta; malheureu-
sement, elle se trouve aussi dans l’édition de Bombay : nous pensous
l’avoir corrigée dans cette traduction.
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r.K MAHA-BHARATA.
234
Dès qu’il vit le Soubhadride enfermé, Dhanandjaya y
courut avec colère, désireux de sauver son fils. 2,875.
Les rois de compagnie, Drona et Bhishma à leur tête,
se tournèrent contre l’Ambidextre, avec leurs chevaux,
leurs éléphants et leurs chars. 2,876.
Soudain la terre fut ébranlée par les cavaliers, les
chars, les chevaux et les guerriers : on vit une poussière
épaisse envahir les routes du soleil. 2,377.
Arrivés dans la route de ses traits, les milliers d’élé-
phants et les centaines de monarques ne purent s’appro-
cher entièrement. 2,378.
Tous les êtres poussèrent des cris, les plages du ciel
furent enveloppées par l'obscurité : il s’éleva une grande,
une épouvantable infortune des Kourouides. 2,379.
On ne pouvait distinguer, à cause des flèches associées
de Kiritt, 6 le plus vertueux des hommes, ni l’atmos-
phère, ni les plages du ciel, ni la terre, ni le soleil
même. 2,380.
On voit sur le champ de bataille des éléphants immolés,
des chars renversés (l),des maîtres de chars, dont les
chevaux sont tués, quelques généraux de chars, dont les
voitures sont en pleine déroute; 2,381.
D’autres maîtres de chars sont privés de leurs chars et
courent çà et là. On voit ici et là, avec leurs armes, avec
leurs bras décorés de bracelets, 2,382.
Des cavaliers, qui ont abandonné leurs chevaux, des
guerriers combattant sur des éléphants, qui ont déserté
leurs proboscidiens. Ils fuyaient de tous les côtés, sire,
chassés par la crainte d’Arjouna. 2,383.
J) Te*. te de Bombay.
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BHISHA1A-PARVA.
235
On voyait des monarques renversés de leurs chars, de
leurs éléphants, de leurs coursiers, tomber, abattus sous
les flèches de Phâlgouna. 2,88A.
Ce guerrier, qui portait alors un corps épouvantable,
tranchait çà et là de ses dards terribles les bras des rois,
au moment qu’ils se levaient, monarque des hommes, ar-
més d’une massue, d’un cimeterre, d’un trait barbelé,
d’un carquois, d’une flèche, d’un arc, d’un croc aigu ou
d’un drapeau. 2,385 — 2,388.
On voyait répandus çà et là, sur ce champ de bataille,
auguste souverain, des morceaux de massues brisées, de
maillets d'armes, de traits barbelés, de bbindipàlas, de
cimeterres, de haches acérées, de leviers en fer, de cui-
rasses d’or, jetées sur le sol de la terre, d’étendards, de
boucliers, d’éventails entièrement et d’ombrelles aux
manches d’ivoire (1), de crocs, de fouets et de liens pour
les jougs. 2,387—2,388—2,389—2,390.
11 ne serait pas un homme quelconque, en toute ton ar-
mée, vénérable souverain, qui osât jamais affronter un
combat avec l’héroïque Arjouna. 2,391.
Quiconque aborde la bataille avec le fils de Prithà, mo-
narque des hommes, est bientôt jeté dans l’autre monde
par ses flèches, par ses traits acérés. 2,392.
Tandis que tes guerriers fuyaient en pleine déroute,
Arjouna et le Vasoudévide, ces deux héros sublimes, rem-
plirent de vent leurs conques. 2,393.
Alors voyant l'armée rompue, Dévavrata, ton père, dit
en souriant au vaillant Bharadwàdjide dans ce combat:
(1) H y a ici dans l'énumération un mot double, que nous prenons la
liberté d'omettre, c'est tomaka, levier de fer.
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U. MAHA-BHARATA.
230
« Ce vigoureux héros, le fils de Pândou, accompagné
de Krishna, fait sur nos armées autant de ravage qu’en
exercerait le Dieu du feu lui-même. 2,304 — 2,305.*
» Il est impossible de le vaincre jamais dans un com-
bat ; car on x oit que sa forme est pareille à celle d’ Yama,
le Dieu de la destruction et de la mort. 2,306.
n Cette grande arm e, elle n'est point capable de le
conduire 4 sa fin. Vois ! cette armée s’enfuit (i), chassée
par la vue des blessures les uns des autres. 2,397.
» Voici que le soleil est arrivé au mont Asla, la plus
haute des montagnes, dérobant de toutes les manières,
pour ainsi dire, les regards de l'univers entier. 2,398.
» Je pense que le temps est venu, ô le plus saint des
hommes, de suspendre les hostilités. Épuisés de fatigue
ou frappés de crainte, nos guerriers ne peuvent plus com-
battre. » 2,309.
A ces mots adressés au plus excellent des instituteurs,
Bhishma, le grand héros, fil sonner la retraite pour tous
les tiens. 2,400.
Ensuite eut lieu une suspension d’armes entre les enne-
mis et tes guerriers : le soleil arrivant au mont Asta, le
crépuscule commença et s’étendit sur la terre. 2,401.
Mais aussitôt que la nuit se fut éclaircie, Bhishma, le
formidable fils de Çàntanou, commanda la marche de
l’armée. 2,402.
L’ayeul des Kourouides, le vieux Ç&ntanouide, qui dé-
sirait la victoire de tes fils, établit alors son armée sur le
grand ordre de batadle, appelé Garouda. 2,403.
Dévavrata, ton père, forma lui-même le bec de cet oi-
,i}Tt'Xle et explication du coin tue n taire.
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BHISHMA-PAHVA.
237
seau. Bharadwàdja et Rritavarnian le Sàttwata en furent
les deux yeux. 2,40 4.
Açvatthàman et Kripa, deux héros illustres, joints aux
Trigarltas, aux Matsyas, aux Kalltéyains et aux Vâradha-
nas, furent placés dans la tête du volatile. 2,405.
BhoAriçravas, Cala, Çalya et Bhagadatta, auguste roi,
les Madrakas, les Saàuviras du Sindhou et les Pàntcha-
nadas, accompagnés de Djayadratha, furent mis dans le
co i de l'oiseau Dans le dos fut rangé le roi Douryodhana,
environné de ses frères germains, plus jeunes que lui.
Les deux rois d’Avanti, Vinda et Anouvinda, les Râm-
bodjes, les Çakas et les Çoûrasénas, auguste et grand
roi, en furent la queue. 2,406 — 2,407— 2,408.
Les Mâgadhas, les Ralingains, revêtus de cuirasses,
avec les troupes du Dàséra, se tinrent, composant l’aile
droite de cet ordre de bataille. 2,409.
Les Râroùshas, les Vikoundjas, les Moundas et les
Raàudlvrishas, composant une grande armée, prirent posi-
tion à l'aile gauche. 2,410.
A la vue de cette nombreuse armée, le terrible Ambi-
dextre, accompagné par Dhrishtadyoumna, rangea lasienne
dans un ordre contraire sur le champ de bataille. 2,411.
Le Pàndouide, pour résister à cette disposition des liens,
adopta l’ordre en demi-lune, arrangement des plus épou-
vantables. 2,412.
Environné par un grand nombre de rois admirables,
munis d’une foule d’armes en tous les genres, Bhimaséna
brillait, préposé au sommet de droite. 2,413.
Après lui-même étaient Viràta et Droupada, le grand
héros; après eux immédiatement, venait Nlla, revêtu d’ar-
mes noires. 2,414.
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238
LE MAHA-BHARATA.
Le plus voisin de Nîla était ensuite le très-vaillant
Ohrishlakétou, entouré des Tchédiens, du peuple de Kàçi,
des Karoushas et des Paâuravains. 2,415.
Au milieu de ces divisions, se tenaient, prêts au combat,
accompagnés d’une armée, Dhrishtadyouuma, Çikhandt
et les fortunés Pàntchàlains, 2,A16.
Là, était Dharmaràdja lui-même, environné |>ar une
année d'éléphants ; puis Sâtvaki, sire, et les cinq fds de
Draâupadi, enfants des Pdndouides. 2, AI 7.
Après, venait Abhiuianyou ; ensuite, l’héroïque (1)
lrâvat; joignant celtii-ci était le fils de Bhlmaséna, que
suivaient, sire, les grands héros Kaikéyains. 2,418.
Enfin, soutenant l'aile gauche, était le plus vertueux
des hommes (2), le protecteur du monde entier, ce héros,
sur qui Djanârddana étendait lui -même sa protection.
Tel fut ce grand ordre de bataille, que les Pàndouides
avaient disposé à l’encontre de Bhühma pour la destruc-
tion de tes fils et des hommes, qui avaient embrassé leur
cause. 2,419 — 2,420.
Alors commença cette bataille des tiens et des ennemis,
où les éléphans et les chars se touchaient l’un à l'autre (3),
où l'on se donnait mutuellement la mort. 2,421.
On voyait s’engager çà et là, monarque des hommes,
les troupes d’éléphants et les foules de chars, qui s’entre-
gorgeaient les uns les autres. 2,422.
C'était, mêlé au son des tambours, le bruit confus d’une
multitude de chars courants et d’hommes, qui se livraient
mutuellement des combats singuliers. 2,423.
(1) Texte de Bombay.
(2) Littéralement, des bipèdes.
(3) Vyatishaktam , édition de Bombay.
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BHISHMA-PARVA.
■239
Dans cette bataille aux flots troublés des tiens, fils de
Bharata, et des ennemis, le tumulte de ces héroïques
guerriers, qui s’entretuaient, s’en allait toucher le ciel.
Au milieu de ces nombreuses armées des tiens et des
ennemis, Dhanandjaya détruisit là une armée de chars.
2,424—2,420.
Monté sur son chariot, il abattait de ses flèches dans le
combat les capitaines des compagnies de chars : le
Prithide les frappait, comme la mort à la fin d’un youga.
Redoublant d’ellbrts dans la bataille, les Dhritarâshtri-
des combattaient à l'encontre des fils de Pàndou, et,
recherchant une gloire éclatante, ils forçaient la mort à
retourner en arrière. 2,426 — 2,427.
L'âme fixée sur un seul point, ils rompirent plusieurs
fois l’armée des Pàndouides, et furent à leur tour divisés
par eux dans le combat. 2,428.
Courant, rompus, rejetant l’ennemi de tous les côtés,
rien de distinct n'apparaissait plus aux yeux des Kou-
rouides et des Pàndouides. 2,429.
La poussière s’élevait, cachant la terre, éclipsant l’astre
du jour; ni les plages du ciel, ni les plages intermédiaires
ne tombaient là d’aucune manière sous les regards. 2,430.
Alors commença le combat çàetlà, maître des hommes,
entre ces guerriers, qui n'avaient, pour se faire connaître
dans la guerre leurs noms et leurs races, que les drapeaux
et les autres emblèmes (1). 2,431.
L'ordre de bataille des kourouides ne fut pas rompu :
avec la même valeur que le Bharadwâdjide mit à défendre
l’ arrange inen t de B/iis hrna , ainsi, auguste roi, l'Ambidextre
(1) Explication du commentaire.
240
LE MAHA-BH.tR ATA.
sut protéger la disposition des Pândouidcs ; et la belle
défense de Bhima ne permit pas à l’ennemi d’en rompre
la vaste ordonnance. 2,432 — 2,433.
Sortis des premiers rangs de chaque armée, les hommes
commencèrent à combattre. Dans un instant, sire, les
*
éléphants et les chars de l’une et l’autre armée furent ar-
rosés par des /lots de sang. 2,434.
Les cavaliers étaient renversés de leurs chevaux dans
ce grand combat par d’autres cavaliers, armés de traits
barbelés et de glaives à la pointe étincelante. 2,435.
Le maître de char, s’approchant du maître de char,
l’abattait avec ses flèches aux ornements d’or en ce com-
bat, rempli delà plus horrible épouvante. 2,430.
Dans l’armée des ennemis et dans la tienne, les guer-
riers, montés sur des éléphants, renversaient par troupes
les guerriers, montés sur des éléphants et armés de le-
viers en fer, de flèches et de nârâtchas (1). 2,437.
Pleines d’ardeur , exerçant leur ofl'ense l’une contre
l’autre, des bandes de fantassins couchaient sur le champ
de bataille des bandes de fantassins avec des haches et
des bhindipàlas (2). 2,438.
Un maître de char s’approchait d’un guerrier, monté
sur un éléphant, et le renversait avec sa bête, ou l'homme
au proboscidien abattait l’homme au char. 2,439.
lin cavalier faisait tomber dans le combat un maître de
char sous un trait barbelé, ou l’homme au chariot de
guerre tuait l’homme au chariot d’armes. 2,440.
Dans les deux armées, sous des flèches acérées, le fan-
tassin renversait le maître de char, ou celui-ci abattait le
fantassin. 2,441.
(1—2) Flèche de fer et tube pour envoyer de petite dards avec le souille.
%
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BH1SHMA-PARVA.
241
Le guerrier, monté sur un éléphant, abattait le guer-
rier, monté sur un cheval, et le cavalier faisait mordre la
poussière au combattant sur un éléphant : c’était comme
une chose merveilleuse. 2,442.
On voyait çà et là des.hommes de pied abattus par des
guerriers aux éléphants , ou ceux-ci abattus par des
hommes de pied. 2,443.
On voyait, par centaines et par milliers, des troupes de
fantassins renversées par des cavaliers ou des troupes de
cavaliers renversées par des fantassins. 2,444.
Les drapeaux jetés sur le sol, les cuirasses, les leviers
de fer, les housses, les caparaçons, les riches couvertures
aux diverses couleurs, les traits barbelés, les pilons, les
massues, qui ébranlent le corps, les tridents, les cuirasses,
les cadavres, les crocs aigus, les cimeterres sans tache et
les flèches à l’empennure d’or, faisaient briller la terre, ô
le plus vertueux des Bharatides, comme sous l’émail varié
des bouquets de fleurs. 2,445 — 2,446—2,447.
On ne pouvait marcher sur la terre , tant c’était un
bourbier de chair et de sang, par les corps des chevaux et
des hommes, par tant d’éléphants renversés dans cette
grande bataille. 2,448.
Le sang, dont la terre était arrosée, avait calmé la
poussière, et toutes les plages du ciel étaient pures.
De tous les côtés s’élevaient des monceaux innom-
brables de troncs mutilés : c’étaient des cippes, Bharatide,
indiquant la ruine du monde. 2,449 — 2,450.
Tandis que se livrait celte bataille très-horrible et de la
plus grande épouvante, on voyait des maîtres de char,
qui fuyaient de tous les côtés. 2,451.
Ensuite Bhishuta, Drona, le Sindhien et Djayadratha,
16*
vu
242
LE MAHA-BHARATA.
Pouroumitra, Vikarna et Çakouni le Soubalide; 2,452.
Les héros, inaflrontables dans la guerre et d'un cou-
rage semblable à celui des lions, fermes dans la bataille,
enfoncèrent les armées des Pândouides. 2,453.
Alors Bhîuiaséna, le Rakshasa Ghatotkatcha, Sâtvaki,
Tchékitana et les fils de Draàupadi 2,454.
Mirent en déroute les tiens et tes fils, accompagnés de
tous les rois, qui restaient sur le champ de bataille : tels
les Tridaças dispersent devant eux les Dànavas. 2,455. '
C.es kshatryas éminents, s’égorgeant l’un l’autre dans
le combat, souillés de sang, les formes épouvantables,
resplendissaient comme des kinçoukas en fleurs. 2,45(5.
Triomphant des ennemis dans l’une et dans l’autre
armée, on les voyait , sire , tels que des planètes de
grande taille sur la voûte du ciel. 2,457.
Environné d’un millier de chars, ton fils Dourvodhana
s’avança sur le champ de bataille contre les Pândouides
et le Rakshasa Ghatotkatcha. 2,458.
Tous les Pândouides avec une nombreuse armée de
combattre Bhishma et Drona, ces deux héros, dompteurs
des ennemis dans la guerre. 2,459.
De tous les côtés, kirlti irrité s’avançait contre les plus
excellents des princes ; l’Arjounide et Sàtyaki marchaient
contre l’armée du Soubalide. 2,4(50.
Alors se renouvela une bataille épouvantable des tiens
et des ennemis, qui désiraient se ravir l’un à l’autre la
victoire. 2,4*51.
Les princes irrités, qui voyaient Phâlgouna si terrible
dans la guerre, le cernèrent de tous les côtés avec plu-
sieurs milliers de chars. 2,462.
Quand ils eurent fait un cercle autour de lui avec une
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BtllSHM V-PARVA.
243
multitude de chars, ils l’environnèrent de toutes parts
avec plusieurs milliers de (lèches. 2,403.
Irrités, ils envoient contre le char de Phàlgouna, dans
la guerre, des lances de fer luisantes, acérées, des mas-
sues, des pilons, des traits barbelés, des haches, des
maillets d’armes et des moushalas. Le (ils de l’rithà ar-
rêta de tous côtés avec ses (lèches aux ornements d’or
cette pluie de projectiles, comme une nuée de sauterelles.
A peine eurent-ils vu cette légèreté plus qu’humaine de
Phàlgouna, 2,404 — 2,405 — 2,400.
Les Rakshasas, les Ouragas, les Piçàtchas, les Gan-
dharvas, les Dànavas et les Dieux jetèrent en l’honneur de
Phàlgouna, Indra des rois, ces acclamations : « Bien !
c’est bien ! » 2,467.
Les héros du Gândhâra, conduits par le Soubalide,
entourèrent dans ce combat Abhimanyou et Sâtvaki, qui
étaient à la tête d’une nombreuse armée. 2,468.
Les guerriers Saàubalains coupèrent de colère en mi-
nimes parcelles le sublime char du Vrishnide avec des
(lèches aux diverses formes. 2,400.
Mais, tandis que régnait cette profonde terreur, le for-
midable (1) Sàtyaki abandonna son char et s'élança rapi-
dement sur le char d’ Abhimanyou. 2,470.
Réunis sur un seul char, ces deux héros immolèrent
d’une main hâtée l’armée du Soubalide avec des flèches
aiguës aux nœuds inclinés. 2.471.
Drona et Bhishma, déployant leurs efforts dans la ba-
taille, détruisaient l'armée de Dbarmaràdja sous leurs
dards acérés, entourés des ailes du héron. 2,472.
(1) Parantapas , au nomiiiatifdanH l'édition de Bombay, au lieu du vocatif
oiseux dam celle de Calcutta.
LE MAHA-BHARATA.
244
Mais le royal fils d'Yama, accompagné des Pândouides,
(ils de Màdrl, fondit sur l’année de Drona, tous les guer-
riers luttant à qui mieux mieux. 2,473.
Alors s’éleva un combat, grand, tumultueux, qui faisait
se hérisser le poil d’épouvante : telle fut jadis cette guerre
bien épouvantable des Asouras et des Dieux. 2,474.
Bhîmaséna et Ghatotatkcha exécutaient de grandes
prouesses. Douryodhana s’approcha d’eux pour y mettre
un obstacle. 2,475.
Là, nous fûmes témoins du prodigieux courage de
l’Hidimbide ; car, dans ce combat où il était engagé, le
fils surpassait le père. 2,47(5.
Le Pàndouide Bhimaséna irrité blessa d’une flèche en
riant l’irascible Douryodhana au cœur. 2,477.
En proie à la plus excellente des flèches, le roi vaincu
s’aflaissa sur le banc de son char et tomba dans le plus
profond abattement. 2,478.
Dès que le cocher de celui-ci vit son maître sans con-
naissance, il se hâta de l’emmener hors du champ de ba-
taille : ensuite, son armée se débanda. 2,479.
Bhtma suivit par derrière, l’immolant de ses traits
acérés, l'armée Kouravienne, qui fuyait çà et là. 2,480.
Le Prishatide, le plus éminent dans les combats, et
le Pàndouide, fils d'Yama, abattirent, sous les yeux
mêmes de Drona, l’armée du fils de la Gangâ avec leurs
flèches aiguës, destructives des bataillons ennemis. Ni
Bhlshma, ni Drona, ces deux grands héros, ne furent point
capables d’arrêter la déroute de cette armée de ton fils
dans la guerre. En vain, Bhlshma et le magnanime
Drona essayaient-ils de l’arrêter, cette armée s’enfuyait
sous les yeux mêmes de Drona et de Bhlshma ! Tandis
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BHISHM A-PARVA.
245
que des milliers de chars couraient disséminés çà et là,
2,481— 2,482—2,483— 2,484.
Debout sur un môme char, le Soubhadride et le héros
de Çtni immolaient, lléau des ennemis, l’armée Souba-
laine dans la bataille. 2,48d.
Les deux héros de Çini et de Kourou brillaient alors
tels que, sur la voûte du ciel, le soleil et la lune, placés
dans le premier jour d'un nouveau mois. 2,486.
Arjouna irrité inonda ton armée, souverain des hommes,
avec une pluie de flèches, comme le nuage avec des
gouttes de pluie. 2,487.
Frappée de mort par les flèches du Prithide dans la
guerre, l’armée Kouravienne courait, ébranlée par le
trouble et la crainte. 2,488.
Dès qu’ils out vu sa course éperdue , irrités et stimu-
lés par le désir du bien de Dourvodhana. Bhfshma et
Drona à la grande force d’arrêter cette déroute. 2,489.
Aussitôt qu’il fut revenu à la connaissance, le roi Dou-
ryodhana ramena au combat, sire, son armée fuyant de
tous les côtés. 2,490.
De toutes parts où il voit ton fils, chacun des grands
héros kshatrvas fait retourner l’année sur ses pas. 2,491.
Lorsqu’ils ont vu leurs compagnies revenir, les uns et
les autres, sire, par une émulation mutuelle et par pudeur,
tiennent le pied ferme au combat. 2,492.
Leur retour sur le champ de bataille ressemblait, sou-
verain des hommes, au reflux impétueux de la mer pleine
dans un lever de la lune. 2,493.
Dès qu’il vit ses troupes revenues au combat, le roi .
Souyodhana de s'avancer vers Bhishma, le fds de Çânta-
nou, et de lui adresser rapidement ces paroles : 2,494.
LK MAHA-BHAKATA.
2â«
« Mon aïeul, écoute ce que je vais dire. 4e ne crois pas
convenable que l'armée courre, fuyant de cette manière,
quand vousêtes vivants, toi, rejeton de Kourou, et Drona,
le plus excellent des hommes, qui savent les astras, et
son (ils, et la foule de ses amis, et Kripa au grand arc!
2,A95— 2,496.
» Je ne méprise d’aucune manière les Pândouides, de
qui la force est égale à la nêtre ; mais Drona, et son (ils,
et Kripa, et toi sans doute, mon aïeul, n'aidez-vous pas les
(ils de Pàndou dans le combat? puisque tu souffres, héros,
de voir ainsi la mort ravager cette mienne armée.
>. Dès le temps où je commençai à rassembler mes trou-
pes, tu m’as parlé de celte manière, sire : « Je ne combat-
trai pas les Pândouides, ni Sàtyaki dans le combat, ni le
fils de Prishat. » 2,4 97 — 2,498 — 2,499.
» Quand j'eus entendu celte parole de toi à l’Atchàrya
et à Kripa (1), je songeai de concert avec Karna à ce que
je devais faire. 2,500.
» Si vous n’ètes pas hommes à m’abandonner dans la
bataille, combattez, héros, avec un courage digne de vous.»
A ces mots, redoublant ses rires, lihlshma répondit à
ton (ils ces paroles, lixant sur lui ses yeux tout grands ou-
verts: 2,501 — 2,502.
« Je t'ai adressé plus d'une fois ce langage utile et
convenable, sire : « Les Pândouides sont invincibles dans
la guerre, eussent-ils à combattre les Dieux mêmes,
commandés par Indra. » 2,503.
« Ce qu’il ui'est possible de faire aujourd’hui en mon
.grand âge, je le ferai de toutes mes forces avec mes pa-
(1) Tcite do Bombay.
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BHISHMA-PARVA.
247
rents : sois-en maintenant le témoin, ô le plus grand des
rois 1 2,504.
» Aujourd’hui, en dépit de leurs efforts, joints à ceux
de leurs familles, je mettrai obstacle à tous les Pân-
douides, secondés de leurs guerrière ! » *2,605.
Aussitôt que ton fils, le souverain des hommes, eut
reçu de Bhtshma ces paroles, plein de joie, il remplit de
vent sa conque et fit battre les tambours. 2,506.
Ensuite, ayant entendu ce grand bruit, les Pàndouides
firent résonner les conques, sire, parler les tambours et
les tambourins. 2,507.
« Quand Bhîshma, irrité principalement par ces paroles
de mon fils, s’enquit Dhritaràshtra, lui eut promis ce ter-
rible combat (1), 2,508.
» Que fit Bhlshma contre les fils de Pândou, ou que
firent les Pàntchâlains contre mon ayeul ? Conte-moi cela,
Sandjaya. « 2,509.
Lorsque ce jour vit la plus grande portion de sa première
partie écoulée, répondit Sandjaya, et que le soleil, entré
dans la plage du couchant, s’y fut avancé quelque peu.
Les magnanimes fils de Pândou ayant obtenu la vic-
toire, Dévavrata, ton père, à qui la distinction entre tous
les devoirs était bien connue, 2,510 — 2,511,
Et que tes fils protégeaient entièrement avec une nom-
breuse armée, s’avança vers l’armée des Pàndouides avec
ses rapides chevaux. 2,512.
Alors, suscité par ton infortune, eut lieu un combat de
nous avec les Pàndouides, bataille confuse, et qui fit se
hérisser le poil d’épouvante. 2,513.
(1) Teste de Calcul!» corrigé par celui de Bombay.
I.E MAHA-BHARATA.
2A8
11 y eut là un bien grand bruit d’arcs retentissants, dont
la corde frappait sur la maniqtie : on eût dit quedes mon-
tagnes s’écroulaient en morceaux. 2,51 h.
« Arrête ! je suis de pied ferme. — Connais celui-ci. —
Retourne! — NC bouge pas ! — Je suis immobile! —
Combats ! » Telles étaient les paroles, qu’on entendait de
tous les côtés. 2,515.
Les cuirasses d’or, les tiares, les drapeaux tombants
imitaient un bruit de sommets, qui croulent du haut des
montagnes. 2,516.
Les têtes abattues, les bras ornés, gisants sur la terre,
s’y convulsaient par centaines et par milliers. 2,517.
Les plus vaillants guerriers, la tête enlevée, se tenaient
encore, levant leurs arcs et serrant l’arme saisie. 2,518.
Un fleuve d’une grande rapidité, qui prenait sa source
dans les corps des éléphants, des hommes et des plus gé-
néreux coursiers, commença d'y couler, roulant des (lots
de sang, où la fange était la sanie et lachair, épouvantable
par ses rocs de membres et d’éléphants : c’était une Mo-
dini (1) sortie de la mer de l’autre monde, rivière de
chacals et de vautours. 2,5 H) — 2,520.
Jamais on ne vit, on n’entendit jamais raconter un com-
bat tel que celui de tes fils, sire, et des fils de Pàndou.
11 n’y avait point là une seule route pour les chars, tanL
la terre était couverte de guerriers abattus, d’éléphants
renversés, pareils aux cimes noires d’une montagne.
2,521— «,522.
Ce champ de bataille resplendissait, auguste monarque,
de cuirasses disséminées, de casques admirables, comme
(1) Rivière du royaume de* ombres infernales.
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BH1SHMA-PARVA.
249
la voûte du ciel, dans la saison de l’automne. 2, 5*23.
Fendus par li s flèches (1), certains guerriers, traînant
avec eux le supplice de leurs entrailles, mais non conster-
nés, pleins d’orgueil, s'élançaient encore sur les ennemis
dans le combat. 2,524.
c O mon père!.... mon frère!.... mon ami !.... mon
parent !.... mon camarade !.... ô mon oncle! ne m’aban-
donne pas ! » Tels étaient les cris, que jetaient les mal-
heureux tombés dans le combat. *2,525.
« Viens!.... Toi, approche I... Pourquoi as-tu peur?...
Où iras-tu ? Je suis de, pied ferme dans le combat !...
Ne crains pas ! » s’écriaient d’autres. 2,520.
Ensuite, le fils de (làntanou, Bhishma, tenant son
arc toujours arrondi en cercle, de lancer ses fléchi s à la
pointe enflammée, comme des serpents à la dent veni-
meuse. 2,527.
L’homme, fidèle à son vœu, réunissant toutes les plages
du ciel dans un même point de son attention, visant et
révisant les ennemis, abattit de ses flèches les chais des
Pàndouides. 2,528.
11 montrait, dans toutes les choses, comme s’il dansait,
ia légèreté de sa main ; on le voyait çà et là, telle qu'une
torche ardente fixée à la circonférence de la roue d'une
voiture. 2,529.
» Dans cette bataille, les Pàndouides avec les Srindjayas
ne voyaient que lui, tout seul, qu’il fût, — telle était sa
légèreté, — comme s’il eut été dans son individualité plu-
sieurs centaines de mille hommes. 2. 530.
Ils pensaient que la personne de Bhishma était un coin-
(I) Texte de Bombay.
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250
LE MAHA-BHARATA.
posé de magie ; car, après qu’ils venaient de le voir au
levant, ils le voyaient au même instant reparaître au cou -
chant. 2,531.
L’avaient-ils admiré ainsi au septentrion, il se montrait
soudain au midi : c’est ainsi qu’on voyait le üls de la
Gangâ contre eux dans cette bataille. 2,532.
Aucun des Pàndouidesu'ala force de regarder ce héros:
ils contemplaient seulement les traits nombreux, que dé-
coche l’arc de Bhtshma. 2,533.
Tandis que ton père marchait dans le combat, revêtu
d’une forme plus qu’humaiue, exécutait ses prouesses et
détruisait l’armée, les guerriers de jeter sur le champ de
bataille mainte et mainte fois contre lui des cris de toutes
les sortes. Les monarques, égarés par l’épouvante, st pré-
cipitaient, connue des sauterelles 2,53à 2,535.
Dans un feu allumé , au milieu de la colère de
Bhishma, pour y trouver la mort, par milliers. Aucune
flèche de Bhishma ne tombe en vain, au milieu de ce
combat, dans les corps des chevaux, des éléphants et
des gue. tiers. A cause du grand nombre, il perce d’un
seul trait, aux nœuds inclinés, beaucoup de combattants
aux armes légères. 2,53li — 2,537.
Il perce des tînmes «f éléphants, comme une montagne,
garnie d’épines, est frappée de la foudre; il perce deux et
même trois cavaliers sur des éléphants, tels que des mon-
tagnes réunies. 2,538.
Qui que soit le guerrier, qui ose aflronter dans la
guerre Bhtshma, le tigre des hommes, ton père l’immole
avec une flèche des plus acérées. 2,539.
Les bataillons, qui, il n’y a qu'un instant, se montraient
en bon ordre de bataille, on les voit maintenant couchés
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BHISHMA-PARVA.
251
sur la terre, (l'est ainsi que la nombreuse armée de Dhar-
inarâdja était frappée de mort. 2,540.
Cette grande armée fut brisée en mille pièces par
Bhtshma à la valeur sans égale : en but à la pluie de ses
flèches, elle commença par s’ébranler. 2,541.
Les efforts des héros ne purent arrêter dans leur fuite,
soua.les regards mêmes du Vasoudévide et du magnanime
lils de Prithà, les plus braves, sous l’atteinte cruelle des
flèches de Bhtshma. Brisée par ce guerrier d’une vigueur
égale à celle de Mahéndra, cette grande armée
Fut divisée à tel point, grand roi. que deux hommes ne
couraient pas même ensemble. L’année des fils de Pândou,
éperdue, poussant des cris de terreur, voyait ses chars ren-
versés, ses éléphants et ses chevaux tués, ses timons, ses
drapeaux abattus. Le père tuait son fils, et le fils son père:
2,542—2,543—2,544-2,545.
L’ami chéri, sous le coup de ta puissance du Destin,
pleurait son ami. Entre les guerriers du filsde Pândou, on
voit les uns rejeter leurs cuirasses, les autres s’ .arracher
les cheveux en courant. Cette armfe, dont les capitaines
des capitaines de char? fuyaient, elle ressemblait à un
troupeau de bœufs en déroute. 2,540 — 2,547.
Alors que le rejeton d'Vadou vit l'armée des fils de
Pândou rompue et jetant des cris de détresse, 2,548.
Krishna d’arrêter son char magnifique et d’adresser à
Phàlgouna ces mots : » Le voici arrivé ce temps, fils de
Prithà, que tu désirais. 2,549.
» Combats, tigre des hommes, si ton esprit n’est point
encore offusqué par l’égarement. Rappelle- toi, héros, ce
que tu as dit jadis en l’assemblée des rois : 2,550.
« J’immolerai avec leurs adhérents tous les guerriers
262
LE MAHA-BHABATA.
du Dhritarâshtride, commandés par Bhlshma et Drona,
qui oseront combattre contre moi dans la guerre. >■ 2,551.
» Fais, dompteur des ennemis, que cette parole soit
une vérité 1 Vois, Bibhatsou, ton armée rompue çà et là.
» Vois les maîtres' de la terre s'enfuir dans l’armée
d’Youdhishthira à l’aspect de Bhlshma dans le combat,
semblable à la mort, la bouche ouverte. 2,552 — 2,553.
» Ils meurent, tourmentés par la crainte, comme de
viles gazelles à la vue d'un lion. » A ces mots, Dhanan-
djaya répondit au Vasoudévide : 2,55ü.
« Pousse les chevaux du côté où Bhlshma s'est plongé
dans cet océan d’armées ; j’abattrai le vieil aïeul inafTron-
table des Rourouides. » 2,555.
Aussitôt Màdhava pressa les coursiers pareils à l’ar-
gent du côté où était le char de Bhlshma, éblouissant *
comme l’astre lumineux. 2,556.
Cette grande armée d’Youdhishthira revint sur ses pas,
quand elle vit le Prithide aux longs bras attaquer Bhlshma
dans le combat. 2,557.
Ce héros de pousser ensuite mainte fois son cri, tel
qu’un lion, ô le plus vertueux des Rourouides, et d’inon
der précipitamment le char de Dhanandjaya, comme d’une
pluie de flèches. 2,558.
Celui-ci dans un instant disparut, avec son char, son
drapeau, son cocher, couverts par cette grande averse de
projectiles. 2,559.
Mais, le courageux Vasoudévide n’en fut pas troublé,
et, embrassant des sentiments de fermeté, il aiguillonna
ses chevaux brisés par les flèches de Bhlshma. 2,560.
Le fils de Prithâ, saisissant son arc céleste, qui imi-
tait le son du nuage, trancha de ses flèches aiguës l’arc
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BHISHMA-PAKVA.
253
de Bhîshma et le lit tomber de ses mains. 2,561.
Au lieu de son arme coupée, ton père, le rejeton de
Kourou, s’arma d’un nouvel arc, et, dans l’espace d’un
instant, il eut préparé cette arme. 2,562.
Il tira entre ses bras cet arc, résonnant comme un
nuage ; mais Arjouna irrité le coupa aussitôt. 2,563.
Le fils de Çàntanou applaudit à sa légèreté : « Bien,
(ils de Prithâ aux longs bras ! s’écria-t-il. Bien, oh! fils
de Pândou ! 2,564.
» Cette qualité, qui est unie en toi, Dhanandjava, est
une grande chose; je suis content, mon fils; soutiens
contre moi un bien terrible combat. » 2,565.
Quand il eut ainsi loué son rival, le héros saisit un
autre grand arc et décocha dans le combat ses dards sur
le char du fils de Prithà. 2,566.
Le Vasoudévide fit admirer une force supérieure dans
la course des chevaux ; il rendit tous ses traits inutiles et
décrivit maints et maints cercles avec légèreté. 2,567.
Alors, bouillant de la plus ardente colère contre Dha-
nandjaya et le Vasoudévide, Bhtshma de les percer, au-
guste monarque, en tous les membres, de ses traits
acérés. 2,568.
Blessés par les flèches de Bhîshma, ces deux éminents
hommes parurent comme des taureaux, mugissants des
blessures, que la corne imprima sur leurs membres.
En retour, leurs traits décochés, par centaines et par mil-
liers, allumèrent sa plus vive colère; et, furieux, Bhîshma
de cacher aux deux Krishna la vue des plages dans le
combat. 2,569 — 2,570.
Plein de colère, ses flèches violentes ébranlèrent le
254
LE MAHA-BHARATA.
Vrishnide, et, riant aux éclats, il le harcela (1) mainte et
mainte fois. 2,571.
Dès qu'il eut vu la valeur de Bhishma dans la bataille,
dès qu’il eut remarqué la douceur, que le fils de Prithâ
apportait dans ce combat, khrisna aux longs bras.
Voyant Bhishma lancer, sans interruption, des pluies
de flèches dans la guerre, brûler, à l’instar du soleil, au
milieu des deux armées, où il s’était avancé, immoler cha-
cun des meilleurs guerriers du fils de Pàndou, et faire
comme la lin d’un youga dans l'armée d’Youdhishlhira,
2,572-2,573—2,574.
L’immolateur des héros ennemis, le fortuné Kéçava à
l'âme incommensurable de penser dans sa colère : a L’ar-
mée d’Youdhishthira n’existe plus ! 2,575.
# Certes ! un seul jour de combat suflirait à Bhishma,
pour détruire les Démons et les Dieux ; combien plus,
quand il n'a que les fils de Pàndou à combattre avec leurs
armées, avec ceux, qui suivent leurs pas ! 2,576.
» La grande armée du magnanime Pàndouide est en
déroute 1 A la vue des Somakas rompus dans un instant,
ces Rourouides 2,577.
» Accourent dans le combat, pleins d’ardeur, et féli-
citent leur aïeul. Uevètu de ma cuirasse, je vais tuer dans
b moment Bhishma pour le bien des Pàndouides ! 2,578.
» Je détruirai ce fardeau accablant des magnanimes
fils de Pàndou ; car, blessé par ces flèches acérées, Ar-
jouna ne sait plus distinguer ce qu'il faut opposer dans la
bataille à cette pesanteur de Bhishma I » Tandis qu’il
(!) Abhyardayat , teite de Bombay, tu lieu d'un mot oiseux de l'édition
de Cadcutta.
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BHISHMA-l’AltVA.
255
roulait mainte fois ces pensées en lui-tnéme, le vieil aïeul
irrité lit tomber ses flèches sur le char du Prithide.
2,579—2,580—2,581.
Tous les points du ciel furent voilés entièrement par
la multitude de ses flèches : on ne distinguait plus, ni
l’atmosphère, ni les plages, ni la terre elle-même, ni le
soleil avec sa guirlande de rayons. 2,582.
Les vents tumultueux soufflèrent et, pleines de fumée,
les plages de l’espace lurent ébranlées. Drona, Vikarna,
Djayadratha, Bhoûriçravas, Kritavarman etKripa, 2,b83.
Çroutâyoush et le roi Ambashthapati, Vinda et Anou-
vinda, Soudakshina et les Orientaux, toutes les troupes
du Saâuvlra, les Vaçâtis, les Kshoudrakas et les Mà-
iavas, 2,58A.
Marchant sous les ordres du royal fils de Çântanou,
s’approchèrent à la hàtc de Kiriti. Le petit fils de Çini vit
ce héros, environné par des capitaines d’éléphants, des
foules de chars, de fantassins et decavaliers, en plusieurs
milliers de centaines. Aussitôt que le vaillant rejeton de
Çini vit Arjouna et le Vasoudévide, les plus excellents des
guerriers, qui portent la flèche, attaqués de tous les côtés
par des fantassins, des éléphants, des cavaliers et des
chars, il s’approcha d'eux précipitamment. Dès que ce
descendant de Çini, le plus adroit des archers, fut arrivé
légèrement près de ces armées, 2,585 — 2,586 — 2,587.
Il fit une alliance avec Arjouna comme Vishnou avec le
meurtrier de Vritra ; et, son poil horripilé par ce spec-
tacle, le Çinide cria à l'armée d’Yondhisbthira en dé-
route, au milieu de laquelle Bhishina avait jeté l’épou-
vante, et qui avait ses multitudes de drapeaux, ses chars,
ses éléphants, ses chevaux renversés : « Où vas-tu, Ksha-
256
LE MAHA-BHARATA.
trya? Ce n’est point là cette conduite, que les Pourânas
ont jadis recommandée aux gens de cœurl
. 2,588—2,589.
» N’abandonnez pas votre promesse, nobles héros !
Soyez fidèles à vos devoirs d'héroïsme! » Le frère, immé-
diatement le puîné de Vàsava, ayant vu les principaux
des monarques fuyants de tous les côtés, 2,590.
Irrité de voir le fds de Prithà combattre avec mollesse,
et Hhîshma redoubler d’efforts dans cette bataille, adressa
ces paroles à l'illustre Çiuide avec un éloge, à l’aspect des
Kourouides, qui accouraient de toutes parts : « Que ceux,
qui viennent, s’avancent, noble héros de Çini ! Que ceux,
qui les attendent, le pied ferme, s’avancent également,
Saltwàtide! 2,591—2,592.
» Vois à cet instant môme Bhîshma, que je vais ren-
verser de son char, avec Drona et ses troupes ! Personne
dans l’armée des Kourouides n’échappera aujourd’hui à
ma colère dans le combat. 2,593.
» Ayant donc pris mon terrible disque , semblable à la
roue d’un char, j’enlèverai la vieà Mahàvrata (!) ! Quand
j’aurai couché morts sur le champ de bataille Bhîshma et
Drona, avec leurs gens, ces deux éminents héros, Çinide,
» J'apporterai la satisfaction à Dhanandjaya, au roi, à
Bhima et aux deux fils des Açvvins. Après que j’aurai im-
molé tous les (ils de Dhritaràshtra et les principaux de
leurs partisans, 2,59â — 2,595.
» J'aurai le bonheur de rétablir aujourd’hui sur son
trône le roi Adjatàçatrou. » A ces mots, sautant à bas
de son char, laissant aller ses chevaux, le fils de Vasou-
(i) Un des surnoms de BbUhma, tiré de son vœu sévère.
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BHISHMA-PARVA.
257
déva, faisant tourner au bout du bras son disque au bel
ombilic, au tranchant de rasoir, à la splendeur du soleil
et semblable 5 mille foudres, ébranlant la terre de ses
pieds, le magnanime Krishna de s’avancer légèrement
vers Bhishma, 2,506 — 2,507.
Comme un lion, qui veut détruire un souverain des
éléphants, l’orgueil exalté, aveuglé par le mada. Le frère
puîné de Mahéndra irrité, au milieu de l’armée, qu’il écra-
sait de ses coups, fondit sur Bhishma. 2,508.
Dégagée de son fourreau jaune, l’arme brilla comme si
un nuage l'avait tenue long-temps cachée : le disque Sou-
darçana de Krishna resplendit tel qu'un lotus, qui aurait
pour son pédoncule tubulaire un bras long et char-
mant. 2,509.
il brillait de l’éclat du soleil adolescent, comme le pre-
mier des lotus, né du nombril de Nàrâyana. Il avait pour
ses généreuses feuilles un tranchant de rasoir. C’était un
soleil, qu’on savait se lever dans la colère de Krishna.
Nymphéa porté sur le bras de .Nàrâyana, comme sur
une tige, il brillait, tel qu'une fleur poussée dans le lac
de son grand corps. Quand elles virent le frère puîné de
Mahéndra, ayant saisi le disque, jeter de hauts cris dans
sa colère, 2,600 — 2,601.
Toutes les créatures de se répandre en épouvantables
clameurs ; elles pensaient que c’était la perte des Kou-
rouides! Le Vasoudévide, s’étant armé de son disque,
comme s’il allait détruire le monde des vivants, 2,602.
Le gourou de l’univers entier s’élança dans les airs et
resplendit tel qu’une comète, sur le point de consumer
les êtres. Aussitôt qu’il vit ce Dieu, le plus excellent des
hommes, accourir, son disque à la main, 2,603.
Vil
17
LE M\HA-BHAHATA.
268
Le fils de Çântanou, debout, sans terreur, sur son char
et tenant une (lèche sur son arc, lui dit : « Viens, viens,
souverain des Dieux 1 habitation du inonde I Adoration
te soit rendue, Dieu, qui tiens à la main une épée, une
massue et C arc Çârnga ! 2,604.
» Renverse-moi violemment de ce char magnifique,
Déité secourable aux êtres dans le combat, Divinité pro-
tectrice du monde 1 Succomber aujourd’hui sous tes coups,
c'est pour moi, Krishna, le sort le plus heureux en ce
monde et dans l'autre. 2,605.
» Ce combat atec toi m’honore, protecteur des Vrish-
nides et des Àndakas, car ta puissance est célèbre dans
les trois mondes. » A ces paroles entendues du fils de
Çântanou, Krishna répondit en courant à pas légers :
« C’est toi, qui es la cause de ce carnage , étendu sur
la terre ; tu vas détruire maintenant Douryodhana. Un
homme, bien inspiré et qui reste dans la route de la vertu,
doit arrêter un souverain joueur criminel. 2,606 — 2,607.
» Ou il faut se défaire d’un esprit, environné par la
mort, ou quiconque viole son devoir, sera l’opprobre de
sa famille. » Quand le royal Bhlshma entendit l’éminent
héros d’Yadou parler ainsi : « Le Destin est tout-puissant!
répondit-il. 2,608.
» Le roi Kansa, averti pour le bien par les Yadouides,
fut abandonné par eux, et ne reconnut point ta vertu :
il n’existe personne, de qui le Destin ait offusqué l’esprit
pour son malheur, qui veuille écouter un bon conseil. »
Le fils de Prilhâ sauta avec empressement à bas de son
char et courut à pied vers le héros d’Yadou. Le guerrier
aux bras longs et potelés saisit entre ses bras Hari aux
bras potelés, grands, étendus . 2,609 — 2,610.
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BHISHMA-PARVA.
■2ôy
Le Dieu premier, Vishnou, l’Yogi par excellence, dans
une vivecolèro de se voir saisi, appréhenda Djishnou à son
tour et s'en alla rapidement avec lui, comme un vent im-
pétueux entraîne un arbre isolé dans un lieu désert.
Le magnanime fils de Prithà retint ses deux pieds avec
force et l'arrêta avec peine, en quelque sorte, au dixième
pas, sire, dans sa course précipitée vers Bhlshma.
Arjouna, aux guirlandes admirables d'or, s'inclina,
joyeux, devant Krishna debout, et lui dit : a Calme ta
colère ; ta majesté est la voie des enfants de Pàndou.
» La chose n'irait point de cette manière, suivant la pro-
messe, qui en a été jurée, Kéçava, par les fils de Prithâ et
mes frères, quand on a dit, frère puîné d’Indra, que j’irais,
toi m'accompagnant, jeter ces Kourouides dans la tombe ! »
2,611— 2,612— 2,613— 9, BU.
Djanârddana, l’âme jpyeuse, dès qu’il eut entendu cette
promesse et la déclaratian d’ Arjouna, remonta, ne cessant
point d’être agréable au plus vertueux des Kourouides,
sur le cbar, avec son disque de guerre. 2,615.
Çaâuri, le meurtrier des ennemis, reprit en mains les
rênes ; il saisit la conque et fit retentir le ciel et toutes ses
plages des sons du Pàntchadjanya. 2,616.
Lorsqu’ils virent ce héros, avec ses boucles-d’ oreille,
ses bracelets, son nishka d’or, brisés par les flèches, les
cils de ses yeux inondés de poussière, saisir la conque or-
née d’un ivoire pur, les éminents guerriers de Kourou je-
tèrent de3 cris. 2,617.
Ce fut dans toutes les années des Kourouides ud brait
de tambourins, de tymbales, de tympanons, un fracas de
roues des chars, un roulement de tambours, une vociféra-
tion de cris de guerre, qui glaçaient d’épouvante. 2,648.
•260
LE MAHA-BHARATA.
Pareil an tonnerre, le son du Gândlva se répandait,
sous la main du Prilhide, dans le ciel et dans ses
plages; les flèches polies, étincelantes, envoyées par l’arc
des Pândouides, glissaient dans tou3 les points de l’ho-
rizon. 2,619,
Tel qu’une comète sur le point d’incendier une forêt de
bois sec, le souverain des Eourouides, accompngnô.du vi-
goureux Bhlshma et de Bhoûriçravas, alla au-devant,
tenant à la main son trait levé. 2,620.
Bhoûriçravas prit sept bhallas, empennés d'or, pour lu
mort (C Arjouna, Douryodhana un levier de fer à l’impé-
tuosité terrible, Çalya une massue, et le fils de Çàntanou
un trident. 2,621.
Quand Phâlgouna eut paralysé, avec sept flèches, la
fougue des sept projectiles envoyés par Bhoûriçravas, il
trancha, avec un rasoir acéré, ce levier de fer lancé par le
bras de Douryodhana. 2,622.
Le héros de couper avec deux flèches, dans son vol, le
trident éblouissant, brillant comme un éclair, adressé par
le fils de Çàntanou, et la massue décochée par h* bras du
monarque de Madra. 2,623.
Dès qu’il eut bandé fortement, entre ses bras, le Gân-
dlva, arc admirable, infini, il manifesta dans les cieux,
suivant les règles, l'astra de Mahéndra, merveilleux, au
bruit terrible. 2,624.
Grâce à cet astra sublime, le magnanime Kirîti, au bou-
quet de fleurs, au grand arc, arrêta toutes les armées avec
desmultitudes de pluiesen flèches torrentielles, semblables
au feu le plus pur. 2,62&.
Les dards, lancés par l’arc du Prithide, ayant coupé les
chars, l’extrémité des drapeaux, les arcs et les bras, en-
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BHISHMA-PARVA.
261
traient dans les corps des rois ennemis, des éléphants et
des coursiers les plus généreux. 2,026.
Le Prithide étendit ses traits acérés au fin tranchant
dans tous les points cardinaux et les points intermé-
diaires; puis, il causa l’ébranlement du cœur à ses rivaux
par le son du Gândiva. 2,627.
Dans cette bataille aux astras les plus effrayans, le
bruit des conques, les roulements des tambours, le fracas
terrible des chars, tout fut couvert par le son du Gândiva.
A peine eurent-ils reconnu le bruit du Gândtva, les
héros, qui avaient à leur tête le roi Virâta et le vaillant
Droupada, le souverain du Pàntchala, accoururent dans
ce lieu d’une âme non abattue. 2,028 — 2,029.
De quelque côté où parvint le son du Gândiva, toutes tes
armées se revêtirent d’humilité ; il n’y eut personne, qui
ne s'approchât point avec effroi. 2,630.
Dans ce bien terrible carnage des rois, on immola
d’éminents héros; des cochers furent abattus avec leurs
chars, des éléphants consumés par la chùte des nârâ-
tchas, de grands étendards aux glands d'or éclatant ren-
versés. 2,031.
Ils tombaient là soudain, le corps entrouvert, l’âme
chassée, fortement frappés des flèches à l’impétuosité
terrible, des bhallas acérés, au tranchant aigu, que
lançait Kiriti, le (ils de Prilhâ. 2,032.
Gombattnnt à la tête des années, Dhanandjaya tranchait
les machines, abattait les drapeaux des rois et leurs ruses
de guerre, les troupes de fantassins, les chars, les
chevaux et les éléphants. 2,033.
Ils tombaient rapidement, sire, percés des flèches, le
corps et la cuirasse fendus, l’ànie expirée, leurs membres
262
LE MAHA-fiHARATA.
étendus- sur la terre, frappés dans ce grand combat par
l’astra d'Indra, le plus puissant des astras. 2,634.
Sous la multitude des flèches de Kiriti, un fleuve très-
épouvantable, qui avait pour écume la moëlle des guerriers
et pour eau le sang des blessures imprimées dans le corps
des hommes par ses dards, commença à couler sur le
champ de bataille. 2,635.
Ses flots étaient larges et d’une extrême vitesse ; les
cadavres des éléphants et des chevaux sans vie formaient
ses rivages; il avait pour vase une couche épaisse de
chair et de moëlle, faite par les traits des guerriers, et
comme arbres, le long de ses rives, des gardes en grand
nombre. 2,636.
Il était rempli de crânes et de têtes; il avait des Cheve-
lures au lieu de frais gazons ; il roulait des milliers et des
multitudes de corps ; ses ondes étaient pleines de maintes
cuirasses disséminées ; il avait pour sable des fractures
d'os d’éléphants, de chevaux et d’hommes. 2,637.
Les guerriers virent ses bords cruels, semblables aux
rives dè la grande Vattarani, vers lesquels accouraient
des hyènes, des vautours, des anlées, des loups, des
chiens, des cbakals, des troupes de carnassiers. 2,638.
Us virent l'armée des Konrouides, dont Phâlgouna avait
tué les héros, armée bien épouvantable, qui roulait du
sang, de la graisse et de la moëlle, que les multitudes des
flèches d'Arjouna fit couler. 2,639.
Les Matsyas, les Karoushas, les Pintchftlains, les Tché-
diens et les fils de Prithà, ces héros parmi les hommes,
courageux pour la victoire, poussèrent tous ensemble des
cris, jetant l'effroi au cœur des braves combattants de
Kourou. 2,640.
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BHISHMA-PARVA.
263
k
Ils virent les années sans héros, tombés sous les coups
deKiriti, l’effroi des ennemis, après qu’il avait répandu la
terreur parmi les généraux des armées, tel qu’un lion
épouvante les troupeaux rassemblés des gazelles. 2,661.
Remplis de la plus vive ardeur, l’archer du Gàndlva
et Djanârddana de pousser des cris. Ensuite les guerriers,
blessés cruellement par les flèches, virent le soleil cacher
son filet de rayons et admirèrent cet horrible astra d’Indra,
dont la puissance, pareille à la fin d’un youya, s’étendait
au haut des cieux. Alors l'armée Kourouide, accompagnée
de Bhlshma, de Drona, de Douryodhanaetde Vàhlika d’o-
pérer sa retraite, quand eUe vit arriver la nuit obscure,
jointe au soleil, couleur rouge de sang. Lorsque Dhanan-
djaya eut obtenu dans le monde la gloire et la renommée,
lorsqu’il eut écrasé les ennemis. 2,642 — 2,643—2,644.
A la nuit, son œuvre terminée, le souverain monarque
se retira dans son camp avec ses frères. Les Kourouides
firent éclater un bruit tumultueux et des plus épouvanta-
bles à l’entrée de la nuit. 2,645.
« Arjouna, criaient-ils, a renversé dans ce combat les
Kshoudrakas, les Màlavas, toutes les troupes des Saâu-
vtras, les Orientaux, sept centaines d’éléphants et une
myriade de chars ! 2,646.
» Ce Dhanandjaya, il a exécuté un grand exploit, tel
que nul autre n’en pourrait accomplir un semblable !
Çroutâyoush et le souverain des Ambashthas, Dourmar-
shana et Tchitraséna, 2,647.
» Drona, Kripa, 'le Sindhien et Vàhlika, sire (1),
Bhoûriçravas, Cala et Çalya, tous les autres nobles
(I) Le narrateur oublie qu’il vient de céder la parole aux guerriers des
Kourouides.
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204 LE M4H4-BHARATA.
guerriers, rassemblés par centaines, Kirîti, irrité au
milieu du combat, ce fils de Prithâ, le grand héros du
monde, les a vaincus avec Bhtshma par la force de ses
bras ! » En parlant ainsi, tous ceux, qui étaient les tiens,
fils de Bharata, rentrèrent chacun de la bataille dans son
camp. 2,648 — 2,64P.
C’est ainsi qu'éclairés par des milliers de torches allu-
mées et des lampes resplendissantes, tous ces guerriers,
qui portaient au cœur la terreur de Kirlti, cette armée
des Kourouides fit sa rentrée au camp. 2,650.
Quand la nuit se fut écoulée, le magnanime Bhishma,
rallumant sa colère, accompagné d’une armée complète,
se présenta devant les ennemis, face à face des armées
Bharatides. 2,651.
Drona, Douryodhana, Vàhüka, Dourmashana, Tchi-
traséna, Djayadratha aux forces éminentes et les autres
monarques arrivèrent de tous les côtés avec de nombreuses
armées. 2,652.
Environné de ces éminents héros, pleins de grandeur, de
légèreté et de courage, sire, le plus excellent des princes
resplendissait, comme le roi des Dieux, au milieu des
Souras. 2,653.
De grands étendards, noirs, blancs, jaunes et d'un
rouge éclatant, secoués par le vent et disposés eu face de
cette armée, étaient portés sur les épaules d'énormes
éléphants. 2,654.
Semblable au tonnerre, accompagné d’éclairs, cette
armée brillait par le fils de Çàntanou, ses coursiers, ses
éléphants et ses grands chars, comme un ciel, où sont nés
des nuages à l'arrivée des pluies. 2,655.
La face tournée au combat, cette armée, défendue par
le Çàntanouide, s’avança à l’encontre d’Arjuuna d’un
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BHISHMA-PARVA.
205
pied hâté, comme l’épouvantable impétuosité d’un fleuve.
Le magnanime guerrier, qui avait pour enseigne le roi
des singes, vit de lojn, semblable à un grand nuage, cette
disposition en serpent (l),qui était protégée sur ses flancs
par des troupes de chars, des hommes de pied, des cava-
liers, des éléphants, et qui avait une vigueur secrète de
plusieurs sortes. 2,250 — 2,657.
L’héroïque et le magnanime souverain, monté sur son
char, ombragé d’un drapeau et traîné par des chevaux
blancs, sortit, en face des armées, vers toutes les divisions
ennemies. 2,058.
Les Kourouides de trembler avec tes fils en voyant sur
le champ de bataille le héros des Yadouides, ce vaillant
général, avec le drapeau à l'image du singe, son disque
superbe de guerre, son vêtement extérieur flottant (2),
défendu par les flèches de Kiriti, ses armes levées. Les
tiens admirèrent cette disposition par excellence, que
protégeaient seize mille éléphants. 2,659—2,600.
L’ordre de bataille fut disposé, ô le plus excellent des
Kourouides, par Dharmarâdja, comme dans le jour pré-
cédent : il fut tel, que les hommes n'en avaient pas vu un
pareil, ni entendu parler d’aucun autre semblable. 2,061.
Alors des milliers de tambours, battus avec une grande
rapidité, résonnèrent sur le champ de bataille. Le bruit des
conques, le son des instruments de musique et les cris de
guerre coururent au milieu de toutes les armées. 2,602.
Bientôt les arcs au grand son, que les héros faisaient
vibrer, avec les traits décochés, couvrirent dans un instant
(1) Texte de Bombay, qui porte : vydia , et eu note : « sorte de dispo-
sition ou d arrangement de guerre. »
(2) Explication du commentaire.
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LEMAHA-BHARATA.
266
les roulements des tambours et des tvmbales, avec les ac-
cents des conques. 2,665.
Le ciel était rempli du bruit des conques, une poussière
épaisse courait , soulevée sur la terre : les braves s’affais-
sèrent tont à coup, quand ils virent ce vaste conopée leur
masquer la clarté du jour. 2,664.
Sous le coup du maître de char, on voyait tomber un
maître de char avec son cocher, ses chevaux, son drapeau
et son char ; l’éléphant tombait, frappé par l’éléphant;
l’homme de pied tombait, atteint par l’homme de pied.
Les traits barbelés et les cimeterres des choses, qui
s’approchaient, couvertes de formes épouvantables, ren-
versaient les choses, qui s'approchaient, enveloppées de
figures, qui tenaient du prodige : les troupes de coursiers
généreux abattaient les escadrons des chevaux de noble
sang. 2,665 — 2,666.
Les cuirasses, brillantes de l'éclat du soleil, ornées
d’une année d’étoiles en or, tombaient sur la terre, bri-
sées par les traits barbelés, les sabres et les haches.
Certains maîtres de chars étaient renversés avec leurs
cochers, et mis en pièces par les trompes, les excellentes
défenses et les pieds des éléphants. Les héros les plus
éminents étaient couchés sur la terre, percés de flèches
par un éminent héros. 2,667 — 2,668.
A peine des hommes avaient-ils entendu les cris de dé-
tresse des jeunes fantassins ou des cavaliers, blessés dans
les menfbres inférieurs parles défenses et par les troupes
d’éléphants, ou frappés de flèches rapidement lancées,
qu’ils s'affaissaient sur le sol. 2,669.
Dans ce moment de vaste carnage sua- les jeunes hommes
de pied et de cheval, où les chars, les coursiers et les élé-
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BHISHMA-PARVA.
*67
phants étaient renversés pêle-mêle, Bhlshma vit le guer-
rier, qui a pour enseigne le roi des singes, environné de
vaillants héros. 2,670.
Le fils de Çàntanou, qui arbore cinq drapeaux et cinq
palmiers, fondit sur Kirhi, qui devait la vigueur de la
foudre à la rapidité de ses grands astras, et de qui la vi-
tesse des généreux coursiers surpassait la fougue de la
flèche elle-même. 2,671.
Kripa, Çalya, Vivinçati, Douryodhana et le Somadat-
tide marchèrent, sire, Orona à leur tête, contre le fils
d’Indra, qui semblait un portrait de son père. 2,672.
Instruit dans tous les astras et portant une cuirasse ad-
mirable d’or, le fils d’Aijouna même, le héros Abhima-
nyou s'élança du front de l'armée des chars, et se porta
sur eux tous avec rapidité. 2,673.
Dès qu’il eut neutralisé les puissants astras de ces
grandes armées, le Krishnide aux exploits insoutenables
resplendit comme le vénérable Feu, auquel on sacrifie
dans une assemblée avec de solennelles prières. 2,67â.
Bhlshma eut bientôt fait dans le combat une rivière,
qui av it pour eau le sang des ennemis ; et, négligeant le
fils de SoubhadrA, il se porta d’une âme superbe contre le
grand héros, fils de Prithâ. 2,675.
Mais, quand il eut supporté avec un prodigieux courage
la multitude de ses puissants astras, le guerrier aux actes
séparés des intérêts du monde, de qui la tiare est sur-
montée d’un bouquet de fleurs et qui a pour enseigne le roi
des singes, éteignit par la multitude de ses dards, aiguisés
avec la pierre et lancés par l’arc Gândlva, la force de cet
arc sublime, dans lequel étaient renfermés tous les arcs.
l.e magnanime fit tomber sur Bhlshma une nouvelle pluie
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268
LE MAHA-BHARATA.
de traits bien acérés et de bhallas reluisants. 2,876-2,677.
Le héros au drapeau du grand singe put admirer
Bhtshma, paralysant, au milieu des airs, la foule de ses
terribles flèches. Les tiens virent ce nuage dissipé en mor-
ceaux, comme l'obscurité vaincue par le soleil. 2,678.
De telle sorte, ces deux hommes de cœur, sublimes, sans
crainte, Bhlshma et Dhanandjaya, firent admirer au
monde, aux Kourouides et aux Srindjayas, ce duel en
char au bruit d’arcs épouvantable. 2,679.
Açvatthâman, Bhoùriçravas, Çalya, Tchitraséna et le fils
de Sânyamani attaquèrent, auguste roi, le (ils de Sou-
bhadrâ lui-même. 2,680.
Les hommes purent contempler ce héros, seul aux prises
avec ces éminents guerriers d'une extrême vigueur, comme
un jeune lionceau attaqué par cinq éléphants. 2,681.
11 n’y eut pas son égal en puissance pour son adresse à
toucher le but et pour sa vaillance ; le Krishnide n’avait
pas son égal en vitesse pour lancer une flèche. 2,682.
Dès que le Priihide vit le dompteur des ennemis, son
fils, marcher hardiment sur le champ de bataille et dé-
ployer ses efforts dans le combat, il jeta son cri de guerre.
Aussitôt que les tiens, Indra des rois, eurent vu ton
petit-fils opprimer l’armée, il en fut empêché par eux de
tous les côtés. 2,683 — 2,684.
Ennemi en but à leurs traits, le Soubhadride s’avança
intrépidement avec force et valeur contre i'aruiée des
Dhrilaràshtrides. 2,685.
Ses rivaux dans cette bataille, qu’il soutenait, virent
son arc, brillant d’un éclat égal à celui du soleil et fixé
dans la route de la légèreté. 2,686.
Quand il eut percé le Dronide avec une flèche, et Çalya
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BHISHMA-PARVA.
26»
avec cinq, il abattit avec huit traits le drapeau de Sânya-
mani. 2,687.
Il priva le Somadattide avec un dard aigu d’une grande
lance au manche d’or, qu’il envoyait, semblable à un ser-
pent ; 2,688.
Et, lorsqu’il eut arrêté les flèches d’une effroyable vi-
tesse, que Çalya décochait (1) par centaines, le fils d’Ar-
jounti lui tua ses quatre chevaux. 2,680.
Ni Bhoùriçravas, ni Çalya, ni le Dronide, ni Sànyamani
et Çala ne purent, en dépit de leur colère, empêcher cette
levée des bras du Krishnide dans sa force. 2,600.
Exhortés par ton fils, Indra des rois, vingt-cinq raille
Trigarttas et Madra3 avec des Kaikéyains, 2, 91.
Tous capitaines, instruits dans la scieuce de l’arc, in-
vincibles aux ennemis dans la guerre, accompagnés de ton
fils, environnèrent Kiriti avec le désir de lui ôter la
vie. 2,692.
L'iramolateur des ennemis, sire, le Pântchâlain Séna-
pati vit ces deux héros, le père et le fils, environnés;
Entourés par des troupes de chars et d’éléphants, plu-
sieurs milliers de chevaux et des centaines de mille fan-
tassins. 2,693 — 2,694.
11 banda son arc avec colère ; il exhorta ses troupes,
redoutable roi, et s’avança vers l’armée des Madras et des
Kaikéyains. 2,695.
L’armée, qui avait ses chevaux, ses chars, ses éléphants
rassemblés, resplendissait au moment de combattre sous
la conduite de ce général illustre à l’arc solide. 2,696.
Le prince, accroissement de la race Pàutchâlaine, mar-
(1) Édition do Bombay.
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•270
LE MAHA-BHARATA.
cha vers Aijouna et blessa de trois flèches le Çaradvatide
à la clavicule du cou. 2,667.
11 rompit les Madras avec dix traits acérés et tua leste-
ment d’un bhalla le guerrier, qui défendait les derrières
de Kritavarman. 2,608.
Le formidable héros immola avec une flèche de fer à la
grande pointe Damana lui-même, le lils du magnanime
Paâurava. 2,699. *
Le fils de Sànyamani blessa avec trente (1) dards le
Pàntchâlain, ivre de la fureur des batailles, et son cocher
avec dix traits. 2,700.
Extrêmement blessé, le héros au grand arc, léchant les
angles de sa bouche, lui coupa son arc avec un bhalla très-
acéré. 2,701.
11 perça rapidement le guerrier même de vingt-cinq
traits, et, sire, il tua ses chevaux et ses deux cochers de
derrière. 2,702.
Tandis que le fils de Sànyamani se tenait sur son char,
qui n’avait plus de chevaux, il aperçut le fils de l’illustre
Pàntchâlain. 2,703.
11 saisit un excellent cimeterre bien redoutable, tout de
fer, et courut à pied légèrement sur le fils de Droupada
debout sur son char. 2,70â.
Semblable à un grand fleuve, qui se précipite, pareil à
un serpent, qui tombe du ciel, égal à un bouclier, qui
tournoie, tel que la mort envoyée par Yama, ce cimeterre.
Les fils de Pândou et Dhrishtadyoumna le Prishatide le
virent comme le soleil enflammé, ayant une force équipol-
leote à celle d’ua éléphant dans l’ivresse. 2,706 — 2,706.
(t) Édition de Bombay.
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BH1SHMA-PARVA.
271
Le fils du roi Pântchâlain fendit d’un coup rapide avec
sa massue, an momeDt qu'il voulait s’approcher du char,
la tête du fils de Sânyamani, qui portait un bouclier et
des flèches, qui tenait à sa main un cimeterre aiguisé, et
qui courait sur l’ennemi d’une vitesse supérieure à la vé-
locité des traits. 2,707 — 2,708.
Échappés à la main de l’homme d’armes renversé, les
flèches et le bouclier avec le cimeterre, tous d’une grande
splendeur, tombèrent, sire, accompagnés de son corps,
sur la terre. 2,709.
Le magnanime fils à la terrible vaillance du roi des
PàtUchâlains s’éleva au comble de la renommée, quand il
eut abattu ce prince sous le poids de sa massue. 2,710.
Au moment où tomba ce guerrier au grand char, au
grand arc, ton armée, respectable monarque, envoya dans
les airs de grands « hélas ! hélas ! » 2,711.
Irrité par le spectacle de la mort de son fils, Sânya-
mani courut d’un pied léger sur le Pântchâlain dans la
cruelle ivresse des batailles. 2,712.
Tous les monarques Kourouideset les héros Pândouides
virent engagés dans un combat ces deux vaillants hommes,
les plus excellents des maîtres de chars. 2,713.
Tel qu’on décharge trois crocs aigus sur un grand élé-
phant, tel l’immolateur des héros ennemis, Sânyamani
envoya dans sa colère trois flèches acérées sur le Prisha-
tide. 2,714.
Brillant dans les combats, Çalya irrité de frapper dans
la poitrine ce rejeton héroïque de Prishat, et le combat de
commencer. 2,715.
« Le Destin est plus fort que l’homme lui-même, San-
djaya, reprit Dhritarâshtra, puisque l’armée de mon fils
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272
LE MAHA-BHAKATA.
a été battue par l'armée des fils de Pàndou. 2,716.
» Tu dis sans cesse que la mort a moissonné les miens,
cocher, et tu dis sans cesse que la mort a respecté les
Pândouides, qui sont pleins d’alacrité. 2,717.
» Tu dis les miens tombés, victimes du fait des hommes,
Sandjaya, renversés et dépouillés de la vie, en combat-
tant et déployant toutes leurs forces pour la victoire. Les
Pândouides triomphent même et les miens sont aban-
donnés. 2,718.
» J'ai entendu le récit non interrompu, mon fils, de
peines nombreuses, intolérables, extrêmement cuisantes,
causées par Dourvodhana. 2,719.
« Je ne vois pas le moyen par lequel, Sandjaya, les
Pândouides renonceraient à leurs desseins, ni comment
les miens pourraient obtenir la victoire dans le combat. »
Écoute, sire, avec attention, cette boucherie des enfants
de Manou, lui répondit Sandjaya, ce carnage d'éléphants
et de coursiers, cette destruction de chars ! Grand fut l’a-
veuglement de ta politique ! 2,720—2,721.
Pressé étroitement par Çalya, Dhrishtadyoumna irrité
accabla à son tour de neuf (lèches de fer le souverain de
Madra. 2,722.
Là, nous vîmes le prodigieux courage du Prishatide,
car il arrêta rapidement Çalya, qui avait la beauté des ba-
tailles. 2,723.
Personne ne vit aucune différence dans le combat entre
ces deux guerriers irrités : la bataille de ces héros
fut alors comme si elle n’avait que la durée d'un ins-
tant. 2,72A.
Dans ce combat, puissant roi, Çalya trancha l’arc de
Dhrishtadyoumna avec un bhalla aigu, altéré de sang.
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BH1SHMA-PARVA.
273
11 l'ensevelit, Bharatide, sous une averse de flèches;
tels des nuages, chargé-, de pluies, inondent une montagne
à l'arrivée de la saison pluvieuse. 2,726 — 2,727.
Voyant accabler Dhrishtadyouuina, Abhimanyou irrité
courut lestement vers le char du souverain de Madra.
Arrivé là, le Vrishnide, à l’âme incommensurable,
blessa Artâyani de trois flèches acérées dans sa colère.
2,728—2,729.
Ensuite les tiens, sire, voulant s’emparer de l’Arjou-
nide, dans le combat, de se jeter en diligence autour du
char, monté par le souverain du Madra. 2,730.
Douryodhana, Vikarna, Douççâsana, Vivinçati, Dour-
marshana, Doussaha, Tchitraséua à la bouche injurieuse,
Satyavrata, Pouroumitra et le grand héros Vikarna, ces
guerriers se tinrent, gardant le char du roi de Madra
pendant la bataille. 2,731 — 2,732.
L'irascible Bhlmaséna, Dhrishtadyoumna le Prishatide,
les cinq iils de Draàupadl, Abhimanyou et les deux Pàn-
douides, fils de Mâdri, ces dix d'environner les dix héros
Dhritaràshtrides. Lançant des projectiles de formes di-
verses, souverain des hommes, 2,733— 2, 73â.
Us s’avancèrent avec colère, désirant la mort les uns
des autres, et s’engagèrent dans le combat irréfléchi des
tiens (1), sire. 2,735.
Tandis que se déroulait ce duel en dix chars affreuse-
ment épouvantable des tiens et des ennemis, les maîtres
de chars en furent les spectateurs. 2,736.
Se décochant mainte et mainte forme de projectiles,
ces grands héros, poussant les uns contre les autres des
rugissements, se livrèrent cette bataille. 2,737.
(1) Littéralement : de toi.
vu 18
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274
Lh MAHA-BHARATA.
Alors tous ces héros, la colère allumée, désirant se
donner réciproquement la mort, rugissant l’un contre
l’autre et pleins d’une émulation mutuelle, 2,738.
Ces parents, qu’une rivalité adverse mettait aux
prises, ceux-ci à l’encontre de ceux-là, se lançant de longues
flèches, fondirent avec colère des deux côtés opposés.
Douryodhana irrité blessa de quatre dards acérés Drish-
tadyoumna, qui exécutait des merveilles dans ce grand
combat. 2,739 — 2,740.
Dourmarshana le perça de vingt traits, Tchitraséna
de cinq, Dourmoukha de neuf, et Doussaha de sept
flèches, 2,741.
Vivinçati de cinq et Douççâsana de trois dards. LePrisha-
tide, incendiaire des ennemis, les frappa tous de vingt-cinq
traits, individuellement, et leur fit admirer la légèreté de
sa main. A son tour, Abbimanyou blessa de chacun dix
flèches, dans la bataille, Satyavrata et Pouroumitra. Les
deux fils de Mâdrl, la joie de leur mère, couvrirent dans
ce combat leur oncle maternel, de traits acérés: ce fut
comme une chose merveilleuse ! Çalya répondit, grand
roi, à cet orage de ses neveux, les plus excellents des
maîtres de chars, avec une grêle de flèches, dont ils vou-
laient tirer vengeance. Les deux fils de Mâdrl ne reculèrent
point d’un seul pas sous le nuage, qui les couvrait. ( Delà
stance 2,742 à la stance 2,747.)
A peine le robuste Pândouide Bhlinaséna eut-il vu Dou-
ryodbana, qu’il saisit une massue, désirant mettre fin au
combat. 2,747.
Dès qu'ils virent Rhlmaséna aux longs bras élever sa
massue, comme un sommet, qui se dresse sur le Kallâsa,
tes fils aussitôt s’enfuirent d’épouvante. 2,748.
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B H1SHM A-PARV A.
•275
Douryodhana irrité d’exciter le Màgadhain, qui com-
mandait à une armée de dix mille éléphants impétueux.
Accompagné par elle, le roi Souyodhana, ayant mis le
prince du Magadha en avant, s’approcha de Bhimaaéna.
2,749—2,750.
Aussitôt qu’il vit accourir l’armée de ces éléphants,
Vrikaudara descendit de son char, sa massue à la main,
rugissant comme un lion. 2,751.
Lorsqu’il eut pris cette massue grande, pesante, faite
avec la force d’une montagne, il marcha contre cette
troupe des éléphants, tel que la mort de cetie armée rom-
pue en morceaux. 2,752.
Le vigoureux Bhîmaséna aux longs bras se promena
dans le combat, écrasant les éléphants sous sa massue,
comme le divin meurtrier de Vritra au milieu des Dânavas.
Ce grand cri, que poussait Bhîmaséna, ébranla toutes
les âmes et lit palpiter les cœurs des guerriers, dont il
frappa les oreilles. 2,753 — 2,754.
Les fils de Draâupadl, le Soubhadride au grand char,
Nakoula, Sahadéva et Dhrishtadyoumna le Prishatide,
Qui protégeaient les derrières de Bhîma, arrêtèrent
l’ennemi avec une pluie de flèches et fondirent sur lui,
versant leurs traits, comme des nuages sur une montagne.
2,755 — 2,750.
Avec des rasoirs, aveç des kshourapras (1), altérés de
sang, avec des andjalikas (2) acérés, les Pândouides en-
levaient les têtes des guerriers, montés sur des élé-
phants. 2,757.
La chûte des tètes en grand nombre, avec leurs pa-
(1) Sa yü la, eu jus cuspis soleœ ferreœ formam habet. Bopp.
(2) Ce mot est absout dans tou* tea dictionnaires.
276
LE MAHA-BHARATA.
rures, des mains encore armées du croc aigu, ressemblait
en quelque sorte à une pluie de pierres. 2,758.
A voir les guerriers, qui se tenaient sans tète sur leurs
éléphants, on aurait dit des arbres à la cime rompue,
élevés sur des montagnes. 2,750.
Nous vîmes d'autres grands éléphants étendus morts
par Dhrishtadyoumna, ou renversés par ce magnanime
rejeton de Prishat. 2,760.
Le Mâgadhain, monarque de la terre, lança dans le
combat son éléphant, semblable à Alrâvata, sur le char
du Soubhadride. 2,761.
Dès qu’il vit accourir le grand pachyderme du Mâga-
dhain, l’héroïque Abhimanyou, meurtrier des héros en-
nemis, le perça d’une flèche. 2,762.
D’un bhalla â l'empennure d’argent, le Kxishnide,
vainqueur des cités ennemies, enleva la tête à ce roi, qui
n’avait pas abandonné son éléphant. 2,703.
Le Pândouide Bhlmaséna lui-même se plongea dans
cette armée d’éléphants , où il se promenait dans le
combat, rompant les éléphants, comme Pardjanya brise
les montagnes. 2,76â.
Nous vîmes dans cette bataille les éléphants tués d’un
seul coup par Bhlmaséna, comme des montagnes frappées
de la foudre. 2,705.
Semblables à des monts , les proboscidiens avaient
leurs défenses brisées, leurs trompes brisées, leurs flancs
brisés , leurs dos brisés , leurs bosses frontales bri-
sées. 2,706.
Des grands éléphants, on voyait, les uns tués, sire,
ceux-ci crachant, ceux-là vomissant leur sang, les autres
les bosses frontales brisées, 2,767.
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BHISHMA-PAHVA,
277
Vacillants, tomber sur la terre, comme des montagnes
sur la face du sol. Bhlmaséna se promenait sur le champ
de bataille, tel que la mort, les membres souillés de
graisse et de sang, humides de moëlle et de substances
adipeuses. Vrikaudara portait sa massue arrosée du sang
des éléphants. 2,768 — 2,769.
11 était effrayant, épouvantable, comme Çiva, armé de
son arc Pinâka. Bhlmaséna, dans sa colère, de broyer les
éléphants. 2,770.
En proie à la douleur, ceux-ci s’enfuyaient à toute
vitesse, écrasant leur propre armée. Les guerriers aux
grands arcs protégeaient la personne de ce héros dans
son combat, de môme que les Immortels défendent le
Dieu, de qui l’arme est le tonnerre. On vit, tel que la
mort, Bhlmaséna à l’âme terrible, portant sa massue
tachée de sang, toute humide du sang des éléphants.
Nous admirâmes, fils de Bharata, comme Çankara, qui
danse, Bhlmaséna, quand il s’étendait avec sa massue dans
toutes les plages de l’espace : nous admirâmes sa massue
pesante, formidable, destructive, semblable au bâton
d’Yama et d'un son pareil à celui de la foudre d'Indra.
Nous la vîmes souillée de moëlle, baignée de sang, atta-
chée aux cheveux de ses victimes, telle que l’arc Pinâka
de Roudra, quand il immolait dans sa fureur les animaux
domestiques. La massue de Bhima ôta la vie à cette
armée d’éléphants, comme le seigneur du monde peut
détruire les bestiaux sous les coups de son bâton. Frappés
de tous côtés par sa massue et ses flèches, les éléphants
couraient çà et là, écrasant eux-môme» leurs chars légers.
Tel qu’un grand vent fait courir les nuages, il chassa du
champ de bataille les proboscidiens ; [De ta stance 2,771
à ta stance 2,779.)
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278
LEMAHA-BHAHATA.
Et Bhlma se tenait dans le combat comme un cimeterre,
armé d'un pal (1), 2,770.
Quand U Pândouide eut anéanti cette armée d’ élé-
phants, Douryodhana, ton fils : « Tuez Bhtmaséna ! >,
cria-t-il, excitant ainsi toutes ses armées. 2,780.
A cet ordre de ton fils, toutes les troupes fondirent à
la fois sur Bhimaséna, qui poussait des cris épouvan-
tables. 2,781.
Dans cette bataille, Bhimaséna arrêta, comme un ri-
vage, cet inébranlable océan d'armées, qui semblait une
seconde nier immense, pleine de chevaux, d’éléphants et
de chars, remplie de fantassins et de chariots en nombre
infini, retentissante de tambours et de conques, environnée
de tous côtés par la poussière, cette multitude de forces,
qui accourait, insurmontable aux Dieux mêmes, comme
une mer infranchissable dans une pléoménie.
2,782—2,783—2 784.
Nous vîmes alors, sire, éclater dans ce combat le pro-
dige des exploits plus qu'humains de Bhimaséna, le ma-
gnanime fils de Pândou. 2,785.
Vrikaudara, sans trembler, contint avec sa massue tous
les princes, soulevés contre lui, avec leurs chevaux, leurs
chars et leurs éléphants. 2,780.
En arrêtant avec sa massue ces nombreuses armées,
Bbima, le plus vigoureux des hommes forts, se tenait dans
la mêlée comme l'inébranlable mont Mérou. 2,787.
Dans ce combat effroyable, tout rempli de tumulte et
de la plus grande terreur, ni ses frères, ni ses fils et
Dhrisbtadyouuma le Prishatide, 2,7S8.
Ni les cinq fils de Draâupadi, et Abhimanyou, et Çi-
(!) Çoulabhrtf, écrit plu? convenablement le leite de Bombay.
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BH1SHMA-PARVA.
279
khandî, qui ne fut jamais vaincu, ces guerriers à la grande
vigueur n’abandonnèrent point Bhima, quand ce danger
naquit autour de lui. 2,789.
A peine eut-il pris une massue de fer, grande, pesante,
garnie de ses attaches, qu’il fondit sur tes combattants,
comme la Mort, son bâton à la main. 2,790.
L’auguste Bhima, écrasant les troupes de chars ou les
foules de coursiers, marchait dans le combat, tel que le
feu à la fin d’un youga. 2,791.
Le sublime Pàndouide, exterminant les combattants
dans la bataille, de même que la mort, quand un âge
expire, entraînait par la rapidité de ses cuisses les mul-
titudes de chars. 2,792.
Tel qu’un éléphant brise ses liens, il eut bientôt écrasé
les armées; il broyait les maîtres de chars avec les chars,
les guerriers montés sur les pachydermes avec les élé-
phants. 2,793.
Bhimaséna aux longs bras, dans l'armée de ton fils, les
frappait tous, les cavaliers sur l’échine des chevaux, les
fantassins à terre; ainsi, les arbres tombent sous la force
du vent. On vit, souillée de sang, de chair, de moôlle, de
graisse et de chyle, sa massue meurtrière des chevaux et
des éléphants, frappant d’une froide épouvante. Lechamp
de bataille, comme la maison de la mort, était jonché çà et
là de guerriers tués et de cavaliers, montant des éléphants.
La massue cruelle, destructive, de Bhimaséna se montrait
avec une splendeur égale à celle du tonnerre de Çakra,
effrayante, ayant la ressemblance du bâton d’Yama et
telle que l’arc Piuâka de Roudra irrité, abattant les
bestiaux de ses flèches.
2,794—2,795—2,796—2,797—2,798.
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280
LE MAHA-BH \RATA.
Les formes du magnanime fils de Kountt, dardant sa
massue, resplendissaient non moins épouvantables que
la figure de la mort dans la destruction du monde. *2,709.
Tous étaient sans âme, quand ils le virent s’avancer,
comme la mort, mettant et remettant la grande armée en
déroute. 2,800.
De quelque côté que, levant sa massue, le Pândouide
jetât ses regards, à chaque fois, Bharatide, toutes les ar-
mées étaient enfoncées par lui. 2,801.
Aussitôt que Bhlshma vit Ventre-de-loup aux terribles
exploits, sa grande massue à la main, rompre les armées
et, jamais vaincu parles multitudes des forces, les dévorer,
tel que la mort, sa bouche ouverte, il courut légèrement
contre lui, 2,802 — 2,803.
Avec son char, qui avait la splendeur du soleil et le
bruit d’un grand nuage, l'inondant sous une averse de
flèches, comme Pardjanya, l'auteur de la pluie. 2,804.
Dès qu’il le vit s’avancer de même que la mort, ouvrant
la bouche, Bhîmaséna aux longs bras vint à sa rencontre,
plein de colère. 2,805.
Dans ce même instant, Sàtyaki, ferme dans la vérité et
le plus grand héros des Çinides, fondit sur BhUhma, ton
aïeul, ébranlant l’armée de ton lils et détruisant les en-
nemis avec son arc solide. 2,80(3.
Alors tous les hommes, qui soutenaient ta cause, Bha-
ratide, ne purent arrêter dans sa course ce héros, porté
sur des chevaux à la blancheur de l’argent et qui semait
des llèches acérées à la belle empennure. 2,807.
En ce moment, le Bakshasa Alamhousha parvint à le
percer de dix flèches. Le rejeton de Çini le blessa en retour
de quatre dards et précipita son char contre lui. 2,808.
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BHISHMA-PARVA.
281
Lorsqu’ils virent le héro9 de Vrishni, suivi de ses guer-
riers, se promener au milieu de l’armée, arrêter les plus
braves de Kourou et pousser des cris mainte et mainte
fois sur le champ de bataille, 2,809.
Tes combattants l’inondèrentsous desaverses de flèches,
comme les nuages déchargent sur des montagnes la fou-
gue de leurs eaux ; mais ils ne purent arrêter ce valeureux,
comme on ne peut empêcher Le soleil de brûler au milieu
du jour. 2,810.
Aucun homme n’était là sans trouble, sire, excepté le
fils de Somadatta. Bhoûriçravas, ce fils, voyant ses chars
chassés hors du champ de bataille, saisit donc un arc
d’une effroyable vitesse et s’avança à la rencontre de
Sâtyaki, désirant engager un combat avec lui.
2,811—2,812.
Le Somadattide, dan3 une bouillante colère, le perça
de neuf llèches, sire, comme on perce un grand éléphant
à coups d’aiguillon. 2,813.
Sâtyaki lui-même à l’àme infinie arrêta le Kouravien,
aux yeux du monde entier, avec des flèches aux nœuds
inclinés. 2,8 1 â.
Environné de se3 frères, le roi Douryodhana couvrit de
toutes parts Bhoûriçravas, qui déployait ses efforts dans
le combat. 2,815.
Tous les Pàndoukles à la bien grande force, qui étaient
sur le champ de bataille, se jetèrent avec promptitude
autour de Sâtyaki. 2,816.
Bouillant de ressentiment et de fureur, Bhîmaséna irrité,
levant sa massue, cerna tes fils entièrement, Bharatide,
Douryodhana à leur tête, avec plusieurs milliers dechars.
Mais Nandaka, ton fils, blessa le vigoureux Bhîmaséna
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282
LE MAHA-BHARATA.
avec des flèches acérées, mordantes, aiguisées sur la pierre
et munies des ailes du héron. Alors Douryodhana de frap-
per avec colère en pleine poitrine, sire, Blilmaséna dans
cette grande bataille de neuf dards aigus; et Bhtma aux
longs bras, à la vigueur immense, do remonter dans son
char, le plus excellent des véhicules, et d’adresser ces
paroles à Viçoka : « Ces vaillants Dhritaràshtrides à la
grande force, aux grands chars, ( De la stance 2,817 à la
stance 2,822.)
» Remplis d’une violente colère, s’efforcent de m’ôter
la vie dans le combat. Je les tuerai à l'instant même sous
tes yeux ; il n’y a nul doute ! 2,822.
» Retiens donc avec force, code r, mes chevaux dans
ce combat. » A ces mots, le fils de Prithâ, sire, blessa ton
fils Douryodhana avec dix flèches mordantes, ornementées
d’or, et perça de trois dards Nandaka au milieu des seins.
Ensuite Douryodhana, ayant frappé de six traits le
vigoureux Bliima, fit sentir à Viçoka l'atteinte de trois
autres flèches bien acérées. 2,823—2,824 — 2,825.
11 trancha en riant, sire, au poing de Bhlma, sur le
champ de bataille, son arc lumineux avec trois dards
aigus. 2,820.
Mais à peine Bhlma eut-il vu son conducteur Viçoka
accablé de flèches aiguës dans le combat par l'exceth ni
archer ton fils, 2,827.
Irrité, impuissant à supporter cet outrage, il saisit,
noble rejeton de Pourou, son arc divin pour la mort de
ton fils. 2,828.
Il prit avec colère un kshourapra, qui faisait se dresser
le poil d’horreur, et trancha avec ce trait l’arc sublime du
monarque. 2,829.
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BH1SHMA-PARVA.
283
Ton fils, plein de fureur, rejeta son arme coupée, et
s’arma vite d'un nouvel arc plus rapide, 2,830.
11 encocha une flèche épouvantable d’une splendeur
égale à celle de la mort, envoyée par Yama, et frappa
avec elle dans sa colère Bhimaséna entre les deux seins.
. Blessé fortement, troublé par la douleur, il tomba sur
le siège du char; il s’évanouit, il devint le jouet du délire.
2,831—2,832,
Dès que les grands, les éminents héros des Pàndouides,
Abhimanyou à la tête, virent Bhtrna agité par la douleur,
ils s'en irritèrent. 2,833.
Sans trouble, ils firent éclater sur le front de ton fils
une bien tumultueuse pluie de flèches à la force terrible.
Aussitôt que Bhimaséna à la grande vigueur eut recou-
vré sa connaissance, il blessa Douryodhana d’abord avec
trois flèches, ensuite avec cinq. 2,83/i — 2,835.
Il perça Çalya de vingt-cinq traits empennés d'or; et
ce guerrier au grand arc.sr voyant blessé, sortit du champ
de bataille. 2,836.
Quatorze de tes fils s'avançèrent à la rencontre de
Bhima : c'étaient Sénapati , Soushéna, Djalasandha, Sou-
lotchana, Ougra, Bhlmaratha, Bhima, Virabàhou, Lo-
loupa, Dourmoukha, Doushpradharsha, Vivitsou , Vivata
etSoma. 2,837—2,838.
Les yeux enflammés de fureur, ils se portent ati-devant
de Bhimaséna, et, dérochant des flèches nombreuses, le
blessent de leurs coups réunis. 2,830.
Lorsque l'héroïque Bhimaséna 5 la grande force vit tes
enfants, le guerrier aux longs bras fondit sur eux avec la
rapidité de Garouda, en léchant les angles de sa bouche,
comme, nn loup au milieu des bestiaux. Le Pàndouide ^vec
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284
LE MAHA-BHARATA.
un kshourapra coupa la tête à Sénapati. 2,840—2,841.
Joyeux de ce premier succès, l’àrae allègre, le héros
aux longs bras fendit avec trois dards et plongea Djala-
sandha dans les demeures d’Yama. 2,842.
Après qu'il eut tué Soushéna, il décocha un bhalla
pour la mort d'Ougra et fit tomber sur la terre sa tête,
semblable à celle d'Indra, parée de boucles d’oreilles et
coiffée de son casque. Sept flèches du Pàndouide Bliltna
conduisirent à l’autre monde dans ce combat Virabàhou
avec son drapeau , ses chevaux et son cocher. 11 précipita
en riant, sire, dans les palais d’Yama !es deux rapides
frères Bhlma et Bhîmaratha. Il y conduisit avec un kshou-
rapra dans cette grande bataille Soulotchana, malgré les
efforts opposés de tous les guerriers. A la vue de ces
prouesses de Bblmaséna, ce qui restait de tes antres fils
s' enfuit du champ de bataille, chassé par la crainte, sous
les coups du magnanime. {De la stance 2,843 à la stance
2,849.)
Le Çàntanouide alors dit à tous ses vaillants héros :
« Voilà Bhlma irrité dans la bataille, qui fait mordre la
poussière à ces Dhritarâshtrides d’une grande vigueur,
qui en sont venus aux mains avec lui, parce qu’ils ont de
la science, parce qu’ils ont du courage, parce qu’ils sont
des héros. C’est un archer terrible : emparez-vous du
Pàndouide ! » 2,849 — 2,850.
A ces mots, tous les guerriers de Souyodhana se pré-
cipitèrent avec fureur contre Bhimaséna à la grande
force. 2,851.
Bhagadatta, monté sur un proboscidien ruisselant de
mada, fondit rapidement , souverain des hommes, vers
l’endroit où Bhlma l’attendait de pied ferme. 2,852.
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BHISHMA-P YRVA.
285
Il fit voler sur lui des flèches acérées dans la bataille;
il en masqua la vue dans ce combat, comme un nuage
couvre l’astre lumineux. 2,853.
Réfugiés sous la vigueur de son bras, les vaillants hé-
ros, de qui Vbhimanyou était le chef, ne purent supporter
cette éclipse de Bhimaséna. 2,85/i.
Ils couvrirent Bhagadatta de tous les côtés avec une
pluie de flèches épouvantable ; ils blessèrent en tous les
membres son éléphant avec une grêle de traits. 2,855.
Percé par cette averse de dards et par tons ces princes
sous des flèches marquées de signes différents, son élé-
phant du Pràgdjyotisha se montrait avec des blessures,
d’où le sang découlait, comme un grand nuage cousu avec
les rayons lumineux du soleil. 2,85(5 — 2,857.
Stimulé par Bhagadatta et ruisselant de mada, l’élé-
phant, ayant redoublé de vitesse, ébranlant la terre sous
ses pieds, courut sur tous ces guerriers, tel que la mort
envoyée par Yama. Quand ils virent ses formes gigan-
tesques, tous ces héros, pensant qu'elles étaient insoute-
nables, perdirent le cœur à cet aspect. Ensuite, d’une
flèche aux nœuds inclinés, ce prince, le plus vaillant des
hommes, frappa Bhimaséna entre les deux seins. Infini-
ment blessé par ce roi, je grand héros au grand arc, ses
membres enveloppés de stupeur, s’appuya sur la hampe
de son drapeau. Dès qu’il vit ces héros effrayés et Bhl-
maséna défaillant , l’auguste Bhagadatta de pousser un
cri de toute sa force. Aussitôt que cet état, dans lequel
son père venait de tomber, eut frappé les yeux de Gha-
totkatcha, (De lu stance 2,858 à lu stance 2,863.)
Le terrible Rakshasa irrité disparut à l’instant même
dans l’invisibilité, et, quand il eut produit une magie
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286
I.K MAHA-BHARATA.
épouvantable, quiajouta àlacraintedes gens eflravés déjà.
Il reparut dans un instant égal à la moitié d'un clin
d’œil. Il était revêtu d’une forme redoutable ; il était
monté sur Alràvata lui-même, création de sa magie.
Il était escorté par les autres éléphants de l’espace
éthérée: Andjana, Vâmanaet le très-brillant Mahitpadma.
Ces trois énormes pachydermes étaient montés par des
Rakshasas : ces corps géants, sire, versaient par trois issues
le mada en ruisseaux. 2, 863-2, 86â-2, 865-2, 866-2, 867.
Doués de force, de courage et d'audace, ils possédaient
une insigne valeur et une grande légèreté. Ghatotkatcha,
désireux de tuer Bhagadatla avec son éléphant, terrible
monarque, de précipiter son probo^cidien au milieu de la
bataille et les Rakshasas de pousser ainsi les autres pachy-
dermes. 2,868 — 2,869.
Les éléphants aux quatre défenses environnèrent ir-
rités les quatre plages du ciel ; ils percèrent de leurs
dents celui de Bhagadatta. 2,870.
Blessé par ces éléphants, en proie à la douleur, atteint
par les llèches, le proboscidien au son pareil à celui du
tonnerre de Çakra, jeta une immense clameur. 2,871.
Dès qu’il eut entendu le cri effrayant et très-épouvan-
table, que poussait l 'animal, Bhishma dit à Drona et au
monarque Souyodhana : 2,872.
« C'est Bhagadatta au grand arc, qui soutient un com-
bat avec le cruel fils de la Hidiuibâ ; il est tombé dans la
détresse. 2,873.
» Ce prince Rakshasa à la taille gigantesque est d’un
caractère extrêmement irascible : pour sûr ! ils sont enga-
gés dans un combat, ces deux guerriers égaux à la mort
d'Aama! 2,87/i.
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BH1SHMA-PARVA.
287
» (le que l’on vient d'entendre, ce sont les grands cris
d’allégresse des Pândouides et le son plaintif de son élé-
phant effrayé. 2,875.
» Allons donc, s’il vous plaît, sauver là ce roi : s’il
reste sans défense, il aura bientôt perdu la vie dans ce
combat! 2,87(J.
» Hàtez-vou3, guerriers à la grande vigueur; ne diffé-
rez pas, héros sans reproche 1 Cette bataille vaste, épou-
vantable, horripilante, elle s’accroît ! 2,877.
» Ce général est un fils de famille, un héros plein de
dévouement ! Le sauver, Impérissables, est un acte, qui
vous sied ! » 2,878.
A ces paroi s de Bhlshma, tous les rois de compagnie,
le Bharadwâdjide à leur tête, s’avancèrent, déployant une
légèreté suprême , là où était Rhagadatta, poussés par le
désir de le dégager. Mais, à peine les eurent-ils vus mar-
cher, les Pàntchàlains avec les Pândouides, sous les ordres
de Youdhishthira, suivirent les ennemis par derrière.
Quand l'auguste Indra des Rakshasas vit ces années,'
Il poussa une immense clameur, telle que le bruit de
la foudre. Aussitôt qu’il entendit son cri et qu’il vit com-
battre les éléphants, 2,87»— 2,880-2,881— 2,882.
Le fils de Çântanou, Bhlshma reprit la parole et dit au
Bharadwâdjide : « Je n’aime point, ce combat avec l’Hiin-
dimbide à l’âme cruelle. 2,883.
» II est pénétré de force et de courage ; il a maintenant
des alliés : il est impossible de le vaincre dans un combat,
fût-ce au Dieu môme, qui tient le tonnerre! 2,884.
» Ce combattant est parvenu à son but, et nos chevaux
sont fatigués ; nous sommes blessés et couverts de plaies
par les Pàntchàlains et les lils de Pàudou. 2,886.
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•288
LE MAHA-BHA1VATA.
» Je n'aime point ce combat avec les Pândouides vic-
torieux : qu’une suspension d'armes soit conclue aujour-
d hui; mais demain nous combattrons les ennemis. »
Les Kourouides furent heureux d'exécuter ainsi la pa-
role de leur auguste aïeul : et de cette manière ils purent
sortir du champ de bataille, harcelés par la crainte de
Ghatotkatcha. 2,886- -2,887.
Après leur départ, les Pândouides victorieux de pousser
leurs cris de guerre, mêlés aux sons des flûtes et des
conques. 2,888.
Tel fut, ce jour, éminent Bharatide, le combat
des Kourouides et des Pândouides, dont la gloire appar-
tint à Ghatotkatcha. 2,889.
Vaincus par les fils de Pândou et pleins de confusion,
les Kourouides, à l’heure de la nuit, se retirèrent à la hâte
dans leur camp. 2,890.
Les grands héros, fils de Pândou, les membres cou-
verts de blessures par les flèches, mais l’âme satisfaite
de ce combat, firent également, sire, la retraite dans leur
camp. 2,891.
Mettant au-dessus d’eux Bhîmaséna et Ghatotkatcha,
ils les honorèrent ,f Mahàrâdja , pleins d'une joie su-
prême. 2,892.
Ils jetaient différents cris, que les instruments de mu-
sique ornaient de leurs"sons harmonieux ; ils poussaient
des cris de guerre mê.'és aux accents des conques. 2,893.
Ges magnanimes fléaux des ennemis rentrèrent dans
leur camp à 1 heure de la nuit, proférant des clameurs,
ébranlant la terre, et touchant (1) les membres de ton
(1} Explication du commentaire.
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BH1SHMA-PAUVA.
281)
fils, vénérable monarque. Le roi Douryodhana, contristé
de la mort de ses frères, 2,894 •. 2,895.
Rêva un instant, sous le poids du chagrin, qui' lui ar-
rachait des larmes. Ensuite, quand il eut tout ordonné
dans le camp, suivant la règle, il se plongea de nouveau
dans ses pensées, consumé de tristesse et déchiré par le
malheur de ses frères. 2,890 — 2,897.
Dhritarâshtra dit :
» Une vaste crainte et un immense étonnement est
né dans mon esprit, Sandjaya, depuis que j’entends ra-
conter les exploits des fils de Pàndou, actions difliciles aux
Dieux mêmes. 2,898.
» Depuis que je t’ai entendu raconter la défaite de mes
fils entièrement , il m’est venu une grande pensée :
o Comment sera donc l’avenir? » me dis-je. 2,891).
» Pour sur, les paroles de Vidoura me brûleront le
cœur ; mais tout n'est pas vu de cette manière, Sandjaya,
san- l’intervention du Destin! 2,900.
» Des guerriers combattent dans les armées Pândouides,
les plus excellents kshalryas, des héros, à qui les astras
sont connus et qui ont Hliîskma pour chef. 2,901.
» Par qui les magnanimes fils de Pàndou à la grande
force ne peuvent-ils être mis à mort (1)? Qui leur accorda
cette grâce (2)? Par l’effet de quelle science obtenue ne
peuvent-ils descendre à leur couchant, comme des trou-
peaux d’étoiles au milieu du ciel? En vain, je tente sur
moi maints efforts, je ne puis supporter cette défaite de
mon armée par les fils de Pàndou. 2,902 — 2,903.
» Le Destin a fait tomber sur moi un châtiment de la
(!) Texte «le Bombay.
(2; Ibidem.
Vil
IV
200
LE M\H 1-KHAIUTA.
plus grande épouvante, en assignant le salut aux Pân-
douides et la mort à mes fils! 2,004.
» Raconte-moi tout cela suivant la vérité; car, vaillant
Sandjaya, je ne vois pas en cette infortune un rivage ul-
térieur. 2,005.
» 11 en est comme d’un homme, qui essaierait de tra-
verser la vaste mer à la seule force de ses bras. Je pense
que le malheur, tombé sur mes fils, est, pour sûr, infini-
ment terrible. 2,906.
» Bhlma immolera tous mes fils, je n’en fais aucun
doute : je ne vois pas un héros, qui puisse sauver mes
fils dans le combat. 2,907.
» La perte de mes enfants est assurée dans la bataille,
Sandjaya : c’est donc à moi surtout que touche cette af-
faire. 2,908.
» Veuille narrer tout à mes questions suivant la vé-
rité. Que fit Douryodhana, quand il vit les siens prendre
la fuite dans le combat? 2,909.
a Que firent Bhishma et Drona? Que fit Kripa, et
Djayadratha, et le fils de Soubala, et le Dronide au grand
arc, et Vikarna à la grande vigueur? 2,910.
u Ou quelle fut la résolution de ces magnanimes,
Sandjaya à la vaste science, alors que mes fils eurent
tourné le dos? » 2,911.
Écoute avec attention, répondit Sandjaya, et comprends
bien, sire, ce que tu as entendu. Les Pàndouides ne font
aucune action consacrée par le Mantra, ni aucune illusion
de telle sorte, ni rien, qui ait pour son but, sire, de jeter
simplement la terreur. Doués de vigm ur, ils combattent
sur le champ de bataille, suivant la droite raison.
2,912—2,913.
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HHISH.M A-PARV A.
291
Dans toutes leurs actions, la vie et les autres choses,
rejeton de Bharata, le grand mobile des Prithides, qui as-
pirent à une vaste renommée, c'est le devoir. 2,91 à.
Fidèles à ce devoir, pleins d’uue grande vigueur, ils
n’abandonnent pas le champ de bataille : environnés
d’une éminente prospérité, ils pensent que là où est le
devoir, là est aussi la victoire. 2,915.
Ce devoir, sire, ne peut ôter la vie aux Prithides dans
le combat : tes fils ont des âmes cruelles, qui trouvent
sans cesse leur satisfaction au milieu des péchés. 2,916.
Cruels, aux actions viles, ils sont abandonnés par lui
dans la bataille. Tes lils, monarque des peuples, comme
• des hommes méchants, ont fait ici plusieurs actes crimi-
nels en offense aux rejetons de Pàndou. Mais, sans tenir
nul compte de tous les péchés de tes fils, les enfants de
Pàndou se montrèrent toujours, frère ainé de Pàndou,
remplis d’affectiôn pour eux; et tes fils, souverain des
hommes, n'ont pas fait voir une grande estime en recon-
naissance. 2,917 — 2,918 — 2,919.
Qu’ils reçoivent donc le fruit très-épouvantable, pareil
à un fruit verd, de la conduite coupable, qu’ils ont tou-
jours tenue à leur égard. 2,920.
Mange-le donc avec tes fils, sire, avec tes amis, ce
fruit de n’avoir pas su reconnaître que tes amis cherchaient
à retenir tes pas. 2,021.
Arrêté plus d’une fois par Vidoura, pr.r Bhîshma, par
le magnanime Drona et par moi-même, lu ne t’en es pas
aperçu. 2,022.
Tu n’as pas senti leur parole utile et convenable, comme
un simple salutaire ; et, adoptant le sentiment de tes fils,
tu as vu déjà les Pàndouides vaincus. 2,923.
292
LE MAHA-IWARATA.
Écoule «le nouveau ma réponse, suivant la vérité, aux
questions, que tu nie poses, f> le plus vertueux des Bhara-
tides, la cause, qui donne la victoire aux fils de Pàndou.
Je vais te raconter, dompteur des ennemis, comme je
l'ai entendue, cette chose, sur laquelle Douryodhana in-
terrogea naguère ton ayeul. 2,92à — 2,925.
Quand il vit tous ses frères vaincus dans le combat,
malgré leur éclatant héroïsme, il vint à l’heure de la nuit,
le cœur délirant de chagrin, trouver avec modestie ton
savant ayeul. Écoute de ma bouche, souverain des hom-
mes, ce que lui adressa ton fils. 2,926 — 2,927.
« Drona et toi, dit-il, Çalya, Kripa et le Dronide, Kri-
tavaman, Hârddikya et le roi de Kambodje d’une grande
urbanité, Bhoûriçravas, Vikarna et le vigoureux Bhaga-
datta, vous êtes tous appelés de grands héros, des fils de
famille, qui avez fait pour moi le sacrifice de votre vie.
2,928—2,929.
» Ils sont de pair avec les trois mondes : voilà mon
sentiment, et cependant tous, ils ne tiennent pas devant la
valeur des fils de Pàndou. 2,930.
» I)e là il me vient à l’esprit un grand doute. Réponds
à mes questions : dis-moi, sous le bras de qui abrités, les
fils de'Kountî obtiennent de nous vaincre à chaque pas. »
« Écoute, sire, lui répondit Bhishma, la parole, que je
vais te dire. Nombre de fois, je t’ai parlé, rejeton de Kou-
rou, et jamais tu n’as fait ce que je t’ai conseillé.
2,931—2,932.
» Que la paix soit faite avec les fils de Pàndou, auguste
et très-excellent rejeton de Bharata. Elle me semble
convenable, et pour la terre, et pour toi. 2,933.
» Savoure cette terre dans le bonheur et dans la com-
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BHJSHMA-PARVA.
293
pagnie de tes frères; rassasie tes amis et répands la joie
parmi tes parents. 2,934.
» Jadis tu n’as point voulu entendre mes cris, et voici
que tu recueilles ce fruit de tes mépris pour les Pàn-
douides. 2,935.
» Écoute de ma bouche, qui le raconte, auguste Mahâ-
râdja, pour quelle raison ces héros aux œuvres infatigables
ne peuvent être frappés de mort. 2,936.
» Il n'a jamais existé dans les inondes, il n’existe pas
et il n'existera jamais un homme, qui puisse vaincre les
Pàndouides, que défend tous l'archer du Çârnga. 2,937.
» Mais écoute selon la vérité, 6 toi, à qui le devoir est
connu, un chant des Pourânas, qui me fut raconté par des
solitaires à l’àme méditative. 2,938.
» Jadistousles Dieux et les rishis, s’étant réunis, vinrent
trouver le Pitâmaba Vishnou sur le mont Gandhamàdana.
» On vit le Pradjâpati doucement assis au milieu
d'eux : son char éminent, flamboyant de lumière, était
placé dans les cieux. 2,939 — 2,940.
» Brahma, lui ayant fait connaître par sa pensée ce
qu’il voulait, lui adressa dévotement l'andjali et, d’une
âuie joyeuse, il dirigea son adoration vers l’Homme, ce
maître suprême. 2,941.
» A l’aspect de l’Être saint, qui se tenait dans les airs,
tous les rishis et les Dieux, debout, les mains réunies
au front, contemplèrent cette grande merveille. 2,942.
» Après qu'il eut régulièrement accompli son hommage,
Brahma, à qui le devoir est bien connu, le meilleur des
êtres, qui possèdent une voix articulée , le créateur du
monde, lui dit ces paroles excellentes : 2,943.
« Tu es Viçvavasou , la forme de toutes choses, le
294
LE MARA-BHARATA.
maître de tout, Viçvakséna, le sage Viçvakarma et le Va-
soudévide, seigneur de l’univers ! Je me réfugie donc vers
toi, qui es le Dieu par excellence, âme de l’yoga. 2,9 44.
» Victoire à toi , grand Tout ! Victoire à toi , qui te complais
dans le bien du monde! Victoire à toi, auguste souverain
des Yogis ! Victoire à toi, le passé et l’avenir de l’voga !
» Victoire à toi. Dieu au nombril de lotus, aux grands
yeux, le seigneur des seigneurs du monde! Victoire à toi,
protecteur de ce qui est, de ce qui fut, de ce qui sera, fils
du fils de Saâumya ! 2,945 — 2,946.
» Victoire à toi, support de qualités innombrables ! la
voie suprême de tout ! Victoire à toi, Nârâyana, rivage
bien difficile à atteindre ! héros armé de l’arc Çàrnga !
» Victoire à toi, Dieu, qui es doué de toutes les qua-
lités, qui as toutes les formes, qui es affranchi de mala-
dies ! Victoire à toi, Dieu aux longs bras, seigneur de
tout l’univers, dévoué aux intérêts du monde !
» Victoire à toi, auguste Harikéça, serpent immense,
le premier des sangliers, Harivâsa, seigneur des plages,
habitation de toutes les choses, incommensurable, infini !
» Hommage te soit rendu, lieu sans mesure de toutes
les choses distinctes et indistinctes, Dieu aux sens com -
primés! Victoire à toi, Déité profonde, à qui sont connues
les qualités innombrables de l'âme, toi, qui accomplis ce
que l’on désire! 2,947 — 2,948—2,949 — 2,950.
• Tu sais pour l’éternité l'infinie science sacrée, ô toi,
qui as le discernement de tous les êtres, qui as accompli
tout ce que tu avais à faire, de qui la science est consommée,
qui connais la vertu et qui portes avec toi le bonheur!
b Victoire à toi , qui as la science de toutes les
créatures, seigneur du monde, suivant la vérité, âme des
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BHISHMA-PARVA.
206
êtres, de qui l’âme est un mystère, qui es l'âine de tous
les yogas et sous les yeux de qui se manifeste la nais-
sance de tous les êtres. 2,951 — 2,952.
» Victoire «A toi, qui regardes avec mépris les affections
du cœur, ami de la caste des brahmes, être éminemment
saint, cause première des âmes , adonné à l’abréviation
du Kalpal 2,953.
n Toi , qui mets ton plaisir dans la création de la
création, seigneur de 4’ amour, souverain maître , nais-
sance de l’ambroisie, sainte nature, feu de T Youga, dona-
teur de la victoire! 2,956.
» Seigneur du Pradjâpati, Dieu à la grande force, au
nombril de lotus , grand Être, le produit de toi-même,
Être doué des principes de l'action , victoire soit toujours
à toi ! 2,955.
» Tes pieds sont la divine terre, les plages du ciel sont
tes bras, les deux sont ta tête; moi, je suis ta forme; les
Dieux sont ton corps; tu as pour tes yeux le soleil et la
lune. 2,956.
» La force, la patience et la vérité sont les filles des
actes de ta piété ; le feu est ta splendeur, le vent ta res-
piration, et les eaux naissent de ta sueur. 2,957.
» Les deux Açwinssont tes oreilles invariables, ta sainte
langue est la Sarasvati ; les Védas sont tes parures, et
tout cet univers, qui s'appuie sur toi, est ton habita-
tion. 2,958.
» Seigneur de l’yoga et des Yogis, nous ne connais-
sons, ni ton nombre, ni ta grandeur, ni ton énergie, ni ta
splendeur, ni ta force, ni ta naissance. 2,959.
» Nous, qui trouvons du plaisir dans la dévotion en
toi. Dieu Vishnou; nous, qui allons â toi par les péui-
298
LE MAHA-BHARATA.
tences, nous honorons sans cesse le grand souverain , le
suprême seigneur; 2,980.
» Rishis, Dieux, Gandharvas, Yakshas, Rakshasas, grands
reptiles, Piçàtchas, hommes eux-mêmes, quadrupèdes ,
volât i les et serpen ts. 2,961.
» Né de ta grâce, le premier en chaque espace fut ainsi
créé par moi sur la terre. Dieu aux grands yeux, au nom-
bril de lotus, Krishna, destructeur de la peine. 2,962.
» Tu es la voie, tu es le guide de tous les êtres; tu es
la bouche du monde ; les Immortels, grâce â toi, souve-
rain des Dieux, goûtent sans cesse le bonheur. 2,963.
» ("est ta faveur, Dieu, qui toujours tint la crainte
éloignée de la terre : sois donc. Immortel aux grands
yeux, l'amplificateur de la race d'Yadou. 2,96â.
» Verse donc en moi la science pour la conservation du
monde, seigueur, la mort des Daityas et le rétablisse-
ment de la vertu. 2,965.
» Ne dois-je pas à ta grâce de te chanter, suivant la
vérité, auguste Vasoudévide, ce premier des mystères?
» Après que lu eus produit de toi-même, Krishna, le
Dieu Sankarshana lui-même, tu as tiré de ta propre sub-
stance Pradyoumna, ton lils (1). 2,966 — 2,967.
» De Pradyoumna est né Anirouddha, que l’on sait
être l'éternel Vishnou, et moi je fus amené à la vie par
Anirouddha, moi Brahma, le soutien du monde. 2,968.
» Fait du Vasoudévide, je suis créé par toi. Après que
tu m’as tiré d’une partie de toi-même, revêts-toi, sei-
gneur, d’un corps humain. 2,969.
« Ayant exécuté ici la mort des Asouras pour le
(1) Texte de Bombay.
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BH1SHM V-P \KVA.
297
bonheur ihi moiide en ier, rétabli la vertu et acquis d.- la
renommée , tu obtiendras entièrement l’absorption en
l’Être absolu. 2,970.
» Pleins de foi en tels ou tels de tes noms, les rishis et
les Dieux te chantent dans le monde, comme la plus su-
blime des merveilles, ô toi, de qui l’énergie est sans me-
sure. 2,971.
» Toutes les multitudes des êtres sont placées en toi,
qui leur as fait cet asile. Les brahmes disent, Dieu aux
bras charmants, que tu es le donateur des grâces, l’voga
sans rivage, l’Être sans commencement, ni milieu, ni
fin. » 2,972.
» Ensuite le fortuné Bhagavat, qui commande aux sei-
gneur-; des mondes, répondit à Brahma ces paroles d’une
voix profonde et bienveillante : 2,973.
« Je sais, mon fils, par mon union avec toi , tout ce
que tu désires ; il en sera ainsi. » A ces mots, il disparut à
l’instant même. *2,974.
» Alors tous les Gandharvas, les rishis et les Dieux,
frappés de curiosité et saisis du plus grand étonnement,
dirent à l’ayeul suprême des créatures : 2,975.
« Quel est donc cet Être, qui fut loué par ta révé-
rence, seigneur, avec des paroles heureuses, et devant qui
elle s’inclinait avec modestie ; nous désirons l'apprendre. »
n A ces mots, le bienheureux aveul des mondes répon-
dit avec une voix douce à tous les Gandharvas, les brab-
marshis et les Dieux : 2,97(5 — 2,977. ,
a C'est le seigneur, qui est l'âme des êtres; c’est la
science sacrée, qui est le paradis : ce qui est au-dessus de
celui-ci doit être infailliblement, et ce qui est plus haut
que ce dernier ne peut manquer d’être lui-même. 2,978.
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298
LU MAHA-BHARATA.
d J’ai tiré mes informations de ce Dieu à l'âme placide;
j'ai supplié le seigneur du monde qu'il voulût bien envi-
ronner ce monde de sa bienveillance. 2,979.
n Descendu dans le monde des hommes, Vasoudévide,
— ce sont les paroles, que je lui fis entendre, — renais
sur la surface de la terre pour la mort des Asouras.
» Ces Rakshasas, ces Dânavas, ces Daltyas, qu’il faut
immoler dans le combat, sont déjà nés parmi les hommes
avec une grande vigueur et des formes effrayantes.
» Entré dans une matière humaine pour leur mort, ro-
buste Dieu, tu te promèneras sur la face de la terre, ac-
compagné de Nara. 2,980 — 2,981 — 2,982.
» Nara et Nâràyana, ces deux antiques et éminents
rishis, sont invincibles dans un combat, fût-ce même aux
Immortels réunis. 2,983.
» Nés de compagnie dans le monde des hommes avec
une splendeur infinie, ces esprits délirants ne reconnaî-
tront pas en eux les deux rishis Nara et Nâràyana. 2,984.
» Il faut vous rendre propice ce Vasoudévide, le maître
du inonde entier, le souverain seigneur de tout l’univers
et de qui moi, Brahma, je suis le fils. 2,9Sâ.
« Ainsi il est un homme ! » diront peut-être les plus
grands des Dieux. Vous ne devez pas le mépriser , car sa
force est grande, armé de la massue, du disque de guerre
et de la conque. 2,986.
» Voilà le plus grand des mystères, le plus grand des
rangs, le plus grand des Védas, la plus grande des re-
nommées. 2,987.
» C’est là ce qui est indistinct, -impérissable, éternel ;
c’est là ce qui est chanté sous le titre de l’Homme et qui
n’est pas connu. 2,688.
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BH1SH M A-P A K V A.
\
299
\
» C’est la première splendeur, la première félicité, la
première vérité, racontée par Viçvakarma. 2,989.
» Tous les Démons et tous les Dieux avec Indra ne
doivent donc pas mépriser le Vasoudévide à la force sans
mesure, parce qu’ils ont dit : « Seigneur, c’est un
homme ! » 2,990.
» Quiconque à l’intelligence étroite dirait de Hrishî-
kéça : « Ce n’est qu’un homme ! » on pourrait l’accuser
d’être le dernier des hommes! 2,991.
• » Quiconque mépriserait le Vasoudévide, ce magna-
nime Yogi, incarné en des membres humains, on lui re-
procherait d'être enveloppé de la qualité tamas. 2,992.
» Si l’on ne peut distinguer le Dieu au nombril de lo-
tus, l’âme des êtres mobiles et immobiles, d’une éblouis-
sante splendeur et qui porte la marque du Çrivatsa, les
peuples disent qu’on est environné de l’obscurité. 2,993.
« Qui méprise le magnanime, coiffé d’une tiare, paré
du Kaàutstoubha et qui répand la terreur parmi les enne-
mis, se plonge en des ténèbres épouvantables. 2,99â.
» Ceux, qui sont parvenus à ce principe de vérité :
« Le Vasoudévide est le seigneur des seigneurs de tous
les mondes : il doit recevoir les adorations de tous les
mondes ! » deviennent les plus grands des Dieux. »
» Quand il eut jadis parlé de cette manière aux chœurs
des rishis et aux Dieux, quand il eut créé tous les êtres,
le vénérable Dieu retourna dans son palais.
2,995—2,990.
» Les Apsaras, les anachorètes, les Gandharvas et les
Dieux s’en revinrent joyeux au ciel, après qu’ils eurent
entendu ce récit, que Brahma leur avait chanté. 2,997.
» 11 fut écouté aussi par ,moi, mon (ils, dans l’assem-
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300
LE MAHA-BHARATA.
blée des rishis à l’âme méditative, qui s’entretenaient de
l’antique Vasoudévide. 2,998.
» Prince, habile dans la science recueillie par l’oreille,
j’ai entendu ce récit de Râma le Djamadagnide et du sage
Màrkandéya, de Vyâsa et de Nàrada lui-même. 2,999.
» Lorsque j'eus entendu et que j’eus appris ce mystère
sublime, éternel, que le magnanime Vasoudévide était
l’auguste seigneur des mondes, 3,000.
» De qui Brahma, le père de l'univers entier, serait
le fils, comment ce Vasoudévide, me dis-je, ne mériterait-il •
pas les adorations et les sacrifices des hommes ? 3,001.
» Je fus jadis arrêté, mon fils, par les rishis à l’âme
méditative : « N’engage pas un combat, m'ont-ils dit, avec
ce Vasoudévide, ineffable archer. >* 3,002.
« Je fais la guerre avec les Pàndouides ! » m’objecteras-
tu. A mon avis, tu es un cruel Rakshasa et ton âme est
environnée d’obscurité, puisque tu ne te réveilles pas de
ton délire, suivant la vérité. 3,003.
» Tu enveloppes donc en ta haine Govinda et Dhanau-
djaya, le fils de Pândou : quel autre homme pourrait haïr
ces deux divinités, Nara et Nàrâyana ? 3.004.
» Aussi te dis-je à toi, sire : c’est lui, qui est le héros,
le père, le support assuré, impérissable, éternel, toujours
fait pour l' univers entier. 3,005.
« (l’est lui, qui soutient les trois mondes, avec les
choses mobiles et .immobiles, qui est l’auguste instituteur,
le combattant, et la victoire, et le vainqueur, et le souve-
rain, qui commande 5 toute la nature. 3,000.
•> 11 est composé du bien, sire, sans mélange de passion
et d'ignorance. Là où est Krishna est le devoir ; où est le
devoir est aussi la victoire. 3,007.
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BHISÏIM Y-PAKVA.
301
» Les fils de Pàndou sont soutenus par l’alliance, qu’ils
ont faite avec lui et par son union avec la grandeur : la vic-
toire, sire, elle sera pour eux. 3,008.
» Quiconque possède l’intelligence des Pândouides,
toujours unie an parti le plus sage, celui-là éloigne toujours
dans un combat les dangers, qui menacent une année.
» Celui, qui est nommé le Vasoudévide et sur lequel lu
m’interroges, c’est le Dieu éternel, formé de tous les
êtres ; c’est Çiva lui même. 3,009 — 3,010.
u Distingués par de bonnes qualités, les brahmes, les
kshatryas, les vaiçyas et les çoûdras le servent et l’ho-
norent par les travaux toujours convenables de leur
caste. 3,011.
» A la fin du cycle Dvvàpara, au commencement de
l’âge Kali, le Vasoudévide (1), chanté parSankarshana,
revêtu d’une forme Sâtwatide, crée mainte et mainte fois,
à chaque youga. son habitation dans un corps humain,
des villes, séparées des forêts et de la mer, tout le monde
entier des mortels et des Dieux. » 3,012 — 3,013.
« Tu viens de me raconter, reprit Douryodhana, le
Vasoudévide, cette grande merveille du monde ; je désire
connaître mon ayeul, sa venue en ce monde et son habi-
tation. » 3,01 A.
« Le Vasoudévide, la grande merveille du monde, lui
répondit Bblshma, est le Dieu de tous les Dieux : on ne
voit rien de supérieur, excellent Bharatide, à Pounda-
rikaksha. 3,01 5.
» Màrkandéya raconte qup le Vasoudévide est la grande
merveille, qu’il est tous les êtres, l’ânie des êtres, magna-
nime et l’hommepar excellence. 3,010.
(1} Texte de Bombay.
302
LE MAHA-BHARATA.
» Il fit ces trois choses, la lumière, le vent et l’eau ; et,
quand il eutcréé la terre, l'august Dieu, souverain de tous
les mondes, étendit sa couche au milieu des eaux ; et le
magnanime Dieu, revêtu de toutes les splendeurs, s’y en-
dormit dans l'absorption en l'Être absolu. 3,017 — 3,018.
» L’impérissable créa le feu de sa bouche, le vent de
sa respiration, la parole et les Védasdesa pensée. 3.010.
» 11 créa les mondes, les Dieux et les chœurs des saints,
la mort des choses inanimées et le trépas des êtres doués
de la vie, la naissance pour eux et même la bonne for-
tune. 3,020.
» Il est le donateur des grâces ; il accorde tout ce que
l’on désire; il connaît la vertu, il est la vertu même ; il est
l’agent et la chose faite, le Dieu, qui a la vie par lui-
même (1). 3,021.
» Il est le passé, le présent et l’avenir. L’impérissable
et magnanime seigneur produisit d’abord le créateur de
l’univers. 3,022.
» 11 fit ensuite Sankarshana, l'aîné de tous les êtres, et
le Dieu Çésha, que l’on connait encore sous le nom d’A-
nanta, C infini, 3,023.
» Qui supporte les êtres la terre et ses montagnes. 11 a,
dit-on, une grande puissance, parce qu’il a répandu la
richesse, grâce à la force de sa méditation. 3,024.
» Ce récit coule du fleuve de l’oreille, que Pouroushot-
tama (2), un jour qu’il donnait à Brahma l’hospitalité,
immola le grand et terrible Asoura, appelé Madhou, aux
actions effrayantes et qui avait conçu d’horribles desseins.
(1) Texte de Bombay.
(2) C'est-à-dire, le plus grand des hommes : un dea fturnoms de KrUlina
ou de Vi*hnou.
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BHISHMA-PAKVA.
303
C’est de la mort, donnée à ce Démon, que les hommes,
les saints, les Dànavas et les Dieux, mon fils, ont sur-
nommé Djanârddana le Meurtrier de Madhou ; on l’ap-
pelle aussi le Sanglier, le Lion, le Seigneur, qui mesura
trois pas dans sa marche. 3,025 — 3,026 — 3,027.
»Hari est le père et la mère de tous les êtres animés; car
il n’a jamais existé et il n’existera jamais un être supé-
rieur (1) à Poundarîkaksha. 3,028.
» 11 a créé les brahmes de sa bouche, sire, les ksha-
tryas de ses bras, les vaiçyas de ses cuisses et les çoû-
dras eux-mêmes de ses pieds. 3,029.
» — Que l'homme, comprimé par la pénitence, obtienne
la grandeur, en parcourant dans sa pensée le Dieu
chevelu sous ses trois formes, la sainte règle des âmes
revêtues d’un corps, devenu Brahma à la nouvelle luneet
devenu l’yoga même, quand elle remplit son orbe de lu-
mière. — Kéçava, la suprême splendeur, est le souverain
ayeul de tous les mondes. 3,030 — 3,031.
» Les anachorètes disent qu’il est Hrishîkéça : sa-
che (2), monarque des hommes, que c’est un maître, un
père, un instituteur spirituel. 3,032.
■ » Les mondes, exempts de la mort, sont conquis par
l’homme, à qui Krishna sourit : est-on dans une situation
périlleuse, qu’on ait recours à la protection de Kéçava.
» Lajoie accompagnera l'enfant de Manou, qui aura
le bonheur de lire ceci : les hommes, qui s’inclinent devant
Krishna, ne tombent pas dans la défaillance de l’esprit.
3,033 — 3,034.
(1) Teite de Bombay, qui écrit plus convenablement paran , au lieu de
Hart, pour la deuxième foia, qui entrave le seas daus l'édition de Calcutta.
(2) Texte de Bombay.
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304
LE MAHA-BHARATA.
» Djanârddana no manque jamais d’étendre sa protec-
tion sur ceux, qui sont précipités dans un profond p'ril.
Convaincu de toutes ces choses, Bharatide, suivant la
vérité, Youdhishthira s’incline de toute son âme, sire,
devant la protection du grand Dieu, de kéçata, le maître
du monde, le souverain de la terre (1) et le seigneur des
Yogis. 3,035 — 3,030.
» Écoute de ma bouche, grand roi, cet éloge, que
Brahma lit entendre et qui fut jadis rapporté sur la terre
par les brahmarshis et les Dieux. 3,037.
» L’auguste souverain du roi des Dieux, des Immortels
et des Sàdhyas, t’a dit Nàrada, connaît la nature du créa-
teur de l’univers. 3,038.
» 11 est le passé, le présent et l’avenir, ajoute Mârkan-
déya; il est le sacrifice des sacrificateurs et la pénitence
des ascètes (2) . 3,030.
» Tu es parmi les Dieux, a dit sur lui Dwatpàyana, le roi
des Dieux ; suivant ce que rapportent nos devanciers, tu
étais, dans les créations des êtres, le Pradjàpali Daksha.
» Angiras déclare ensuite que tu es le créateur de tous
les êtres ; que l’indistinct pour toi est placé au-dessus des
corps et que le distinct se tient pour toi dans les âmes.
3,040—3,041.
» Dévala reconnaît que lu es la divine parole et les
causes de tout; que ta tète s’élève jusqu’au ciel et que la
terre est contenue dans tes deux bras. 3,04'2.
» Les trois mondes sont renfermés dans ton ventre ; tu
es l'Homme éternel ; les hommes façonnés par la péni-
tence distinguent en toi le Destin. 3,043.
(1 — 2; édition de Bombay.
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BH1SHMA-PA11VA.
305
» Tu es le plus excellent des rishis, rassasiés de ta vue,
et des nobles radjàrshis, qui ne détournent jamais la face
dans les combats. 3,044.
» Meurtrier de Madhou, tu es, dit-on, la voie des pre-
miers de tous les de voit s; tu es le premier des hommes,
et tu es conçu sans cesse dans les lyogas. 3,045.
» Enfin, Hari fut loué et fut honoré par Sanatkoumàra
et ses disciples. Je viens de te raconter, mon (ils, en détail
et en abrégé, la vérité sur kéçava. Mets en lui ta joie la
plus grande. » 3,046 — 3,047.
Ce saint récit, reprit Sandjaya, remplit ton fils,
grand roi, d’une profonde estime pour Kéçava et les héros
Pândouides. 3,048.
Bhlshma, le fils de Çàntanou, lui dit encore, grand
roi : « Tu as entendu, suivant la vérité, la grandeur du
magnanime Kéçava et celle de Nara, sur lesquels tu m'in-
terroges. C'est à cause de cela que ces deux Déités, Nara
et Nàràyana, sont descendues naître parmi les hommes.
3,049—3,050.
» Ces deux héros invincibles ne peuvent être vaincus
dans les combats, comme il est impossible à qui que ce
soit de porter la mort aux Pândouides dans la guerre.
• Krishna ressent une vive affection pour les illustres
Gis de Pândou ; aussi te dis-je, Indra des rois : « Conclus
la paix avec ces Pândouides. 3,051 — 3,052.
» Sage, savoure la terre avec tes robustes frères ; au-
trement, si tu méprises Nara et Nàràyana, ta perte est
assurée. » 3,053. *
Après ces mots, ton père, souverain des hommes, garda
le silence ; il congédia le prince et rentra dans son camp.
Douryodhana lui-inême, ayant rendu ses hommages au
vu 20
LE M AHA-BHAH ATA.
SOO
magnanime, se dirigea vers son camp et passa toute cette
nuit dans le sommeil, taureau des Bharatides, en sa couche
éclatante. 3,054 — 3,055.
Aussitôt que la nuit se fut éclaircie aux premières
lueurs de C aube et que le soleil se fut levé, les deux
armées, grand roi, de s’avancer pour le combat. 3,056.
Ils coururent, bouillants de colère, avec le mutuel désir
de la victoire. Par suite de tes funestes conseils, sire, les
Pândouides et les Dhritarâshtrides arrêtèrent, tous de
concert, des regards irrités, les uns sur les autres. Les
combattants, revêtus de cuirasses et pleins d'ardeur, se
disposèrent en ordre de bataille. 3,057 — 3,058.
Bhlshuia de tous les côtés observa l’ordre Makara, et
les Pândouides, sire, arrêtèrent également une disposition
pour eux-mêmes. 3,059.
Dévravrata, ton père, le plus excellent des maîtres de
chars, sortit, puissant roi, environné d'une grande multi-
tude de chariots. 3,060.
Tous les autres, fantassins, cavaliers, propriétaires de
chars ou d'éléphants, sortirent réunis, chacun ferme dans
la place, qui lui était assignée. 3,061.
Quand il les vit marcher tous eu avant, eux et les illus-
tres fds de Pândou, le monarque invincible dans les
batailles rangea son armée suivant l’ordre du vautour ou
de Garouda. 3,062.
Bhlmaséna à la grande force brillait dans son bec;
l’inaflrontable Çikhandl et Dhrishtadyoumna le Prishatide
formaient ses deux yeux. 3,063.
L’héroïque Sâtyaki au courage infaillible fut mis dans
sa tête : le Prilhide, faisant vibrer l'arc Gàndlva. entra
dans son cou. 3,064.
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BHISHMA-PAHVA.
307
Le magnanime Droup.tda, accompagné de la fortune
dans la guerre, était avec son (ils l'aile gauche de ce
puissant oiseau. 3,005.
Le Kalkéyain, général d'armée, en fut l’aile droite : la
croupe se composait du vaillant Soubhadride et des cinq
fils de Draâupadî. 3,000.
Le fortuné roi Youdhishthira, héros charmant par la
vaillance, prit, avec ses deux frères et les jumeaux, posi-
tion au dos du volatile. 3,007.
Entré dans le Makara par sa gueule, Bhlmaséna de
s’avancer vers Bhtshma et de l’ensevelir sous ses (lèches
dans le combat. 3,068.
L’énergique Bhtshma fit tomber sur lui ses grands
projectiles et répandit le trouble dans cette cruelle bataille
au milieu de l'ordre guerrier des fils de Pândou. 3,069.
Tandis que la confusion régnait dans l’armée, Dha-
nandjaya, s'empressant d’accourir, blessa avec un millier
de .lèches Bhtshma sur le front de la bataille. 3,070.
Puis, quand il eut paralysé (1) les traits, décochés
par Bhtshma dans la guerre, il se tint de pied ferme au
combat avec son armée, dont il avait ressuscité l’ar-
deur. 3,071.
Le plus fort des vigoureux, l’héroïque roi Douryodhana
dit avec hâte au fds de Bharadwâdja, la première fois
qu’il vit dans la bataille ce carnage épouvantable de son
armée et la mort de se3 frères : « Atchàrya, tu as toujours
embrassé mes intérêts avec amour, anachorète sans péché.
3,072—3,073.
* Appuyés sur toi et sur Bhtshma, notre ayeul, nous
(!) Texte de Bombay*
308
LE M AHA-BHAR ATA.
prétendons vaincre dans nn combat les Dieux eux-mèmes :
il n’y a là-dessus aucun doute. 3,07A.
» A plus forte raison vaincrions-nous ces fils de Pàndou,
vils par le courage et la vigueur! Déploie donc tes efforts,
s’il te plaît, pour que les Pândouides trouvent ici la
mort. » 3,075.
A ces mots de ton fils dans la bataille, Drona de ses
flèches enfonça l'armée des Pândouides sous les yeux
mômes de ce roi. 3,076.
Mais Sâtyaki d’arrêter aussitôt Drona. Alors eut lieu,
Bharatide, un combat causant l’épouvante et semant
la plus grande terreur. 3,077.
L’auguste Baradwàdjide irrité frappa, comme en riant,
le Çinide à la clavicule du cou avec dix traits. 3,078.
Sauvant Sàtyaki de la fureur du Baradwàdjide, le plus
excellent de tous ceux, qui portent les armes, Bhlmaséna
en colère de blesser Drona. 3,079.
Ensuite Drona, Bhîshuia et Çalya courroucés, vénérable
monarque, couvrirent de leurs flèches Bhlmaséna. 3,080.
De leurs traits acérés, Abhimanyou irrité et les cinq
fds de Draàupadî les blessèrent tous, les armes levées à la
main. 3,081.
Dans cette terrible bataille, Çikhandi au grand arc se
porta à la rencontre de Bhtshma et de Drona, ces deux
héros à la grande force, qui accouraient avec colère.
Ayant saisi un arc puissant, qui avait le son du ton-
nerre, le guerrier fit tomber sur eux une pluie de flèches,
qui éclipsa le soleil. 3,082 — 3,083.
Tout à coup l’aïeul des Bharatides, qui s'était approché
de Çityandt, s’éloigna de lui dans ce combat, se rappe-
lant qu’il fut une femme. 3, OSA.
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BH1SHMA-P USVA.
309
Excité par ton fils à défendre Bhtshma, Drona, puissant
roi, s’élança alors au combat ; 3,085. •
Et Çikhandl, s'étant approché de ce héros flamboyant
comme le feu à la fin d'un youga, se retira devant ce guer-
rier, le plus excellent de tous ceux, qui portent les armes.
Puis, ton fils, souverain des hommes, s’étant avancé
vers Bhlshma et désirant une gloire éminente, le défendit
avec une grande vigueur. 3,086 — 3,087.
Mais les Pàndouides, mettant Dhanandjaya à leur tête,
sire, marchèrent contre Bhlshma, ayant conçu une forte
opinion de la victoire. 3,088.
Ce fut, comme dans le combat des Dànavas avec les
Dieux, une grande chose, qui tenait du prodige, où les
hommes désiraient dans le combat la victoire et la renom-
mée. 3,089.
Désirant sauver tes fils et par la crainte de Bhîmaséna,
le fils de Çântanou, Bhlshma de livrer une bataille confuse.
Dans la matinée, il s’éleva, sire, un combat très-épou-
vantable de rois, qui détruisit les premiers héros des Kou-
rouides et des fils de Pàndou. 3,090 — 3,091.
Tandis que ce conflit troublé d’une grande terreur s’a-
gitait, il surgit un bruit tumultueux, qui alla toucher au
plus haut du ciel. 3,092.
Le barrit des éléphants, les hennissements des chevaux,
les sons des tambours et des conques produisirent en se
mêlant un affreux brouhaha. 3,093.
Doués de grandes forces, pleins de courage, désirant la
victoire, ils l’appelaient avec des menaces les uns contre
les autres, comme des taureaux dans l'enceinte d’une
étable. 3,09â.
Les tètes abattues dans le combat sous les traits acérés
310
LE MAHA-BHARATA.
semblaient, éminent Bharatide, une pluie de pierres, qui
tombe du ciel. 3,095.
On voyait jetées sur le sol des têtes flamboyantes d'or,
qui portaient des turbans et des boucles d’oreille. 3,096.
La terre était couverte de tètes ornées de pendeloques,
de mains avec des anneaux, de membres mutilés par les
flèches, d’autres corps , qui étaient revêtus de la cuirasse,
de bras avec leurs parures, de bouches semblables à des
lunes et d’yeux fermés par la mort. 3,097—3,098.
Dans un moment, toute la terre fut remplie de toutes
sortes [de membres, seigneur, détachés des hommes, des
chevaux et des éléphants. 3,099.
Le son des armées était égal an bruit du tonnerre, sous
des nuages épais de poussière, que perçaient les éclairs
des flèches. 3,100.
C’était un combat tumultueux : des flots de sang ruis-
selaient impétueux des blessures, que se portaient les
Kourouides et les Pândouidcs. 3,101.
Au milieu de ce fracas épouvantable, bien horrible et
qui faisait se hérisser le poil d’épouvante, les kshatryas,
pleins de la cruelle ivresse des batailles, ouvrirent des
pluies innombrables de traits. 3,102.
Là, criaient les éléphants, qui, tourmentés par l’averse
cuisante des flèches, couraient à l’envi çà et là. 3,103.
11 était impossible de rien distinguer par la colère et
l’énergie des vaillants guerriers, et par le bruit des arcs
sur le gantelet. 3,104.
Ailleurs, impatients de tuer leurs ennemis, on voyait
des guerriers courir au milieu des ruisseaux de sang et
parmi les tronçons de corps dressés de tous côtés. 3,105.
Les héros à la vigueur sans mesure, aux bras comme
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BHISHM \-PAR\ A.
311
des massues, se frappaient l’un l’autre dans le combat
avec des cimeterres, des pilons, des tridents et des flèches.
Les éléphants, qui n’étaient plus guidés par le croc aigu,
erraient en proie à la douleur des flèches; les chevaux,
dont les cavaliers avaient perdu la vie, couraient çà et là
par les dix points de l’espace. 3,10(5 — 3,107.
D'autres s’élancent et tombent, accablés par le coup
d'une flèche. On voyait étendus les guerriers de ta cause,
ô le plus excellent des Bharatides, et ceux du parti des
ennemis (1). 3,108.
Dans cette rencontre de Bhishma et de Bhimaséna, on
voyait s’élever partout des monceaux de bras, de têtes et
d’arcs, de pilons, de massues, de mains, de cuisses et de
pieds, de parures et de bracelets. 3,109 — 3,110.
On voyait çà et là, souverain des hommes, des troupes
de chevaux courants et d'éléphants en déroute. 3,111.
Poussés par la mort, les kshatryas s’entreluaient l’un
l’autre, avec des massues, des épées, des traits bar-
belés et des flèches aux nœuds inclinés. 3,112.
D’autres héros, habiles dans les luttes à bras le corps,
s’attachaient nombre de fois dans le combat à leur ennemi
comme avec des verroux de fer. 3,113.
D’autres guerriers des tiens, souverain des hommes, sc
frappaient mutuellement avec les Pàndouides à coups de
paumes violacées, de poings et de genoux. 3,114.
Çà et là tombés, renversés, se convulsant sur la face
de la terre, les hommes, sire, y produisaient un épou-
vantable combat. 3,115.
Des maîtres de chars, réduits à pied, couraient les uns
(I) Texte de Bombay, celui de Calcutta étant à peu prés inexplicable.
312
LE MAHA-BHARATA.
sur les autres, armés des plus excellents cimeterres, se dé-
sirant la mort mutuellement. 3,113.
Environné de nombreux Kàlingains, le roi Douryo-
dhana mit dans ce combat les troupes sous le commande-
ment de Bhtshma, et s’avança vers les Pàndouides. 3,117.
Ensuite, tous les fils de Pàndou, ayant entouré Vrikau-
dara et montés sur des chars légers, fondirent avec colère
sur Bhtshma. 3,118.
A peine eut-il vu les frères et les autres princes rassem-
blés sous les ordres de Bhlshma, Dhanandjaya courut, sa
flèche levée, sur le fils de la Gangà. 3,119.
Aussitôt que nous entendîmes le son du hàntchadjanya
et le bruit de son arc Gàndîva, aussitôt que nous vîmes le
drapeau du Prithide, la crainte pénétra dans nos cœurs.
Nous vîmes, grand roi, le drapeau de l’archer du Gân-
diva, admirable, céleste, aux diverses couleurs, portant
l’insigne du singe, déployant une queue de lion au sein
des airs, tel qu’une montagne flamboyante, et non arrêté
par les arbres, s'élevant au ciel comme une comète.
3,120—3,121—2,122.
Les combattants virent le Gàndîva au dos en or, qui
brillait dans cette grande bataille, comme un éclair placé
dans les cieux au milieu d'un nuage. 3,123.
Nous entendîmes au plus haut point le retentissement
très-épouvantable de ses mains, tandis qu’il immolait ton
armée : tel le fracas de la foudre, que tient Indra. 3,124.
11 inonda de ses pluies de flèches les plages de l'horizon
de toutes parts, comme un nuage, accompagné du ton-
nerre et poussé par un vent furieux. 3,125.
Dhanandjaya courut, tenant levée sa terrible flèche sur
le fils de la Gangà, et, l'esprit jeté par cet astra dans le
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BH1SHMA-PARVA.
815
délire, nous ne pûmes distinguer, ni la plage de l’orient,
ni celle de l’occident. 3,126.
Tes guerçiers, éminent Bharatide, réduits à la fuite,
l'âme perdue, les chevaux tués, les chars fatigués, cher-
chaient à se réunir les uns et les autres. 3,127.
Ils s’appuient avec tes fils sur Bhlshma lui-même : le
fils de Çântanou fut l'homme, qui ranima leur courage
dans la bataille. 3,128.
Saisis d’effroi, les maîtres de chars sautent à bas de
leurs chars ; les cavaliers quittent soudain l’échine de
leurs chevahx, et deviennent des fantassins sur le sol de
la terre. 3,129.
A peine ont-elles entendu le bruit du Gândlva, sem-
blable au (racas du tonnerre, toutes les armées épouvan-
tées sentent que la force les abandonne. 3,130.
Environné de grands chevaux nés dans le Kâmbodje, à
la course légère, de généraux et d’armées, où se trouvaient
plusieurs milliers de chefs, 3,131.
Le monarque du Kaliuga, entouré de tous les princi-
paux Kâlingains, des Madras, des Saâuvtras, des Gân-
dhâras et des Trigarttas, 3,132.
Le prince Djayadratha, accompagné de tous les rois et
d'une foule de peuples divers, cédant le pas à Douççâsana,
Et les plus excellents cavaliers au nombre de quatorze
mille, excités par ton fils, couvrirent le fds de Soubala.
3,133 — 3,134.
Les fils de Pândou, les plus éminents des Bharatides,
frappèrent, tous réunis, les tiens dans le combat avec leurs
chevaux et leurs chars divisés. 3,135.
Une bataille effrayante s'éleva entre les chars, les élé-
phants, les coursiers et les fantassins; une poussière,
semblable à un grand nuage, s’étendit sur l’armée.
314
LE MAHA-BH MUTA.
Bhtshma de s’attacher à Rirlti avec une nombreuse ar-
mée de combattants sur des chevaux, sur des éléphants,
sur des chars, avec des nàrâtchas, des traits barbelés et
des leviers de fer ; 3,136 — 3,137.
L’Avantien au roi de Kâçi, le Sindhien à Bhlniaséna.
Adjâtaçatrou de s’attacher à l’illustre souverain des Ma-
dras, à (’.alya avec son fils, avec ses ministres ; Vikarna à
Sahadéva, Tchitraséna à Çikhandi. 3,138—3,139.
Les Matsyas de s'avancer, maîtres de la terre, vers
Douryodhana et Çakouni. Droupada, Tchijkitàna et le
grand héros Sàtyaki de s’attacher à Drona et son magna-
nime (ils. Kripa et Kritavarman ondirent sur Dhrishta-
dyoumna. 3,140 — 3,141.
Des combats s’engagèrent ainsi çà et là de tous les
côtés entre des chais ou des éléphants errants et des che-
vaux détachés. 3,142.
De violents éclairs sillonnaient un ciel sans nuages; les
plages de l’horizon étaient enveloppées de poussière ; de
grands météores enflammés apparurent , maître des
hommes, et des ouragans impétueux souillèrent. 3,143.
Un grand vent s'éleva, il plut une averse de poussière;
le soleil, éclipsé par la poussière des armées, disparut
dans le ciel. 3,144.
Un délire, qui aveuglait au plus haut point tous les
êtres, naquit, avec des multitudes d'astras, au milieu des
combattants, surmontés par la passion. 3,14â.
Des foules de traits, envoyés par les bras des héros et
qui brisaient toutes les cuirasses, naquit un bruit confus.
Lancées par les bras les plus vigoureux et semblables à
des constellations sereines, les flèches répandaient la lu-
mière sous la voûte des deux. 3,146—3,147.
Dans tous les points de l'horizou, éminent Bharalide,
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BHISHMA-PAllVA. 315
tombèrent des boucliers admirables, faits en cuir de tau-
reaux, parsemés d'une grande quantité d’or. 3,148.
On voyait dans tous les points de l’horizon les cime-
terres, éb ouïssants comme le soleil, couper entièrement
les corps et les tèies. 3,149.
Les grands héros avec leurs chevaux tués, leurs vastes
drapeaux (1) abattus, les bancs de leurs chars et les
roues brisées, tombaient çà et là sur la terre. 3,150.
Ici, des chevaux succombaient sous les blessures, que
leur avaient imprimées les flèches ; là, partout à l’ abandon
erraient des chars , dont les maîtres avaient perdu la
vie. 3,151.
Ailleurs, percés de traits et le corps entrouvert, les
plus grands des chevaux entraînaient à la ronde leurs
couples çà et là. 3,152.
On voyait des guerriers, qu’un dard victorieux , sire,
avait frappés dans le combat avec leurs chars, avec leurs
chevaux, avec leur cocher. 3,153.
Quand ils avaient flairé la senteur du uiada, qui slille
des tempes d’un proboscidien, un grand nombre d’élé-
phants dans la jonction des troupes ennemies prenaient
pour lui un éléphant inexpérimenté au combat (2).
Le champ de bataille était couvert d’éléphants frappés
de flèches en fer, expirés, et dont les grands corps gisants
ressemblaient à des portes arcadées. 3,1 54 — 3,1 55.
Les éléphants tombaient partout, brisés dans le combat
par de meilleurs éléphants, stimulés dans le moment , où
se joignirent les troupes des armées. 3,15t>.
(1) Texte île Bombay.
(2/ Texte de Bombay, qui écrit vila et met une note pour expliquer ce
mot.
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316
LE MAH1-BHARATA.
On voyait des timons de chars, grand roi, que les élé-
phants avaient rompus dans la bataille et rejetés de leurs
trompes, semblables à celle du roi des éléphants. 3,157.
Des maîtres de chars, que les éléphants avaient saisis
par les cheveux et jetés t) côté de leurs filets et de leurs
chars brisés, gisaient, disséminés dans le combat, pareils
à des branches d’arbres. 3,158.
Les plus vigoureux éléphants, qui venaient à la voix de
tous, accouraient, entraînant par tous les points de l’es-
pace, au milieu du combat, les chars embarrassés dans
les chars. 3,159.
Ils ressemblaient dans cet entrainement à des pachy-
dermes, qui, dans un lac, entraînent un monceau de lotus
attaché à leurs défenses. 3,160.
C’est ainsi que ce vaste champ de bataille était couvert
en ce moment par des cavaliers, des fantassins, de grands
chars et des drapeaux. 3,161.
Çikhandî, accompagné de Virâta le Matsya, monarque
des hommes, s’approcha de l’invincible Bhîshma au grand
arc. 3,162.
Dhanandjaya s’est avancé pour combattre Drona, Kripa
et Vikarna , tous héros à la vaste force , d’autres mo-
narques et des braves en grand nombre. 3,163.
Bhimaséna de marcher pour livrer un combat à l’hé-
roïque Sindhien, accompagné de ses ministres, entouré
de ses parents, aux souverains de l'orient et du midi, à
Doussahaet à ton vaillant fils, l’irascible Douryodhana.
3,164—3,165.
Sahadéva s’approcha de Çakouni et d'Ouloùka au
grand char, le père et le fils, héros invincibles. 3,166.
Le valeureux Youdhishthira, puissant roi, offensé par
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BHISHMA-PARVA.
317
ton fils, tourna ses pas dans le combat vers l’armée des
éléphants. 3,167.
Le fils de Pàndm et de Mâdri, le héros Nakoula, pro-
férant des cris sur le champ de bataille, s’attacha aux
nobles chars des Trigarttas. 3,168.
Sàtvaki, Tchékitâna, le Soubhadride à la grande force,
Dhrishtakétou et le Rakshasa Ghatotkatcha, héros inaf-
frontable dans les batailles, se présentèrent au combat des
Çâlvas et des Kalkéyains. Des guerriers très-invincibles
de tes fils s'élancèrent au-devant de ces combats de chars.
3,169—3,170.
Le héros Dhrishtadyoumna, général à l’âme incom-
mensurable, engagea un duel, sire, avec Drona aux ac-
tions formidables. 3,171.
De cette manière, ces vaillants héros de ta cause, ayant
croisé les mains avec les fils de Pândou, se livrèrent un
terrible combat. 3,17*2.
Aussitôt que le soleil fut arrivé au milieu du jour et
parvenu à n’avoir plus aucune famille dans le ciel, les
Kourouides et les Pândouidcs se frappèrent les uns les
autres. 3,173.
Couverts en peaux île tigres, les chars brillaient sur le
champ de bataille, où ils se promenaient, ombragés de
drapeaux et de bannières, dont ils étalaient les membres
admirables d’or. 3,17à.
Un bruit confus, comme de lions menaçants, s’éleva du
milieu de ces guerriers, engagés dans un combat et qui
désiraient l’un sur l'autre la victoire. 3,175.
Là. nous vîmes une bataille très-épouvantable, mer-
veilleuse même, que les héros Srindjayas soutinrent
contre les Kourouides. 3,176.
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318
LE MAHA-BHARATA.
Ni le ciel, ni les plages de l’horizon, ni le soleil, ni les
plages intermédiaires, il nous fut impossible de rien voir,
sire, le fléau de tes ennemis, à cause des flèc es envoyées
de tous les côtés, 3,177.
Lançait-on des tridents ou des leviers en fer à la pointe
reluisante; déchargeait-on des cimeterres, abreuvés de
sang, leur éclat était semblable à celui des lotus azurés.
La splendeur des cuirasses admirables et des parures
merveilleuses eut bientôt illuminé l'atmosphère, les points
du ciel et les plages intermédiaires. 3,178 — 3,179.
Les monarques des hommes, dont les corps avaient
l’éclat du soleil et de la lune, répandaient çà et là, sire, leur
lumière sur le champ de bataille. 3,180.
Les lions des chars et les tigres des hommes, rassem-
blés pour la guerre, brillaient dans la plaine du combat,
sire, comme des étoiles sur la voûte du ciel. 3,181.
Bhisluna, le plus excellent des maîtres de chars, arrêta
avec colère Bhlmaséna à la grande vigueur, sous les yeux
de toute l’armée. 3,182.
Décochées par Bhlshma, ses flèches d’une grande splen-
deur à l'empennure d’or, aiguisées sur la pierre et bai-
gnées dans l’huile de sésame, allèrent frapper Bhlmaséna
dans le combat. 3,183.
Ce vigoureux héros lui envoya, Bharatide, une lance de
fer à la rare vitesse et semblable à un serpent irrité.
Mais soudain, au milieu du combat, Bhlshma de tran-
cher dans son vol avec des flèches aux nœuds inclinés sa
hampe d'or sans rivale. 3,18â — 3,185.
Puis, avec un autre bhalla acéré, abreuvé de sang, il
mit en deux morceaux l’arc de Bhlmaséna. 3,180.
Sâtyaki s’empressa d’attaquer Bhlshma sur le champ
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BHISHMA-PARVA.
319
de bataille avec des flèches brûlantes, aiguës, violentes et
tirées jusqu'à l’oreille. 3,187.
Il harcela ton père, monarque des peuples, avec ses
traits nombreux ; mais, quand il eut encoché à son arc un
dard cruel et de la plus grande épouvante, Bhlshma lit
tomber du char le cocher du Vrishnide. A peine le guide
du char eut-il rendu l'aine, sire, une course effrenie em-
porta ses chevaux. 3,188—3,189.
Grâce à elle, ils coururent, aussi rapides que le vent
ou la pensée : un cri tumultueux surgit aussitôt dans
toute l’armée. 3,190.
lin immense brouhaha s'éleva parmi les magnanimes
Pândouides : n Courez ! arrêtez les chevaux ! modérez
leur course 1 Hâtez-vous ! » 3,19f.
Disait-on ; c’était un bruit confus, qui s’élançait à la
suite du char d’Youyoudhâna. Pendant ce temps même,
Bhlshma détruisait l’armée Pandouide, comme Indra , le
meurtrier de Vritra, immola l'année des Asouras. Vic-
times de ses coups, les Pàntchâlains avec les Somakas,
3,192—3,193.
Ayant conçu une pensée noble dans la guerre, fon-
dirent sur Bhlshma lui-même. Les Prithides, Dhrishta-
dyoumna à leur tête, s’élancèrent sur le fils de Çàntanou,
remplis du désir de tuer l’armée de ton fite dans la ba-
taille; et les tiens, sire, commandés par Bhlshma et
Drona, coururent à pas rapides sur les ennemis. Alors
eut lieu une grande bataille. 3,194 — 3,195—3,190.
L’héroïque Viràta atteignit détruis flèches Bhlshma au
grand char et perça de trois flèches ses chevaux eux-
mèmes. 3,197.
Le fils de Çàntanou au grand arc, adroit, aux vastes
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320
LE MAHA-BHARATA.
forces, lui rendit en retour les blessures de dix flèches
V
empennées d'or. 3,198.
Le Dronide, archer terrible à la main ferme, à l’ample
char, perça de six dards entre les deux seins l'archer du
Gândîva. 3,19».
Phàlgouna, l’immolateur des guerriers, ses rivaux, lui
trancha son arc; et ce traîneur des cadavres ennemis le
blessa gravement lui-même de cinq flèches aiguës.
Celui-ci, plein de colère et ne pouvant supporter que le
Prithide eut coupé son arme dans le combat, prit leste-
ment un nouvel arc. 3,200 — 3,201.
Il blessa Phàlgouna de neuf traits aigus, sire, et perça
le Vasoudévide avec sept dards éminents. 3,202.
Alors Dhanandjaya d’enflammer avec Krishna ses yeux
de colère; il poussa de longs et brûlants soupirs; il songea
mainte et mainte fois. 3,203.
L’archer du Gâudiva, qui traîne les cadavres des
ennemis, frappa sou arc de sa main gauche ; il encocha
sur son arc avec colère des flèches aiguës, épouvantables,
aux nœuds inclinés, donnant la mort aux ennemis ; et le
plus vigoureux des forts en blessa rapidement le Dronide
dans le combat. 3,204 — 3,205.
Les traits fendent sa cuirasse et s’abreuvent de son
sang; mais, blessé par l’archer du Gàndlva, Açvailbàman
n’en fut aucunement troublé. 3,206.
Et décochant, sans être ému, ses flèches dans le
Prithide , il resta ferme dans le combat, désirant sauver
le héros au grand vœu. 3,207.
Les plus excellents des Kourouides exaltèrent son im-
mense courage ; car seul il avait marché dans la guerre
contre les deux Krishnas réunis ! 3,208.
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BHISHMA-PAKVA.
321
» Il déploie toujours son intrépidité (1), disaient-ils,
dans les années, où il combat : c’est de Drona lui-même,
qu’il a reçu le don très-excellent de détruire la multitude
des astras, 3,209.
» Ce fils de mon instituteur spirituel, est bien cher à
Drona : c’est un brahme, qui doit être, à mes yeux
surtout, fort respectable, u 3,210.
Le héros Btbhatsou, le fléau das ennemis, mais le plus
sensible des braves, ayant adopté un sentiment, étendit
sa compassion sur le fils du Bharadwàdjide. 3,211.
Le fils de Rounlî aux blancs coursiers abandonna le
Dronideen ce combat, et, rempli de courage, il combattit,
se hâtant d'exterminer les tiens. 3,212.
Douryodhana avec dix flèches aiguisées sur la pierre,
empennées d’or, frappa le héros Bhîmaséna. 3,213,
Mais celui-ci prit avec colère un arc admirable, solide,
causant la mort, et dix traits acérés. 3,21A.
11 blessa cruellement en sa vaste poitrine le roi des Kou-
rouides de ces dards mordants, impétueux, d’unebrulante
splendeur et tirés jusqu’à l’oreille. 3,215.
Tel qu’au sein des cieux le soleil, entouré des planètes,
ces flèches firent briller sur sa poitrine la pierrerie, envi-
ronnée d’un lacet d'or. 3,216.
Blessé par Bhîmaséna, ton vigoureux fils ne put le
supporter, connue un éléphant ne peut endurer le bruit
d’un coup de la main. 3,217.
11 perça dans sa colère, puissant roi, Bhlma de flèches,
aiguisées sur la pierre, empennées d’or, et sauva son ar-
mée du péril. 3,218. •
322
LE MAHA-BHAHATA.
Dans cetle lutte, où ils combattaient, se couvrant l’un
l’autre de cruelles blessures, tes deux fils aux vastes for-
ces resplendissaient comme deux Immortels. 3,219.
Le tigre des hommes, immolateur des héros ennemis,
le Soubhadride frappa de ses traits acérés Tchitraséna et
de sept dards Pouroumitra. 3,220.
Après qu’il eut percé, semblable à (Jakra dans la guerre,
Satyavrata de sept flèches, le héros, comme s’il dansait
dans la bataille, engendra nos douleurs! 3,221.
Tchitraséna le frappa en retour avec dix traits, Satya-
vrata avec neuf et Pouroumitra avec Sipt dards. 3,222.
Blessé, ruisselant de sang, l'Arjounide trancha l’arc
admirable de Tchitraséna, puissante défense de l’ennemi :
Et, sa cuirasse brisée, le blessa d’une flèche dans la
poitrine. Alors les héros de ta cause, les fils de rois aux
grands chars, s’étant rassemblés dans le combat avec co-
lère, le percèrent de traits acérés; et lui, versé dans les
plus savants astras, il les frappa tous de ses dards aigus.
3,223—3,224—3,225.
Dès qu’ils virent de lui cet exploit, tes fils environ-
nèrent ce jeune héros, consumant tes guerriers dans la
bataille ; tel, allumé au temps où les froids ont cédé la
place aux chaleurs, un feu brillant dévore une forêt de
bois sec. Abhimanyou resplendissait, quand il donnait la
mort <4 tes armées. 3,226—3,227.
Aussitôt qu’il le vit se conduire ainsi, Lakshmana, ton
petit-fils, souverain des hommes, courut dans le combat à
pas rapides sur le rejeton de Sàltwati. 3,228.
Mais le grand héros Soubhadride de percer dans sa co-
lère Lakshmana aux signes heureux avec six flèches, en
partageant le coup avec son cocher; 3,229.
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BHISHMA-PAHVA.
328
Et Lakshmana de son côté blessa le Soubhadride avec
des traits acérés, puissant roi : ce fut comme une chose
merveilleuse. 3,230.
Lorsque le vaillant fils de Soubhadrà eut tué de ses
dards aigus les quatre chevaux et le cocher de Lakshma-
na, il courut sur le héros ennemi. 3,231.
L'immolateur des guerriers, ses rivaux, Lakslunana de
s’arrêter sur son char aux coursiers immolés et de lancer,
d’une main irritée, un trident sur le char du Soubhadride.
Mais soudain Abhiuianyou trancha dans sou vol avec
des traits aigus ce projectile à la forme effrayante, inaf-
fron table et pareil à un serpent. 3,232 — 3,233.
Le Gotamide fit alors mouler Lakshmana dans son chai'
et l'entraîna, sous les yeux de toute l’armée, au galop de
ses coursiers, dans le champ de bataille. 3,23 h.
Tandis que ces scènes se déroulaient, accompagnées
d’une profonde terreur, animés d’un mutuel désir de
s’arracher la vie, tes Kourouides au grand arc et les
Pândouides au grand char couraient se donner la mort .
et, sacrifiant leur vie dans le combat, ils se frappaient les
uns les autres. 3,235 — 3,236.
Les cheveux épars, sans cuirasses, sans chars, leurs
arcs brisés, les Srindjayas combattaient avec les nombreux
Kourouides. 3,237.
Bhlshma aux longs bras , aux vastes forces , immolait
avec colère sous des astras célestes l’armée des magna-
nimes fils de Pândou. 3,238.
La terre était jonchée de cavaliers, de chars, de che-
vaux (1) et d’hommes gisants, de coursiers (2) et d'élé-
phants inanimés. 3,239.
I— 2 J Pléonasme.
3*24
LE MAHA-BHARATA.
Alors, sire, Sàtyaki aux longs bras, plein du terrible
orgueil des batailles, banda dans le combat son arc su-
prême et capable de soutenir un fardeau. 3,240.
11 décocha des traits munis de leur empennure et sem-
blables à des serpents venimeux, déployant la promptitude
de sa main, infiniment admirable de légèreté. 3,241.
On vit sa forme terrible, comme celle d’un nuage, qui
verse la pluie, lorsqu’il tendait son arc, qu’il envoyait ses
flèches redoublées, qu’il en prenait d’antres au carquois,
les encochait encore et les tirait de nouveau dans la ba-
taille pour la perte des ennemis. 3,242 — 3,243.
Le roi Douryodhana, l’ayant vu occupé de lancer des
traits, envoya contre lui, fils de Bharata, une myriade de
chars. 3,244.
Le vigoureux Sàtyaki, armé d’un arc supérieur et de
qui le courage était une vérité, immola tous ces héros
sous un aslra céleste. 3,245.
Quand il eut exécuté cette prouesse épouvantable, ce
brave saisit un arc, et s’avança vers Bhoûriçravaspour le
combattre. 3,246. /
Aussitôt que Douryodhana vit son armée étendue sur
le champ de bataille par Youvoudliàna, il courut avec
colère, accroissant la gloire des Kourouides. 3,247.
11 fit vibrer un grand arc, couleur de l’arme d'Indra, et
lança des flèches, pareilles à des serpents et semblables
au tonnerre. 3,248.
Les hommes de pied, suivants de Sàtyaki, ne purent
supporter, grand roi, ces traits, qui touchaient comme la
mort et qu’il envoyait par milliers, montrant la légèreté
de sa main; et ils se mirent à courir de tous les côtés,
sire, abandonnant au milieu du combat Sàtyaki, plein de
la cruelle ivresse des batailles. 3.246 — 3,250.
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BHISHMA-PARVA.
5-'.5
A peine l’ont-ils vu, dix vigoureux filsd’Youyoudhàna,
appelés de fameux héros, avec des cuirasses, des armes
et des drapeaux admirables, 3,251.
S’étant appr i hi s de Bhoûriçravas au grand arc, adres-
sèrent tous ces aroles dans celte vaste bataille à Yoû-
pakétou : 3,252.
« Oh ! oh ! robuste fils de Kourou, combats avec nous !
Viens! soutiens uncombatavec nous, ou réunis, ou séparés,
» Ou toi, vainqueur de nous, tu obtiendras de la re-
nommée dans la guerre ; ou nous, ayant triomphé de toi,
nous donnerons de la satisfaction à notre père (1) ! »
A ces mots, le héros à la grande force, orgueilleux de
son courage et le plus hardi des hommes, répondit à ces
braves, qui s’étaient approchés : 3,253—3,254 — 3,255.
« Vous parlez avec convenance, héros, si telle est votre
pensée (2) : combattez réunis ; je vous tuerai, en dépit de
vos efforts. » 3,256.
A (reine leur avait-il parlé, ces guerriers au grand arc,
à la main prompte, inondèrent le dompteur de ses enne-
mis avec une forte pluie de flèches. 3,257.
Dans la seconde partie du jour, il s’éleva donc un com-
bat confus sur ce champ de bataille, puissant monarque,
d’un seul contre ces nombreux guerriers unis. 3,258.
Ils firent pleuvoir une averse de flèches sur ce héros
seul le plus excellent des maîtres de chars: tels, dans la
saison des pluies, il arrive que des nuages inondent une
grande montagne de leurs torrents. 3,259.
(1) Texte de Bombay : c’est un exemple de la manière} dont est sou-
vent mal écrit».' cette édition de Calcutta.
(2) Ibvlem.
328
LE M AHA-BHARATA.
Mais ces multitudes de flèches, lancées par eux avec le
fracas du tonnerre ou le bruit du bâton d’Yama, ce brave
les trancha toutes dans leur vol, avant qu’elles ne fussent
arrivées. 3,260.
S’étant jetés tous à l’entour du guerrier aux longs bras,
ils s’efî'orçaient de le tuer: et le fils de Somadatta irrité
coupa tous leurs arcs et les transperça eux-mêmes, sire,
avec des traits divers. Ceux-ci, frappés des flèches, tom-
bèrent sur la terre, comme des arbres, que la foudre a
brisés. 3,261—3,262.
Dès que le vaillant Vrishnide vit les héros, ses fils, cou-
chés sur le sol, il jeta un cri, sire, et courut sur Bhoûri-
çravas. 3,263.
Chacun d’eux serra avec son char le char de l’ennemi,
et tous deux ils se tuèrent leurs coursiers l’un à l’autre
dans le combat. 3,26 4.
Réduits à pied, ils sautent à bas du char et, saisissant
de grands cimeterres, portant les plus excellents des bou-
cliers (I), ces deux vaillants héros de'croiser le fer.
Ces deux éminents hommes, ils brillaient, le pied ferme
au combat; mais Bhtmaséna s’approche et fait monter à la
hâte dans son char Sàtyaki, armé du meilleur des sabres.
Ton propre (ils, sire, au milieu de cette grande bataille,
fit monter en diligence Bhoûriçravas dans son char, sous
les regards de tous les archers. Tandis que se déroulait cet
incident particulier du combat, les Pândouides irrités fai-
saient la guerre à Bhishma au grand char. Pendant que le
soleil devenait rouge, Dhanandjaya se dépêcha
3 , 265 —3 , 206— 3 , 267— 3 ,268— 3 , 269.
li) Texle de Bombay.
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BH1SHMA-PARVA.
327
D’immoler vingt-cinq milliers de héros, à qui Douryo-
dhana avait commandé de porter la mort au fils de Prithà.
Mais, à peine arrivés auprès de lui, ils tombèrent dans
le trépas, comme des sauterelles dans le feu. Ensuite les
Matsyas et les Kaikéyains, versés dans la science de l’arc,
3,270—3,271.
Environnèrentalorsle tils de Prithàavec le héros, son fils.
Dans cet instant même, le soleil descendait à son cou- -
chant, et la torpeur naquit aux membres de tous les guer-
riers. Dévavrata, ton père, conclut donc une suspension
d’armes. 3,272 — 3,273.
Au moment du crépuscule, les guerriers, puissant mo-
narque, sentaient leurs chevaux fatigués dans ce long en-
gagement mutuel des Kourouides et des fils de Pàndou.
Les deux armées, émues par la crainte, de regagner
leurs retraites; et, rentrés dans leurs camps, les Pàndoui-
des et les Srindjayas d'un côté, les Kourouides de l'autre
part, y prirent des logements suivant les règles.
3,274—3,275—3,276.
Lorsque les fils de Kourou et de Pàndou eurent passé le
temps de concert et que la nuit se fut écoulée, ils sortirent
de nouveau pour le combat. 3,277.
Alors des tiens et des ennemis s’éleva un bruit immense
de principaux chars, qui se rassemblaient, d'éléphants,
qu’on préparait, de fantassins, qui s'armaient, et de cour-
siers, Bharatide ; ce n’était de toutes parts qu’un tumulte
confus de conques et de tambours. 3,278—3,279.
Leroi Youdhishthira dit ensuite à Dhrishtadyoumna:
« Dispose l’armée en makara, ordre, qui fait la douleur
des ennemis. » 3,280.
A ces mots du fils de Prithà, le héros Dhrishtadyoumna,
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828
LE MAHA-BHARATA.
le plus excellent des maîtres de char, donna ses ordres en
conséquence, puissant monarque, aux maîtres de chars.
Droupada et Dhanandjayale Pàndouideen furent la tête:
Sahadéva et le héros Nakoula en furent les deux yeux,
3,281—3,282.
Le muflle en était formé, puissant roi, par Bhîmasénaà
la grande force, le Soubhadride, les cinq fils de Draâupadl
et le Rakshasa Ghatotkatcha. 3,283.
Sàtyaki et Dharmaràdja étaient placés dans le cou de
cet ordre de bataille ; le dos, grand roi, c’était Virâta, le
général d’armée, accompagné de Dhrishtadyoumnaet en-
vironné d'une armée nombreuse: les cinq frères Kaiké-
yains en composaient le flanc gauche. 3,28â — 3,285.
Le tigre des hommes, Dhristakétou et l’énergique
Tchékitâna se rangèrent au flanc droit, où ils étaient placés
pour la conservation de cet ordre de bataille. 3,280.
Environné d’une grande armée, l'héroïque, le fortuné
et vieux Kountihhodja se tenait, formant les nageoires du
monstre aquatique. 3,287.
Le vigoureux Çikhandi au grand arc, entouré des So-
makas, était avec lràvat sur la queue du makara. 3,288.
Ayant ainsi disposé leur ordre de bataille, les-Pândoui-
des avaient revêtu leur cuirasse pour recommencer le com-
bat, puissant roi, au lever du soleil. 3,289.
Us s’approchèrent à la bâte des Kourouides avec leurs
éléphants, leurs chevaux, leurs chars et leurs hommes de
pied, avec leurs drapeaux et les ombrelles arborées, avec
leurs flèches acérées et luisantes. 3,290.
Dès qu’il vit l’armée ennemie disposée de celte manière,
sire, Dévavrata, ton père, de ranger à l’encontre son ar-
mée en forme de grand héron. 3,291.
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BH1SHMA-PARVA.
329
L’ héroïque Bharadwâdjide se dirigea vers le bec de
l'oiseau ; Açvatthâman et Kripa en furent, souverain des
hommes, les deux yeux. 3,202.
Accompagné des Vàhlikas et des plus excellents Kam-
bodjes, Kritavarman, le plus adroit de tous les archers, en
forma la tête. 3,203.
Douryodhana-Çoùraséna, ton fils, environné de rois
nombreux, prit position, grand roi, dans le cou de l’oi-
seau. 3,29A.
Entouré d’une forte armée, Prâgdjyotisha accompagné
des Kékayains, des Sâauvlras et des Madras, fut mis dans
la poitrine. 3,205.
Le souverain des Prasthalas, escorté de son armée,
Souçarman, revêtu de sa cuirasse et le pied ferme, se ran-
gea au flanc gauche. 3,206.
Les Toushàras, les Yavanas, les Çakas avec les Tchofl-
likas se tiennent, composant le flanc droit de cet ordre de
bataille. 3,207.
(iroutâyoush, Çatâyoush et le Somadattide restèrent
dans le croupion, vénérable monarque, où leur défense
s’étendit les uns sur les autres. 3,208.
Quand le soleil se fut levé, les Pândouides de croiser le
fer pour la guerre avec les kourouides; et le combat de
commencer. 3,209.
Les éléphants marchèrent contre les maîtres de chars
et ceux-ci contre les éléphants; les chevaux contre les
cavaliers, et ces derniers contre les maîtres de chars.
Les éléphants fondaient sur les maîtres de chai-s, et les
maîtres de char sur les éléphants; les chevaux sur les
guerriers, qui montaient des chevaux, et les éléphants sur
les cavaliers. 3,300—3,301.
sso
LE MAHA-BHARATA.
Tous, remplis de colère, ils soutenaient ce combat, les
uns contre les antres, les maîtres de chars contre les fan-
tassins , et les hommes de cheval contre les hommes de
pied. 3,302.
L’armée Pàndouide brillait par Bhîmaséna, Arjouna,
les deux jumeaux et les autres grands héros, comme un
ciel de nuit, émaillé de constellations. 3,303.
Et Bhtshma, Drona, kripa, Çalya, Douryodhana et les
autres jetaient sur ton armée comme la splendeur d’une
atmosphère environnée de planètes. 3,30A.
A la vue de Drona, le courageux Itls de kountl, Bhhna-
séna de s’élancer avec ses chevaux agiles sur l'armée du
Bbaradwâdjide. 3,305.
Mais le vigoureux Drona irrité, visant aux articulations,
blessa Bhlma dans ce combat avec neuf Qèches de fer.
Et celui-ci, gravement blessé parle Bharadwâdjide dans
la guerre, envoya son cocher dans les demeures d'Yama.
3,306—3,307.
Mais, prenant en main lui-mème les rênes de ses che-
vaux, l’auguste fils de Bharadwftdja dissipa l’armée Pàn-
douide, comme le leu détruit un monceau de coton.
En but aux coups mortels de Drona et de Bhtshma, les
Srindjayas avec les kalkéyains, ù le plus grand des
hommes, n’eurent plus d’autres pensées que pour la fuite;
3,308—8,309.
Et ton armée, en proie aux blessures d’ Arjouna et de
Bhîmaséna, vacillait, délirante çà et là, comme de nobles
dames en jouet à l’ivresse. 3,310.
Ce carnage des plus vaillants héros décimait les deux
armées, et une infortuue épouvantable régnait sur les
tiens, liis de Bharata, et sur leeennemis. 3,311.
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BH1SHM A-PARV A.
381
Nous vîmes là des tiens et des rivaux une chose mer-
veilleuse : c’est que tous combattaient, les yeux fixés sur
un seul point. 3,312.
Ayant préparé leurs arcs, les Kourouides et les Pàn-
douides combattaient donc, souverain des hommes, les
uns contre les autres, dans cette grande bataille. 3,313.
Dhritarâshtra dit :
« Ainsi mon armée possédait beaucoup de qualités;
ainsi l’armée des ennemis était multiple dans les siennes ;
ainsi cet ordre de bataille était conforme aux règles et ne
devait pas en vain porter ses coups, Sandjaya. 3,314.
» Maintenant parle-moi (1) de notre audacieux défen-
seur, excessif en courage, qui nous fut continuellement
cher, incliné au bien, doué des vertus, et dont la valeur
solide est toujours prête à agir ; 3,315.
» Qui n’est, ni trop vieux, ni un enfant, ni maigre, ni
gras, qui a une foule de choses longues, rondes, légères,
de qui les membres sont formés de vigueur et qui est
exempt de maladies ; 3,316.
» Qui a revêtu son armure et pris ses traits, qui s'en-
toure d’une grande suite et de flèches nombreuses, qui est
instruit au combat singulier, dan3 le combat à l'épée, au
combat avec la massue ; 3,317.
» Qui a complété ses exercices sur le champ de ba-
taille, avec les traits barbelés, le sabre, les leviers de fer
(1) Tout ce passage est à l'accusatif comme un complément direct, s'ac-
cordant avec vyoûham : cependant il existe là des choses, qui ne peuvent
convenir à un ordre de bataille. Il y a dono ici une lacune ou c’est un
passage transposé. Malheureusement, la faute est dans les deux éditions.
Nous supposons que le telle a voulu parler de quelque guerrier, de Bhlshma
peut-être, quoiqu'il y ail des traits, qui ne conviennent pas exactement à
celui-ci et que la fin de ce passage siée fort bien à un ordre de bataille.
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882
LE MAHA-BHARATA.
et l’arc, les massues en fer, le bhindipâla, les tridents et
les mouçalas ; 3,318.
» Qui est très-versé dans toutes les sciences de la prise
d’armes, à monter, à descendre, à marcher, à sauter les
ravins ; 3,319.
» Qui est habile à se battre convenablement, à s’a-
vancer, à fuir ; qui a fait brillamment nombre de fois ses
preuves à conduire un char, des chevaux, un éléphant j
» Qui a reçu des moyens de vivre sur des examens faits
suivant la droite raison, non par société, non par faveur,
non à cause de parenté, ni par amitié ou même de force,
ni pour des épouses de noble famille ; qui est un homme
riche et d'illustre naissance, qui a rassasié et honoré tous
ses parents; 3,320—3,321 — 3,322.
» Qui a rendu le plus de services aux hommes d'intel-
ligence et de renommée, souvent par des gens actifs, les
plus distingués, et des œuvres patentes (1) ; 3,323.
» Qui est protégé par des héros célèbres dans l’univers
et semblables aux gardiens du monde ; qui est défendu
par de nombreux kshatryas estimés dans le monde sur la
terre, et que l’amour a fait venir de tous les côtés auprès
de nous, avec leurs armées, avec leurs suivants, comme
des lleuves, qui se rassemblent dans le grand bassin des
eaux. 3,324 — 3,325.
» Il est environné de chars et d’éléphants, qui, sans
ailes, ressemblent à des oiseaux : lleuve épouvantable, qui
a pour eaux des guerriers, venus de contrées diverses (2) ,
et pour flots des coursiers; 3,326.
» Doué de traits barbelés, de flèches, de lances, de
(1—2; Texte tle Bombay.
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BHISHMA-PAJRVA.
333
massues et de filets, encombré d’ornements et de dra-
peaux, regorgeant de turbans et de pierreries; 3,327.
» Ébranlé par des chevaux, qui courent avecla rapidité
du vent, mugissant avec fracas comme un second océan ;
« Défendu par Drona et Bhtshma, défendu par Krita-
varman, par Kripa, par Douççàsana, par d’autres, à la
tète de qui est Douryodhana; 3,328—3,329.
» Défendu par Bhagadatta, Vikarna, le Dronide, le fils
de Sou! a a et Vàhlika, par des magnanimes, remplis de
vigueur, et les plus grands héros du monde. 3,330.
» Car l'antique Destin fut vaincu, ici dans le combat :
certes ! les hommes n’eurent jamais un effort de courage,
pareil à celui-ci, ni même les éminents rishis, qui habi-
tèrent, Sandjaya, dans les âges primitifs, sur la terre. Si
une telle multitude d’armées fut frappée de mort ici dans
la bataille, quelle en fut la cause, Sandjaya, sinon la puis-
sance du Destin ? Tout ici parait nous être contraire.
3,331—3,332—3,333.
» Vidoura ne cesse de dire ce qui est bien et conve-
nable ; mais Douryodhana, mon insensé fils, ne reçoit pas
sa parole. 3,33A.
» Le premier sentiment de ce magnanime, à qui tout
est connu, fut, à mon avis, que tout cela est arrivé na-
guère, mon fils, par la force du Destin. 3,335.
» Oui ! Sandjaya, les choses devaient être ainsi de toute
manière : cela est tel que ce fut jadis créé par Brahma, et
non autrement. » 3,330.
C’est pour toi, c’est pour ta faute, sire, qu'une telle in-
fortune est arrivée, lui répondit Sandjaya ; car Douryo-
dhana ne voit pas, éminent Bharatide, celte confusion des
devoirs, que voit la majesté ; c'est par ta faute, souverain
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LE MAHA-BHARATA.
SSA
des hommes, que ce jeu fut jadis célébré. 3,337 — 3,388.
C’est par ta faute que sévit ce combat avec les Pân-
douides. Puisque tu as fait la souillure de ton Ame.
mange-s-en donc le fruit maintenant. 3,339.
Celui, par qui l’œuvre est accomplie, en doit manger le
fruit, sire, soit ici, soit dans l’autre mondo ; il arrive ce
que tu as préparé. 3,340.
Sois donc tranquille, auguste roi ; et, après que tu as
obtenu cette grande infortune, écoute de ma bouche la
manière, dont cette bataille fut livrée. 3,341.
L'héroïque Bhtmaséna, quand il eut enfoncé la grande
armée de ses flèches bien acérées, s'avança alors vers les
frères puînés de Douryodhana, 8,342.
Vers Douççâsana, Dourvishaha, Doussaha, Dourmada,
Djaya, Djayaséna, Vikarna, vers Tchitraséna, Soudarçana,
Tchâroutchitra, Souvarmâna, Douskarna et Kama,
Quand le guerrier aux vastes forces eut jeté ses regards
irrités sur ces héros et sur d’autres Dhritarâshtrides en
bien grand nombre, placés dans son voisinage, il entra
en pleine bataille dans la forte armée, que défendait
Bhishma. 3,343—8,344—3,345.
A peine l'eurent-ils vu debout devant eux, ils se dirent
tous : o 11 nous faut prendre, souverain des hommes, ce
requin vivant ! s 3,346.
Environné de ces frères, la résolution arrêtée, comme le
soleil est entouré des puissantes et cruelles planètes, dans
la destruction des créatures, la crainte ne pénétra pas
même au cœur du Pàndouide, lorsqu’il fut arrivé au mi-
lieu de cet ordre de bataille: tel, dans la guerre des
Asouras et des Dieux, Mahéndra entré au milieu des Dà-
navas. 3,347 — 3,348.
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BH1SHMA-PAKVA.
335
Alors, cent milliers de chars, munis de tous les projec-
tiles, s’élançant avec des flèches épouvantables, entourent
ce guerrier seul. 3,349.
Et le héros de massacrer dans le combat avec indiffé-
rence les meilleurs guerriers de ces Dhritar&shtrides, ca-
valiers, chars, éléphants, chevaux. 3,350.
Connaissant la résolution, qu’ils avaient conçue de le
faire prisonnier, Bhlmaséna à la grande vigueur fit sa
pensée de leur donner, sire, la mort à tous. 3,351,
Alors, quittant son char et prenant sa massue, le Pân-
douide se mit à tarir (1) cette grande mer de la multi-
tude des forces, mise en avant par les Dhritarâshtrides.
Tandis que Bhlmaséna faisait irruption daus l’armée,
Dhrishtadyoumna le Prishatide, abandonnant Drona, de
s’approcher à grands pas du côté où était le Soubalide.
3,352—3,353.
Dès qu’il eut arrêté une grande armée des tiens, le mo-
narque s’avança dans le combat vers le char vide de Bhî-
maséna. 3,354.
A l’aspect de Viçoka, son cocher, Dhrishtadyoumna,
roulant de tristes pensées, l’âme hors de lui-même, grand
roi, l’interrogea d’une voix arrêtée par ses larmes et pro-
féra ces paroles mêlées à ses profonds soupirs : « Où est
Bhlshma, qui m’est plus cher que la vie? » demanda-t-il
avec affliction. 3,565 — 3,35B.
Viçoka, portant les mains réunies à son front, de ré-
pondre ces mots à Dhrishtadyoumna : « Le robuste
P&ndouide à la vigueur immeuse nt'a placé ici. 3,357.
» 11 est entré seul dans la grande mer de l’armée des
(1) Littéralement : il tua.
LE MAHA-BHARATA.
330
bhritarâshtrides, et m’a dit affectueusement ces paroles,
tigre des hommes: 3,358.
« Attends-moi, cocher; retiens un moment tes cour-
siers, jusqu'à ce que j’aie immolé à l’heure môme ces
gens, qui aspirent à ma mort." » 3,358.
# On vit alors ce guerrier à la grande force courir, sa
massue à la main ; et le carnage de tous les guerriers
commença. 3,360.
» Tandis que ce combat très-tumultueux et d’une
grande terreur se déroulait, ton ami, sire, enfonçant ce
grand ordre de bataille, y pénétra. » 3,301.
A ces mots de Viçoka, le vigoureux Dhrishtadyouinna
le Prishatide répondit au cocher au milieu du com-
bat : 3,362.
« 11 n’y a plus d’utilité pour moi dans la vie mainte-
nant que j'ai abandonné Bhtmaséna dans la bataille,
maintenant que j’ai déserté mon amitié avec les Pâu-
douides. 3,363.
» Que diront les kshatrvas, s’ils me voient marcher sans
Bhtma, lorsque Bhtma sera descendu dans la tombe et
que moi j’aurai échappé au combat. 3,364.
» Les Dieux, auxquels préside Çakra, versent des malé-
dictions sur l'homme, qui , ayant abandonné ses compa-
gnons, retourne heureux dans sa maison. 3,365.
» Bhimaséna à la grande force est mon ami et mon pa-
rent : il m'est dévoué comme je suis dévoué moi-mème à
cet immolateur des ennemis. 3,366.
» J’irai donc jusqu’où est allé Vrikaudara. Regarde-
moi, tandis que je vais exterminer les ennemis, tel qu'ln-
dra lui-même détruisit les Dânavas. » 3,367.
Eu articulant ces paroles, le héros de s'avancer par le
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BH1SHMA-PARVA.
337
milieu de cette armée, dans les routes de Bhtma, à tra-
vers les éléphants broyés par sa massue. 3,3(58.
11 vit alors Bhhna, qui consumait l’armée des ennemis
et qui brisait comme des arbres les nombreux monarques.
Blessés dans le combat, les maîtres île chars, les cava-
liers, les fantassins et les éléphants poussaient de grands
cris de détresse. 3,365) —3,370.
Ton armée fit éclater à la fois, vénérable monarque,
des milliers de hélas ! hélas ! sous les coups de l'adroit
héros Bhimaséna. 3,371.
Ensuite, tous ces guerriers, qui avaient la science des
armes, cernent Vrikaudara et déchargent intrépidement
sur lui une averse de flèches par tous les côtés. 3,372.
Le vigoureux Prishatide vit dans ce moment le Pàn-
douide Bhimaséna, le plus excellent de ceux, qui portent
la flèche, et le héros du monde, qui courait partout au
milieu de cette armée épouvantable et bien compacte.
Le Prishatide s’approcha du héros à pied, couvert de
blessures par les flèches, vomissant le poison de sa co-
lère et sa massue à la main, tel que la mort au moment
arrivé du trépas; il donna à Bhimaséna le temps de res-
pirer. 3,373 — 3,374.
Le magnanime retira les flèches de son corps et le fit
monter à la hâte dans son char : il serra étroitement Bht-
maséna dans ses bras et lui fit reprendre baleine au mi-
lieu des ennemis. 3,375.
Ton fils, s’étant avancé vers ses frères au milieu de ce
carnage, leur dit rapidement ces paroles : u Voilà ce (ils
à l’âme méchante de Droupada, qui a fait sa jonction avec
Bhimaséna. 3,376.
» Allons tous réunis pour le tuer de peur que l’en-
vn 22
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338
LE MAHA-BHARATA.
nemi ne désire soumettre nos armées au même destin ! ><
Irrités à ces mots, les Dhritaràshtrides excités par cet
ordre de leur frère atné, s’avancent, les armes levées pour
la mort de Bhima, terribl s comme de funestes planètes
à la fin d’un youga. Saisissant des arcs admirables,
ébranlant les cœurs avec le fracas de leurs roues et le
bruit de leur corde, ces héros 3,377 — 3,378.
Firent pleuvoir sur le fils de Droupada une averse de
flèches : telle une masse d’eau , versée par les nuages,
inonde une montagne; mais, blessé par ces traits bien
acérés, le héros n’en fut pas même ébranlé dans le com-
bat. 3,379.
Dès qu’il vit te3 fils soulevés, qui se tenaient près de
lui dans le combat , le jeune héros issu de Droupada,
bouillant de colère contre tes enfants, comme Mahéndra
dans sa bataille avec les Daîtyas, et désirant les détruire,
leur décocha l'astra terrible de la fascination ; et ces hé-
ros des hommes, l’àme et l’esprit frappés par la magie
du prestige, portaient çà et là dans ce combat le délire de
leurs sens. 3,380 — 3,381.
A son bruit entendu, tes fils se mirent à fuir de tous
les côtés avec leurs chevaux , leurs éléphants et leurs
chars, l’esprit perdu, soumis à cette fascination et comme
enveloppés par la mort. 3,382.
Dans ce même temps , Drona , le plus adroit des
hommes, qui sont armés de flèches, s’étant approché,
perça Droupada avec trois dards épouvantables. 3,383.
Ce prince, affreusement blessé par Drooa, se retira du
combat, se souvenant, sire, de son ancienne inimitié arec
l'anachorète. 3,38A.
Vainqueur de Droupada, l’auguste brahme fît résonner
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BH1SHMA-PA11VA.
330
sa conque : à ce bruit , tous les Somakas de trembler.
Ensuite, ce robuste homme et le plus habile de tous les
guerriers apprit que tes fils étaient égarés, sur le champ
de bataille, par l'astra de la fascination. 3,3S3 — 3,386.
L'auguste et héroïque Bharadwàdjide iu grand arc, qui
eut les désirs d’un roi, s’avança hors du lieu où il avait
combattu, et vit là Dhrishtadyoumna et Bhlmaséna, qui se
promenaient dans cette grande bataille ; il vit aussi tes (ils,
qui étaient le jouet du délire. 3,387 — 3,388.
11 prit l’astra de la science, avec lequel il détruisit l’astra
de l'erreur, et les héros tes fils alors furent rendus à la
vie. 3,380.
Bidma et le Prishatide avaient recommencé le combat.
Youdhishthira, ayant disposé ses guerriers en ordre de
bataille, leur adressa ces paroles : 3,300.
« Que douze vaillants héros, revêtus de la cuirasse,
suivent dans le combat avec vigueur, sous les ordres du
Soubhadride, la route de Bhlmaséna et du Prishatide I
» Qu'ils aillent en chercher des nouvelles, car mon es-
prit est dans l’inquiétude. » — a Oui ! » répondent à
son commandement tous ces vaillants héros, combattants
avec un orgueil viril; et ils partent au moment où le soleil
était arrivé au milieu de sa carrière.
• 3,391—3,392—3,303.
C’étaient les Kalkéyains, les cinq fils de Draâupadt
et le vigoureux Dhrishtakétou, sous les ordres d’Abhp-
manyou, environnés d’une nombreuse armée. 3,39 h.
Ces dompteurs des ennemis, ayant donné à leur ordre
de bataille la forme d’une aiguille, enfoncèrent dans ce
grand cdmbat l’armée de chars des Dhritaràsbtrides.
Dès quelle vit s’avancer les héros sous la conduite
340
LE MAHA-BHÀRATA.
d’ Abhimanyou, ton armée, déjà saisie d’effroi par Bhîma-
séna et jetée hors de sens par Dhrishtadyoumna, ne put
soutenir leur attaque : elle eut son âme pleine d’égare-
ment et se tint dans la route de l’ivresse.
3,395 — 3,386 — 3,397.
Ces héros aux drapeaux faits d’or s’approchent et
courent attaquer Vrikaudara et Dhrishtadyoumna.
A la vue des guerriers, que commandait Abhimanyou,
ces deux braves furent remplis de joie, en exterminant ton
armée. 3,398 — 3,399.
Aussitôt que le Prishatide, aussitôt que le héros Pàn-
tchàlain aperçut son gourou, qui s’avançait à grands pas,
il ne craignit plus de recevoir la mort de tes fils. 3,400.
Quand celui-ci eut fait monter Vrikaudara sur le char
d’un guerrier Kaîkéyain, il courut plein de colère sur
Drona, qui avait porté à sa perfection l’étude de l’arc et
de la flèche. 3,401.
L’immolateur des ennemis, l’auguste Bharadtvàdjide
irrité trancha d’un bhalla son arc, dans le moment qu’il
s’élançait précipitamment sur lui. 3,402.
11 envoya d’autres flèches par centaines au Prishatide
pour le bien de Douryodhana, en souvenir des gâteaux de
riz, qu’il avait reçus de son maître. 3,403.
Le meurtrier des héros ennemis, le Prishatide de pren-
dre un nouvel arc et de blesser Drona avec sept dards
tÿguisés sur la pierre, à l'empennure d’or. 3,404.
Celui-ci, qui traîne les corps de ses ennemis tués, de
rechef lui coupa son arc. 11 envoya rapidement avec quatre
flèches triomphantes ses quatre coursiers dans les de-
meures épouvantables d'Yama; il envoya également d’un
bhalla son cocher à la mort. 3,406 — 3,400.
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BH1SH.WA-PARVA.
341
Le héros aux longs bras sauta lestement à bas du
chat-, qui avait perdu ses chevaux, et monta dans le grand
char d'Abhimanyou. 3,407.
L’armée était ébranlée avec ses chevaux, ses éléphants
et ses chars, sous les yeux de Bhîmaséna et du sage Pri-
shatide. 3,408.
Tous les grands héros ensemble ne pouvaient empêcher
Drona à la force sans mesure d’enfoncer leur armée.
Cette armée, que Drona perçait de ses flèches acérées,
elle flottait çà et là, comme une mer agitée.
Tes bataillons se réjouissaient de voir le parti contraire,
plongé en de telles conditions; et,àl'aspect del' Atchârya,
qui, dans sa colère, consumait l'armée des ennemis, tous
les guerriers de s’écrier, Bharatide ; « Bien ! Fort bien ! »
3,409—3,410—3,411—3,412.
Le roi Douryodhana, revenu de son délire, arrêta de
nouveau avec des pluies de flèches l’impérissable Bhima-
séna. 3,413.
Réunis de nouveau dans un même esprit, tes héroïques
fils, rassemblés dans le combat et luttant d’efforts, com-
battirent Bhîmaséna. 3,414.
Ce guerrier aux longs bras, étant parvenu lui-même à
son char, y monta et s'avança vers l’endroit où se tenait
ton fils. 3,415.
Homme d’une grande vitesse, il prit un arc solide, Ad-
mirable, causant la mort, et envoya ses flèches le frap-
per. 3,410.
A son tour, le roi Douryodhana blessa Bhîmaséna à la
grande vigueur et lança profondément un trait fort aigu
dans ses membres. 3,417.
Horriblement percé par l’archer, ton fils, le héros, ses
342
LE MAHA-BHARATA.
yeux rouges de colère, encocha rapidement son arc ;
Et rendit le coup à Douryodhana avec, trois flèches,
qu’il darda entre ses bras, au milieu de la poitrine ; mais,
frappé de cette manière, il n’en fut pas ébranlé, sire, plus
que le roi des monts. 3,418 — 3,410.
Dès qu’ils virent ces deux guerriers irrités se charger
de coups mutuels dans le combat, tous les héros, frères
puînés de Douryodhana, qui avaient renoncé à la vie,
Se rappelant ce qu'on avait délibéré jadis pour la com-
pression des actes de Bhima, prennent une résolution su-
prême et tentent de le faire prisonnier. 3,420—3,4*21.
Bhîmaséna à la grande force s’avança sur le champ de
bataille même au-devant de ces guerriers accourants, tel
qu’un éléphant à la rencontre des éléphants ennemis.
Bouillant de colère, ce vigoureux à la haute renommée
accabla d'une (lèche eu fer Tchitraséna, ton fils, auguste
roi. 3,42*2-3,423.
Le Bharatide blessa tes autres fils dans la bataille avec
ses dards nombreux, empennés d’or et doués d’une grande
vélocité. 3,424.
Quand ils eurent entièrement affermi le pied de leurs
armées dans le combat, c s douze éminents héros, qui
avaient pour chef Abhimanyou, 3,4*25.
Et que Dharmarftdja avait envoyés, grand roi, sur les
pas île Bhîmaséna, fondirent sur les vaillants fils de sou-
verain. 3,426.
A peine eurent-ils vu tous ces courageux héros, accom-
pagnés de la fortune, resplendissants, debout sur leurs
chars, jetant un éclat semblable à celui du feu ou du
soleil, 3,4*27.
Enflammés dans cette grande bataille, rayonnants de
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BHISHMA-PARVA.
343
la flamme, que répandait leur tiare (1) d’or, tes fils à la
haute vigueur d’abandonner Bhtmaséna dans le combat.
Le fils de kounti ne souffrit pas qu'ils s’éloignâssent et
se dit : « S’en iront-ils, la vie sauve? » 3,428 — 3,429.
Abhimanyou, joint à Bhtmaséna et au Prishatide, les
suivit, écrasant de nouveau tous les fils de toi dans le
combat. Douryodhana et les autres vaillants héros, l’arc
au poing, ayant vu ton armée ainsi mal-menée, s’avan-
cèrent sur leurs chevaux, lancés d'une extrême vitesse,
là où étaient les chars; et, dans l’après-midi de ce jour,
sire, naquit une grande bataille de tes vigoureux combat-
tants et des ennemis. Dans ce vaste combat, Abhimanyou
tua les coursiers de Vikarna,
3,430 -3,431—3,432—3,433.
Et le couvrit lui-même de vingt-cinq traits fort petits.
Ce grand héros, sire, abandonna le char privé de ses
chevaux, et monta sur le char lumineux de Tchitraséna.
L’Arjounide couvrit d'une averse de flèches ces deux
frères, accroissement des Kourouides, placés sur un même
char. L’invincible Vikarna de le blesser en retour avec
cinq traits de fer. Mais le Krishnide n'en fut pas ébranlé
et resta ferme comme le Mérou. Douççâsana combattit,
vénérable Indra des rois, les cinq Kaîkéyains; et ce
combat fut comme un prodige. Les fils irrités de Draàu-
padt arrêtèrent Douryodhana au milieu de la bataille.
3,434-3,435- 3,430—3,437—3,438.
Chacun d'eux attaqua ton fils avec trois flèches, et ton
inaffrontable fils riposta dans le combat aux fils de Draâu-
padl. 3,439.
(!) Teitt' de Bombay.
344
LE MAHA-BHARATA.
Ils le frappèrent individuellement, sire; et, blessé de
leurs traits acérés, il brillait, arrosé de sang, comme les
cataractes d'une montagne, à l’eau desquelles sont mêlés
ses métaux. Le vigoureux Bhishma lui-même extermina
l’armée des Pàndouides , comme Çiva détruisit les
troupeaux de bétail. Ensuite, le Gàndlva, souverain des
hommes, fit éclater son terrible son, 3,440-3,441-3,44*2.
Sous la main du Prithide, qui immolait les guerriers
de l'armée ennemie : et les cadavres mutilés se dressèrent
alors par milliers dans ce combat. 3,443.
Au milieu des armées Kourouide et Pàndouide, c’étaient
des eaux de sang, des tourbillons de (lèches, des (les d’é-
iéphants et des flots de coursiers. 3 ,444.
Les héros éminents traversèrent cet océan d’armées sur
les esquifs de leurs chars. On voyait tombés là par cen-
taines et par milliers les plus excellents des guerriers,
sans cuirasses, les mains coupées, presque sans corps.
Les éléphants, tués dans l’ivresse, inondés de sang, fai-
saient paraître la terre comme hérissée de montagnes. Nous
vîmes là, Bharatide, le prodigieux courage des tiens et
des ennemis. 3,445 — 3,446 — 3,447.
Il n’y avait pns là un homme quelconque, qui ne dé-
sirât combattre : ainsi luttaient avec les fils de Pàndou
les héros de ta cause, ambitionnant une vaste renommée
et désirant la victoire. 3,448—3,449.
A l’heure où le soleil a déjà pris sa teinte rouge, le roi
Douryodhana, rapide en ses combats et qui voulait ravir
l’existence à Bhimaséna, courut sur lui. 3.450.
Aussitôt qu'il vit s'avancer le héros des hommes,
inébranlable ennemi , Blduia dit avec colère ces pa-
roles : 3,451.
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BBISHMA-PARVA.
345
« Le voici donc arrivé, ce moment désiré depuis un
grand nombre d’années : je vais te tuer aujourd’hui même,
si tu n’abandonnes pas le champ de bataille. 3,452.
» Aujourd’hui, par ta mort, je vais exstirper entière-
ment les ennemis de Kountt, notre long exil dans les
forêts et toutes les vexations, dont fut abreuvée Draâu-
padi. 3,453.
» Vois arrivée aujourd’hui même l’infortune, récom-
pense de ta scélératesse; car tu as étendu sur nous ton
envie et tes mépris. 3,454.
» En suivant jadis le sentiment de Karna et du Sou-
balide, tu as accompli, sans y penser, la volonté et les
désirs des fils de Pàndou. 3,455.
» Parce que tu as méprisé dans ta démence les prières
du Dàçàrhain, et que tu as donné avec orgueil un ordre
si outrageant à Ouloùka ; 3.450.
» Puisque toi, jadis, tu as commis ces crimes, je te
tuerai, accompagné de tes parents, et je rétablirai la
paix! » 3,4)7.
A ces mots, il bande un arc épouvantable, le fait vibrer
plusieurs fois (1), et encoche des flèches effrayantes
d’un éclat semblable à celui de la grande foudre. 3,458.
11 lança, irrité, d’une main hâtée, dans Souyodhana
rapidement trente-six dards, pareils au tonnerre ou tels
que la flamme et le feu flamboyant. 3,459.
Il trancha son arc avec deux traiis, il blessa son cocher
avec deux autres et jeta ses coursiers dans les demeures
d’Yama avec quatre flèches. 3,400.
Le broyeur des ennemis abattit, du haut de son char
(1) Texte de Bombay.
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846
LE MAHA-BHARATA.
sublime, l’ombrelle de ce monarque avec deux traits bien
décochés dans le combat. 3,461.
11 coupa de trois flèches son drapeau magnifique, flam-
boyant; et, cela fait, il poussa un immense cri, sous les
yeux de ton fils. 3,462.
Le drapeau fortuné , orné de toutes les pierreries,
tomba tout à coup du char sur la terre, comme un éclair
jaillit d’un nuage. 3,463.
Tous les princes virent tranché l'étendard du roi des
Kourouides, flamboyant, magnifique, semblable au soleil
et qui représentait un éléphant brodé en pierres fines. ’
L'héroïque Bhîma de le frapper lui-même, en riant,
avec dix flèches, comme on frappe un grand éléphant d’un
croc aigu. 3,464 — 3,465.
Ensuite, le roi des Sindhiens aux vastes forces, le plus
excellent des héros, environné de guerriers vaillants, cou-
vrit les derrières de Douryodhana. 3,466.
Le plus éminent des maîtres de chars, Kripa, fit monter
dans sa voiture de guerre, sire, le Kourouide en colère,
Douryodhana à l’énergie sans mesure. 3,467.
Gravement blessé par Bhimaséna dans la guerre, ému
dU douteur, le roi Douryodhana de s’affaisser alors sur le
banc du char. 3,408.
Désireux de tuer Ventre-de-loup, Djayadratha d’enve-
lopper Bhimaséna et de lui fermer les plages du ciel avec
plusieurs milliers de chars. 3,469.
Dhrishtakétou , le vigoureux Abhimanvou, les Ra!-
kéyains et les fils de Rraâupadt livrèrent combat, sire, à
tes fils. 3,470.
Abhimanyou au grand cœur les frappa tous et les blessa
individuellement de cinq (lèches aux nœuds inclinés, en-
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BH1SHMA-PARVA.
347
voyées d’un arc admirable et dont la mort ressemblait à
celle, que donne la foudre. Tous irrités, ils firent éclater
sur le Soubhadride, le plus grand des héros, une averse
de flèches acérées, comme des nuages sur le mont Mérou.
Consommé dans les armes, ivre du cruel orgueil des
combats, opprimé dans cette guerre,
3,471—3,472—3,473,
Abhimanyou jeta la fuite au milieu des tiens, grand
roi, comme jadis, dans la guerre des Dieux et des Dé-
mons , l’Immortel , qui tient la foudre , dispersa les
Asouras. 3,474.
Le plus grand des héros lança, Bharatide, à Vikarna
quatorze bhallas effrayants, semblables à des serpents.
Le vigoureux fit tomber du char de Vikarna son drapeau
et son cocher : il abattit ses chevaux, comme s’il dansait
en cette bataille. 3,475 — 3,476.
De rechef, le héros Soubhadride envoya à son ennemi
d'autres flèches non paresseuses, insignes, allant droit au
but, altérées de sang. 3,477.
Revêtues de la plume des paons et des hérons, elles
fondent sur Vikarna, entrouvrent son corps et pénètrent
dans la terre, en sifllant comme des serpents. 3,478.
On vit ces traits, à l’èxtrémité empennée d’or, plongés
dans le sol de la terre, humides du sang de Vikarna et
qui semblaient vomir le sang. 3,479.
Dès qu’ils le virent, ayant le corps fendu, les autres
guerriers, ses frères de tout. sang, s’élancèrent dans le com-
bat sur les héros, que commandait Abhimanyou. 3,480.
Debout sur leurs chars et pleins de la cruelle ivresse
des batailles, ils s’approchent rapidement des ennemis,
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348
LE MAHA-BIIARATA.
debout sur leurs chars, aussi brillants que le soleil, et se
frappent de coups mutuels dans le combat. 3,481.
Dourmoukha, après qu'il eut blessé Çroutakarman
de cinq dards, abattit d'une flèche son drappau et frappa
de sept traits son cocher. 3,482.
S'étant avancé, il perça de six dards ses chevaux, cou-
verts de fdets d’or et rapides comme le vent ; il fit encore
tomber dans ta mort son cocher. 3,483.
Restant sur son char sans chevaux, le héros Çrouta-
karman lui jeta avec colère une lance de fer, flamboyante
à l’instar d’un grand météore igné. 3,484.
Bien resplendissante, elle fendit la vaste cuirasse de
l’illustre Dourmoukha, elle entrouvrit la terre et s’y plon-
gea, enflammée. 3,485.
Dès que Soutasoma à la grande vigueur le vit là, sans
char, il le fit monter sur le sien, à la vue de tous les guer-
riers. 3,486.
Le vaillant Çroutakirti s’avança contre Djayatséna, ton
fils, sire, désirant immoler cet homme illustre dans le
combat. 3,487.
Çroutakirti coupa l’arc de ce magnanime à l’instant où
il décochait; et ton fils trancha également l’arc de son ad-
versaire, 3,488.
En riant, Bharatide, avec un kshourapra fort acéré.
Aussitôt que Çaiàuika vit son frère avec uu arc en mor-
ceaux, 3,481).
Le splendide héros s'approcha, poussant des cris itéra-
tivement, comme un lion. 11 brandit, dans le combat, un
arc solide. 3,490.
11 blessa rapidement de dix flèches Djayatséna et jeta
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BH1SHMA-PARVA. 3A9
un cri immense, de môme qu'un éléphant dans l’ivresse
du rut. 3,A91.
Il atteignit profondément au coeur son ennemi d’un
autre dard bien acéré, qui brisait toutes les armes défen-
sives. 3, A 92.
Tandis «pie les choses se déroulaient ainsi , Doush-
knrna, délirant de colère, trancha d'une flèche , près de
son frère, l’arc du fils de Nakoula. 3.A93.
Çatànika, à la grande vigueur, saisit un autre arc, su-
blime, dont la substance était la pesanteur, et il encocha
des trai ts acérés. 3 , A 9 A .
« Arrête ! arrête! » cria-t-il à Doushkarna; et cet aîné
de son frère se mit à décocher des flèches aiguës, flam-
boyantes et semblables à des serpents. 3,A95.
Avec un dard, il trancha son arc ; avec deux , il perça
le cocher j il frappa le maître lestement de ses traits dans
le combat ; 3,A9t5.
Et, libre de souillure, il tua rapidement avec douze
flèches acérées tous ses chevaux de différentes couleurs,
aussi légers que la pensée même. 3,A07.
D’un autre bhalla, bien lancé, au vol rapide, Çatànika,
violemment irrité, blessa profondément au cœur Doush-
karna (1) 3,A98.
Celui-ci tomba sur la terre, comme un arbre, que
le tonnerre a brisé. Dès qu’ils virent l’infortuné gi-
sant sur le sol, cinq grands héros, sire, enfermèrent
Çatànika de tous les côtés, avec le désir de l’immo-
ler. Ils s’approchent avec colère, déchargeant sur l’il-
lustre guerrier des multitudes de flèches. A peine, tes
(!) Texte de Bombay.
350
LE MAHA-BHAHATA.
héroïques fils les ont-ils vu s’avancer, 3,409-3,500-3,501.
Qu’ils marchèrent à leur rencontre, puissant roi, comme
des éléphants marchent au-devant de grands éléphants.
L'invincible Dourmoukha et le jeune Doutnarshana, 3,502.
Çatroundjaya, Çatrousaha, tous les illustres guerriers
de s’avancer ensemble avec colère au-devant des frères
Kaikéyains. 3,503.
Ils étaient montés sur des chars, semblables ;ï des
villes, traînés par des attelages de chevaux couverts
d'ornements, ombragés par des drapeaux admirables, de
toutes les couleurs. 3,504.
Armés des meilleurs arcs, avec des cuirasses et des
étendards merveilleux , ils pénétrèrent dans l’armée en-
nemie, comme des lions entrent d’une forêt dans un autre
bois. 3,505.
Un combat tumultueux, très-épouvantable, offense des
uns contre les autres, où les éléphants et les chars étaient
mutuellement engagés, accroissement du royaume d' Va-
rna, s’éleva entre ces hommes, sire, qui se chargeaient de
coups réciproques. Un instant, ils se livrèrent une bataille
très-horrible, après que le soleil fut descendu même à. son
couchant. 3,500 — 3,507.
Les maîtres de chars et les cavaliers gisaient , étendus
par milliers. Le fils de Çântanou, BhSslmia, irrité, détrui-
sit l'armée de ces magnanimes sous des flèches aux nœuds
inclinés; et ses traits conduisirent les armées des (ils de
Pândou dans les demeures d’Yama. 3,508 — 3,509.
Quand il eut de cette manière brisé les armées des
Pândouides, leur aïeul couronné lit une suspension d’armes
entre les guerriers et se retira dans sou camp. 3,510.
Après que Dharmarâdja lui-mème eut reçu Dlirislita-
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BHISHMA-PARVA.
351
dyoumna, accompagné de Vrikaudara, et les eut baisés
sur la tête, il rentra joyeux dans son camp. 3,511.
lies héros s’étaient donc retirés, humides de sang, cha-
cun dans son logis, après s’être livrés à de mutuelles of-
fenses. 3,512
Aussitôt qu’ils se furent délassés et honorés les uns les
autres suivant la convenance, on les vit, revêtus de leurs
armes, déjà prêts à recommencer ce combat. 3,513.
Alors, plongé dans ses pensées, ton fils, sire, les mem-
bres souillés de sang, interrogea affectueusement son
ayeul en ces termes : 3,51à.
« Tes héros, se hâtant avec une multitude de chars,
ont accablé, rompu, massacré les armées des (ils de Pàn-
dou, terribles, étendues, formidables, ombragées de dra-
peaux uniformément grands. 3,515.
Entré dans nos rangs , Bhima répandit le délire au mi-
lieu de tous mes guerriers, renommés dans la guerre, et
de cet ordre Makara, semblable à la foudre ; il me perça
de flèches épouvantables, pareilles au bâton de la Mort
elle-même. 3,516.
» Plein d'effroi, sire, depuis que je l’ai vu s’abandon-
ner à sa colère, je n'ai pu recouvrer un instant de tran-
quillité. Je désire donc aujourd’hui, vieillard, qui donnas
ta foi â la vérité, obtenir la victoire, grâce à toi», et faire
mordre la poussière à ce fils de Pândou. » 3,517.
A ces mots , le plus excellent de tous ceux , qui
portent les armes, l’intelligent et magnanime fils de la
Gangâ répondit en riant, mais avec tristesse, à Dou-
ryodhana, qu’il voyait pénétré de colère : 3,518.
« J’emploierai les plus grands efforts à pénétrer dans
l’armée ennemie, car je désire de toute mon âme, prince,
352
LE MAHA-BHA11ATA.
te donner la victoire et procurer ton plaisir ; jamais ,
quand il s’agit de ton bien, je ne cache ma personne.
» Ces héros nombreux, terribles, renommés, consom-
més dans les armes, les plus vaillants des hommes, qui
sont les compagnons des Pàndouides dans les combats,
ont vaincu la fatigue et vomissent le poison de la colère.
3,519—3,520.
<> 11 est impossible que tu vainques ici par la force ces
héros, qui sont vêtus de vigueur et qui ont embrassé cette
guerre avec toi : cependant je combattrai contre eux, sire,
de toute mon âme, au prix même démon existence. 3,5*21.
» Je ne dois pas, quand il s'agit de toi, songer à con-
server maintenant la vie dans le combat ; j’incendierais
pour toi les mondes avec les Dénions et les Dieux ; à plus
forte raison consumerai-je ici tes ennemis. 3,522.
» Je combattrai les (ils de Pândou, sire, et je ferai tout
ce qui t’est agréable. » Dès qu’il eut ouï ces paroles, Dou-
ryodhatia à la haute renommée eut l’ànie satisfaite.
« Sortez! » dit-il, joyeux à toutes ses armées et à tous
les souverains. Alors, à cet ordre, toutes les armées de
sortir par myriades d'éléphants, de fantassins, de che-
vaux et de chars. 3,523 — 3,525.
Tes grandes armées, pleines de joies, sire, fermes sur
le champ de bataille, y brillèrent, munies de toutes sortes
de flèches et d'armes, remplies d'éléphants, dechevauxet
d’hommes de pied. 3,525.
De tous les côtés, brillaient dans la plaine des compa-
gnies d’éléphants, bien disposés en bataille, rangés par
troupeaux, et les divisions de tes armées, commandées
par des guerriers, qui étaient des hommes-Dieux, ins-
truits à manier l’arc et les flèches. 3,520.
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BHISHMA-PARVA.
363
Couleur du soleil adolescent et cachant les rayons de
l’astre lumineux, brillait une poussière, soulevée par les
chars et les troupes de fantassins, de chevaux et d’élé-
phants, qui marchaient sur le champ de bataille, poussés
suivant les règles de la guerre. 3,527.
Des hommes de pied, des guerriers, équitant sur des
éléphants ou montés sur des chars, brillaient de tous les
côtés, se promenant dans les nuages au souffle du vent ;
le mirage faisait briller différentes couleurs dans les
nuées, telles que l'on voit des éclairs jaillir dans l’atmos-
phère. 3,528.
C’était alors un bruit confus et plus qu’épouvantable
de souverains, qui brandissaient leurs arcs : telles, dans
le premier âge, les troupes des grands Asouras et des
Dieux agitaient la mer. 3,529.
Cette armée, destructive des armées ennemies, pous-
sait alors par la bouche de tes fils ce bruit horrible, formé
de plusieurs sortes et semblable à celui d’une multitude
de nuages à la lin d’un youga. 3,530.
Or, le fils de la Gangà adressa de nouveau à ton fils
plongé dans ses réflexions, ô le plus vertueux des Bhara-
tides, ces paroles, qui inspiraient la joie : 3,531.
u Drona et moi, Çalya et Kritavarman le Sâttwata
Açvatthâman, Vikarna et Somadalta avec les Sindhiens,
n Vinda et Anouvinda, les rois d’Avanti , Yàhlika avec
ses Vâhlikains, le vigoureux monarque des Trigarttas et
l’invincible Mâgdhain, 3,532 — 3,533.
» Vrihadvala , le Koçalain, Tchitraséna, Vivinçati et
les brillants héros en nombreux milliers, ombragés sous
de grands drapeaux, 3,63A.
» Et les chevaux nés en des régions fameuses et mon-
vu 23
85A
LE MAHA-BHARATA.
tés par d'excellents cavaliers , et les plus grands des
éléphants, revêtus d’ivresse et dont les joues fendues
arrosent le faciès, 3,535.
» Et ces hommes de pied, ces vaillants héros, sortis de
pays divers, qui portent toutes sortes d’armes et de pro-
jectiles, et qui s’élancent au combat pour toi ; 3,536.
» Eux et d’autres en grand nombre, qui font pour toi
le sacrifice de leur vie, sont capables de vaincre les Dieux
en bataille : c’est mon sentiment. 3,587.
» Mais je dois toujours, sire, malgré moi , te révéler
ton bien : les fils de Pàndou, qui ont le Vasoudévide pour
compagnon et une valeur égale à celle de Mahéndra, ne
peuvent être vaincus par Indra lui-même avec ses Immor-
tels. Cependant, roi des rois, j’accomplirai entièrement
ta parole. 3,538 — 3,539.
» Ou je triompherai des Pândouides, ou ils seront mes
vainqueurs dans le combat. » A ces mots, Bhisluna de lui
donner un simple fortuné, plein d’énergie, qui débarras-
sait des (lèches. Sou corps ne porta plus dès-lors aucun
vestige de traits. A l’aube sereine, le vigoureux, avec son
armée, 3,540 — 3,541.
Disposa lui-même son ordre de bataille. Le plus grand
des enfants de Manou, habile dans les dispositions de
troupes, fit avec les siennes un cercle rempli de toutes les
espèces de projectiles ; 3,542.
Plein des plus braves combattants, couvert de tous les
côtés par des hommes de pied, des éléphants et des chars
en plusieurs milliers; 3,543.
Par des cohortes de cavaliers et par des guerriers à la
haute taille, armés de sabres et de leviers en fer. Chaque
éléphant était défendu par sept chars et chacun des chars
l’était par sept chevaux. 3,544
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BHISHMA-PABVA.
355
Un cheval était flanqué de dix archers, sept piétons ap-
puyaient un archer. Tel était, composé de vaillants héro9,
puissant roi, l’ordre de bataille adopté pour ton armée,
que protégeait Bhishrna dans ce grand combat. Dix mille
chevaux, un égal nombre d’éléphants, 3,545 — 3,54<3
Une myriade de chars, tes fils, revêtus de la cuirasse,
Tchitraséua et les autres héros défendaient ton auguste
ayeul. 3,547.
Défendu par ces héros, il étendait sur.eux sa vigilance.
Ou voyait des monarques à la grande vigueur, qui avaient
endossé la cuirasse. 3,548.
Douryodhana tout armé, monté sur son char, brillait
dans le combat, environné des faveurs de la Fortune,
comme s’il était dans le ciel de Çakra. 3,549.
Ensuite, éclata un vaste bruit de tes fils, rejeton de
Bharata, un fracas immense de chars et le son de3 instru-
ments de musique. 3,550.
L’ordre de bataille des Dhritaràshtrides , formé par
Bhishrna, cette grande disposition en cercle, difficile à
briser par ceux, qui ont pour fonctions d’immoler les en-
nemis, s’avançait, la face tournée à l’occident. 3,551.
Il resplendissait partout, sire, inaffrontable aux ennemis
dans le combat. A la vue de cette circonférence, disposi-
tion de guerre, qui inspirait la plus profonde épouvante.
Le roi Youdhishthira lui-même adopta un ordre en
forme de foudre. Alors, dans se9 nombreuses armées, pla-
cées suivant leurs rangs, 3,552 — 3,553.
Les maîtres de chars et les cavaliers de jeter leur cri
de guerre. Les braves combattants de l’un et de l’autre
parti sortirent avec les armées, appelant de leurs vœux le
combat et désirant enfoncer l'ordre de bataille. Le Bha-
LE MAHA-BHARATA.
350
radwâdjide s’avança contre le Matsya, et le Dronide à
l’encontre de Çikhandt. 3,554 — 3,555.
Le roi Douryodhana lui-même courut sur le Prishatide :
Nakoula et Sahadéva s’avancèrent contre le souverain du
Madra. 3,550.
Vinda et Anouvinda, les deux rois d'Avanti, fondirent
sur Iràvat; mais tous les monarques se réservèrent de
combattre avec Dhanandjaya. 3,557.
L’auguste Bhîmaséna employa ses efforts pour arrêter
dans le combat Hàrdikya, Tchitraséna, Vikarna et Dour-
niarshana. 3,558.
L’Arjounide engagea un combat avec tes fils. L’Hidim-
bide, le souverain des Rakshasas, fondit avec rapidité sur
Prâgdjyotisha au grand arc comme un éléphant en rut sur
un autre pachyderme en folie. Le Rakshasa Alambousha
courut avec colère, sire, contre Sâtyaki, plein de la cruelle
ivresse des batailles, à la tête de son armée. Bhoûriçravas
soutint avec effort un autre combat contre Dhrishtakétou.
Youdhislithira, le (ils d'Yama, arrêta dans la bataille
le roi Çroutàyoush, et Tchékitana de s’opposer à Rripa
lui-même. 3,553 — 3,500 — 3,501- -3,502.
Les autres, déployant leurs efforts, combattirent Bhima
au grand char; et des milliers de rois, tenant à la main
des épieux, des massues, des nàrâtchas, des leviers de fer
et des tridents, environnèrent Dhanandjaya. Celui-ci,
dans une ardente colère, dit ces mots au rejeton de Vrish-
ni : 3,503 — 3,504.
« Regarde, Màdhava, ces nombreuses armées du Dlrri-
larâshtride, que le magnanime (ils de la Gangà, qui sait
l’art des ordres de bataille, a rangées pour le combat.
a Vois, Màdhava, ces héros incalculables, ambitieux
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BHISHMA-PARN A.
857
de combattre : vois, Kéçava, ce roi du Trigartta, accompa-
gné de ses frères. 3,565 — 8,566.
» Aujourd'hui même, sous tes yeux, Djanàrddana, le
plus grand des Yadouides, je veux les détruire, ces hom-
mes, qui désirent me combattre sur le champ de bataille!»
Quand il eut parlé ainsi, le fils de Kountl essaya la
corde de son arc et lit pleuvoir des averses de flèches sur
les troupes du souverain des hommes. 3,567 — 3,568.
Ces héros le remplirent des grêles de leurs traits : tels,
dans la saison des pluies, les nuages remplissent de gouttes
d’eau un lac à sec. 3,566.
Un vaste brouhaha, monarque des hommes, s’éleva
dans l’armée à la vue des deux krishnas entièrement cou-
verts de flèches dans ce grand combat. 3,570.
Les Ouragas, les Gandliarvas, les Dévarshis et les Dieux
tombèrent dans le plus profond étonnement, dès qu’ils
virent les deux Krishnas réduits «à un tel état. 3,571.
Arjouna irrité, sire, de lancer lastra d'Indra. Nous
vimes alors ce qu’était le merveilleux courage de
Vidjaya; 3,57*2.
Car il empêcha par la multitude de ses traits les enne-
mis d’envoyer leur pluie de flèches; et il n’y eut personne
dans ce moment, souverain des hommes, parmi ces mil-
liers de rois, de chevaux et d’éléphants, qui n’en fut blessé.
Il y en eut même, respectable monarque, que le Prithide
frappa de deux et de trois flèches. 3,573-3,574.
Mal-menés par le Prithide, ils recoururent au fils de
Çàntanou ; alors Bhlshma fut le sauveur de ces malheu-
reux, submergés dans une eau très-profonde, 3,575.
Brisée par ces héros, qui se précipitaient là, ton armée,
grand roi, était alors agitée, comme une vaste mer, le
jouet des vents. 3,576.
368
LE MAHA-BHARATA.
Tandis que le combat se livrait, que Souçarman s'en
était retiré, que le magnanime fils de Pàndou brisait les
héros, 3,577,
Que les flots de ton armée étaient agités impétueuse-
ment à l'instar de la mer et que le fils de la Gangâ se
portait d’un pied rapide à la rencontre deVidjaya, 3,578.
Le roi Douryodhana, témoin de la valeur du Prithide
dans le combat, s’avança à la hâte vers tous les rois et dit,
au milieu de toute son armée, devant eux, ces paroles au
héros Souçarman pour l’exciter : 3,570 — 3,580.
« Voici Bhlshma, le fils de Çântanou et le plus grand
des kourouides, qui a fait de grand cœur le sacrifice de
sa vie et qui désire combattre Dhanandjaya. 3,581.
» Tous, déployez vos efforts et sauvez dans le combat
l’ayeul des Bharalides, qui, à la tête de son armée, s’a-
vance vers l'armée des ennemis. » 3,582.
r Oui ! » répondent-ils; et, sur ce mot, les armées de
ces lndras des hommes se portent entièrement, puissant
roi, au secours de ce noble vieillard. 3,583.
Accouru à toute bride, Bhlshma, le fils de Çântanou,
s’approcha du vigoureux Bharatide, Arjoutia, qui s’avan-
çait lui-mème dans le combat, avec le bruit d’un grand
nuage, sur son char, infiniment splendide, où flottait l’en-
seigne épouvantable d'un singe, et traîné par des chevaux
d’une grande blancheur. 3,586 — 3,585.
Une clameur confuse éclata au milieu de tous les guer-
riers, aussitôt qu’ils virent avec terreur Dhanandjaya,
coiffé de sa tiare, arrivé dans le combat. 3,580.
Lorsqu’ils virent Krishna tenant à sa main les rênes du
chai- et tel qu’un autre soleil, ils ne purent supporter la
vue de cet astre lumineux, parvenu au milieu du jour.
Les Pàndouides, de leur côté, ne purent soutenir l’aspect
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BHISHMA-PARVA.
369
de Bhlshma, le fils de Ç&ntanou, avec ses blancs cour-
siers, avec son arc blanc, comme celui de la blanche
planèle Swéla (1), levée sur l’horizon. 3,587 — 3,588.
Environné de tous côtés par les Trigarttains bien ma-
gnanimes, par ses frères, par ses fils et par d’autres
vaillants héros, 3,589.
Le Bharadwâdjide blessa d’un trait dans le combat le
roi des Matsyas, et trancha d’une flèche sur le champ de
bataille son drapeau et son arc. 3,500.
Virata, le général des armées, rejeta les fragments de
son arc brisé ; il prit lestement un nouvel arc solide, ca-
pable de soutenir un fardeau, 3,591.
Et des flèches , semblables à des reptiles venimeux et
telles que des serpents enflammés. Il blessa de trois pro-
jectiles Drona et de quatre ses coursiers. 3,592.
D'un trait, il frappa son drapeau; de cinq, il atteignit
son cocher, et d’une flèche, il coupa son arc. Le plus
grand des brahmes alors de s’irriter. 3,593.
De huit dards aux nœuds inclinés, Drona, ô le plus
grand des Bharatides, lui tua ses coursiers; avec un, il
immola son cocher. 3,596.
Sautant à bas de son char léger, manquant de chevaux,
privé de cocher, le plus excellent des maîtres de chars
monta rapidement sur le char de Çankha. 3,595.
(’.es deux héros, portés sur un même.chariot, le père et
le fils, couvrirent, malgré qu’il en eut, le Bharadwâdjide
avec une épaisse averse de flèches. 3,596.
Le brahuie aux vastes forces, saisi de colère, envoya
légèrement sur Çankha, dans la bataille, une flèche pa-
reille à un serpent. 3,597.
(1) Jeu de mots, Swéta voulant dire blanc.
800
LE MAHA-BHARATA.
Ayant percé le cœur et bu le sang dans le combat, le
trait, humide de sang et son éclat souillé, se plongea dans
la terre. 8,598.
Atteint par le dard du Bharadwàdjide, il tomba soudain
à bas du char, abandonnant son arc et ses (lèches aux
côtés mêmes de son père. 3,599.
Dès qu'il vit son fds étendu mort, Virâta s’enfuit d'effroi,
laissant là ce Drona, qui lui semblait la mort, sa gueule
ouverte. 3,600,
Le Bharadwàdjide couvrit ensuite de flèches, par cen-
taines et par milliers, dans ce combat, la nombreuse armée
des fils de Pàndou. 3,601.
Çilchandl lui-même, grand roi, s’approcha du Dronide,
son arme à la main (1), et le frappa entre les deux sour-
cils de trois flèches, qui étaient des nâràtchas. 3,002.
Le tigre des hommes brilla de ces trois dards implantés
au milieu du front, tel que le Mérou luit de trois pics
dressés, dont l’or est la matière. 3,603.
Açwatthàman irrité visa et fit tomber dans la moitié
d'un clin- d’œil, sur le champ de bataille, l’arme, les
chevaux, le drapeau et le cocher de (’.ikhandl sous des
flèches nombreuses. L’excellent maître de char sauta à
bas du char, qui avait perdu ses chevaux. 3,604 — 3,005.
Çikhandi, l'immolateur des ennemis, s’arma d’un cime-
terre bien acéré, saisit un bouclier luisant et se mit à
tourner avec colère, à l'instar d’un faucon. 3,606.
Tandis qu’il se promenait ainsi, le cimeterre à la main,
grand roi, le Dronide ne trouva point à surprendre dans
sa garde un seul défaut : c'était comme une chose mer-
veilleuse. 3,607.
(1) Sanyougai.
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BH1SHMA-PARVA.
361
Ensuite le Dronide , plein d’une extrême colère , de
lui envoyer dans ce combat de nombreux milliers de
flèches. 3,008.
Mais le plus robuste des forts coupa, dans la chûte
même, cette averse de flèches bien épouvantable, avec son
épée au tranchant acéré. 3,609.
Le fils de Drona lui trancha son bouclier splendide,
ravissant, à cent lunes, rompit son épée dans la guerre,
avec des flèches en bien grand nombre, et le blessa lui—
même, sire, avec ses traits. Çikhandl, qui avait frappé
son ennemi, rejeta précipitamment, comme un serpent de
feu, les tronçons du cimeterre, que l'autre avait rompu de
ses flèches. Tout à coup, montrant la légèreté de sa main,
Açwatlhàman le transperça, bouillant de colère dans le
combat et brillant d’un éclat semblable au feu de la mort :
et Çikhandl fut blessé de ses nombreuses flèches de fer.
3,610—3,611—3,612—3,013.
Atteint profondément de ces dards acérés, sire, le
héros s'empressa de monter sur le char du magnanime
Màdhavain. 3,0là.
Sàtyaki en colère inonda partout, dans le combat, de
ses horribles traits le cruel Ilakshasa Alambousha. 3,615.
Mais lTndra des mauvais Génies trancha son arc avec
une flèche en demi-lune, et le blessa lui-même de ses
dards en ce combat. 3,616.
11 produisit une . magie de Rakshnsa et couvrit son rival
de ses averses de traits. Nous vîmes, dans cette circons-
tance, combien était prodigieux le courage de Sàtyaki;
Car, blessé dans ce combat par ses dards aigus, le
Vrishnide n'en fut nullement ému, et riposta, rejeton de
Bharata, avec l’astra du grand Indra. 3,617 — 3,618.
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362
LE MAHA-BHARATA.
Cet astra de l’illustre Mâdhava tint le premier rang
pour la victoire, et réduisit en cendres la magie Raksha-
saine. 3,619.
11 inonda entièrement Alambousha de flèches terribles :
tel, dans la saison des pluies, un nuage couvre une mon-
tagne de ses gouttes d’eau. 3,620.
Accablé de cette manière par le magnanime Mâdhava,
le Rakshasa s’enfuit d'effroi, abandonnant Sàtyaki dans
le combat. 3,621.
Après que Mâdhava lui-même eut triomphé de l’invin-
cible Indra des Rakshasas, Sâtyaki poussa un cri en
témoignage de sa victoire, sous les regards de tes combat-
tants. 3,622.
Ce héros, de qui le courage était une vérité, immola les
tiens de ses nombreuses flèches acérées; et ceux-ci de
s’enfuir sous l’oppression de la terreur. 3,623.
Dans ce même temps, Dhrishtadyoumna, le vigoureux
fils de Droupada, ensevelit dans le combat sous la grêle
de ses traits aux nœuds inclinés ton fils, puissant monar-
que, le souverain des hommes. Couvert de ces flèches,
lancées par Dhrishtadyoumna, ton royal (ils, Bharatide,
n’en fut, ni ébranlé, ni effrayé : il blessa d’une main ra-
pide avec trente-six dards le héros dans ce combat 1 ce fut
comme une chose merveilleuse. Le généralissime de
l’année Pdndouide irrité lui trancha son arc.
3,62â— 3,625— 3,626— 3,627.
Le vaillant héros tua ses quatre chevaux dans le com-
bat et le blessa lui-même rapidement avec sept traits
acérés. 3,628.
Le guerrier aux longs bras, à la grande force, sauta à
bas du char , que ne traînaient pins ses chevaux tués, et.
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BH1SHMA-PARVA.
865
tirant son épée, il fondit à pied sur le Prishatide. 3,629.
Çakouni aux vastes forces, qui a les désirs d’un roi,
s'étant approché, fit monter dans son char le monarque
du monde entier. 3,630.
Dès que le Prishatide, immolateor des héros ennemis,
eut triomphé de ce roi, il tourna sa fureur sur ton armée,
comme le Dieu, qui porte le tonnerre, détruisit les Asou-
ras. 3,631.
Kritavarman dans le combat marcha contre l’héroïque
Bhîrnaséna avec des flèches, et l’en couvrit de même qu’un
grand nuage dérobe le soleil. 3,032.
Ensuite, le formidable guerrier envoya avec un rire de
colère ses dards sur Kritavarman, 3,633.
Blessé par eux, le Sàttwata, habile à combattre sur des
chars et puissant en courage, n'en fut pas ébranlé, grand
roi, et marcha contre Blilma avec des traits acérés. 3,034.
Quand celui-ci, plein de vigueur, eut tué ses quatre
chevaux, il abattit son cocher et son drapeau aux splen-
dides ornements. 3,635.
Le redoutable combattant le couvrit de flèches nom-
breuses, variées, et le blessé parut, ayant tout le corps
mis en lambeaux. 3,636.
11 abandonna son attelage sans vie et monta à la hâte,
sous les yeux de ton fils, grand roi, sur le char de Vrisha-
ka, le frère de ton épouse. 3,637.
Bhîrnaséna irrité mettait en fuite ton armée et frappait
sur elle, plein d’une ardente colère, comme la Mort, son
bâton à la main. 3,638.
« J'ai entendu de ta bouche, Sandjaya, interrompit
Dhritaràshtra, ces duels en chars, nombreux et admi-
rables, des Pàndouides avec les miens. 3,039.
LE MAHA-BHARATA.
36A
» Tu ne me dis pas une seule chose agréable des miens,
Sandjaya : les fils de Pândou, pleins d’ardeur et qu’on ne
peut rompre même, voilà ce dont tu parles continuelle-
ment. 3,040.
# Tu ipe dis (-1) que l'énergie des miens est perdue;
qu’ils n’ont plus d’âme, qu’ils sont vaincus.... C’est le
Destin, cocher, qui préside à la guerre : il n’y a nul
doute. » 3,641.
Les tiens s’évertuent de toute leur force, de toute leur
âme, à la guerre, déployant un courage, éminent Bhara-
tide, supérieur à leur puissance, répondit Sanjaya. 3,642.
De même que l’eau de la Gangâ, la rivière des Dieux,
qui, ayant d’abord coulé douce, arrive à la qualité de
l’eau salée, en s’approchant du vaste réservoir de toutes
les ondes ; 3,643.
Ainsi la haute bravoure de tes magnanimes fds devient
inutile dans la guerre, sire, maintenant qu’ils se sont ap-
prochés des héroïques fds de Pândou, qui luttent de tous
leurs efforts et accomplissent une œuvre difficile. Ne veuille
donc pas arrêter sur les guerriers, ô le plus excellent des
Kourouides, un jugement erroné. 3,644 — 3,645.
Cette ruine immense, épouvantable de la terre, accrois-
sement du nombre empire d’Yama, elle est due à ta faute,
monarque des hommes, et à celle de ton fils. 3,646.
Il ne te sied donc pas, sire, de déplorer une chose, qui
arrive par ta faute. Certes ! les rois ne conservent point
ici par tous les moyens leur auguste vie. 3,647.
Les rois de la terre ambitionnent les mondes, récom-
(i) Texte de Bombay, qui écrit plu» à propos : vadnsai, au lieu du :
vada mai dans le texte de Calcutta.
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BHISBMA-PARVA.
305
pense des exploits sur la terre, et, quand ils se sont plon-
gés au milieu des armées, ils combattent, se proposant
toujours le Swarga comme leur objet principal. 3,048.
Le carnage des hommes distingua encore, puissant roi,
la première partie de cette journée. Concentre sur ce fait
seul ton attention et écoute de ma bouche cette bataille,
semblable à celle des Asouras et des Dieux. 3,649.
A la vue d’Iràvat, les deux Avantins à la grande force,
au grand arc, à la grande armée, furieux dans le combat,
en vinrent aux mains avec lui. 3,050.
Un combat tumultueux, horripilant, s’éleva entre eux.
Iràvat irrité blessa rapidement avec ses traits aigus aux
nœuds inclinés ces deux frères, de qui les formes ressem-
blaient à celles des Dieux ; et ces deux héros lui rendirent
ses blessures dans le combat. 3,651 —3,652.
On n’apercevait aucune différence, sire, dans le conflit
de ces guerriers, de qui le désir de la vengeance (1) tour-
nait eles fforts à la destruction de l’ennemi. 3,365.
Mais Iràvat avec quatre (lèches dans ce combat, sire,
fit descendre les quatre chevaux d'Anouvinda au séjour
d'Yarna. 3,654.
De ses bhallas très aigus, il trancha son arc et son dra-
peau : ce fut, vénérable monarque , comme ,une chose
merveilleuse dans cette bataille. 3,655.
Ayant abandonné son char, Anouviuda monta sur le
char de Vinda ; il saisit un arc sublime, solide, capable de
soutenir un fardeau. 3,050.
Les plus excellents des maîtres de chars, les deux vail-
lants Avantins, portés sur un même char, de lancer rapi-
(1) Texte de Bombay.
366
LE MAHA-BHARATA.
dement leurs flèches sur le magnanime Iràvat. 3,657.
Décochés par eux et parvenus dans la route de l’astre,
père du jour, ces dards très-légers, ornementés d’or, cou-
vrirent le ciel. 3,658.
lrâvat irrité inonda d’une pluie de flèches ces deux ma-
gnanimes frères et renversa leur cocher. 3,059.
Celui-ci tombé sans vie sur la terre, le char et les che-
vaux errants de courir à tous les points de l’espace.
Après qu’il eut triomphé de ces princes, puissant roi,
le fils de la fille du roi des serpents, faisant exalter sa
vaillance, dispersa ton armée d'une fuite rapide.
3,660—3,661.
Mal-menée dans la guerre , cette grande armée du
Dhritarâshtride éprouvait alors différentes convulsions ,
semblables à celles d’un homme, qui a bu du poison.
L’Hidimbide aux vastes forces, l’indra des Rakshasas,
poussa contre Bhagadatta son char, éblouissant comme le
soleil et où flottait son drapeau. 3,662 — 3,663.
Le roi du Pràgdjyotisha était monté sur un énorme
éléphant, tel que jadis, dans le Tàrakàmya, le Dieu, qui
porte la foudre. 3,6 h.
Les rishis, les Gandharvas et les Dieux, témoins de cette
bataille , ne purent y saisir ancune différence entre l’Hi—
dimbide et Bhagadatta. 3,665.
Celui-ci mit en pleine déroute les Pândouides dans le
combat, comme le général irrité des Dieux répandit la
terreur parmi les Dànavas. 3,666.
Les Pândouides, qu’i! réduisait à fuir de tous les côtés
dans l’espace, ne trouvèrent nulle part, Bharatide, un
sauveur dans toutes leurs armées. 3,667.
Nous voyions là ce fils de Bhimaséna monté sur son
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BHISHMA-PARVA.
367
char, tandis que tous les autres éminents héros fuyaient,
l’àme hors d’eux-mèmes. 3,668.
Mais, quand les guerriers des Pàndouides revinrent sur
leurs pas, ce fut un épouvantable carnage de l'armée des
tiens dans la guerre. 3,669.
Ghatotkatcha couvrit dans un grand combat , sire ,
Bhagadatta de ses flèches : tel un nuage enveloppe de son
eau le mont Mérou. 3,670.
Dès qu'il eut fait tomber ces traits partis de l’arc du
Rakshasa, le roi dans une lutte rapide blessa le fils de
Bhlmaséna dans tous les membres. 3,671 .
Percé de ces flèches nombreuses aux nœuds inclinés,
f Indra des ltakshasas n’en fut pas ébranlé plus que ne le
serait le mont Mérou, s'il était frappé de flèches. 3,672.
Ensuite, le roi du Pràgdjvotisha irrité envoya dans le
combat quatorze leviers de fer ; mais le Rakshasa les tran-
cha. 3,673.
Après qu’il eut coupé ces armes avec ses dards acérés,
il frappa Bhagadatta lui-môme avec sept traits pareils à
la foudre. 3,674.
.4 son tour, le roi du Pràgdj y otisha d’envoyer en riant,
Bharatide, ses quatre chevaux de bataille à la mort.
Sans quitter son char, privé d’attelage, l'auguste mo-
narque des llakshasas darda avec un mouvement rapide
un trident sur l'éléphant du Prâgdjyotishain.
3,675—3,676.
Soudain le monarque do couper dans son vol l’arme
poussée avec une grande impétuosité ; il fit de sa hampe
d’or trois morceaux, et le projectile s’étendit sur le sol de
la terre. 3,677.
Quand il vit son trident frappé d’inutilité , l'Hidimbide
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308
LE MAHA-BHARATA.
s'enfuit d’épouvante , comme jadis le plus grand des
Daityas, Nauioutchi s’enfuit du combat d’Indra. 3,078.
Lorsqu'il eut vaincu dans le conflit ce vaillant héros,
d’un courage renommé, sire, invincible en bataille à
Varna lui-même et à Varouna, 3,079.
11 broya avec son éléphant l’armée Pàndouide, comme
un proboscidien sauvage s'avance, foulant aux pieds, sire,
une moisson de lotus. 3,080.
Le roi du Madra en vint aux mains avec les jumeaux,
et il couvrit d’une multitude de flèches ces deux fils de
Pândou, les enfants de sa sœur. 3,081.
Ayant vu son oncle engagé dans le combat, Sahadéva
le couvrit d’une grêle de traits, comme un nuage éclipse
l’astre, père du jour. 3,082.
Enseveli sous la multitude de ces flèches, il en reçut
des formes plus joyeuses ; car ces deux guerriers, à cause
de leur mère, lui procuraient un plaisir sans égal. 3,083.
Et, riant dans ce combat, le héros envoya, sire, avec
quatre dards éminents, les quatre chevaux de Nakoula
dans les demeures d’Yama. Le vaillant guerrier sauta
précipitamment à bas de son char, dont l’attelage était
sans vie, 3,084 — 3,085.
Et monta sur le véhicule de son illustre frère. Debout
sur le même char, ces deux guerriers décochent çà et là
avec un arc solide. 3,080.
Furieux dans la bataille, ils couvrent de flèches avec
colère la voiture du roi de Madra. Enseveli sous des
traits nombreux aux nœuds inclinés, lancés par ses ne-
veux, le tigre des hommes n’en fut pas ébranlé plus
qu’une montagne; déteignit en riant cet orage de flèches.
3,087—3,088.
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BH1SHMA-PARVA.
369
Le vigoureux Sahadéva fondit avec colère , son dard
levé, sur le roi du Madra, et le lui décocha en courant.
Le projectile fut envoyé avec rapidité comme un fau-
con ; il fendit le corps du roi de Madra et se plongea dans
le sein de la terre. 3,689 — 3,690.
Profondément blessé, puissant roi, troublé, le grand
héros s'affaissa sur le banc du char, et tomba en syn-
cope (1). 3,691.
Quand son cocher le vit dans le combat gisant, la con-
naissance perdue, il l’emmena sur son char hors du
champ de bataille, où les jumeaux l’avaient accablé.
Dès qu’ils virent la voiture du souverain de Madra, qui
tournait le dos au combat, tous les Dhritaràshtrides, hors
d’eux-mêmes, s’écrièrent : « Cela ne peut être 1 »
Aussitôt qu’ils eurent vaincu leur oncle maternel dans
ce combat, les deux grands héros, fils de Mâdrl, pleins de
joie, emplirent de vent leurs conques et poussèrent leurs
cris de guerre. 3,692 — 3,693 — 3,694.
Ils fondirent, remplis d'ardeur, monarque des hommes,
sur ton armée, de même que les Immortels Indra et Ou-
péndra fondaient sur l'armée des Dattyas. 3,695.
Ensuite, quand le soleil fut arrivé au milieu de sa car-
rière, le roi Youdhishthira, ayant vu Çroutâyoush, poussa
vers lui ses coursiers. 3,696. •
Il attaqua ce héros, dompteur des ennemis, et le frappa
de neuf flèches acérées, aux noeuds inclinés. 3,697.
Lorsqu’il eut arrêté dans le combat les traits lancés
par le fils de Pàndou, ce roi au grand arc envoya au fils
de Kounti sept dards. 3,698.
(1) Kaçmalan, écrit le texte de Bombay.
VU
24
370
LE MAHA-BHARATA.
Ceux-ci, ayant fendu sa cuirasse, burent le sang du
héros dans le combat, comme s’ils cherchaient les souffles
de la vie dans le corps de ce magnanime. 3.699.
Gravement blessé par ce monarque à la grande âme, le
fils de Pândou le blessa au cœur avec un de ce* trait*,
qu'on appelle une oreille de sanglier. 3,700.
Le Prithide, le plus excellent des héros, abattit préci-
pitamment de son char sur la terre, avec un second
bhalla, le drapeau de ce magnanime. 3,701.
Quand le prince Çroutâyoush, sire, vit son étendard
renversé, il blessa de sept flèches aiguës le lils de Pândou.
Youdhishthira, le fils d'Yama, flamboya de colère,
comme le feu, qui, à la fin d’un youga, va consumer les
êtres. 3,702—3,703.
A la vue d’ Youdhishthira en colère, les Rakshasas, les
Gandharvas et les Dieux furent agités par la crainte, et le
monde fut troublé. 3,70â.
La pensée de toutes les créatures fut alors celle-ci : « Ce
monarque consumera les trois mondes aujourd’hui même
dans sa co ère ! » 3.705.
Les rishis et les Dieux célébrèrent alors de grandes con-
jurations pour détourner cette infortune, et conserver la
tranquillité de3 mondes dans cette colère du fils de
Pândou. 3,706.
Celui-ci, pénétré de ressentiment et léchant mainte et
mainte fois les angles de sa bouche, revêtit uue forme
épouvantable de toute sa personne, semblable à celle du
soleil à la fin d’un youga. 3,707.
Toutes tes armées, souverain des hommes, ne conser-
vèrent plus alors aucune espérance sur leur vie. 3,708.
Ce guerrier à la haute renommée, ayantarrêtéla colère
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BH1SHMA-PÀRVA.
371
de Çrontàyoush par sa fermeté, coupa son grand arc,
qu’il tenait au poing. 3,700.
Le roi, dans le combat et sous les yeux de toute l'ar-
mée, perça d'un nâràtclia, lancé entre les deux seins, ce
prince, dont il avait tranché l’arc. 3,710.
Ce héros à la force immense, sire, eut bientôt immolé,
dans le combat, rapidement, sous ses flèches, les chevaux
de ce magnanime et son cocher. 3,711.
Ayant quitté le char, privé de ses coursiers et senti la
bravoure du roi, Çroutâyoush se mit à fuir légèrement an
milieu du combat. 3,712.
Dès que le lils d’Yaina eut vaincu dans la guerre ce hé-
ros ou grand arc, toute l’armée de Douryodhana, sire, fit
volte-face dans le combat. 3,713.
Aussitôt qu'il eut accompli cet exploit, Youdhish-
thira, le fils de Dharma, se mit à immoler ton armée,
puissant roi, comme la Mort, sa gueule ouverte. 3,71 h.
Tchékitâna, le Vrishnide, couvrit de ses flèches, sous
les yeux de toutes les armées, le Gotamide, le plus excel-
lent des maîtres de chars. 3,715.
Mais Kripa, le Çaradvatide, ayant arrêté ses traits dans
la guerre, blessa de ses dards, sire, Tchékitâna, en dépit
de ses efforts dans le combat. 3,716.
Il trancha son arc d'un second bhalla, et d’un autre,
Bharatide, ce guerrier à la main légère abattit son cocher.
Il tua ses chevaux et ses deux cochers de derrière ; mais,
sautant à bas du char à la bâte, le Sâtwata, son rival, sai-
sit une massue. 3,717—3,718.
Quand le plus excellent des guerriers, qui manient une
massue, eut immo!é les coursiers du Gotamide, il abattit
également son cocher sous cette massue, homicide des
héros. 3,719.
372
LE MAH4-KHAKATA.
Se tenant de pied ferme sur la terre , le Gotamide lui
décoche soixante traits, qui fendent le corps du Sâtwata
et pénètrent ensuite au sein de la terre. 3,7*20.
Tchékithàna irrité lui envoie en retour sa massue,
désirant la mort du Gotamide, comme Pourandara jadis
désirait celle de Vritra. 3,7*21.
Avec des flèches en nombre de plusieurs milliers, le
Gotamide arrêta dans son vol cette grande et large massue,
au noyau de pierre. 3,7*22.
Ensuite, ayant tiré un cimeterre du fourreau et s’armant
d’une admirable vitesse, Tchékitàna fondit sur le Gota-
mide ; et celui-ci, ayant abandonné son arc et saisi une
épée bien ornée, fondit lui-même, sire, sur Tchékitàna
avec une grande légèreté. 3,723 — 3,724.
Doués de force tous les deux, armés des plus excel-
lents cimeterres, ils se déchirèrent l’un l’autre sous leurs
sabres aigus. 3,725.
Frappés de la fougue des cimeterres, ces deux émi-
nents hommes, délirants de fatigue, les membres enve-
loppés d’insensibilité, tombèrent ensemble sur la terre,
séjour de toutes les créatures. Plein de la folle ivresse des
combats, Karakarsha, dès qu’il vit Tchékitàna tombé
dans un tel état, courut avec rapidité vers lui, entraîné
par son amitié (1), et le fit monter dans son char, sous
les yeux de toute l’armée. 3,726 — 3,727 — 3,728.
Le héros Çakouni, le frère de ton épouse, souverain
des hommes, lit monter à la hâte dans son char le Gota-
mide, le meilleur des maîtres de chars. 3,7*29.
Dhrishtakétou à la grande force blessa promptement
avec colère, en pleine poitrine, sire, le liis de Somadatia
avec neuf flèches. 3,730.
(I ) Souhrittayâ, édition de Bombay.
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BHISHMA-PARVA.
37S
Le héros brillait alors de ces dards profondément im-
plantés dans son sein, puissant roi, comme le soleil au
milieu du jour brille de ses rayons. 3,734.
Bboûriçravas, ayant tué de traits supérieurs ses chevaux
et son cocher, réduisit à pied, dans le combat, Dhrishta-
kétou, le vaillant guerrier. 3,732.
Dès qu’il le vit sans char, privé de chevaux, avec son
cocher immolé, il l’ensevelit dans la guerre sous une
grande averse de flèches. 3,733.
Dhrishtakétou au grand cœur abandonna sa voiture,
vénérable roi, et monta dans le char de Çatànika. 3,734.
Tchitraséna, Vikarna et Dourmarshana, ces maîtres de
chars aux armures d’or, fondirent sur le fils de Sou-
bhadrà. 3,735.
Il se livra un efl'rayant combat d’ Ahhimanyou avec eux,
tel que celui du corps avec les trois humeurs, l’air, le
phlegme et la bile. 3,736.
Quoiqu'il eût privé tes fils de leurs chars, ce tigre des
hommes ne voulut pas les tuer dans cette grande bataille,
sire, car il se souvint des paroles, qu'avait prononcées
Bhimaséna. 3,737.
Dans cette bataille allumée des rois, ayant vu Bhishma,
inadrontable aux Dieux mêmes, s'avancer d'un pied hâté,
suivi de plusieurs centaines de chevaux, d'éléphants et de
chars, pour sauver tes fils, celui de Kounit aux blancs
coursiers, considérant que le héros Abhimanyou était
seul et n’était encore qu’un enfant, dit ces mots au Va-
soudévide : « Pousse tes chevaux, Hrishîkéça, du côté où
tu vois ces chars nombreux : 3,738—3,739 — 3,740.
» Car ce sont des héros en grande foule, instruits dans
les armes et possédés par la cruelle ivresse des batailles.
874
I.E M4HA-BH.4R ATA.
Presse donc tes coursiers de manière, Màdhava, qu’ils ne
puissent anéantir noire armée! » 3,741.
A ces mots du fils de Kountl à la force sans mesure,
le Vasoudévide lança son char attelé de chevaux blancs au
milieu du combat. 3,742.
Alors ce fut une immense infortune de ton armée, vé-
nérable monafque, quand Arjouna se fut avancé dans la
bataille contre les tiens, plein de sa colère. 3,743.
Le fils de Kountl s'approcha de ces rois, les gardiens
de Bhishma, et, sire, dit ces paroles à Sousharntan :
« Je sais — c'est une vérité — que tu es le plus brave
dans la guerre et que tu étais mon ennemi bien avant ce
jour. Vois donc aujourd’hui quel fruit épouvantable a fait
éclore la révolution des temps. 3,744—3,745.
» Je te ferai voir aujourd’hui tes aïeux, qui t’ont pré-
cédé dans la tombe! » A Bibhatsou, l’immolateur des en-
nemis, qui parlait de cette manière, 3,746.
Souçarman, le général des compagnies de chars, qui
avait entendu ces paroles amères, ne lui répondit pas un
seul mot, soit bon, soit mauvais. 3,747.
Environné de. nombreux monarques, par devant, par
derrière, sur les deux côtés, partout, il s’avança vers le
héros Arjouna. 3,748.
Secondé par tes fils, monarque sans péché, il empêcha
dans ce combat et couvrit de ses flèches le Prithide,
comme un nuage éclipse l’auteur du jour. 3,749.
Un combat accompagné d’un immense carnage, où l'on
répandait le sang comme de l'eau, s’éleva entre les tiens,
Bharatide, et les fils de Pàndou. 3,750.
Frappé par les flèches, blessé au pied, souillant comme
un boa, le vigoureux Uhanandjaya. à chaque trait, qu'il
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BHISHMA-PARVA.
375
envoyait dans le combat, tranchait en riant les arcs des
fameux héros. 3,751.
Dès qu’il eut coupé, dans un instant de combat, sire,
les arcs de ces valeureux, le magnanime, attachant sur
eux sa pensée, les blessa tous complètement de ses dards
en\ oyés à la fois. 3,752.
Blessés par le lils de Çakra et souillés de sang, ils tom-
baient sur le champ de bataille, les membres en lambeaux,
les têtes enlevées, les armures fendues et la vie exhalée.
Vaincus sous les flèches du fils de Prithâ et tombés
dans l'évanouissement, ils périssaient à la fois avec des
formes différentes. Le monarque des Trigarttains, ayant vu
les fils du roi immolés dans la bataille, s'approcha sur son
char. 3,753-3,754.
Deux fois trente autres gardes, jetés sur les derrières
des chars, s’avancent vers le Prithide, l’environnent et
le harcèlent à la ronde, avec leurs arcs très-bruyants.
Ils font tomber sur lui une averse de la multitude de
leurs traits, comme des nuages, qui versent les torrents
de leurs eaux sur une montagne. En but à cette nuée ruis-
selante de traits, la colère s'allume au cœur de Dhanan-
djaya, 3,755—3,756.
Et, dans cette bataille, il frappe ces gardiens des der-
rières avec soixante dards tout luisants d'huile de sésame.
L’illustre Dhanandjaya eut l’âme satisfaite d’avoir pu
triompher de soixante héros dans ce combat. 3,757.
Djishnou lut content, quand il eut immolé dans cette
lutte les forces des rois, en se précipitant vers la mort de
Bhishma. Aussitôt que le roi des Trigarttains vit étendus
morts ces fameux héros et cette foule de ses parents et de
ses amis, 3,758.
376
LE MAHA-BHARATA.
Ayant mis au premier rang les rois dans le combat, il
s’avança d'un pied lapide pour tuer le fils de Prithà. A
peine les chefs, que .commandait Çilthandl eurent-ils vu
attaquer Dhanandjaya, le plus excellent des hommes, qui
savent les astras, 3,750.
Ils se portent, le trait i la main, vers le cbar d' Arjouna,
désirant le sauver. Ce fils de Pritliâ vit accourir les vail-
lants guerriers, accompagnés du roi des Trigarttains. 3,760.
Après que l’insigne archer les eut abattus dans le com-
bat, sous les flèches lancées par l’arc Gândiva, comme il
voulait aller vers Bhlshma, il aperçut Douryodhana, en-
vironné des rois, celui du Sindhou et les autres. 3,761.
Le héros à la grande force, à la bravoure infinie, s’é-
tant avancé pour le couvrir de ses flèches, après qu’il eut
combattu un instant avec vigueur, abandonna soudain le
monarque et les souverains , Djayadratha et les autres.
Ensuite le magnanime, le sensible Youdhishthira à la
vigueur terrible, à la force épouvantable, au sein de qui
la colère était née, marcha, pressant le pas sur le champ
de bataille, sa lance et son arc à la main , contre le fils de
laGangà. 3,762 — 3,763.
Arjouna, le prince à la gloire infinie, ayant abandonné
le souverain du Madra, que le sort lui avait assigné pour
son lot dans ce conflit, s'avança, accompagné de Bhlma-
séna et des fils de Mùdri, pour combattre Bhishma, le fils
de Çântanou. 3,76A.
Le magnanime héros, né de Gâutauou et de la Gangâ,
forcé de croiser le fer dans le combat avec tous les fils de
Pàndou, ces vaillants guerriers réunis, n’en fut aucune-
ment ému. 3,765.
Le roi Djayadratha à la formidable vigueur, passionné,
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BHISHMA-PARVA.
377
fidèle à la vérité , s'étant approché dans la bataille,
trancha les arcs de ces magnanimes, violemment, avec le
plus excellent des arcs. 3,760.
Accompagné de Kripa, de Çalya, de Çala et de Tchi-
traséna même, le généreux Douryodhana, la colère dans
son cœur, auguste sire, et vomissant le poison de la fureur,
blessa de ses (lèches, semblables an feu, Youdhishthira,
Bhîuiaséna, les jumeaux et le Prithide. Atteints par ces
flèches, ils étaient au comble de la colère, tels que les Dieux
irrités par les troupes des Daityas réunis. 3,707—3,768.
La colère allumée à la vue de ÇikhandI, dont le royal
(ils de Çântanon avait tranché l’arc, le magnanime Adja-
tàçatrou lui adressa dans le combat ces paroles, que la
colère inspirait : 3,76!'.
u Tu m’as dit en présence de ton père : « J’immolerai
ce Bhtshma au grand vœu sous la multitude de mes
flèches, couleur du soleil pur ! c’est une vérité que je dis
là! » Tu as juré cette promesse, et tu ne lui donnes pas
son effet, ’en exterminant ce Dévavrata dans la guerre.
N’aies pas fait une promesse en vain, héros des hommes !
Sois fidèle au devoir, à ta race, à la renommée.
3,770—3,771.
» Contemple ce Bhtshma, qui est devenu la mort elle-
même dans un instant et de qui la fougue redoutable
consume, telle que le trépas, ;outes les compagnies de
mes armées dans ce combat, sous les rets de ses flèches
en multitudes, à la splendeur plus que brûlante. 3,772.
» Ton arc coupé, n’ayant plus souci du combat, vaincu
par le roi fils de Çàntanou, désertant tes parents et tes
frères de tout sang, où veux-tu fuir? Cette conduite n’est
pas digne île toi. 3,773.
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378
LE MAHA-BHARATA.
» A i’aspect de ce Bhlshma au courage sans mesure et
de mon armée rompue, dispersée dans une telle fuite, tu
crains peut-être, fils de Droupada! En effet, la couleur
de ton visage n’est pas celle d’un homme en joie! 3,77â.
» N’es-tu pas, héros des hommes, accompagné dans
ce grand combat par Dhanandjaya, qui distribue ses
ordres? Comment, célèbre que tu es sur la terre, Bhlshma
peut-il aujourd'hui, héros, t'inspirer de la crainte? »
A peine eut-il entendu ces mots de Dharmaràdja, parole
sévère, éternelle, éloignée d’être un non -sens, le magna-
nime, pensant à écarter de lui ce reproche, de se hâter,
sire, à la mort de Bhlshma. 3,775—3,776.
Dès qu’il vit Çikhandl accourir d’une grande vitesse et
fondre sur Bhlshma, Cal va de l’arrêter avec un astra
épouvantable, invincible. 3,777.
Lorsqu’il vit décoché cet astra, d’une puissance égale
à celle du feu dans la fin d'un youga, le fils de Droupada,
au pouvoir semblable à celui de Mahéndra, n’en eut pas
l’esprit égaré. 3,778.
Çikhandl, le grand archer, se tint là avec ses flèches,
repoussant son asira; il en prit un autre, celui de Va-
rouna, terrible, opposé au sien. 3,779.
Les Dieux placés dans le ciel et les princes virent
l'astra neutraliser en ce moment l' astra. Bhlshma, le ma- '
gnanime héros, jeta un cri, sire, quand il eut tranché,
dans le combat. L’arc et le drapeau bien admirable du roi
\djamitha-Youdhishthira. Aussitôt qu’il vit son frère, le
lils de Pàudou, qui, en proie à la crainte, avait rejeté son
arc et sa flèche, 3,780 — 3,781.
Bhlmaséna, saisissant une massue, courut à pied dans
la bataille sur Djayadratha. Celui-ci , dès qu’il eut vu
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bhishma-parva.
370
le guerrier armé de sa massue fondre avec sa force rapi-
dement sur lui, 3,782.
Il le blessa de tous les côtés avec cinq cents traits épou-
vantables, acérés, semblables au bâton d’Yama. Mais,
sans penser à ces dards, l’impétueux Vrikaudara, l'âme
enveloppée de colère, 3,783.
Massacra tous les chevaux, (ils de l’ Aratta, attelage du
roi deSindhou dans la guerre. A ce spectacle, ton fils à
la puissance, incomparable, se hâtant sur son char, 3,784.
S'avança, le trait levé, semblable au roi des Dieux, à la
rencontre de Bhlmaséna pour l'arrêter. Ayant poussé un
cri de toute sa force et le menaçant de sa massue, le héros
marcha contre lui. 3,785.
A l’aspect de cette- arme levée, pareille au bâton de la
mort, tous les Rourouides de tous les côtés abandonnent
ton lils , désirant éviter la chûte effroyable de cette
massue. 3,780.
(leux, qui se retirèrent dans ce carnage tumultueux,
stupéfiant, très-épouvantable, eurent alors un esprit,
Bharatide, qui ne fut pas d’un insensé. Aussitôt que
Tchitraséna vit arriver cette grande massue, 3,787.
Saisissant un cimeterre et un bouclier resplendissant,
sautant à bas de son char, comme un lion du sommet
d'une montagne, il s’avança à pied sur le champ de ba-
taille, vers un endroit uni de la terre. 3,788.
La massue, arrivée sur le char admirable, le brisa avec
ses chevaux, avec son cocher, et pénétra dans le >ol, telle
qu’un grand météore flamboyant se précipite dans la terre,
après qu’il a fendu le ciel! 3,789.
Les frères, tes (ils. virent cette chose, qui ressemblait
à un prodige; ils poussèrent tous d<‘ concert des cris d’al-
380
LE MAHA-BHARÀTA.
légresse, et, réunis aux armées, ils exaltèrent ton fils de
tous les côtés. 3,790.
Vikarna, de qui tu es le père, s'étant approché de
Tchitraséna, l’homme de cœur, qui n’avait plus de char,
le fit monter dans le sien. 3,791.
Tandis que régnait cette épouvante bien remplie de
trouble, Bhîshma, le fils de Çàntanou, courut préci-
pitamment contre Y'oudhishthira. 3,792.
Alors les Srindjayas s’ébranlèrent avec leurs chevaux,
leurs éléphants, leurs chars; ils pensèrent qu’Youdhish-
thira était tombé dans la gueule de la mort. 3,793.
Le rejeton de Kourou, l’auguste Y'oudhishthira lui-
même, accompagné des jumeaux, marcha contre le fils
de Çàntanou, Bhlsbma, le tigre des hommes au grand arc.
Ensuite le fils de Pândou, décochant des milliers de
flèches dans ce combat, en couvrit Bhlshma, comme un
nuage offusque l 'astre père du jour. 3,794- — 3,795.
Le fils de la Gangâ reçut par centaines et par milliers
ces multitudes de traits, lancés, suivant les règles, en
faisceaux. 3,790.
Les foules de projectiles, envoyés par Bhîshma, véné-
rable monarque, parurent, telles que des essaims d'oi-
seaux, épars dans l'atmosphère. 3,797.
Dans la moitié d’un clin -d’œil, Bhîshma le Çântanouide
rendit le fils de Kountî invisible dans le combat par la
multitude des flèches, qu’il décochait en faisceaux. 3,798.
Irrité, le roi Youdhishthira de lancer au magnanime
Kouravien un nàrâtcha, semblable à un serpent. 3,799.
Mais, avant qu'il fût arrivé, sire, Bliîshma, le grand
héros, coupa d’un kshourapra dans la bataille ce dard,
que sou arc avait décoché. 3,800.
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BHISHMA-PARVA.
381
Après qu’il eut tranché ce nâràtcha, semblable à la
mort, Bhishma (le tuer au plus excellent des Kourouides
ses coursiers aux parures d’or. 3,801.
Laissant là son char privé de chevaux, le fils d'Yama,
Youdhishthira, monta précipitamment sur le char du ma-
gnanime Nakouln. 3,802.
S'étant approché d’eux alors dans le combat, le con-
quérant des cités ennemies, Bhishma ensevelit dans une
ardente colère les jumeaux eux- mêmes sous ses flèches.
Dès qu’il les vit accablés sous les traits de l’ennemi,
puissant roi, le désir de porter la mort à Bhishma fit entrer
Youdhishthira dans une idée suprême. 3,803 — 3,804.
Il stimula les monarques de son parti, et dit aux troupes
de ses amis : « Vous tous réunis, immolez Bhishma, le
fils de Çântanou ! » 3,805.
A peine eurent-ils entendu la parole du fils de Prithâ,
tous les princes de cerner l’aïeul des Kourouides avec une
grande multitude de chars. 3,800.
Environné de toutes parts, Dévavrata, ton père, joua
de l’arc, sire, abattant ces grands héros. 3,80/.
Les enfants de Prithâ virent le Kourouide marcher
dans le combat, au milieu des bataillons, comme on voit
dans une forêt un jeune lionceau, qui est entré au milieu
des gazelles. 3,808.
A la vue du vieux guerrier, menaçant les héros et
jetant parmi eux la crainte avec ses flèches, ils trem-
blaient, grand roi, tels que des troupeaux de gazelles à
l'aspect d'un lion. 3,809.
Les ksbatryas virent dans ce combat la route de ce
lion des Bharatides, comme celle du feu, le compagnon
du vent, qui veut incendier une forêt. 3,810.
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382
LE MAHA-BHAHATA.
L'adroit Bhlshma fit tomber les têtes des maîtres de
chars dans la guerre, tel qu'un homme abat les fruits
mûrs du haut des palmiers. 3,811.
Les têtes, en tombant sur la surface de la terre, puis-
sant monarque, produisaient un bruit confus, semblable à
la chûte des pierres. 3,812.
Tandis que s'agitait ce combat tumultueux, bien épou-
vantable, une grande infortune régnait parmi tous les
guerriers. 3,813.
Quand il eut rompu les ordres de bataille, les kshatrvas,
se disposant ind viduellement, se rapprochèrent l’un de
l’autre pour le combat. 3,814.
Affrontant l'aïeul des Bharatides, Çikhandl courut avec
légèreté, en lui criant : « Arrête! arrête! » 3,815.
Mais Bhlshma, sans faire nul cas de Çikhandt dans le
combat, marcha contre les Srindjayas, peusant à la qua-
lité de femme, que ce guerrier avait portée. 3,816.
Dès qu’ils virent Bhlshma se mêler à celte grande ba-
taille, les Srindjayas poussèrent avec allégresse différents
cris de guerre, semés dans le bruit des conques. 3,817.
Ensuite, à l’heure où le soleil est passé dans la plage
occidentale (1), fut livré un combat où les éléphants et
ies chars, s igneur, étaient joints l’un à l’autre. 3,818.
Dhrishtadyoumna le Pàntchàlain et Sàtyaki au grand
char accablèrent fortement l’armée sous des pluies de
tridents et de leviers en fer. 3,819.
Ils frappèrent les tiens, sire, de flèches nombreuses ;
et ceux-ci, mal-menés dans le conflit, ô le plus éminent
des hommes, prirent une noble résolution dans la guerre
(1) Texte de Bombay.
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BHISHMA-PARVA.
S85
et n’abandonnèrent pas le champ de bataille; car ces
grands héros du monde rabattirent le courage des en-
nemis dans le combat. 3,820 — 3,821.
Tes magnanimes guerriers, sire, jetèrent alors de longs
gémissements, quand le Prishatide au grand cœur les
frappait de mort dans la bataille. 3,822.
A l'audition de ces plaintes effr ivantes, que poussaient
les tiens, Vinda et Anouvinda, les deux grands hérys
d’Avanti, fondèrent sur le rejeton de Prishat. 3,823.
Ces deux braves, dans leur course hâtée, immolent
ses chevaux, et l’ensevelissent lui-mème dans une averse
de flèches. 3,82A.
L’héroïque P&atch&lain, ayant sauté vite à bas de son
char, monta précipitamment sur le char du bien magna-
nime Sâtyaki. 3,825.
Le roi Youdhishthira , environné d’une nombreuse
armée, s’avança alors vers les terribles Avantiens, brûlants
île colère. 3,826.
Ce guerrier, ton fils, vénérable monarque, s’étant opposé
de tous ses efforts à Vinda et Anouvinda dans le combat,
fondit sur eux. 3,827.
Aijonna irrité livra bataille à ces éminents kshatryas,
comme jadis le Dieu, qui tient la foudre, aux Asouras.
Enclin à faire des choses agréables à ton fils, Drona
dans sa colère dissipa tous les Pàntchâlains, tel qu’un
amas de coton disparait à l’attouchement du feu.
3,828—3,829.
Tes fils , Douryodhana à leur tête , souverain des
hommes, formant un cercle autour de Bhlshma, soute-
naient ce combat avec les Pàndouides. 3,830.
Quand le soleil eut pris sa couleur rouge, le roi Dou-
m
LU MAHA-BHARATA.
ryodhana (1)* s’adressa en ces termes k tous les tiens,
Bharatide : « Hâtez-vous ! que l’on combatte ! et que
ces hommes accomplissent une œuvre difficile! car, une
fois arrivé au mont Asta, le soleil ne donne plus de lu-
mière.* » Des ondes de sang formaient une rivière épou-
vantable, tout un fleuve entier, 3,831.
Aux rives pleines de nombreux chacals dès l'ouverture
de la nuit : c’était un bruit épouvantable de sinistres
hyènes (2) et d’animaux hurlants. 3,832.
Un horrible combat naquit pêle-mêle avec les troupes
des Bhoùlas. On y voyait de tous les côtés par centaines
et par milliers des Rakshasas, des Piçàtchas et d’autres
Génies mangeurs de chair. Après qu'Arjouna eut vaincu
Souçannan et les autres monarques, ses suivants, il mar-
cha au milieu de l’armée vers son camp. L’auguste Kou-
rouide , Youdbishthira lui-même, accompagné de ses
frères, 3,833—3,834—3.835.
S’avança à l’heure de la nuit, environné de son armée, »
vers l’endroit de ses logis. Heureux d'avoir arraché à la
bouche de Douryodhana dans ce combat les héroïques
monarques, Bhimaséna de regagner également, Indra des
rois, son paisible camp. Le souverain Douryodhana, après
* qu’il eut couvert dans ce grand combat Bhishma, le fils de
Çàntanou, retourna d’un pied hâté dans ses quartiers.
Drona, son fils, Kripa, Çalya et Kritavarman le Sâlvata,
. 3,830—3,837—3,838.
(!) Ce nom propre au nominatif reste isolé dans l'édition de Calcutta,
sans aucune chose, qui le détermine, sans verbe, ni régime, soit direct,
.soit indirect. Tout ce qui est marqué entre deux étoiles est omis ; nous
l’avons emprunté au texte de Bombay; nouvelle preuve du peu de soin et
•l'attention, qui ont présidé à cette édition de Calcutta.
(2) Chacals y dit encore la lettre du texte.
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HHISHMA-PAHV \.
885
Ayant protégé la grande armée, revinrent dans leur
cauip. De même, Sâtyaki et Dhrishtadyoumna le Prisha-
tide 3,889.
De regagner leur logis, satisfaits d’avoir couvert leurs
combattants dans cette bataille, ('.'est ainsi que tes formi-
dables guerriers, puissant roi, firent de concert avec les
Pândouides leur retraite, au temps arrivé de la nuit. Ren-
trés dans leurs quartiers, les Pândouides et les Kou-
rouides y habitèrent, grand monarque, se rendant un mu-
tuel hommage. Ensuite, les héros, ayant placé leur garde
et rompu leurs pelotons, suivant la règle,
3,840-3,841— 3,842.
S’étant retiré du corps les flèches et baigné en diffé-
rentes eau.x, ayant vaqué aux prières quotidiennes, tous
exaltés par les bardes, 3,843.
Ils s’amusèrent, ces illustres guerriers, à écouter les
sons mélodieux des instruments de musique et les chants
divers : tout ce moment fut dans son entier comme sem-
blable aux plaisirs du Swarga. 3,844.
Ces émin nts guerriers ne firent point là un récit quel-
conque de bataille; et, sire, au milieu de leurs chevaux et
de leurs éléphants nombreux, des armées de leurs gens,
qui se délassaient dans les douceurs du sommeil, ils pré-
sentaient alors un spectacle admirable. 3,845 — 3,846.
Les monarques des peuples coulèrent cette nuit dans
un tranquille sommeil : au matin, les Kourouides et les
Pândouides sortirent de nouveau pour le combat. 3,847.
L'n bruit vaste, immense, pareil à celui de la mer,
signala au moment de la bataille la sortie de l’une et de
l’autre armée. 3,848.
Le roi Douryodhana, Tchitraséna, Vivinçati, Bhtshma,
vu -25
38e
LF, M AH A-RHAJt \TA.
le meilleur des maîtres de char, et le vigoureux Bhara-
dwàdjide, 3,8âf>.
Réunis dans un même sentiment et redoublant d’ar-
deur, ces grands héros des Kourouides, revêtus de la
cuirasse, sire, disposèrent leur ordre de bataille à l’en-
contre des Pândouides. 3,850.
Bhlshma, ton père, souverain des hommes, fit une dis-
position pour la bataille, grande, épouvantable, pareille à
la mer, ondoyante par des flots de coursiers. 3,851.
Le fils de Çàntanou marchait en avant de tous les guer-
riers, suivi des Màlavas, des habitants du midi et des
Avantiens. 3,852.
Immédiatement, après lui, s’avançait l'auguste Bha-
radwâdjide avec les Poulindas, les Pâradas et les Màlavas
inférieurs. 3,853.
Sans intervalle après Drona, venait le majestueux Bha-
gadatta, plein de résolution, avec les Màgadhas, monarque
des hommes, les Kalingas et les Piçâtchas. 3,854.
Derrière celui-ci, marchait Vrihadhala, roi du Koçala,
accompagné des Mélakas, des habitants du Tripoura et
des Tchichhilas. 3,855.
Sur les pas de Vrihadbala, s’avançait le héros Trigart-
tain, enipere r du Prasthala, avec de nombreux Kâm-
hodjes et des Yavanas par milliers. 5,850.
Le valeureux fils de Drona suivait d'un pied hâté le
Trigarttain et faisait résonner avec des cris de guerre
tous les échos du globe. 3,857.
Environné de ses frères, le roi Douryodhana venait,
accompagné de toute l'armée, sur les pas du fils de
Drona. 3,858.
Immédiatement après Douryodhana, marchait Kripa le
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BHISHMA-PARVA.
S87
Çaradwatide. C'est ainsi que se déroulait ce grand ordre
de bataille, semblable à la mer. 3,850.
Là, resplendissaient les étendards et les ombrelles blan-
ches, seigneur, les bracelets divers et les arcs de haut
prix. 3,800.
A l’aspect de ce grand ordre de bataille des tiens, l’hé-
roïque Youdhishthira dit à la hâte ces mots au Prishatide,
le généralissime des armées : 3,861.
« Vois, rejeton de Prishat au grand arc, cette disposi-
tion militaire, qu'on vient d’établir, semblable à la mer.
Forme vite, sans tarder, un ordre de bataille opposé. »
Ensuite, le héros fils de Prishat disposa un arrange-
ment de bataille fort épouvantable, puissant monarque,
en forme de croix et destructeur de la disposition des
ennemis. 3,862 — 8,863.
Bhlmaséna et le vaillant Sâtyaki étaient placés aux
deux extrémités avec plusieurs milliers de chars, des cava-
liers et des fantassins. 3,804.
A l'ombilic se tenait le plus excellent des mortels aux
blancs coursiers, au singe pour enseigne. Youdhishthira
avec les deux fils de Madri et de Pàndou était au milieu.
Habiles dans les Traités et la disposif on des armées,
les autres monarques au grand arc complétèrent avec leurs
guerriers cet ordre de bataille. 3,805—3,860.
Après eux, venaient Abhimanvou et le grand héros Vi-
râta, et les cinq Drâaupadéyains à l’instruction achevée,
et le Rakshasa Ghatotkatcha. 3,867.
Quand ils eurent ainsi disposé leur ordre de bataille,
les héros Pàndouides se tinrent, impatients de combattre
et désirant la victoire. 3,808.
Alors éclata un bruit tumultueux de tambours, mêlé
388
LE M VH A- BH AR VI A.
aux fanfares d^s conques; et les plages du ciel résonnèrent
partout (1) des acclamations, des battements de mains
et des cris de guerre. 3,869.
Puis, les héros, s’étant approchés les uns des autres sur
le champ de bataille, se regardèrent mutuellement avec
des yeux immobiles et fixes. 3,870.
Ces combattants d’abord commençèrent par se dire
leurs noms (2) l’un à l'autre : enfin, ils s’adressèrent des
provocations mutuelles au combat. 3,871.
Cela fait, eut lieu une bataille aux formes épouvan-
tables, inspirant la terreur, entre les tiens et les ennemis,
qui s’égorgeaient réciproquement. 3,872.
Des nârâtchas acérés tombaient de toutes parts sur le
chantp de bataille, fils de Bharata, comme des serpents
redoutables, la gueule ouverte. 3,873.
Des lances de fer, brillantes, d’une grande splendeur,
ointes d’huile de sézame, tombaient, sire, telles que des
éclairs re plendissants jaillissent des nuages. 3,87 h.
Là, semblables à de brillantes cimes de montagnes, on
vit choir des massues, ornées d’or et couvertes d’écla-
tantes étoffes. 3,875.
Là, reluisaient des cimeterres pareils à un ciel pur ; et
des boucliers, fils de Bharata, faits en cuir de taureaux et
parsemés de cent lunes, 3,876.
Brillaient, tombant de tous les cotés dans le combat.
Les deux armées, qui se livraient cette bataille, resplen-
dissaient, souverain des hommes, telles que jadis les deux
armées des Daityas et des Dieux aux prises l’une avec
(1) Texte de Bombay.
(2/ Ibidem .
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BHISHMA-PAKVA.
389
l’autre. Ils se harcelaient de tous les côtés par des incur-
sions mutuelles (1). 3,877 — 3,878.
Lancés d'une course rapide, les chars se mêlaient aux
chais les attelages embrassaient les attelages dans cette
immense bataille, où combattaient les plus éminents des
princes. 3,879,
l>e tous les côtés de l'espace, la lutte des éléphants, qui
combattaient avec les éléphants, ô le plus excellent des
Bharatides, enfante un feu, accompagné de fumée. 3,880.
On voit partout certains guerriers montés sur des pro-
boscidiens, que des traits barbelés ont frappés: les élé-
phants tombés ressemblent à des cimes de montagnes
écroulées. 3,881.
On voit les hommes de pied s’égorger les uns les autres;
on voit les héros, revêtus de formes diverses, qui combat-
Leni avec des javelots harponnés et les ongles. 3,882.
S’étant approchés mutuellement, les guerriers de Kourou
et de Pàndou s’envoyaient réciproquement aux demeures
d’Yarna par des flèches de formes différentes. 3,883.
Le fils de Çàntanou, Bhishma, faisant résonner les
échos par le fracas de son ch.ir et jetant le délire avec le
bruit de sou arc dans l’esprit des Pàndouides, s’avança
vers eux dans la bataille. 3,88à.
Retentissant d'un bruit épouvantable, les chars des
fils de Pàndou, pleins d'ardeur, coururent a sa rencontre,
sous la conduite de Dhrishladyoumna. 3,885.
Ensuite, il s’éleva entre eux et tes guerriers un combat,
où les éléphants, les chevaux, les chars et les hommes se
trouvaient joints l’un à l'autre. 3,886.
(1) Édition de Bombay.
390
LL MAHA-BHARATA.
Les Pàndouides ne purent supporter l'aspect de
Bblsbma, dont la colère jetait des flammes de tous les
côtés, comme on ne peut soutenir la vue du soleil brûlant.
A l’ordre du fils d’Yama, toutes les armées fondirent
sur le fils de la Gangà, le broyant de leurs flèches acérées.
3,887—3,888.
Mais Bhlshma, fjui peut s’enorgueillir de ses combats,
fit tomber sous ses traits les Somakas, les Srindjayas et
les Pàntchàlains, tous guerriers aux grands arcs. 3,889.
Sous les coups de Bhlshma, les Pàntchàlains et les
Somakas, abandonnant la crainte, que la mort inspire, de
revenir précipitamment sur lui ; 3,890.
Et le fils de Çântanou, l’héroïque Bhishma de trancher
dans le combat, sire, les bras et les têtes de ces maîtres de
chars. 3,891.
Dévavrata, ton père, les réduisit à pied, et abattit les
têtes des cavaliers sous lèurs chevaux. 3,892.
Nous vîmes alors, grand roi, les proboscidiens sans
hommes dormir, semblables à des montagnes, fascinés
par l’astra de Bhishma. 3,893.
Il n’y avait point là, souverain des mortels, aucun homme
quelconque des Pàndouides , excepté Bhlinaséna aux
vastes forces, le plus excellent des maîtres de chars.
11 s’approcha de Bhlshma et le blessa dans la guerre. De
cet engagement entre ces deux héros, naquit une calamité
épouvantable, aux formes horribles, inspirant la terreur
à tous les guerriers. Alors, pleins d’ardeur, les Pàndouides
jetèrent à l'envi leur cri de guerre. 3,894-3,895-3,896.
Tandis que ce carnage sévissait parmi les hommes, le
roi Dourvodliana , environné de ses frères, défendait
Bhlshma. 3,897.
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BHISHMA-PARVA.
39 1
Le vaillant Bhtmaséna, ayant tué le cocher de Bhlshma,
son char, dont les chevaux n’étaient plus gouvernés, s’em-
porta de tous les côtés. 3,898.
L’immolateur des ennemis eut bientôt coupé d'une
flèche la tête de Sounâbba. Frappé du kshourapra bien
acéré, celui-ci tomba sur la terre. 3,899.
Sept héros, ses frères vénérable modfcrque, ne purent
supporter dans le combat cette mort du brave au grand
arc, ton fils. 3,900.
C’étaient Adityakétou, Bahwàçi, Koundadhàra, Mahau-
d&ra, Aparàdjita, Panditaka et l’invincible Viçùlàksha.
Revêtus d’armes diverses, portant didéreutes cuirasses,
ces guerriei-s, broyeurs d’ennemis, s’approchèrent du
Pândouide, brûlants de soutenir un combat avec lui.
3,901—3,902.
■Mahaudara dans la bataille blessa de neuf flèches, sem-
blables à la foudre, Bhimaséna : de même le meurtrier
de Vritra sut percer Manioutdii. 3,903.
Adityakétou le frappa de sept dards, Bahwàçi de cinq,
Koundadhàra de neuf et Viçàlàksha de sept traits. 3,904.
Le grand héros Aparàdjita, victorieux des ennemis, at-
taqua, puissant roi, avec des flèches nombreuses Bhima-
séna aux vastes forces. 3,905.
Et Panditaka de lui décocher trois dards ; mais Bhima-
séna ne put supporter que les ennemis voulussent lui
donner la mort dans ce combat. 3,906.
Serrant son arc de la main gauche, ce héros, qui
traîne les cadavres des ennemis, coupa d’une flèche aux
nœuds inclinés la tête charmante d' Aparàdjita, ton fds,
dans le combat, et, vaincu par Bhlsbma, cette tête de l'in-
vaincu tomba sur la terre. 3,907—3,908.
392
LE MAHA-BHARATA.
Avec un autre bhalla, il envoya, sous les yeux de
toute l'armée, le vaillant Koundadhàra au monde de la
mort. 3,909.
il encocha une nouvelle flèche ; et le guerrier à l’âme
incommensurable, la jeta dans le combat sur Pandi-
taka. 3,910.
Dès que le trait'eut immolé ce héros, il entra dans le
sein de la terre, comme un serpent s’y précipite, quand,
poussé par la colère, il a mordu un homme. 3,91 1.
D’une âme non troublée et se rappelant ses anciennes
infortunes, il coupa de trois flèches, monarque de la terre,
et fit tomber la tète de Viçàlàksha. 3,912,
Il perça d’un nâràtcha, sire, entre les deux seins, Ma-
haudara au grand arc, et le guerrier frappé dans la ba-
taille tomba sur la terre. 3,913.
Après qu’il eut tranché d’un trait dans ce combat l’om-
brelle d’Adityakétou, il lui enleva la tête à lui-même d’un
bhalla très-acéré. 3,91 A.
D’une flèche aux nœuds inclinés, Bhtmaséna, plein de
colère, envoya Bahwâçi dans les demeures d’Yama.
Alors, tes autres fis de s’enfuir, monarque des
hommes, regardant comme une vérité les paroles, qu’il
avait prononcées dans l’assemblée. 3,915 — 3,916.
Le roi Douryodhana, déchiré par l’infortune de ses
frères, parla ainsi à tous les tiens : « Que ce Bhlma soit
mis à mort. » 3,917,
A ces mots, tes vaillants fils, souverain des hommes,
considérant que leurs frères n’étaient plus, ne mirent pas
cet ordre en oubli. 3,918.
La voilà qui s’accomplit cette parole, qu’avait prédite
Kshattri, le mortel à la vaste science, cette parole d’un
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BB1SHMA-PARVA.
393
sage, qui possède la vue des choses divines (1). 3,919.
Pénétré du délire de la cupidité, aveuglé par l'amour
de tes fils, monarque des peuples , tu n'as point senti
jadis qu’il disait une parole utile et vraie, bonne et salu-
taire. 3,920.
A voir la manière, dont il immole ici les~Kourouides,
ce vigoureux Pàndouide aux longs bras est né sans doute
pour la mort de tes fils. 3,921.
Alors, pénétré d'une vive douleur, le roi Douryodhana
de s'avancer vers Bhlahma et de lui adresser en gémissant
ces paroles : 3,922.
« Mes héroïques frères ne sont plus ; ils sont tombés
sous les coups de Bhtmaséna ; les autres guerriers, qui
déployaient leurs efforts dans le combat, ont succombé
tous! 3,923.
» Ton altesse nous regarde sans cesse avec indiffé-
rence ; je suis entré dans une mauvaise route : vois donc
quel est mon destin malheureux, n 8,92â.
A peine eut-il entendu ces paroles, Dévavrata, ton père,
répondit avec colère et les yeux baignés de larmes à
Souyodhana : 3,925.
« Dès avant ce jour, mon fils, cette vérité te fut dite
par moi, par Drona, par Vidoura et par l’illustre Gân-
dhàrl ; mais tu ne voulus point la comprendre. 3,926.
» Dès avant ce jour, j'ai établi cette condition pour
vous dans la guerre : ni l’ Atchàrya, ni moi, ne devons,
sous aucune manière, sortir vivants de ces combats.
» Chaque Dhritaràshtride, qui tombera sous les yeux
de Bhtma dans la bataille, il en fera sa victime : c’est une
vérité, que je te dis là. 3,927—3,928.
# Tiens-toi ferme, embrasse dans le combat une opi-
(1) Texte de Bombay.
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39â
LE MAHA-HHAIUTA.
nioo solide ; ei, attaché à la poursuite de ton objet, com-
bats résolument les fils de Prithâ. 3,929.
» Les Dieux mêmes, Indra à leur tête, ne pourraient
vaincre les Pândouides ; fais-toi donc une opinion inébran-
lable dans les batailles et combats, rejeton de Bharata ! »
« Quand vous viles tomber, sous le bras d’un seul, un
si grand nombre de mes fils, interrompit Dbritaràshtra,
que fîtes-vous dans la guerre, Sandjaya, toi, Bhishma,
Drona et Kripa? 3,930—3,931.
» Chaque jour mes fils vont à leur perte, cocher, et je
pense que le Destin les y pousse violemment de toutes les
manières; 3,932.
• Puisque tous mes enfants sont vaincus, mon ami , et
qu’ils n'obtiennent pas la victoire. Malgré que mes fils
marchent, environnés de Bhishma, de Drona, du magna-
nime Kripa, de l'héroïque Somadattide, de Bhagndatta,
d'Açwatthânian , de héros, qui ne savent pas reculer, et
d’autres vaillants guerriers, s’ils périssent dans le com-
bat, est-ce autre chose que la puissance du Destin ?
3,933 — 3,934 — 3,935.
» L'insensé Douryodhana, il n’a pas compris les pa-
roles, qui lui furent jadis adressées. Arrêté par moi, par
Gàndhàri, par Bhishma, et par Vidoura, inspirés tou-
jours par l’amour de ce qui lui est agréable, ce prince à
l’intelligence étroite ne nous a point compris alors, et
voilà que ce fruit de son délire est arrivé. 3,930 — 3,937.
» Car Bhimaséna irrité précipite chaque jour et préci-
pitera sous ses coups mes fils, jusqu'au dernier, dans les
demeures d' A ama. » 3,938.
La voici arrivée cette parole sublime de Kshattri! Tu
n'as point senti que c’était pour le bien, qu'il le parlait,
en disant : 3,939.
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BHISHM A-PARVA.
305
« Retiens tes fils du jeu ! Ne fais pa3 de inal aux en-
fants de Pàndou !» Tu as rejeté chaque parole salutaire
de tes amis, dont l’amourde ton bien inspirait le langage :
tel un homme qui veut mourir, repousse un remède, qui
pourrait lui conserver ta vie / La voici donc arrivée cette
parole, que t’ont dite à propos Vidoura, Droha, Bhlshma
et les autres, qui désiraient ton bien. C'est parce que tu
n’as point exécuté cette parole convenable que les Kou-
rouides vont à leur perte. 5,940— 3,94i — 3,942.
Voilà, souverain des hommes, ce qui est arrivé d’abord;
écoute donc, racontées par ma bouche véridique, les évo-
lutions de ce combat. 3,943.
Au mi ieu du jour, naquit une bataille immensément
épouvantable, causant la destruction du monde ; écoute,
sire ; je vais te la raconter. 3,944.
Au commandement du fils de Dharma, toutes les ar-
mées, la colère allumée, coururent sur Bhlshma avec le
désir de l'immoler. 3,945.
Dhrishtadyoumna , Çikhand! et ’ le héros Sàtyaki ,
réunissant leurs armées, grand roi, fondirent sur Bhlshma
lui-même. 3,940.
Viràta et Droupada, accompagnés de tous les Somakas,
ces grands héros, s’élancèrent dans le combat sur le fils
de Çàntanou. 3,947.
Les Kalkéyains , Dhrishtakétou et Kountibhodja , re-
vêtus de la cuirasse, puissant roi, et joignant leurs ar-
mées l’une à l’autre, en vinrent aux ma ns eux-mêmes
avec Bhlshma. 3,948.
Arjouna, les cinq fils de Draàupadi et le vigoureux
Tchékitàna croisèrent le fer avec tous les monarques sous
les ordres de Douryodhana. 3,949.
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396
LK MAHA-BHARATA.
Le héros Abhiinanyou, le vaillant Hidimbide et l’iras-
cible Bhlmaséna ondirent sur les Kourouides.* 3,950.
Ceux-ci étaient frappés de mort par les fils de Pàndou,
partagés en trois (1) divisions, et les Pàndouides péris-
saient dans le combat sous les coups des Kourouides.
Drona, le meilleur des maîtres de chars, s’élança irrité
sur les Srindjayas, accompagnés des Somakas, pour les
précipiter dans les demeures d’Yama. 3,951 — 3,952.
Alors, une grande lamentation éclata au milieu des
magnanimes Srindjayas , immolés dans le combat, ma-
jesté, par les flèches de l’archer fils de Bharadwàdja.
Là, dans la bataille, Drona ravit l’existence à de nom-
breux kshalryas : on les voyait se convulser sur la terre,
semblables à des hommes sous les tortures de la maladie.
3,953 — 3,955.
On entend continuellement au milieu de ce champ de
bataille un bruit de soupirs, de gémissements, de iamen-
lations, qui ressemble à celui d'hommes tourmentés par
la faim. 3,955.
Et, tel qu’une autre Mort elle-même, le vigoureux Bhl-
maséna accomplit dans sa colère un épouvantable carnage
des Kourouides. 3,956.
Là (2), une rivière effroyable, roulant des flots de sang,
naquit dans cette grande bataille des guerriers, qui s’é-
gorgeaient les uns les autres. 3,96".
lin combat vaste, aux formes terribles, accroissement
du royaume d’Yama, surgit, puissant roi, entre les Kou-
rouides et les fils de Pàndou. 3,958.
(1) Édition de Bombay, dont le texte coïncide mieux avec les stances
3,946-7-8.
(2; Texte de Bombay.
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BH1SHAIA PARVA.
397
Ensuite, Bhlrria irrité et prompt surtout dans le conflit,
s’approcha de l’armée des éléphants et l’envoya à la mort.
Là, en proie aux nàràtchas de Bhima, ces pachydermes
couraient à la ronde par tous les points de l’espace ,
criaient, s’affaissaient et tombaient. 3,959 — 3,960.
La trompe coupée, vénérable souverain, les membres
coupés, les grands proboscidiens, criant comme des ar-
dées, se couchaient sur la terre. 3,961.
Nakoula et Sahadéva fondirent sur l’armée des che-
vaux. On vit alors ces coursiers, ponant des aigrettes d’or
avec des caparaçons et des ornements du même riche mé-
tal, frappés à mort par centaines et par milliers. La terre
fut couverte, sire, de leurs cadavres abattus. 3,962-3,963.
Le sol était jonché de ces chevaux, qui, sans voix, sou-
pirant, criant ou la vie expirée, présentaient, ô le meilleur
des hommes, les plus différents aspects. 3,96â.
Et la terre offrait erttore çà et là une vue épouvantable
des monarques tombés sous les coups d'Arjouna. 3,965.
Toute semée de chars brisés, de drapeaux tranchés,
d’ombrelles de la plus grande splendeur, d éventails et de
chasse-mouches coupés, de nobles combattants mutilés,
de colliers, de nishkas, de bracelets, de têtes parées de
leurs boucles d’oreille, de turbans épais, de brillantes
caisses de chars, d’étendards abandonnés de tous les cô-
tés, de liens et dç rênes, la terre brillait alors, sire,
comme de fleurs au printemps. 3,966 — 3,907 — 3,908.
Tel était, fils de Bharata, ce carnage exécuté par les
Pândouides, pendant la colère de Bhlshma, le fils de
Çântanou, et de Drona, le meilleur des maitres de
chars ; 3,969.
Carnage, dont furent les témoins, en dépit de leur co-
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3»»
LE M AH A -BHARATA.
1ère, Açvatthâman, Kripa, Kritavarman et les nôtres des
tiens. 3,970.
Dans le temps que cette affreuse destruction étendait
sa fureur sur les plus grands des héros, le fortuné Ça-
kouni, le fils de Souliala, courut sur les Pàndouides.
Le terrible Hardikya, le Sàttwata, fondit en plein com-
bat, sire, sur l’armée des fils de Pândou. 3,971 — 3,972.
Il les environna de tous les côtés dans le combat de
troupe s nombreuses des plus généreux coursiers du
Kambodje, de chevaux nés sur les bords de la Nadî, dans
l’Aradda, sur les rives de la Mahl ou du Siudhou, de
coursiers, qui avaient reçu la vie sur les berges de la
Yânâyou et du Gange, ou qui habitaient les montagnes,'
3,973—3,974.
Et d’autres rapides chevaux, nés chez les Tittiras ,
avec la vitesse même du vent. Le vaillant et vigoureux
fils du Pàndouide Arjonna s’avança, terrible, les formes
pleines d’ardeur, vers cette armée avec ses nobles cour-
siers, légers comme le vent, si couverts de parures qu’ils
ressemblaient entièrement à des chevaux cuirassés. Il se
nommait lrâvat. Héros, chéri de la fortune, il fut conçu
du sage fils de Prithà au sein de la fille du roi des ser-
pents. 3,9/5— 3, 9/(5— —3,97/.
Elle fut donnée par le magnanime Alrâvata, qui
n’avait pas d’enfant ; mais infortunée, l’àiue contristée,
elle perdit son époux, qui fut tué par Garouda. 3,978.
Le ft’s de Prithà la reçut pour sa femme, donnée par la
puissance de l’amour. Ce fils d’Arjouna fut ainsi conçu
dans le sein de la femme d’un autre époux. 3,979.
Il grandit dans le monde des serpents, sous la surveil-
lance attentive de sa mère ; mais il fut abandonné par
loogle
DiqitL
BHISHM V-PARV
399
son cruel oncle paternel en haine du fils de Prithà. S, 980.
Beau, d ué de qualités, plein de force, pourvu d'un
courage infaillible, il s'éleva rapidement au monde d'In-
dra, quand il eut appris qu’Arjouna habitait dans son pa-
lais. 3,981.
Le guerrier aux longs bras, de qui la valeur était une
vérité, s’approcha de son père, et, joignant les mains
entre ses tempes, il se prosterna pieusement à ses
pieds. 3,982.
11 s'annonça lui-même au magnanime Aijouna en ces
termes : « Je suis Irâvat, seigneur ; la lélicité descende
sur toi I je suis ton (ils. » 3,983.
11 raconta les circonstances de cette union, qui avait
rendu mère la fille d i serpent, et le Prithide se souvint
parfaitement de toute cette histoire ; 3,98A.
Et, quand il eut embrassé son fils, égal à lui par les
bonnes qualités, il fut rempli de joie dans l'habitation du
roi des Immortels. 3,985.
Arjouna, débutant par la joie, instruisit dans le monde
des Dieux ce guerrier aux longs bras de toute sou alîaire,
sire, et de la cause , qui l'avait amené lui-même en ces
lieux. 3,986.
« 11 faut qu'au temps des combats, lui dit-il, tu nous
prêtes ton assistance. » — «Oui ! u avait répondu le jeune
guerrier-, et, la guerre venue, il était arrivé, 3,987,
Environné, seigneur, de nombreux coursiers, géné-
reux, rapides et de toutes les couleurs désirées. Ces che-
vaux, qui portaient sur la tète une aigrette d’or, qui
avaient toutes les couleurs, et qui étaient d’une grande
vitesse, eurent bientôt franchi dans leur vol, comme des
cygnes, le vaste bassin des eaux. Quand ils se furent ap-
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400
LC MAHA-BHARATA.
prochés de tes escadrons de chevaux, légers connue la
pensée (1), 3,988—3,989.
Lorsqu’ils se furent mutuellement frappé le poitrail
avec leurs poitrines et leurs naseaux, ils abattirent sou-
dain leur vol, sur la terre, poussés par leur propre
fougue. 3,990.
Tandis que cette armée de chevaux descendait ainsi du
ciel, elle fit éclater un bruit épouvantable, comme si
Garouda lui-même eût abaissé le vol de ses ailes sur la
terre. 3,991.
Les cavaliers, en étant venus aux mains, ceux-ci avec
ceux-là, accomplirent dans ce combat, grand roi, l'hor-
rible mort les uns des autres. 3,992.
Dans le temps que cette mêlée extrêmement tumul-
tueuse s’agitait, la confusion régnait alors de tous les
côtés dans ces escadrons de chevaux de l’une et l'autre
armée. 3,993.
Leurs traits brisés, leurs chevaux tués, malades de fa-
tigue, les braves s'abandonnaient mutuellement et bien-
tôt ils tombaient dans la destruction. 3,994.
Dès que l’armée des chevaux fut rompue et qu’il en
restait peu, fils de Bharata, les héros à la suite du Souba-
lide sortirent à la tête de la bataille. 3,99ô.
Ils étaient montés sur les plus généreux des coursiers
doués d’énergie, se tenant au milieu des airs, égaux en
rapidité à la vitesse de la foudre, possédant un attouche-
ment semblable à la fureur du tonnerre. 3,990.
C’étaient Gadja, Gavâksha, Vrishabha, Tcliarmaval,
Arjava et Çouka. Ces six guerriers, pleins de vigueur, à la
(1) Texte de Bomba;.
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BHISH.M A-PARVA.
401
grande force, revêtus d'armures, couverts de formes ter-
ribles, habiles dans les combats, défendus par Çakouni
et leurs soldats particuliers, sortirent hors de la grande
armée. 3,997 — 3,093.
Entourés d’une nombreuse armée, ivres de la fureur
des combats, désirant la victoire en vue du Swarga, ces
Gândhàris, pleins d’ardeur, enfoncèrent les troupes diffi-
ciles à vaincre et pénétrèrent au milieu de l'armée du
héros aux longs bras. Le vigoureux Iràvat les vit alors
tout remplis d'alacrité. 3,999 — 4,000.
11 dit à ses guerriers, qui portaient une grande diver-
sité d'armes et de parures : « Adoptons un plan tel que
tous ces héros du Dhritarâshtride, munis de ces armes
et montés sur ces chevaux, trouvent la mort dans le
combat I » — «Oui! » répondent tous les guerriers d’irâ-
vat; 4,001 — 4,002.
Et ils brisent leur forte armée, difficile à vaincre en
bataille aux ennemis. Aussitôt qu'ils virent cette armée
étendue à terre par l’armée ennemie, 4,003.
Tous les lils de Soubala, ne pouvant soutenir ce spec-
tacle, coururent de tous les côtés sur Iràvat et l’enfer-
mèrent dans le combat. 4,004.
Blessant avec des traits barbelés aigus, s’excitant les
uns les autres, ces guerriers combattaient, jetant partout
une grande confusion. 4.005.
Percé des flèches acérées de ces magnanimes, lrâvat,
tel qu’un éléphant blessé par le croc aigu, était souillé
par des ruisseaux de sang. 4,006.
Frappé dans la poitrine, le dos et les flancs, seul contre
un grand nombre, sa fermeté, sire, n'en fut pas excessi-
vement ébranlée. 4,007.
VH
26
A02
Lli MAHA-BHARATA.
Ce conquérant des cités ennemies, Irâval irrité les
blessa tous de ses traits acérés et jeta le délire dans leurs
esprits. A,00S.
11 retira de son corps tous ces dards aigus, et le vain-
queur des ennemis en perça lui-mêiue dans ce combat
les fils de Soubala. A, 009.
Il tira (1) du fourreau uu cimeterre acéré, et, saisissant
la dernière de ses flèches, il s'avança à pied, d’un pas
hâté, et courut sur les Soubalides avec le désir de les
tuer. A, 010.
Ayant recouvré leurs esprits, tous les fils de Soubala,
enflammés par la colère, fondirent de nouveau sur Iràvat.
Mais celui-ci, le cimeterre au poing, leur fit v ir la lé-
gèreté de sa main, et, fier de sa force, il s’avança à
l’encontre de tous les Soubalides. A, 011— A, 012.
Quoiqu’ils fussent portés sur des coursiers rapides, ils
ne trouvaient pas une occasion de le frapper : tant il
marchait avec légèreté! A. 013.
Voyant qu'il conservait encore sa prééminence dans le
combat, ils l'enferment étroitement et s’attachent à le faire
prisonnier. A, 01 A.
Alors, ce héros, qui traîne les cadavres de ses enne-
mis, se mit à trancher de son cimeterre les armes, les
membres, les bras avec leurs parures, les mains, qui
tenaient les épées, les mains, qui portaient les arcs, à tous
ces guerriers venus près de lui. Ils tombaient morts sur
la terre, les membres coupés, la vie exhalée.
A, 015— A, 016.
Nombre de fois, puissant roi, Vrishabha, percé de
1} Vikrishya, teite de Bombay.
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BHISHM Y-P.AR VA.
toutes parts (1), fut sauvé de cette terrible amputation
des héros. 4,017.
Quand il vit tous ces guerriers couchés sur la terre,
Douryodhana, ton fils, dit avec colère à l'héroïque Rak-
shasa, le magicien, dompteur des ennemis, à l’aspect
épouvantable , surnommé l’ennemi de Bhtmaséna par
suite de la mort donnée à Vaka : 4,018 — à, 019.
« Vois, héros! et veille à ce que le vigoureux (ils de
Phàlgouna, ce magicien, ne fasse pas de mon armée une
odieuse, une épouvantable destruction. 4,020.
» Tu peux aller où il te plaît, tu es habile dans les
astras de la magie, tu es l’ennemi déclaré du (ils de
Prithà : immole donc celui-ci dans la guerre! » 4,021.
« Oui ! » répondit le Rakshasa effroyable ù voir, qui,
poussant un cri de guerre, s’avança vers l’endroit où était
le jeune fils d'Arjouna. 4,022.
Environné de ses armées, auxquelles étaient joints des
héros, des guerriers, combattant avec des armes lui-
santes, habiles dai s les combats, montés sur de* cour-
tiers, 4,023.
.Et deux mille généreux chevaux, qui survivaient, grand
roi, à la mon des autres (2), il désirait immoler dans la
bataille Irâvat à la grande vigueur. 4,024.
Mais celui-ci, plein de courage, l'immolateur de ses
ennemis, s'empressa dans sa colère de contrecarrer le
Rakshasa, qui avait juré sa perte. 4.025.
Aussitôt que le Démon à la vigueur immense le vit
accourir, il se bâta de mettre en œuvre un essai de sa
magie. 4,020.
(1) Texte de Bombay.
(2) Hataçéshais, écrit ici le texte de Bombay.
LE M AHABHARATA.
aoa
11 évoqua du néant autant de chevaux, création de ses
prestiges, qu’en renfermait l’armée de son rival. Ces cour-
siers étaient montés de liakshasas terribles, le patliça et
le trident au poing. 4,027.
Ces deux mille combattants irrités en viennent aux
mains, et ne tardent point à s’envoyer mutuellement au
monde des morts. 4,028.
Quand ces deux armées eurent cessé d’être, ces deux
héros, pleins de la cruelle ivresse des batailles, se pla-
cèrent de pied ferme dans ce combat, l’un en face de
l'autre, comme Indra et Vritra. 4,029.
Dès qu’il vit s'approcher avtc fureur ce Rakshasa,
Irâvat, enflammé de colère, essaya de l’arrêter avec sa
force immense ; 4,030.
Et, lorsque cet in ensé se fut avancé près de lui sur le
champ de bataille, Irâvat de lui trancher lestement avec
le cimeterre son arc, flamboyant (1) semeur de flèches.
Aussitôt qu'il vit son arc coupé, il s'élança avec rapi-
dité au sein de l'atmosphère, fascinant avec sa magie
Irâvat en colère. 4,031 — 4,032.
Mais celui-ci de s'envoler également au milieu des airs,
enivrant le Rakshasa de ses enchantements. Beau, diffi-
cile à vaincre, sachant trouver toutes les articulations (2),
il lui trancha les membres dans le combat. A mesure
qu'il était coupé en morceaux, le Rakshasa puissant,
4,033-4,034.
Recouvrait, auguste roi, sa jeunesse ; car la magie leur
était naturelle, et, pour se revêtir d’une forme jeune, il
suflisait qu’ils la désirassent. 4,035.
(1) Édition de Bomtay.
(2) Texte de Bombay.
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BHISHMA-PARVA.
405
Ainsi, plus h corps du Rakshasa était mutilé, et plus il
brillait. Iràvat irrité coupa mainte et mainte fois avec une
hache tranchante ce Démon à la grande vigueur ; et ce
vaillant Génie fut par ce robuste guerrier découpé
comme on coupe un arbre. 4,036 — 4,037.
Le Rakshasa jetait des cris épouvantables : c'était un
bruit tumultueux, et, sous les blessures de la hache, il
répandait le sang à ruisseaux. 4,038.
Ensuite le vigoureux fils de Rishyaçringa d’allumer sa
colère ; il déploya sa fougue dans la guerre et, quand il eut
senti la puissance de son ennemi dans le combat, 4,039.
Il se fit une forme grande, épouvantable, pour essayer
de prendre, au milieu de la tête du combat et sous les
yeux de tous, cet illustre Iràvat, cet héroïque fils d’Ar-
jouna. Quand il vit une telle magie dans le magnanime
Rakshasa, 4,040—4,041.
Iràvat irrité commença lui-inôme à créer sa magie.
Surmonté par la colère et ne sachant pas reculer dans les
combats, 4,04*2.
Il s'approcha de lui, environné de tous les côtés par de
nombreux serpents, desquels, sire, il devait l’alliance à la
race de sa mère. 4,043.
Impétueux, il se revêtit, comme Ananta, d’une forme
immense, et entoura le Rakshasa de reptiles en différentes
sortes. 4,044.
Environné de serpents , l’éminent Rakshasa de rêver
un instant. Soudain, il emprunta la forme de Garouda et
dévora ces reptiles. 4,045.
Puis, aussitôt qu’il eut englouti magiquement au fond
de ses entrailles cette famille de la mère de son ennemi.
le monstre, d une épée, frappa Iràvat délirant. 4,046.
AOfl
LE MAHA-BHARATA.
Le Rakshasa fit tomber sur la face de la terre la tête
d'Iràvat avec ses boucles d'oreille, avec sa tiare, avec sa
splendeur égale à celle de la lune ou du lotus. A.0A7.
Après qu'il eut tué ce héros , fils d' Arjouna, le chagrin
s’enfuit de l'esprit des RhriurAshtrides et de tous les rois.
Au milieu d’un combat tel, vaste, épouvantable, une
grande, une effrayante infortune naquit encore au milieu
de l'une et l’autre armée. A.0A8 — A, 049.
Les éléphants tuaient pêle-mêle les chevaux, les élé-
phants elles fantassins; les chars, les coursiers et les
éléphants étaient immolés par les hommes de pied.
De nombreux chevaux, des foules de chars et de pié-
tons, sire, furent tués dans ce combat par les chars des
tiens et des ennemis. A, 050 — A, 051.
Ignorant la mort de son fils, né de son propre sang,
Arjouna immolait dans la bataille les héroïques rois, dé-
fenseurs de Bhlshma. A, 052.
Et les tien* sacrifiaient les Srinjayas par milliers; on
égorgeait mutuellement, sire, les êtres animés. A, 053.
Les cheveux épars, sans cuirasse (1), sans char, les
arcs brisés, aux prises l'un avec l'autre, ils combattaient,
n'ayant que leur bras pouf arme. A,05A.
Bhlshma, à la grande force, abattait sous ses flèches les
grands héros des Pàndouides , ébranlant l'armée dans le
combat. A, 055.
11 immolait un grand nombre d’éléphants, de cavaliers,
de chars, de chevaux et d’hommes dans l’armée d'You-
dhishthira. A, 056.
A la vue du courage de Bhlshma, et de Bhîmaséna, et
(1) Texle de Bombay.
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BBISHMA-PARVA.
407
du Prishatide, et de l'archer Sâtvaki (1), un formidable
combat fut livré : la crainte entra dans le cœur des Pàn-
douides à l’aspect de la bravoure de Drona.
4,057—4,058.
« Fût-il seul dans une bataille , il serait capable de
nous tuer avec nos armées; à plus forte raison, quand il
est environné d'une foule de combattants, les héros de la
terre! » 4,059.
Ainsi parlaient, grand roi, les Prilhides accablés par
Drona et tandis que ce combat sanglant exerçait sa fu-
reur. 4,060.
Les héros des deux armées ne pouvaient se supporter
les uns les autres ; les tiens à la grande force et les archers
Pàndouides combattaient avec colère, comme s’ils étaient
possédés par les Bhoûtas et les Rakshasas. Nous ne vîmes
personne, qui ménageât sa vie dans cette bataille, sem-
blable 4 celle des Daityas, et dans laquelle on faisait
mordre la poussière aux plus excellents des héros.
4,061—4,002—4,063.
« Quanti les Prithides à la grande vigueur eurent
appris la mort d'Irâvat, s'enquit Dhritarâshtra, que firent-
ils dans le combat? Raconte-moi cela, Sandjaya ! »
Dès que le Rakshasa Ghatotkatcha, fils de Bhîmaséna,
vit Iràvat tombé sur le champ de bataille , répondit
Sandjaya, il poussa une immense clameur.
4,064-4,065.
Au cri échappé de sa bouche, la terre avec la mer. qui
lui sert de ceinture, avec les forêts et les montagnes, fut
ébranlée jusqu'au fond de ses entrailles; et l’atmosphère,
(1) Texte de Bombay.
408 LE MAHA-BHARATA.
et les points du ciel, et to tes les plages intermédiaires.
A peine eut on entendu l’effroyable exclamation de ce
guerrier, 4 060 — 4,067.
La paralysie enchaîna les membres inférieurs, le trem-
blement saisit 1rs g terriers et la sueur inonda tous les
tiens, Indra des rois, dont l'âme fut consternée. 4.068.
Tels que des éléphants effrayés par la vue d’un lion,
ils se convulsaient (I), comme des serpents. Quand le
Rakshasa eut jeté cette clameur épouvantable, pareille à
l’ouragan furieux, 4,069.
S’étant revêtu d’une forme terrible, tenant levée sa lance
flamboyante, environné d’éminents Rakshasas effrayants,
muni de différentes armes, 4,070.
11 s’approcha avec colère, semblable à la mort, qui
détruit le temps. Dès qu’il le vit accourir dans sa fureur
avec son aspect horrible, 4,071.
Et son armée s’enfuir pour la plus grande partie dans
la crainte du monstre, le roi Douryodhana fondit sur Gha-
totkakcha. 4,072.
Armé d’un arc et do sa flèche, poussant différents cris,
comme un lion, le souverain des Rangas suivit ses pas
lui-même avec dix mille éléphants, aussi hauts que des
montagnes et sifflants de mada. Aussitôt qu’il le vit ar-
river, entouré d’une armée d'éléphants, ce rôdeur de nuits,
grand roi, s’irrita contre ton lils. Ensuite, un combat tu-
multueux et qui faisait se dresser le poil d'épouvante
s’éLva entre les Rakshasas et l’armée de Douryodhana.
Ayant vu cette armée d'éléphants amassée comme un trou-
peau de nuages, 4,073 — 4,074 — 4,075 — 4.076.
(\ . T*xte île Boinl>a\.
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BH1SHMA-PARVA.
409
Les Rakshasas eu colère fondirent sur elle, poussant
différents cris et le trait luisant à la main, comme des
nuages, d’où jaillissent des éclairs, 4,077.
Immolant les guerriers montés sur des éléphants avec
des flèches, des épieux de fer, des sabres, des nârâtchas,
des bhindipalas, des lances, des maillets d’armes et des
haches. 4,078.
Nous vîmes, grand roi, abattus par les noclivagues,
avec des cimes de montagnes et des arbres, ces énormes
pachydermes, les bosses frontales brisées, arrosés de
sang et les membres rompus. Tandis que ces combattants
sur des éléphants étaient détruits et mis en lambeaux,
Douryodhana, tombé sous le pouvoir de la colère, puis-
sant roi, et renonçant à conserver sa vie, fondit sur les
Rakshasas. 4,079 — 4,080 — 4,081.
Il décocha des flèches acérées sur eux et ce héros à la
grande vigueur tua les principaux de ces mauvais Génies.
Irrité, le brave aux mains adroites, Douryodhana, ton
fils, 6 le plus excellent des Rharatides, blessa de quatre
dards l’impétueux Vidyoudjihva, escorté d’une grande
terreur et jetant le tremblemement au cœur de ses enne-
mis. Gela fait, le guerrier à l'Aine incommensurable déco-
cha une invincible averse de flèches sur l’armée des
noctivagues. A la vue de celte grande prouesse de ton
fils, auguste roi, 4,082 — 4,083 — 4,084 — 4,085.
Le vigoureux (ils de Bhtmaséna s'enflamma de colère,
et. fit vibrer un grand arc d’un éclat égal 4 la foudre
d’Indra. 4,080.
Puis, il courut avec impétuosité sur l’irascible Douryo-
dhana. A peine l’eut-il vu arriver, semblable à la destruc-
tion, créée par la mort, 4,087.
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MO
LE MAHA-BHARm.
Douryodhana, ton fils, n'en fut pas ému, grand monar-
que ; et le Itakshasa irrité lui tint ce langage, les yeux
enflammés de colère : 4,088.
« Aujourd'hui, j'acquitterai la dette envers toi de mes
pères et de ma mère elle- même, que ton impitoyable
cruauté condamna à l’exil un long espace de temps.
» Je te paierai la défaite des Pândouides au jeu des
dés, l'offense à Draâupadl la Noire, qui fut traînée dans
l'assemblée, vêtue d’un seul habit, dans les jours de son
mois, et les vexations, dont tu l'as abreuvée nombre de
fois, insensé. N'était-re pas encore dans ta pensée de
faire une chose, qui te serait agréable, quelle fut outragée
au temps, où elle habitait un hermitage, par le cruel
Sindhien, qui méprisa mes pères? Si tu ne renonces pas
au combat, je vais précipiter maintenant à leur fin et ces
hommes et d’autres, qui nous ont méprisés?» A ces mots,
le Hidimbide lit vibrer un grand arc ;
A, 089 — A, 090— 4,091 — 4,092—4,093.
Mordit ses lèvres de ses dents, lécha les angles de sa
bouche et inonda Douryodhana d'une immense averse de
flèches, comme un nuage, dans la saison des pluies, cou-
vre une montagne de ses gouttes d'eau. 4,094 — 4,095.
I.'lndra des rois supporta dans la bataille cette pluie
de traits, insoutenable aux Dànavas eux-mêines, comme
un grand éléphant supporte la chûte de la pluie. 4,096.
Ensuite, pénétré de colère, soufflant comme un serpent
boa, tombé dans le plus affreux danger, ton fils, émineut
Bharatid , 4,097.
Décocha vingt-cinq n&ràtchas mordants, acérés, qui
tombèrent soudain, majesté, sur le plus excellent des
lîakshasas comme des serpents irrités sur le mont Ganda-
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BH1SHMA-PARVA.
Ail
mâdam. Blessé de ces traits, stillant de sang, comme un
éléphant de inada. A, 098 — A, 099.
Le mangeur-de- chair tourna sa pensée à la mort du roi.
11 saisit une grande lance de fer, capable de rompre les
montagnes elles- mêmes, flamboyante, semblable à un
grand météore ou telle que la foudre enflammée. Le héros
au long bras éleva cette arme avec le désir d'immoler ton
fils. A, 100 — A, 101.
A peine eut-il vu cette lance levée, le souverain des
Bangas se hâta de pousser contre le mauvais Génie son
éléphant, pareil à une montagne. A, 102.
Avec le plus excellent des proboscidiens, vigoureux, au
pas rapide, il s’élança sur la route où était le char de
Douryodhana, A, 103.
Et arrêta avec son éléphant le char de ton fils. Lorsqu'il
vit sa route fermée par le sage roi des Angas, A,10A.
' Ghstotkatcha, les veux enflammés de colère, envoya,
puissant roi, sa grande lance de fer levée à cet éléphant.
Blessé par cette arme, que son bras avait lancée, il tomba,
jetant une écume de sang, et mourut. A, 105 — A, 10(5.
Le vigoureux souverain des Angas de sauter à bas de
son éléphant; et, s’étant remis en garde avec prompti-
tude, il courut sur la face de la terre. A, 107.
Quand Douryodhana vit ce magnifique pachyderme
étendu mort, quand il vit son armée rompue, il tomba
dans le trouble d’esprit le plus profond. A, 108.
Mettant avant tout le devoir du kshatrya et la fierté de
sa personne, il resta, quoiqu’il eut conquis sa retraite,
immobile comme une montagne. A, 109.
11 encocha une flèche acérée, d’un éclat semblable au
feu de la mort, et, dans la plus grande ardente colère,
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LE MAHA-BHARATA.
il l’envoya à cet épouvantable rôdeur de nuit. 4,110.
Dès qu'il vit arriver son trait avec la splendeur de la
foudre d'Indra, le magnanime Ghatotkatcha donna l’essor
à sa légèreté de main. 4,111.
Ses yeux enflammés de colère, il poussa de nouveau un
terrible cri, effrayant tous les guerriers, comme le ton- ■
ncrre du nuage à la fin d’un youga. 4,112.
A l'effroyable cri de ce Rakshasa épouvantable, Bhlshma,
le fils de Çàntanou, s’approcha de l’Atchàrya et lui dit :
« Cette horrible clameur, que profère le Rakshasa,
nous annonce sans doute le combat du roi Douryodhana
avec Hidimba. 4,113—4,114.
» 11 est impossible à un être quelconque de vaincre
celui-ci dans une bataille; allez donc là, s'il vous plait, et
sauvez le roi! 4,115.
n Ce prince éminent est attaqué par le Rakshasa au
grand cœur. Cet exploit de vous est ici notre principale
affaire, à nous tous, fléau des ennemis I » 4,118.
Aussitôt qu’ils eurent ouï cette parole de l’ayeul des
Kourouides, ces grands héros, se hâtant et déployant la
plus grande vitesse, coururent là où se tenait le Dhrita-
ràshtride. 4,117.
C’étaient Drona, Somadalta, Vàhlika et Djayadratha,
Kripa, Bhoûriçravas, Çalya, le prince d'Avanti et Vri-
hadbala, 4,118.
Açvatthâmao, Vikarna, Tchitraséna, Vivinçati ei plu-
sieurs milliers de héros, qui étaient leurs suivants et qui
désiraient sauver de cet assaut Douryodhana, ton lils. A
la vue de l’inaffrontable armée de ces meurtriers, qui
avançait, défendue par ces grands héros, le plus excellent
des Rakshasas, le Démon aux longs bras n’en fut pas
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BHISHMA-PARVA.
aïs
ébranlé plus que le mont Maînaka. 4,119-4,120-4,121.
Il avait saisi un arc immense; il était environné de ses
parents, tenant à la main des tridents, des maillets de
guerre et toutes sortes d’armes. 4,122.
Ensuite, un combat tumultueux, horripilant, s'éleva
entre l’armée de Douryodhana et le monarque des Raksha-
9. s. 4,123.
De tous les côtés, on entendait, grand roi, dans ce
combat, un son confus d’arcs résonnants, semblable à
celui de roseaux, qui brûlent. 4,124.
C’était partout, sire, un bruit de traits, qui tombent,
de corps renversés avec leurs cuirasses, comme de mon-
tagnes (1), qui s’écroulent. 4,125.
Lancés par le bras des héros, les leviers de fer ressem-
blaient, maître des hommes, à des serpents, qui glissent
dans les airs. 4,120.
Alors, bouillant de colère, faisant vibrer un arc im-
mense, l’indra aux longs bras des Rakshasas poussa un
cri épouvantable. 4,127.
Irrité, il trancha avec une demi-lune l’arc de l’Atchâ-
rya-, il abattit avec un bhalla le drapeau de Somadatta et
jeta un cri de triomphe. 4,128.
11 blessa de trois flèches Vàhlika entre les deux seins ;
il frappa d’une seule Kripa, et de trois dards Tchitra-
séna. 4,129.
Il 9'approcha et perça Vikarna à la clavicule du cou avec
un trait long, plein, lancé convenablement. 4,130.
Inondé de sang, le guerrier frappé s'affaissa sur le banc
du char. Après cela, le héros à l’àme incommensurable
(1) Texte de Bombay. L'édition do Calcutta dit : rivières, qui crèvent.
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LE MAHA-BH VRATA.
MA
envoya dans sa colère quatorze nâràtchas à Bhoûriçravas.
Les projectiles rompent sa cuirasse et pénètrent daus le
sein de la terre, A , 1 3 i — 4 , 1 32.
11 b'essa Vivinçali et Drona, deux excellents conduc-
teurs de chars, qui tombèrent sur le banc de la voiture,
abandonnant les rênes des coursiers. A, 133.
Il perça, grand roi, avec une demi-lune le sanglier
orné d’or du roi de Siudhou, et trancha son drapeau avec
une autre. A,13A.
Les yeux flamboyants de colère, adroit, il blessa de
quatre nâràtchas les chevaux du magnanime Avantien.
11 frappa Vrihadbala, le fils de roi, puissant monarque,
avec une flèche bien décochée, aiguë, altérée de sang.
Grièvement blessé par elle, le guerrier s’assit, plein
de trouble, sur le banc du chariot. Le monarque des
Rakshasas, debout sur le char et bouillant de colère,
Décocha des traits mordants, acérés, pareils aux
serpents, qui entamèrent, grand roi, Çalya, habile dans
les batailles. A, 135-4,130— A, 137— A, 138.
Dès que le llakshasa eut fait tourner le dos à tous les
tiens, vertueux Bharatide, il courut sur Douryodhana avec
le désir de l'immoler. A, 139.
Partageant le même désir, les tiens, ivres de la fureur
des combats, fondirent sur le Rakshasa, aussitôt qu'ils le
virent arriver avec impétuosité. A, 1 AO.
Encochant des arcs de la taille d’un palmier, ces grands
héros coururent tous sur lui seul, poussant- des cris,
comme des troupes de lions. A.1A1.
De tous les côtés, ils l’enveloppèrent d’une pluie de
flèches, tels qu’un nuage en automne couvre une mon-
tagne de ses gouttes d'eau. 4,142.
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BHISHMA-PARVA.
415
Lui, profondément blessé, l’esprit dans le trouble,
comme un éléphant sous les coups de l'aiguillon, prit
alors de tous les côtés son vol dans les airs, de même que
Garouda. 4,143.
11 poussa une clameur immense, telle que le bruit d'uu
nuage dans l'automne; et cette voix fit résonneries points
du ciel, l’atmosphère et les plages intermédiaires. 4,144.
A ce cri du llakshasa entendu, le roi Youdhishth'ra dit,
excellent Uharatide, ces mots à Bhknaséna, le dompteur
des ennemis ; 4,145.
« Le llakshasa livre combat sans doute aux fameux
héros Dhritaràsthrides, puisqu’on l’entend jeter ce cri
d’un son épouvantable. 4,146.
» C’est une charge d’une pesanteur extrême, qu’a
prise là sur lui cet éminent llakshasa; et voilà notre ayeul
irrité, qui s’efforce de tuer les Pàntchàlains, et Phàlgouna
combat avec l’ennemi pour les sauver. Cela entendu,
guerrier aux longs bras, approche-toi de ces deux héros.
4,147—4,148.
» Va ! sauve (1) l'Hidimbide , tombé dans le plus
grand danger. » Dès qu’il eut connu l'ordre de sou frère,
Vrikaudara d’un pied hâté, 4,149.
Et poussant un cri de guerre, qui épouvanta tous les
rois, s’avança avec une grande impétuosité, comme la mer
au temps de la nouvelle ou de la pleine lune. 4,150.
Il fut suivi par Satyadhrili, ivre de la fureur des ba-
tailles et fils de Soutchitti, par Çrénimat, Vasoudàna et
Abhibhoû, le fils du roi de Kâçi, 4,151.
Par les fameux héros, enfants de Draâupadl, Abhi-
(1) Rakshaçteha, dans l'édition do Calcutta, pour rakshaswa , fort bien
écrit dans celle de Bombay.
LE MAHA-BHARATA.
416
manyou à leur tête, le brave Kshattradéva et même
Kshattradharnian, 4,152.
Avec le souverain des pays humides, Nlla, déployant sa
vigtieur. Ils enfermèrent l'Hidimbide au milieu de la
grande multitude de leurs chars (1). 4,153.
Accompagnés de six mille grands éléphants de guerre,
dans l’ivresse, ébranlant la terre de leurs vastes cris de
guerre, sous le fracas des roues, avec le déchaînement de
larges voix, ils défendirent Ghatotkatcha, l' Indra des
Rakshasas. 4,154 — 4.155.
Dès qu'ils entendirent le bruit de ces héros, qui arri-
vaient, la pâleur couvrit le visage des tiens, tremblants
de peur à la pensée de Bhtmaséna; et ils abandonnèrent,
grand roi, Ghatotkatchs, qu’ils avaient enfermé. 4,156.
Alors s’éleva un combat entre ces magnanimes, les
tiens et les ennemis, qui ne sava'ent pas reculer dans une
bataille. Ces fameux héros, se lançant des traits de maintes
sortes, 4,157—4,158.
Courant les uns sur les autres, se livrèrent un combat,
où l'on était étroitement joint, d'une extrême épouvante,
et causant la crainte aux moius timides. 4,150.
Les hommes de pied s'engagèrent avec les chars, les
éléphants et les chevaux : ils en vinrent aux mains, sire,
se désirant les uns les autres dans le combat. 4,160.
Résultat de la mêlée, une grande, une épaisse poussière
s’éleva sous Jes pieds et les roues des chars, des éléphants,
des chevaux et des fantassins. 4,l6l.
line poussière brune, couleur de fumée, couvrit tout
le champ de bataille ; on ne se distinguait plus mutuelle-
(1) Texte de Bombay. I/édilion de Calcut a est tombée ici dans une
taute complète.
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BHISHV1A-PARVA.
417
ment, ni dans ton armée, sire, ni dans celle des ennemis.
Le père ne reconnaissait pas son fils, ni le fils son père.
Au milieu de ce carnage, horrible, sans borne
4,162—4,103.
Régnait, vertueux Bharatide, un bruit immense de
flèches et d’hommes, déjà , pour ainsi dire, sans vie, pous-
sant des cris. 4,164.
Là, se répandit une rivière, ayant pour ondes le sang
versé par les éléphants, les coursiers, les hommes, et va-
riée, comme de vallisnéries, par les chevelures des corps
immolés des guerriers ou des têtes abattues dans le combat.
Un bruit immense se faisait entendre de corps tombants,
semblables à des rocs écroulés. 4,165 — 4,166.
La terre était jonchée d’hommes décapités, de chevaux,
le ventre crevé, et d’éléphants avec les membres mutilés.
Les grands héros, décochant des traits de toutes les
sortes, couraient les uns sur les autres, pleins d’ardeur
pour le combat. 4,167 — 4,168.
Poussés par les cavaliers, les chevaux, abordant les
chevaux et se portant des coups mutuels, tombaient,
abandonnant la vie. 4,169.
Les yeux tout rouges de colère, les hommes affrontant
les hommes, s’étreignant poitrine contre poitrine, s’im-
molaient réciproquement. 4,170.
Lancés par des guerriers à la haute taille, aux excel-
lentes armures, les éléphants sacrifiaient les éléphants
eux-mêmes dans le combat. 4,171.
Attachés l’un à l'autre, versant une écume de sang, on
les voyait, ornés de guidons, comme des nuages accom-
pagnés d’éclairs. 4,172.
Ceux-ci, ou blessés par les pointes de leurs défenses,
vu 27
AIR LE MAHA-BHARATA.
ou les bosses frontales rompues par les leviers de fer,
couraient çà et là, poussant des cris avec l'éclat d'un
nuage tonnant. 4,173.
Ceux-là avec leurs trompes coupées en deux, les autres
avec leurs membres mutilés, tombaient dans cette mêlée,
comme les montagnes, quand on leur eut coupé les ailes.
I)e superbes éléphants , les flancs transpercés par
d’autres éléphants, versaient leur sang sur la terre, de
même que les montagnes y répandent leurs métaux.
4,174-4,175.
D'autres succombent sous les nàrâtchas ou sont blessés
par des leviers de fer. On voit des cavaliers décollés, tels
que des montagnes, qui ont perdu leur sommet. 4,176.
Les uns, pénétrés de colère, aveuglés par le mada,
broyaient avec indifférence par centaines dans le combat
les hommes de pied, les coursiers et les chars. 4,177.
Blessés par les cavaliers qui étaient armés de traits
barbelés et de leviers en fer, les chevaux, ne distinguant
plus d’un œil troublé les plages du ciel, s’approchaient de
celui-ci ou de celui-là. 4,178.
Prenant une force supérieure, les maîtres de chars, lils
de famille et qui avaient d’avance fait le sacrifice de leur
vie, exécutaient intrépidement leurs exploits sur les maî-
tres de chars. 4 , 1 79.
Accoutumés aux combats, aspirant à la renommée, sire,
ou au Swarga, ils se disputaient les uns les autres, comme
dans les contestations d'un Swayamvara. 4,180.
Tandis que s’agitait ainsi cette horrible bataille, la
nombreuse armée des Dhrilaràshtrides fut pour la plus
grande partie mise en déroute. 4,151.
Quand le roi Dourvodhana vit son armée taillée en
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BHISHMA-PARVA.
419
pièces, il fondit avec colère sur Bhtmaséna, le dompteur
des ennemis. 4,182.
Ayant saisi un .-mjc immense d’une splendeur égale à
celle de la foudre d’Indra, il ensevelit ce Prithide sous
une épaisse averse de flèches. 4,183.
11 encocha une demi-lune épouvantable, très-acérée, et,
plein de colère, il trancha l’arc de Bhlmaséna. 4,184.
A la vue de ce succès, le grand héros d'encocher à la
hâte une flèche acérée, capable de fendre les montagnes ;
Et le guerrier aux longs bras d'en blesser Bhlmaséna
au milieu de la poitrine. Ce brave, atteint profondément,
très-ému, léchant les angles de sa bouche, s’appuya sur
son drapeau, ornementé d'or. A l'aspect de Bhlmaséna
sans connaissance, Ghatolkatcha 4,183-4,180-4,187.
S’enflamma de colère, comme un feu, qui veut incen-
dier. Les grands héros des Pândouides, Abhimanyou à
leur tête. 4,188.
Coururent à toute vitesse, et poussant des cris, sur le
roi Douryodhana. Aussitôt qu’il les vit accourir en colère
avec une telle rapidité, 4,189.
Le Bharadwâdjide parla ainsi aux grands héros, les
tiens : « Hâtez-vous, s’il vous plaît ! Courez défendre le
roi, qui est tombé dans le plus profond des périls et
submergé dans une mer d’infortunes ! Ces fameux héros
des Pândouides, irrités, au grand arc, 4,190 — 4,191.
» Fermes dans la victoire, lançant maintes sortes de
traits, jetant des cris épouvantables, effrayant celte terre
et suivant les pas de Bhlmaséna, les voilà qui fondent tous
sur Douryodhana : » A peine ont-ils entendu ces paroles
de l'Atcbârya que, sous la conduite de Somadatta,
4,192—4,193.
420
LE MAHA-BHAKATA.
Les tiens de leur rôle fondirent sur l'armée des fils de
Pândou. C’étaient Rripa, Bhoûriçravas, Çalya, Açvat-
l/iâmau, le fils de Drona, Vi\inçaii, 4,194.
Tchitraséna, Vikarna, le Sindhien Vrihadbala, les deux
héros d’Avanti, qui tous environnèrent le Kouravien.
Dès qu’ils se furent approchés à la distance de vingt
pas, les Pàndouides et les Dhritarâshtrides commencèrent
le combat, animés par un mutuel désir de se donner la
mort. 4,195 — 4,190.
Lorsqu’il eut achevé ces paroles , le Bharadwàdjide
aux longs bras fit vibrer un grand arc, et frappa Bhima
de vingt-six flèches. 4,197.
En outre, le puissant guerrier inonda ce héros de ses
flèches, comme un nuage, dans la saison des pluies, couvre
une montagne de ses gouttes d’eau. 4,198.
L’héroïque Bhlmaséna à la grande force le blessa en
retour d'une main hâtée avec dix traits lancés dans le
flanc gauche. 4,199.
Gravement blessé, le trouble dans l’esprit, la connais-
sance perdue, le vieillard d'âge s'affaissa tout à coup sur
le banc du char. 4,200.
Aussitôt que le roi Douryodhana et le fils de Drona
lui-mème irrité eurent vu l'instituteur spirituel tombé
dans ce trouble de ses sens, ils fondirent sur Bhima-
séna 4,201.
V l’aspect de ces deux guerriers accourant, semblables
à la mort, qui met fin aux choses du temps, Bhlmaséna
aux longs bras saisit rapidement sa massue. 4,202.
Il sauta précipitamment à bas de son char, et se tint
dans le combat, immobile comme une montagne, sa
massue levée, telle que le bâton de la Mort. 4.203.
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BH1SHMA-PARVA.
m
Dès qu’ils le virent, élevant son pilon et semblable à
une cime du Kallâsa, le Kourouide et le fils de Drona
coururent de concert contre lui. 4,2 04.
A la vue de ces plus excellents des hommes robustes
accourant de pair, le pied hâté, Blilmaséna à la grande
vigueur fondit rapidement sur eux. 4,205.
A peine l’eurent-ils vu tomber sur Us deux guerriers
avec colère, l’aspect épouvantable, tous les grands héros
des Kourouides, animés par le désir de tuer Bhtmaséua,
se jetèrent sur lui avec impétuosité, le Bharadwàdjide à
leur tète, et lancèrent maintes sortes de traits dans la
poitrine du héros, 4,20(5—4,207.
Tous de concert, ils accablaient de tous côtés le Pàn-
douide. Les grands héros de son parti, Abhiinanyou à
leur. tête, ayant vu ce brave tombé en péril, opprimé d la
ronde, coururent, désirant le sauver et faisant le sacri-
fice de leur vie, à laquelle il est si difficile de renoncer.
4,208 — A, 209.
Le héros, cher ami de Bhîmaséna, le souverain des
pays marécageux, Nila, semblable à un sombre nuage,
fondit avec colère sur le fils de Drona : 4,210.
Car ce héros est sans cesse en rivalité avec Açwat-
thàman ! Il lit briller un grand arc et blessa d’une flèche
le Dronide, tel que Çakra jadis, grand roi, perça l’inaf-
frontable Dânava Vipratchitti, qui inspirait la terreur aux
Dieux, et de qui la colère, à cause de son énergie avait
répandu l'elfroi dans les trois mondes. Ainsi, blessé par
la flèche envoyée par Mla, 4,211 — 4,212 — 4,213.
Versant une écume de sang, le Dronide, enflammé de
colère, fit briller un arc admirable, dont le bruit imitait
le son de la foudre d’Indra; 4,214.
422
LF. M \HA-MUKAT V.
Et le plus excellent des hommes sensés, tournant sa
pensée à la mort de Nlla, encocha des bhallas sans tache,
variés par le génie de l’ouvrier. 4,215.
11 immola ses quatre chevaux, abattit son drapeau et
envoya un septième bhalla frapper Nlla dans la poi-
trine 4,216.
Profondément blessé, le trouble dans l’esprit, il se
laissa tomber sur le banc du char. Dès qu’il vit ce roi,
l’âme égarée, semblable à un sombre nuage, 4,217. \
Ghatotkatcha lui-même courut avec fougue, environné
de ses parents, sur le Üronide, brillant du lustre de ses ba-
tailles. 4,218.
Les autres Dakshasas, ivres de la fureur des combats,
le suivirent dans sa course. Dès qu’il vit accourir le Génie
à l'aspect épouvantable, 4,219.
Le resplendissant (ils de liharadwàdja fondit sur lui
d’un élan accéléré; il tua dans sa colère ces Rakshasas
effrayants à voir, 4,220.
Et les chefs irrités, qui marchaient en avant d'eux.
Aussitôt qu’il les vit tourner le dos sous les (lèches en-
voyées par l’arc du Dronide, 4,221.
Ghatotkatcha à la taille gigantesque, le lils de Bhîma-
séna, s’en irrita, et il manifesta tint magie grande, aux
formes effrayantes, glaçant d'épouvante. 4,222.
Le magicien, souverain des Kakshasas, jeta le délire
dans l'âme d’Açwatthàman, et sa magie mit en déronte
tous les tiens. 4,223.
Ils se voyaient, les uns les autres, étendus sur le sol de
la terre, malheureux, inondés de sang, les membres mu-
tilés, se tordant par des convulsions. 4,224.
Drnna, Douryodhana, Açwatthâman et les héros, qui
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BHISHMA-PARVA.
423
étaient les chefs, s’avancèrent avec le reste des Kou-
rouides. 4,225.
Tous les maîtres de chars étaient renversés, tous les
monarques abattus, les chevaux et leurs cavaliers blessés
par milliers. 4,226.
On voyait ton armée mise en fuite vers son camp,
malgré mes cris, sire, et ceux de Dévavrata : 4,227.
« Combattez! Ne fuyez pas! Ce n’est qu’une magie de
Rakshasa, que Ghatolkatcha emploie comme arme de
combat ! » Mais , l’esprit en délire , ils ne s’arrêtaient
pas; 4,228.
El, dans leur crainte, ils n’ajoutaient pas foi aux pa-
roles sorties de notre bouche. Dès qu’ils virent leur
armée dispersée, en déroute, et les Pândouides obtenant
la victoire, 4,220.
Ceux-ci, unis à Ghatolkatcha, firent entendre leurs
cris de guerre, et, les mêlant au bruit des tambours et des
conques, ils produisirent de tous les. côtés un immense
fracas. 4,230.
C'est ainsi que toute ton armée rompue fut. mise en
déroute par le cruel Hidimbide à tous les points de l’es-
pace, au temps où le soleil arrive au mont Asta. 4,231.
Dans cette conjoncture si lamentable, le roi Douryo-
dhana s’avança vers le fils de la Gangà et s’inclina devant
lui respectueusement. 4,232.
Il se mit à lui narrer toute son histoire, la victoire de
Ghatolkatcha et la défaite de lui-iuême. 4,233.
L’inaflYontable de les raconter, accompagnées de maint
et maint soupirs. 11 dit alors, sire, à llhîshma, l’aïeul des
Rourouides : 4,234,
« Appuyé sur ton altesse, comme nos ennemis sur le
LE MAHA-BHARATA.
454
Vasoudévide,, j’ai entrepris, seigneur, cette guerre épou-
vantable avec les fils de Pândou. 4,235.
» Les onze grandes armées, que je compte, s'inclinent
sous tes ordres avec moi, fléau des ennemis. 4,236.
» Appuyés sur Gbatotkatcba, les Pàndouides, à la tête
de qui marche Bhimaséna, m’ont vaincu aujourd'hui dans
le combat, tigre des Bharatides. 4,237.
» Cette pensée me consume les membres comme le feu
brûle un arbre sec. Voici, prince vertueux, ce que je dé-
sire de ta grâce : 4,238.
» C’est de tuer moi-même, appuyé sur toi, mon aïeul,
cet ignoble Rakshasa : daigne exécuter pour moi, inaf-
frontabie guerrier, cette grande chose. » 4,239.
Dès qu’il eut ouï ce langage du roi, ô le plus vertueux
des Bharatides, le fils de Çântanou, Bhishma, rendit cette •
réponse à Douryodhana : 4,240.
« Écoute, sire, cette parole, que je vais te dire, grand
roi ; écoute-la, redoutable Kourouide, de manière à l’ac-
complir. 4,241.
» Tu dois me défendre, mon fils, dans toutes les con-
ditions du combat ; et il te faut toujours, dompteur sans
reproche des ennemis, combattre avec Dharmarâdja, Ar-
jouna, les jumeaux, ou même Bhimaséna. Un roi, qui
met avant toute chose son royal devoir, s'avance à la ren-
contre d’un roi. 4,242 — 4,243.
» Drona, Kripa, Açvalthàman, Krilavarman, le Sât-
twata, Çalya, le Somadattide, le grand héros Vikarna et
moi, 4,244.
» Sans oublier tes héroïques frères, à la tète desquels
est Douççàsana, nous combattrons dans l’intérêt de ta
cause ce Rakshasa à la grande force. 4,245.
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BHISHMA-PARVA.
A25
» Si tu ressens une trop vive crainte de ce cruel Indra
des Rakshasas, que ce mattre de la terre, Bhagadatta, égal
dans les batailles à Pourandara, marche au combat contre
cet insensé. » Quand il eut parlé ainsi, habile à manier
la parole, il dit ces mots au monarque Bhagadatta. en
présence du roi des rois : « Marche promptement, grand
souverain, contre l’Hidimbide, ivre de la- fureur des ba-
tailles. A, *246 — 2,247 — A, 248.
» Déployant tes efforts en dépit de tous les archers,
arrête dans le combat ce Raksbasa aux exploits cruels,
comme Indra jadis refréna la fureur de Tàraka. 4,249.
» Célestes sont tes flèches et ton courage, fléau des
ennemis ; jadis tu t’es affronté avec de nombreux Asou-
ras. 4,250.
» Sois dans ce grand combat, tigre des rois, le champion
opposé à ce monstre, et, fier de ta vigueur, sire, immole
cet éminent Raksbasa. » 4,251.
A ces mots de Bhlshma, le général des armées, l’autre
s’avança d’un pied rapide, poussant un cri de guerre, la
face tournée vers les ennemis. 4,252.
Dès qu’ils le voient accourir, tel qu'un nuage mena-
çant, les fameux héros des Pàndouides, Bhtmaséna, Abhi-
manyou, le Rakshasa Ghatokatcha, les fils de Draâu-
padl, Satyadhriti, Kshattradéva, Vasoudâna, enfant du
Tchédi, et le souverain du Daçàrna, s'approchent avec
colère, auguste roi. Bhagadatta lui-même fond sur eux,
monté sur Soupratika. 4,253 — 4,254—4,255.
Ensuite eut lieu, entre les Pàndouides et Bhagadatta,
un combat aux formes effrayantes, inspirant l’épouvante,
accroissant l'empire d'Yama ! 4,256.
Lancées par les maîtres de chars, des flèches très-ai-
A26 LE MAHA-BHARUA.
guës, d'une terrible vitesse, tombèrent, puissant mo-
narque, au milieu des élépbants et des chars. A, 257.
S'étant approchés, les grands éléphants, ivres, domp-
tés, couraient intrépidement l’un sur l'autre avec les
guerriers montes sur l’échine des pachydermes. A.258.
Les deux partis aux prises dans ce grand couibat,
aveuglés par le mada, bouillants décoléré, ils se fendaient
mutuellement avec les pointes de leurs défenses et les pi-
lons de leurs dents. A, 250.
Montés par des guerriers, les traits barbelés à la main,
les coursiers avec des chasses-mouches pour aigrettes,
stimulés par leurs cavaliers, couraient sans crainte à pas
rapides les uns sur les autres. A, 260.
Les fantassins, que les troupes de fantassins blessaient
à coups de lances et de leviers en fer, tombaient alors
sur la terre par centaines et par milliers. A, 261.
Victorieux des héros abattus sous leurs chars, leurs
flèches, leurs dards, leurs traits barbelés, les maîtres de
chars poussaient dans le combat de longs cris de vic-
toire. A, 262.
Tandis que cette bataille épouvantable se déroulait
ainsi, le héros Bhagadatta fondit sur Bhlmaséna. A, 203.
11 était monté sur un éléphant en rut, stillant le mada
par sept canaux, tel que sur une montagne, versant l’eau
de tous les côtés. A,26A.
Arrivé sur Soupratlka eu tête du combat, il répandit
ses milliers de flèches : tel, porté sur Ahàvata, Maghadat
verse, irréprochable roi (1), les gouttes de son eau.
Le prince frappa Bhimaséna avec la pointe de ses
(t) Texte de Bombay.
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BHISHM V-PAHVA.
427
flèches, comme un nuage, à la fin de l’été, couvre une
montagne de ses gouttes de pluies, à, 265— 4, 266.
L'héroïque Bhlmaséna irrité fit tomber dans sa colère
sous l’averse de ses dards les hommes de pied, chargés de
veiller autour du monarque et dont le nombre dépassait
une centaine de gardiens. 4,207.
Courroucé A la vue de ses gens étendus morts, l'au-
guste Bhagadatta de pousser son magnifique éléphant
contre le char de Bhlmaséna. 4,268.
Lancé par lui avec la rapidité d'un trait décoché par la
corde d’un arc, le pachyderme fondit avec impétuosité
sur Bhlmaséna, le dompteur des ennemis. 4,269.
A peine l’eurent-ils vu accourir, les héros des Pàn-
douides, les Kalkéyains, Abhinvwyou, et tous les fils de
Draàupadl, et l’héroïque souverain du Daçàrna, et Kshat-
tradéva, et Tchitrakélou, le monarque de Tchédi, tous
irrités, à la grande vigueur, et devancés par Bhlmaséna,
fondirent sur lui avec rapidité, étalant aux yeux leurs as-
tras supérieurs et célestes. 4,270 — 4,271 -4,272.
Ils cernèrent de tous les côtés cet éléphant seul, et
bientôt le grand proboscidien brilla, sous les blessures des
flèches nombreuses, coloré par une écume de sang,
comme le roi des monts, bigarré de ses métaux. Monté
sur un éléphant, semblable à une montagne, le souverain
du Daçàrna courut sur l’éléphant de Bhagadatta. Le
monstrueux pachyderme Soupraltka soutint son choc,
comme un rivage celui de la ruer, séjour des makaras.
Aussitôt qu’ils virent arrêté l’éléphant du magnanime
Daçàrnain, 4,273 — 4,274 —4,275 — 4,276.
I^es guerriers et les Pàndouides applaudirent ! « Bien !
bien! » s’écriaient-ils. Le Prâdjyotishain irrité d’envoyer,
I.K MAHA-BH4RATA.
428
6 le plus vertueux des rois, quatorze leviers d’or sur la
tête du pachyderme ennemi. Ces projectiles fendent sa
principale armure, sa cuirasse ornementée d'or, et pé-
nètrent au sein de la terre, comme des serpents dans une
fourmillière. Profondément blessé, troublé même , émi-
nent Bharatide, cet éléphant 4,277 — 4,2"8 — 4,279.
Supprima tout A coup son raada ; il se détourna preste-
ment, et courut avec rapidité, jetant des cris épouvan-
tables, foulant aux pieds violemment ses propres armées,
comme le vent fait des arbres. Après la défaite de cet élé-
phant, les grands héros des Pândouides, 4,280 — 4,281.
Envoyant au plus haut des airs leurs cris de guerre,
s'approchèrent pour le combat et, mettant Bhluia à leur
tête, ils fondirent sur Bhagadatta, en semant différentes
flèches et lançant divers projectiles. Dès qu’il eut entendu
les cris affreux , arrachés par la colère à ces hommes, qui
accouraient irrités, pleins de fureur, le héros Bhagadatta,
chassant la crainte, poussa contre eux son éléphant.
4,282—4,283—4,284.
Convenablement excité par le croc et le pouce, dans
l’instant même, le roi des pachydermes s’engagea, comme
le feu en tourbillons de flammes. 4,285 (1).
Courant irrité çà et là, il écrasait dans le combat, sire,
les compagnies de chars, les éléphants, les chevaux et les
cavaliers avec les fantassins par centaines et par milliers.
11 semait le trouble dans la grande armée des Pândouides.
4,291—4,292.
Elle se courbait toute entière, puissant roi, comme un
(1) Cette stance est par erreur numérotée 4,290 : nous adoptons cette faute,
afin de nous retrouver ensemble, nous et notre édition.
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BH1SHMA-PARVA.
429
cuir placé dans le feu. Quand il vit son armée enfoncée
par le sage Bhagadatta, à, 293.
Ghaiotkatcha fondit sur lui avec colère. Homme épou-
vantable, la bouche flamboyante, sire, les yeux enflam-
més, 4,294.
11 se revêtit d’une forme terrible, et, embràsé, pour
ainsi dire, de fureur, il saisit une lance resplendissante,
capable de fendre les montagnes elles-mêmes. 4,295.
Il l’envoya soudain avec une grande vigueur et le désir
de tuer l’éléphant. Des guirlandes d’étincelles l’environ-
naient de tous les côtés. 4, 29ô.
Aussitôt qu’il la vit arriver , tout à coup le roi du
Prâgdjyotisha darda sur elle une demi-lune bien épou-
vantable, acérée, éblouissante. 4,297.
11 trancha rapidement avec ce trait l’énorme lance, or-
nementée d’or , qui tomba coupée en deux morceaux :
telle une grande foudre, lancée par Indra, tombe du ciel.
Dès que le prince vit sa lance étendue à terre, en deux
fragments coupée, 4,298 — 4,299.
il saisit un grand javelot au manche d’or, semblable à
la flamme du feu, et l’envoya au Rakshasa, en lui criant :
« Arrête-là !.» 4,300.
A peine l’ eut-il vu arriver, comme un tonnerre, qui
vole au sein des airs, le Rakshasa prit son essor, s’envola
à grande hâte et poussant des cris. 4.301.
Il mit soudain le javelot sur son genou et le rompit
sous les yeux de l’ Indra des rois : ce fut une chose mer-
veilleuse. 4,302.
Quand ils virent cet exploit du vigoureux Rakshasa, les
anachorètes, les Gaudharvas et les Dieux au sein du ciel
en furent dans l'étonnement. 4,303.
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ASO
LE MAHA-BHARATA.
Et les Pândouides, grand roi, qui avaient Bhimaséna
pour chef, firent résonner la terre des cris : « Bien !
bien! » 4, 304.
Dès qu’il entendit les vastes acclamations de ces ma-
gnanimes dans l’allégresse, l'auguste et l’héroïque Bha-
gadatta ne put les supporter. 4,305.
Ayant fait vibrer un grand arc d’un éclat semblable à
celui delà foudre d’Indra, il menaça de sa rapidité les
fameux héros des Pândouides. 4,300.
Décochant des nàrâtchas acérés, luisants, pareils à la
flamme, il blessa avec un trait Bhimaséna, avec neuf le
Kakshasa; 4,307.
Avec trois Abhimanyou, avec cinq les kalkéyains, et,
d’une flèche aux nœuds inclinés, lancée d’un arc complè-
tement tendu, 4,308.
Il perça dans ce combat le bras droit de Kshattradéva,
qui laissa échapper soudain son arc sublime et sa
flèche. 4,309.
Il perça de cinq dards les cinq fils de Draâupadt, et
tua dans sa colère les chevaux de Bhimaséna. 4,310.
Avec trois flèches, il trancha son drapeau à l’image du
lion, et perfora son cocher de trois autres sa^ettes. 4,311.
Profondément blessé par Bhagadatta en ce combat ,
éminent Bharatide, Viçoka, le trouble dans l'esprit, se
laissa tomber sur le banc du char. 4,312.
Privé de son chariot, puissant roi, Bhimaséna, le plus
excellent des maîtres de chars, saisit une massue et sauta
lestement à bas de sa voiture. 4,313.
Aussitôt qu’ils le virent, sa massue levée, de môme
qu'une montagne surmontée de sa cime, les tiens, reje-
ton de Bhàrata, conçurent une horrible crainte. 4,314.
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BH1SRMA-PARVA.
à 31
Dans ce temps même, le Pàndouide, qui avait Krishna
pour son cocher, arriva, immolant de tous les côtés les
ennemis, dans le lieu où se tenaient ces deux tigres des
hommes, ces grands héros, le père et le fils, Bhimaséna .
et Ghatotkatcha, accompagné du Prâgdjyotishain.
Quand le fils de Pàndou vit ses vaillants frère3 com-
battants, il s’empressa de combattre aussi IA, disséminant
ses flèches, à, 315 — A, 316 — A, 317.
Sur le champ, l’héroïque monarque Douryodhana se
hâta de lancer promptement son armée remplie de chars
et d’éléphants. 4,318.
Mais soudain le Pàndouide aux blancs coursiers fondit
rapidement sur la grande armée des Kourouides, qui ac-
courait, pleine de vigueur. A, 319.
Bhagadatta lui-ntême, écrasant sous les pieds de son
éléphant l’armée des Pândouides, courut dans le combat
sur Youdhishthira. A, 320.
Alors eut lieu, vénérable monarque, un combat tumul-
tueux de Bhagadatta avec les Pântchâlains, les Srin-
djayas et les Kékayairis, les armes levées à la main.
Bhimaséna lui-même raconta en détail à Kérava et à
Arjouna les circonstances de la noble mort d’Iràvat.
Lorsque Dhanandjaya eut appris que son fils Iràvat
était parmi les morts, pénétré d’une grande douleur et
soupirant comme un serpent boa. A, 321 — A, 322 — A, 323.
11 dit ces mots, sire, au Vasoudévide dans le combat :
« Sans doute, Vidoura à la grande sagesse, à la grande
science, a prévu jadis ce péril effroyable des Kourouides
et des Pândouides. Aussi engageait-il sans cesse (1),
(1) Texte de Bombay.
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432
LE MAHA-BHAKATA.
meurtrier de Madou, à ne pas entrer dans cette guerre le
roi Dhritaràshtra et les autres nombreux héros. Nous
avons succombé dans la guerre sous les coups des Kou-
rouides, et les Kourouides ont péri sous nos armes.
4,324-4,325-4,326.
u On fait ici par intérêt, 0 le meilleur des hommes,
une œuvre maudite : honnis soient donc ces intérêts, pour
lesquels on fait ainsi le carnage de ses parents. 4,327.
» 11 vaut mieux mourir pauvre que s’enrichir par la
mort de sa famille! Que gagnerons-nous, Krishna, à tuer
nos parents engagés dans une guerre avec nous? 4,328.
» Les kshatryas vont k la mort, où les pousse l’ofiense
de Douryodhana, de Çakouni le Soubalide, et les funestes
conseils de Karna ! 4,329.
» Je reconnais maintenant, meurtrier aux longé bras
de Madhou, que le roi faisait une bonne action, quand il
demandait à Sou yodhana (1), ou la moitié du royaume,
ou cinq villages. Mais l’insensé n’accéda point à sa de-
mande. Quand je vois les héros kâhatryas couchés morts
sur le sol de la terre, 4,330 — 4,331.
» Je jette sur moi-même un violent reproche : honnie
soit doncla vie du kshatrya ! Ces guerriers, ils connaîtront
dans le combat si je manque, comme ils pensent, de puis-
sance, 4,332.
» Quoiqu’il me déplaise de combattre avec mes pa-
rents ! Pousse rapidement tes chevaux , meurtrier de
Madhou, vers l’armée des Dhritar&shtrides. 4,333.
» Je traverserai à la force de mes bras cette mer du
combat aux berges élevées : ce n’est nullement le temps.
(1) Teite de Bombay.
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BH1SHMA-PAKVA.
435
Màdhava, d’être sans vigueur en ce moment. » 4,334.
A ces mots, que lui adressait le Pàndouide, Kéçava
l’immolateur des héros ennemis, stimula ses chevaux
blancs, aussi rapides que la pensée. 4,333.
Alors surgit un vaste bruit de ton armée, Bharatide,
semblable au fracas de la mer, quand le vent soulève sa
fougue dans un parvan. 4,330.
Dans l'après-midi de ce jour, puissant roi, naquit,
entre Bbîshma et les Pànduuides, un combat, dont le
tumulte ressemblait au tonnerre du nuage. 4,337.
Ensuite, ton armée, sire, fondit sur Bbîmaséna, qui
avait arrêté Drona dans le combat, comme les Vasous
jadis ont empêché Indra. 4,338.
Le fils de Çântanou, Bhîshma, Ri ipa, qui surpasse les
maîtres de chars, Bhagadatta et Souçarman de courir sur
Dhanandjaya. 4.339.
Hàrdikva et Vàhlika se jetèrent ensemble sur Sâtyaki ;
le souverain d’Ambashtha résista de pied ferme à Abhi-
manvou. 4,340.
Et les autres héros firent tète, grand roi, au reste des
fameux héros. Alors s’éleva un combat aux formes ef-
frayantes, inspirant la terreur. 4,341.
Bliimaséua, dès qu’il vit tes (ils, monarque des hommes,
s’enflamma de colère dans le combat, comme le feu,
quand on y verse le beurre clarifié. 4,342.
Tes enfants couvrirent de leurs flèches le fils de Kountî,
comme les nuages, dans la saison des pluies, inondent une
montagne. 4,343.
Enseveli mainte fois sous les projectiles de tes fi s, mo-
narque des hommes, le héros, tel qu’un tigre impétueux,
lèch.mt les angles de sa bouche, 4,344.
vu 28
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434
LE W AHA-BH ARATA.
Bhlmaséna abattit Vyoüthoraska, qui exhala sa vie sous
un kshourapra bien acéré. 4,345.
Avec un second bhaila bien aiguisé, altéré de sang, il
renversa Koudalt, comme un lion terrasse une faible ga-
zelle. 4, 346.
11 prit des (lèches bien aiguës, avides de sang, et, re-
doublant de vitesse, quand il fut arrivé à portée , véné-
rable monarque, les décocha sur tes fils. 4,347.
Envoyés par Bhlmaséna, le vigoureux archer, ses traits
renversèrent de leurs chars tes fils, les éminents héros,
Anâdhrishti, Koundabhéla, Valràta, Dirghalotchana, Dîr-
ghabàhou, Soubâhou et Kanakadhwadja. 4,348—4,349.
Ces héros tombés brillèrent sur le sol, excellent Bhara-
tide, tris que des manguiers aux fleurs variées, étçndus
sur la terre. 4,350.
Tes autres fils prirent la fuite, monarque des hommes,
regardant ce Bhlmaséna à la grande force comme la mort
elle-même. 4,351.
Mais, tel qu’un nuage inonde une montagne de ses
gouttes d’eau, tel Drona couvrit partout de ses flèches le
héros, qui, dans le combat, consumait tes fils. 4,352.
Là, nous vîmes le courage admirable du fils de Kountt;
car, bien qu'il fût arrêté par Drona, il n’en continuait pas
moins à immoler tes fils. 4,353.
Bhiuia, sans terreur, soutint cette averse de traits
lancée par Drona, comme un taureau supporte une pluie,
qui tombe du ciel. 4,354.
Là, Ventre-de-loup exécuta une prouesse merveilleuse;
car, dans le même temps qu’il immolait tes fils, il arrêtait
Drona dans le combat. 4,355.
Le robuste frère aîné d'Arjouna, marchant au sein de
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BHISHMA-PARVA. 435
la bataille, s’y jouait avec les héros tes fils, comme un
tigre avec les gazelles. 4,356.
Vrikaudara dispersait tes fils dans le combat de môme
qu'un loup, au milieu d’un troupeau, met en déroute les
bestiaux. 4,357.
Le lils de la Gangà, Bhagadatta et l’héroïque Gota-
mide arrêtèrent avec rapidité dans le combat le Pàudouide
Arjouna. 4,358.
Quand il eut paralysé leurs astras par des astras, ce
guerrier, monté sur un char, envoya à la mort dans le
combat les plus fameux héros parmi tes combattants.
Abhimaiiyou couvrit (1) de . ses flèches le monarque
d’Ambashtha, célèbre dans le monde, sans char, quoiqu’il
fût le premier des maîtres de char. 4,359 — 4,360.
Sans char, frappé par l'illustre Soubhadride, le mo-
narque d'Ambashtha (2) sauta rapidement, plein de con-
fusion, à b;is de son char, privé d’attelage. 4,361.
Il abattit l'épée du magnanime fils de Soubhadrâ, et
le guerrier à la grande force monta sur le char de Hàr-
dikya. 4,362.
L’immolateur des héios ennemis, habile dans les
feintes du combat, le Soubhadride rompit lestement son
cimeterre, au moment qu'il en déchargeait lu fougue.
Quand on vit son glaive brisé en morceaux par Abhi-
manyoudans le combat, ce fut une clameur de toutes les
armées, auguste monarque, s’écriant : « Bien ! bien ! »
4,363-4,364.
Cependant les autres, Dhrishtadyoumna à leur tête,
(1) Texte de Bombay, qui porte vâraydmiha , au lieu du kâ ray a ma s a
du lex e de Calcutta, qui ne aignilie ibsolument rien ici.
(2) Texte de Bombay, combiné avec celui de Calcutta.
LE MAHA-BHARATA.
430
combattaient l’armée rivale : ainsi, tous les tiens étaient
engagés avec l’armée des Pàndouides. 4,365.
Alors ce fut un combat furieux entre eux et les tiens,
qui s’égorgeaient les uns les autres avec rage, accomplis-
sant une œuvre bien difficile. 4,360.
En effet, les braves, s'étant pris mutuellement aux
cheveux dans la bataille, guerroyaient, vénérable roi,
avec les ongles et les dents, à coups de poings et de
genoux. 4,307.
Et, quand ils avaient trouvé un passage, ilss’envoyaient
les uns les autres aux demeures d Yauia par les mains et
les pieds, les bras et les cimeterres engagés avec art.
Le père tuait son fils et le fils son père : les hommes
combattaient alors, tous les membres agités parlacruinte
et la fureur. 4,308 — 4,369.
Le champ de bataille était jonché de beaux arcs, au dos
en or, fils de Bharata, et de très-riches ornements des
guerriers tués ou renversés dans leur sang. 4,370.
Des flèches aiguës, baignées d'huile de sésame, faites
d’or, empennées d’argent, brillaient çà et là, semblables
à des serpents lâchés. 4,371.
On voit des hommes gisants, ayant abandonné leurs
diflérentes armes, des cimeterres, ornés d’or, à la poignée
d'ivoire, des boucliers embellis d'or, que les archers
avaient rejetés, des traits barbelés, dont le riche métal
avait changé la matière, des pattiças, que l’or décorait,
des tridents aux hampes dorées et flamboyants d'or, de
brillantes armures tombées, de lourds pilons, des mas-
sues, des (1) bhindipàlas, des arcs divers rejetés, parés
(4; lin mot doublé, que noua omettons : c’est fattiça, Mi genus (Boppj.
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BHISHMA-PAHVA.
437
d’un or admirable, des caparaçons aux formes différentes,
des chasses-mouches et des éventails. Les grands héros,
la vie exhalée, paraissent aux yeux comme s'ils étaient vi-
vants. (De tu stnnre 4,372 à lu stanre 4,377.)
Les hommes sont gisants sur la terre avec la tète broyée
par les pilons, les membres écrasés par les massues, les
chevaux, les éléphants et les chars en pièces. 4,377.
Couverte de tous les côtés, comme par des montagnes,
sire, la terre brillait sous les corps sans vie des hommes,
des chevaux et des éiéphants. 4,378.
La terre était jonchée de lances, de sabres, de flèches et
de leviers en fer tombés dans la bataille, de cimeterres,
de pattiças, de traits barbelés, de kountas (1) en fer, de
haches, de massues, de bhindipâlas, deçataghnis, d'armes
brisées et de cadavres. 4,379 — 4,380.
Le sol brillait, couvert, victorieux monarque, de corps
sans vie, ou sans voix, ou presque sans parole, inondés
par des ruisseaux de sang_, revêtus de leurs cuirasses, ou
des longs bras coupés de héros impétueux, ornés encore
de bracelets, arrosés de sandal et semblables à des trompes
d’éléphants. 4,381 — 4,382.
La terre resplendissait, rejeton de Bharata, des têtes
abattues de guerriers aux yeux de taureaux, parées de
leurs boucles-d’ oreille, portant leurs pierreries et leurs
aigrettes encore attachées. 4,383.
La terre, comme de feux aux flammes éteintes, luisait
au plus haut point de cuirasses d'or, répandues çà et là,
souillées de sang, 4,384.
v (1/ Joculum uncvuUum. Amara-k<.>lia : t — |>rà*a}. le mol précédemment
traduit.
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A38
U'. MAHA-BHARATA.
De décorations brisées, d’arcs tombés, de flèches mêmes
de tous les côtés disséminées avec leurs empennures d’or,
De nombreux chars brisés, ornés d’une multitude de
clochettes, de coursiers tués, gisants, la langue pendante,
baignés de sang, A, 385 — A, 380.
De caisses de chars, de guidons, de carquois, de dra-
peaux éclatants de blancheur, que lesgrands héros avaient
rejetés dans ce grand combat. A, 387.
La terre, parée comme une femme, brillait d’éléphants
étendus avec leur trompe abattue, d’ornements de diffé-
rentes formes. A, 388.
Elle était jonchée d’autres éléphants, atteints de traits
barbelés, en proie à une violente douleur, semblables à des
montagnes ruisselantes. Le champ de bataille était rempli
de pachydermes, versant mainte et mainte fois, par les
(rompes, des sons plaintif '< et de l’eau (1). Il était p'ein
de couvertures diversement colorées, de caparaçons d’é-
léphants, A, 380 — A, 390.
De bâtons de commandement, laits de lapis- lazuli et de
pierres précieuses, de crocs resplendissants, épars çà et là,
de clochettes des principaux éléphants, tombées de tous les
côtés, A, 391.
De flèches variées, de housses et de cuirasses formi-
dables, de chaînes pour le cou et de ceintures en or pour
les éléphants, A, 392.
De machines de guerre brisées en morceaux, de leviers
en or massif, de cottes de mail pour les chevaux et de
blanches ombrelles, devenues brunes de poussière,
(1) Texte fie Bombay, qui porte çikaram : l'édition de Calcutta écrit
ritkàran, murmure de plttair; ce qui ne convient, ni à la circonstance, ni
à ta comparaison.
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BHISHMA-PA1WA.
439
De bras coupés des cavaliers , tombé-; avec leurs brace-
lets, de traits barbelés , luisants, acérés, de fils de perles
sans tache, A. 393— 4,39 4.
De turbans divers, envoyés çà et là par les coups, de
maintes demi-lunes, ornées d'or, 4,395.
De tapis, de couvertures bigarrées pour les chevaux,
faites eu poil de rankou et mises en lambeaux , d’ai-
grettes royales admirables et de la plus grande richesse.
De parasols disséminés, d’éventails et de chasse-
mouches, de pendeloques magnifiques, grand roi, de faces
bien décorées des héros, où s'étalait la pâleur de la lune
ou du lotus blanc et s'étaient pétrifiés les larmes, de col-
liers flamboyants d'or éparpillés. 4,3915—4,397 — 4,398.
La terre enlin était comme un ciel semé de constella-
tions et de planètes. C'est ainsi que ces deux grandes ar-
mées d’eux et des tiens, fils de Bharata, étaient écrasées
dans ce combat, où ils s'étaient engagés les uns avec les
autres. Tandis qu'ils étaient ainsi fatigués, rompus et
brisés, 4,399—4,400.
Une nuit épouvantable s’étendit, et l’on ne distinguait
plus le champ du combat : alors, une trêve fut conclue
entre les armées par les enfants de Kourou et de Pàndou.
A l’entrée de cette nuit horrible, effrayante, bien épou-
vantable, les Rourouides et les Pàndouides, ayant donc
fait une trêve de concert, se séparèrent suivant les néces-
sités du temps et rentrèrent chacuns dans leurs camps.
4,401—4,402 — 4,403.
Ensuite, le roi Douryodhana, Çakouni le Soubalide,
Douççâsana, ton fils et l’invinâble fils du cocher, 4,404.
S’étant rassemblés, puissant roi, firent une délibéra-
tion désirée : « Comment pourrait-on vaincre en ba-
LF MAHA-BHAIi ATA.
440
taille, se dirent-ils, les iilsdePàndoti et leurs armées?- »
Le roi Dourvodhana dit alors à tous ses conseillers,
adressant particulièrement sa parole au fils du cocher et
au Soubalide à la grande force : 4,405 — 4,406.
o Drona, Bhlshma , Kripa, Çalya et le Souiadattide ne
courent pas dan3 la bataille contre les fils de Prithâ; et
je n’en connais pas la cause. 4,407.
» A l'abri même de la mort, ceux-ci détruisent mon
armée : j'ai perdu mes forces, Karna ; mes armes sont
brisées dans la guerre. 4.4CS.
» Maltraité parles Pàndouides, ces héros, qui ne
peuvent être rais à mort par les Dieux eux-mêmes, je suis
tombé dans le péril : comment donc résisterai-je dans le
combat! » 4,409.
Le fils dq cocher parla en ces termes, grand roi, au
monarque des hommes : 4,410.
« Ne te désole pas, ô le plus excellent des Bharatides,
lui répondit Karna; je ferai ce qui l’est agréable. Que
Bhlshma, le fils de Çàntanou, se hâte de renoncer à ce
grand combat! 4,411.
» Une fois que Bhishma aura dit adieu aux batailles et
déposé les armes, j'immolerai, moi ! les Prithides réunis
à tous les Somakas, 4.412.
» Sous les yeux de Bhishma lui-même dans le combat.
C’est une vérité , que je te jure, sire. Ce Bhishma, il fait
preuve toujours d’une trop grande compassion à l’égard
des Pàndouides. 4,413.
Bhishma est incapable de vaincre dans uu combat :
Bhishma a l’orgueil des batailles; un combat lui est tou-
jours agréable. 4,414.
» Comment pourra-t-il vaincre, mon père, les Pàn-
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BHISDMA-PARVA.
441
douides engagés dans une bataille avec lui ? Va donc vite
d’ici au camp de Bhîshma ; 4,41 5.
» Fais approuver à ce vénérable vieillard de renoncer
aux armes. Ensuite, une fois que Bhisltma aura déposé la
flèche, regarde-moi immoler dans un combat ces Pân-
douides sous mon bras seul, sire, accompagné de mes pa-
rents, accompagné de mes amis ! » A ces paroles de
Karna, üouryodhana, ton fils, 4,4ltt — 4.4f”.
Dit alors ces mots à Douçjàsana, son frère : « Veille
au soin, maître des hommes, que mon char et ma suite
soient tous bientôt entièrement prêts ! » Quand il eut
parlé ainsi, le monarque d s peuples , sire, adressa ce
langage à Karna : 4,418 — 4,419.
a Dès que j'aurai obtenu le consentement du Çànta-
nouide, le plus excellent des hommes , à s'abstenir du
combat, je me hâterai, dompteur des ennemis, de revenir
en ta présence. Ensuite, Bhîshma refusant d'y prendre sa
part, tu combattras à ton aite dans cette bataille. » Ton
fi's, souverain des hommes, sortit alors d’un pied em-
pressé, 4,420 — 4,421.
Accompagné de ses frères, comme (jatakratou l'est par
les Dieux mêmes. Douççàsana, son frère, fit monter rapi-
dement sur un char attelé (l) ce tigre des rois, de qui
le courage était semblable ii ce ui d'un tigre. Il portait
des bracelets, il avait sa tiare attachée , il tenait un orne-
ment à sa main : 4,422 — 4,423.
Tel le Dhritaràshtride brillait, poursuivant sa marche.
Les membres semés d'un sandal de haut prix et d’une
exquise odeur, pareil à l’or, égal à la fleur de bhandl (2),
(1) Explication du commentaire.
(2) Ru Lia mandjiih.
LE MAHA-BHARATA.
442
le monarque, revêtu d'une robe sans poussière, s’avançait
avec le dandinement du lion. 4,424 — 4,425.
11 resplendissait comme le soleil dans le ciel avec de
purs rayons. A l’aspect de ce tigre des hommes, qui fai-
sait route vers le camp de Rhlshma, 4,426.
Il fut suivi par les archers, héros du monde entier, et
pâr ses frères au grand arc, comme Indra est suivi des
Immortels. 4,427.
Ces plus vaillants des hommes montés, les uns sur des
chevaux, les autres sur des éléphants, ceux-là sur des
chars, l’environnèrent de tous les côtés. 4,428.
S'armant de (lèches pour le défendre, ses amis de se
présenter réunis devant le maitre de la terre, comme les
Immortels au milieu du ciel devant Çakra. 4,429.
Honoré par les Kourouides, le monarque à la grande
force des Kouraviens, s’avança vers la demeure de l’il-
lustre (ils de la Gangâ. 4,430.
Toujours suivi, entouré de ses frères, il présentait (1) -
alors son bras droit à propos avec politesse, 4,431.
Ce bras potelé, semblable à la trompe des éléphants et
destructeur des ennemis. 11 recueillit sur la route dans
tous les points de l’espace les andjalis, que les hommes
élevaient à leurs tempes. 4,432.
Il entendit les douces paroles des peuples, qui habi-
taient diverses contrées. Loué par les bardes et les poètes,
ce prince à la haute renommée, le souverain seigneur du
monde entier, il les honora tous. Des magnanimes l’en-
tourèrent de tous les côtés avec des lampes d’or allumées.
(1) Snmbhritya , ouddhrilya , dit le teste de Bombay, qui explique ret
usage.
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BHISHMA-PARVA.
443
où l’on avait répandu l'huile de sésame. Environné de
ces lampes, le monarque flamboyant
4,433— 4,434— 4,43ô.
Resplendissait comme la lune, jointe aux grandes pla-
nètes enflammées. Des gens avec des turbans d'or, qui
tenaient à la main des bambous et des jharjharas (1),
Écartaient lentement le peuple à tous les points de
l’espace. Quand le monarque fut arrivé à l’éclatante habi-
tation de llhlshma, 4.436 — 4,437.
Il mit pied à terre de son cheval, s'approcha, s’inclina
devant lui, et le souverain des hommes s'assit sur un
siège des plus nobles, 4,438.
Fortuné de tous les côtés, exécuté en or et couvert de
tapis faits pourexciter l’envie. Élevant ses mains au front,
les yeux baignés de larmes et les pleurs mouillant son
cou, il dit ces paroles à Bhishrna : 4,439.
« Appuyés sur toi dans la guerre, meurtrier des en-
nemis, nous pourrions vaincre dans un combat les Dé-
mons et les Dieux, commandés par Indra; 4.440.
» Combien plus les héros Pàndouides, secondés de
leurs parents et de la foule de leurs amis! Veuille donc,
auguste fils de la Gangà, étendre sur moi ta compassion !
» Immole les héroïques fils de Pândou, comme Indra
jadis extermina les Dânavas; et moi, puissant roi, je ferai
mordre la poussière à tous les Somakas, 4,441 — 4,442.
» Aux Pântchàlains et aux Karoushas avec les Kai-
kéyains ! Que cette parole soit une vérité, fils de Bharata !
immole les fils de Prilhà réunis 4,443.
(i) Canne, accompagnée de clochettes à l'extrémité pour éloigner te* ser-
pent**.
LE MAHA-BHARATA.
m
» Et les Somakas aux grands arcs! Sois véridique, si
ton cœur est sensible à mes peines! ou, s'il est mon en-
nemi, auguste roi, 4,444.
« Si, par pusillanimité, tu sauves les Pàndouides,
permets que Karna brille en ce combat de la beauté des
batailles; 4,445.
El ce ne sera pas à ton bras qu’on devra la défaite des
Pàndouides avec leurs parents et la foule de leurs amis. »
Quand il eut parié ainsi, l'auguste Douryodhana, ton fils,
cessa d’adresser la parole à Bhlshma, au courage épou-
vantable. 4,46 6 — 6,447.
Profondément blessé par ton fils, sous les pointes de sa
parole, soupirant comme un serpent, ce prince au grand
cœur, agité sous les flèches de sa voix, 4,64 8.
Pénétré d une grande douleur, ne répondit pas même
le moindre mot désagréable (1), et, plein de colère et
de chagrin, il resta bien long-temps plongé dans ses ré-
flexions. 4,449.
Soulevant ses yeux de colère, le meilleur des hommes,
qui connaissent le monde, consumant, pour ainsi dire,
le monde avec les Gandharvas, les Asouras et les Dieux,
Adressa à ton fils ces paroles, que précédait un mot de
bienveillance : « Pourquoi, Douryodhana, me déchires-tu
ainsi par les flèches de tes paroles, à, 450 — 4,451.
» Moi, qui lutte de toutes mes forces, qui accomplis ce
qui t’est agréable, et qui sacrifie les souffles de ma vie
dans le combat par bienveillance pour toi-mème? 4,452.
» Quand le héros Pàndouide rassasiait le feu dans le
khàndava, quand il triomphait des ennemis dans le com-
(1) Ouvàtchdpriyam , Uxtc de Bombay.
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BHISHMA-PARVA.
445
bat, n’était-ce pas une preuve suffisante pour toi? 4-453.
» Quand, tombé entre les vigoureuses mains des Gan-
dharvas, le fils de Pàndou te délivra, guerrier aux lungs
bras, n’était-ce pas une preuve suffisante pour toi?
» Quand tes héroïques frères, seigneur, et le (ils du
cocher lui-même, enfant adoptif de Râdhâ, étaient mis
en déroute, n’était-ce pas une preuve sufiisante pour toi ?
4,454—4,455.
» Quand il s’élevait, lui seul contre nous tous réunis,
dans la cité de Viràta, n’était-ce pas encore une preuve
suffisante pour toi? 4,456.
s Après que, victorieux, malgré notre colère, de Drona
et de moi, il eut emporté mes habits dans le combat,
n’élait-ce pas une preuve suffisante pour toi? 4,457.
i Auparavant, lorsque, dans l’enlèvement des trou-
peaux, il a vaincu Açwatthâman au grand arc et le Çarad-
vatide. n’était-ce point déjà une preuve suffisante pour
toi? 4,458.
» Après qu’il eut triomphé de Karna, toujours arro-
gant au milieu des hommes, quand il donna son habit à
Outtarà, n’éiait-ce point déjà une preuve sufiisante?
» Quand le Prithide vainquit eu bataille les Nivàtaka-
vatchas, invincibles dans un combat à Indra lui-uième,
n'était-ce pas une preuve suffisante pour toi ?
4,459—4,460.
» Qui est capable de vaincre dans un combat ce Pàn-
douide, que sa fougue n’abandonne jamais, qui a pour
son défenseur le protecteur du monde lui-même, le Dieu,
qui porte la massue, le tchakra et la conque? 4,461.
» Le Vasoudévide, la puissance infinie, la cause de la
destruction et de la création, le seigneur de tontes choses,
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LE MAHA-BH ARATA.
m
le Dieu des Dieux, l’Ame suprême, l’Éternel! 4,462.
a 11 est dit nombre de fois, sire, par Nârada et les
autres grands maliarshis; mais toi, Souyodhana, dans
ton délire, tu ne sais pas ce qu’il en faut dire ou taire.
» L’homme, qui va mourir, voit tous les arbres d’or :
ainsi toi, fils de Gândhârî, tu vois toutes les choses à l’en-
vers. 4,463— 4,404.
» Puisque tu as engagé une grande inimitié, avec les
Pândouides et les Srindjayas, combats-les aujourd’hui en
bataille : voyons! sois un homme de cœur. 4,465.
» Et moi, j’immolerai, tigre des hommes, tous les
Soinakas et les Pintchàlains réunis, excepté Çikhandl.
» Succombant sous leurs coups, je descendrai aux de-
meures d'Yama, ou, victorieux de ces hommes dans le
combat, je pourrai te causer de la satisfaction.
» En effet, jadis née femme dans le paiais d’un roi,
Çikhandî est devenu un homme par l’effet d’une grâce
particulière ; mais ce Çikhandl n’eu est pas moins une
femme! 4,466—4,407 — 4,468.
» Je ne le tuerui pas, fils de Bharata, au prix même de
ma vie; car le créateur a d’abord créé lui-même Çikhan-
dini avec le sexe de la femme. 4,469.
« Dors en paix, fils de Gàndharî ; demain, je livrerai
un grand combat, que les hommes raconteront tant que la
terre subsistera. » 4,470.
A ces mots, ton fils sortit, monarque des hommes ; et,
quand il eut incliné sa tête devant le vieillard, il retourna
vers son quartier. 4,471.
Dès qu’il fut arrivé et qu’il eut congédié sa nombreuse
escorte, le royal destructeur des ennemis entra précipi-
tamment dans sa demeure. 4,472.
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BHISHMA-PARV\.
447
Là, il passa la nuit ; et le matin, s’étant levé aux pre-
mières lueurs du jour, le monarque donna ses ordres aux
rois: * Rassemblez l’armée, dit-il : aujourd'hui, Bhishma
irrité fera mordre la poussière aux Soniakas dans le
combat! » 4.473 — 4.474.
Aussitôt qu’on eut entendu ces paroles de Douryodhana,
la nuit fut remplie d’un vaste gémissement (1). Lui, pen-
sant que c’était, sire, comme un refus de sa personne,
Il tomba dans un profond découragement ; il blâma la
lâcheté des autres (*2) ; il réfléchit long-temps : « Le fils de
Çàntanou a le désir d’engager un combat avec Arjouna ! «
4,475— 4,476.
Douryodhana, ayant connu par ses gestes que c’était,
grand roi, la pensée du fils de la Gangà (3), stimula en ces
ternies Douççàsana : 4,477.
« Que les chars, gardiens de Bhishma, se rassemblent
au plus vite, Douççàsana ! Donne l’ordre aux vingt ar-
mées, à toutes les armées elles-mêmes. 4,478.
» Il est venu, le temps de ce qu’on pensait depuis un
grand nombre d’années : la mort des Pàndouides avec
leurs guerriers, et Tari ivée du royaume dans nos mains.
a Ce qu’il y a de plus important à faire, c'est, à mon
avis, de sauver Bhishma , en effet, sauvé par nous, il sera
notre compagnon et tuera les fils de Pândou, dans la
guerre. 4,479 — 4,480.
» 11 a dit, cet homme à l’âme pure : « Je n’immolerai
pas Çikhandi ; car, avant d’ètre un homme, sire, il était
une femme : ainsi, je dois l’épargner dans la bataille.
(1—2—3) Tout ceci parait fort décousu et n'a pas un grand lien avec ce
qui précédé.
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44 8
LE MAHA-BHARATA.
» Le monde sait que jadis, par le désir de faire une
chose agréable à mon père, j’ai renoncé, guerrier aux
longs bras, à son opulent royaume et à C amour des
femmes. 4,481 — 4,48*2.
» Je ne tuerai d'aucune manière une femme, dans la
guerre, ni jamais l’homme, qui, avant de l’être, fut une
femme ; je te dis la vérité, ô le meilleur des hommes.
» Tu sais que ce Çikhandî fut jadis une femme, sire ;
je t’ai raconté ce qu'était Çikhandî au temps de mon au-
dacieuse entreprise. 4,483 — 4,484.
« Il est devenu un homme, après qu’il eut été unejeune
fille: il me combattra, mais je ne décocherai nullement
des flèches en sa présence. 4,485.
» II est des kshatryas parmi les Pândouides, mon fils,
qui désirent la victoire dans le combat ; j’immolerai tous
ceux, qui se présenteront à moi, sur le front de la ba-
taille. » 4,486.
v C’est ainsi que m’a parlé le plus excellent des Bha-
ratides, ce fils de la Gangâ, qui sait les Traités ; je pense
donc ici qu'il faut mettre tout son cœur à sauver le fils de
la Gangà lui-même. 4,487.
» Le loup tuera, dans un grand combat, le lion, s’il
n’est pas gardé : ne laissons pas tuer notre lion, le fils de
la Gangâ, par ce loup de Çikhandî ! 4,488.
» Que Çakouni, mon oncle, Çalya, Rripa, Drona et
Vivinçati défendent, de tous leurs efforts, le fils de la
Gangà ; cette défense nous assure la victoire. » 4,489.
Aussitôt qu’ils eurent tous entendu ces paroles de I)ou-
ryodhana, ils entourèrent de tous côtés le fils de la Gangâ
avec une multitude de chars. 4,490.
Quand tes fils eurent environné le Çàntanouide, ils s’a-
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BBISHMA-PARVA.
449
vancèrent alors, ébranlant le ciel et la terre, jetant le
trouble au cœur des Pàndouides. 4,491.
Les grands héros, cuirassés, le pied ferme, avaient
formé autour de Bhishma dans le combat un cercle de
chars et d’éléphants bien rangés. 4,492.
Tous, ils se tenaient, veillant à la défense de ce héros :
tels, dans la guerre des Asouraset des Dieux, lesTridaças
protégeaient le Dieu, qui tient la foudre. 4,493.
Le roi Douryodhana adressa de nouveau la parole à son
frère : « Youdhâmanyou occupe l'aile gauche, Outta-
„ inàaudjas tient l'aile droite. 4,494.
» Ces deux guerriers défendent Arjouna, qui défend
lui-même Çikhandl. Protégé par ce fils de Prithà, Çikhandl
est donc à l'abri de nos coups. 4,495.
» Agis de manière, Douççàsana, qu'il ne poisse immoler
Bhishma. » Dès qu’il eut entendu la parole de son frère,
Douççàsana. ton fils, 4,496.
Ayant placé Bhishma devant lui, se mit en marche avec
l'armée. Lorsqu’il vit Bhishma environné d’une multitude
de chars, 4.497.
Arjouna, le plus excellent des maîtres de chars, dit cçs
mots à Dhrishtadyoumna : « Mets devant Bhishma, sire,
Çikhandl, le tigre des hommes : c’est moi, qui aujour-
d'hui, Pàntchàlain, me charge de sa défense ! ■>
4,498—4,499.
Alors Bhishma, le fils de Çàntanou, sortit avec l’armée:
il fit une vaste disposition, heureuse de tous les côtés,
pour lui-même. 4,500.
K. ripa, Kritavarman, Çatvya au grand char, Çakouni,
le Sindhien et le roi de Rambodje, distingué par son hu-
manité ; 4,501.
vu 29
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LE MAHA-BHARATA.
4M)
Tous, accompagnés de Bhtshina et de tes fils, rejeton
de Bharata, se tenaient à la tête de cet ordre de bataille,
en avant de tous les guerriers. 4, .'>02.
Drona, Bhoûriçravas, Çalya et Bhagadatta, revêtus de
la cuirasse, vénérable monarque, étaient placés à l'aile
droite de cet arrangement mil. taire. 4,503.
AçvatthAman, Somadatta et les deux grands héros
d'Avanti, suivis d'une nombreuse armée, défendaient
l’aile gauche. 4,504.
Dourvodhana, environné de touscôtéspar lesTrigarttas,
était placé, grand roi, au milieu de cet ordre de bataille,
contre les fils de Pàndou. 4,505.
Revêtus de la cuirasse, Alambousha, le plus excellent
des maîtres de chars, et le grand héros Qroutâyoush, sui-
vaient par-derrière toutes les armées de cet ordre de ba-
taille. 4,500.
Quand ils eurent ainsi disposé alors cet arrangement de
guerre, on voyait les tiens sous leurs armures incendier
comme le feu. 4,507.
Ensuite, le roi Youdhishthira, le Pândouide Bhtmaséna,
JSakoula et Sahadéva, les deux fils jumeaux de Mâdrl,
Se placèrent, la cu rasse endossée, en avant de toutes
les armées, dans leur ordre de bataille. Dhrishtadyounma,
Viràta et le grand héros Sàtyaki% 4,508—4,500.
Tous destructeurs des armées ennemies, se tinrent, en-
vironnés d'une nombreuse armée. Çikhandt, Vidjaya, le
Raksbasa Ghatotkasha, 4,510.
Tchékilàna aux longs hras et le vigoureux Kountibhodja
parurent dans ce combat, grand roi, entourés d'une
grande armée. 4,511.
Ahhimanvou au grand arc, et le héros Viràta. et les cinq
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BH1SHMA-PAKVA.
451
frênes Kaikéyains avaient endossé leur armure pour le
sombat. 4,512.
C’est ainsi que les héroïques fils de Pândou, s'étant re-
vêtus delà cuirasse pour la bataille, opposèrent un grand
ordre invincible de bataille à l’arrangement de guerre des
ennemis. 4,513.
Les monarques de ton parti, déployant leurs efforts
dans le combat, chacun avec son armée, s'avancèrent,
sire, ayant mis Bhlshma à leur tête, contre les fils de
Prithà. 4,514.
Désireux de combattre Bhlshma et de remporter sur lui
une victoire dans la bataille, les Pàndouides, seigneur,
marchaient sous la conduite de Bhhnaséna. 4,515.
Les bourdonnements, les murmures de plaisir, le bruit
des scies, le son des cornes de taureaux, les tambours, les
tambourins et les panavas taisaient résonner les contrées
d'alentour. 4.51b.
Les Pàndouides s'approchèrent, poussant descris épou-
vantables, au retentissement des tambours, des conques,
des tambourins et des tympanons. 4,517.
Vigoureux, ils jetèrent des clameurs avec différents cris
de guerre ; nous répondîmes à leurs voix, et nous mar-
châmes vers eux d'un pied hâté. 4,518.
• Tout à coup, dans leur muturlh colère, s’éleva un grand
tumulte, et courant les uns sur les autres, ils commen-
cèrent le combat. 4,519.
Toute la terre fut ébranlée par ce bruit immense ; les
oiseaux voltigeaient en rond, annonçantun vaste désastre.
Sorti éclatant de l’horizon, le soleil devint sans lumière;
les vents souillaient confus, prédisant un énorme danger.
4,520—4,5.21.
m
LK MAHA-BHARATA.
Sans voix e (Trayante jusque-là, soudain les chacals
hurlent d’une façon, qui épouvante, annonçant, puissant
roi, que l'heure de ce grand carnage est arrivée. 4.522.
Les plagrs du ciel s’illuminent d’éclairs ; il tombe une
averse de poussière et une pluie d'os, mêlée avec du sang.
L'eau coule des yeux du coursier, qui pleure, et, l’air
pensif, monarque des hommes, ils laissent échapper l’u-
rine à chaque instant. 4,523—4,524.
On entend de grandes voix, dont la cause est invisible:
ce sont des Rakshasas, mangeurs d’hommes, qui poussent
des cris épouvantables. 4,525.
On voit se rassembler des chacals et de robustes (1)
corneilles ; on entend des chiens, qui aboient avec divers
hurlements. 4,520.
Il tombe tout à coup du ciel sur la terre de grands
météores ignés, dont l’éclat eflace le soleil et qui annoncent
un immense danger. 4,527.
Ensuite, les deux nombreuses armées des Dhritarâsh-
trides et des fils de Pândou s’ébranlèrent au milieu de
cette vaste inimitié, comme de3 forêts agitées par le vent.
Dans cet instant malheureux, ce fut, sortant de ces ar-
mées, l’une avec l’autre engagées et remplies de coursiers,
d’éléphants et de monarques, une horreur tumultueuse,
de même que des mers soulevées par l’ouragan.
4,528-4,529.
Le généreux Abhitflanyou, semant ses pluies de flèches,
comme un nuage les gouttes d’eau, fondit impétueusement,
avec ses chevaux bruns et très-excellents, sur la grande
armée de Doui yodhana. Les tiens, lils de Kourou, ne
(lj •Explication du commentaire.
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BHISHMA-PARV4.
A63
purent arrêter, dans le champ du combat, ce Soubhadride
irrité, l'immolateur impérissable des ennemis, qui se
plongeait dans cet océau d'armées aux ondes de flèches.
4,530—4,531—4,532.
Décochés de sa main, dans la bataille, sire, les traits
destructeurs des ennemis précipitaient, dans l’habitation
du roi des morts, les héros kshatryas. 4,533.
Le Soubhadride envoyait avec colère au milieu du com-
bat ses dards épouvantables, pareils à des serpents en-
flammés et s mblables au bâton de la Mort. 4,534.
Le Phàlgounide brisait tout à coup les chars avec leurs
maîtres, les chevaux avec les cavaliers, les éléphants avec
ceux, qui les montaient. 4,535.
Les monarques applaudirent à ces grands exploits dans
la bataille, et vantèrent avec admiration l’Arjounide, qui
les accomplissait. 4,530.
Le Soubhadride mit en fuite ces armées à tous les points
de l'espace, tel que le vent, fils de Bharata, emporte un
monceau de coton au milieu des airs. 4,537.
Les armées, qu’il avait dispersées en déroute, ne trou-
vèrent pas un sauveur, comme des éléphants plongés dans
un bourbier. 4,538.
Quand il eut fait tourner le dos à toutes tes armées,
Abhimanyou se tint, ô le plus grand des hommes, flam-
boyant comme un feu sans fumée. 4,530.
Les tiens ne purent résister à ce destructeur des enne-
mis, comme des sauterelles, que pousse la mort, ne le
peuvent à un feu embrâsé. 4,540.
Le grand héros au grand arc des Pàndouides se montra,
décochant ses traits à tous les ennemis, comme Indra,
armé de sa foudre. 4,541.
LE MAHA-BHARATA.
464
On vit son arc au dos en or parcourir les points de l'es-
pace, tels que. de brûlants éclairs dans les nuages. 4,542.
Ses flèches aiguës, ivrps de sang, sortaient de son arme
dans ce combat , de même que des essaims d'abeilles sortent
d'une forêt aux arbres fleuri1». 6,543.
On ne vit pas un temps d’arrêt en ce magnanime Sou-
bhadride, qui s'avançait avec son char aux membres d’or.
Le héros, quand il eut jeté le délire en Kripa, Drona,
le Dronide à l’immense vigueur et le Sindhien, se promena
avec courage et légèreté. 6,544 — A, 545.
Je vois encore son arc, dont il a fait un cercle, semblable
au disque du soleil, fils de Bharata, tandis qu'il consume
ton armée. 4,54< }.
Quand les vaillants kshatryas eurent vu l'impétueux
guerrier dévorer les soldats, ses prouesses leur donnèrent
à penser que ce monde avait deux Phàigounas. 4,547.
Maltraité par lui, cette grande armée Bharatienne va-
cillait çà et là, comme une femme sous le pouvoir de l'i-
vresse. 4,548.
Lorsqu’il eut mis en fuite la nombreuse armée, jeté l’é-
branlement au coeur des fameux héros, il réjouit ses amis,
tel qu’lndra lui-même, victorieux de Maya. 4,569.
Mises en déroute par lui, tes armées poussèrent des cris
épouvantables de détresse, pareils au bruit du nuage.
Aussitôt qu’il eut ouï ton armée , Bharatide , jeter ces
effrayantes clameurs, de même qu'une mer, dont la fougue
est soulevée par le veut, 4,550—4,551.
Douryodhana, sire, dit alors à Alumbousha , le lils de
Rishyaçriuga : « C.e fils de Krishna, guerrier aux longs
bras, tel qu’un second l’hàlgouna, met en fuite dans sa
colère mon armée devant lui seul, comme Vritra disper-
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BHISHMA-PARVA.
*155
sait l'armée des Dieux. Je ne vois pas de remède salutaire
contre lui, si ce n’est toi, ô le plus excellent des Raksha-
sas, qui es parvenu dans toutes les sciences à la rive ul-
térieure. Précipite ta marche, et, dans le combat, immole
cet héroïque Soubhadride. 4,552 — 4,553 — 4,554.
» Nous, en même temps, Bhishma et Drona à notre
tête, nous ferons mordre la poussière au fils de Prilhâ. »
A ces mots, l’auguste et vigoureux Indra des Raksha-
sas, 4,555.
Jetant -,n vaste cri comme un nuage dans la saison des
pluies, s'avança d'une marche précipitée dans le combat,
suivant l'ordre de ton (ils. 4,556.
A cette immense clameur , la grande armée des Pàu-
douides vacilla de tous les côtés, sire, comme une me
bouleversée par le vent. A, 557.
Épouvantés par son cri , puissant roi, de nombreux
guerriers, abandonnant leur existence chérie, tombèrent
sur le sol de la terre. 4,558.
Mais l’Arjounide, rempli de joie, saisissant un arc avec
des flèches, marcha à la rencontre de ce Rakshasa, comme
s’il eut dansé sur la surface de son char. 4,559.
Quoiqu’il fût arrivé près du fils d'Arjouna dans le com-
bat, le Rakshasa irrité fondit sur son armée, qui se tenait
non très-loin de là. 4,56(».
Tel que Bala courut sur l’armée des Dieux , tel ce Rak-
shasa s'élança combattre la nombreuse armée des Pàn-
douides, battue d’une égale manière. 4,561.
Le DérnoD aux formes épouvantables accomplit, véné-
rable monarque, une bien grande destruction de cette ar-
mée, qu'il défit dans le combat. 4.562.
Le Rakshasa, étalant aux yeux sou courage, fondit pour
LE MAHA-BHARATA.
456
combattre sur la grande armée des Pândouides avec des
milliers de flèches. 4,563.
Maltraitée ainsi par le terrible Rakshasa, l'armée des
fils de P'indou s’enfuit, chassée par une froide épouvante.
Dès qu’il eut broyé ces troupes, de même qu’un élé-
phant foule aux pieds un champ de lotus, le guerrier à la
grande vigueur fondit sur les cinq fils de Draâupadl.
4,564 — 4,565.
Ces combattants au grand arc, irrités de son attaque,
s'élancèrent, les armes à la main (1), sur le Démon,
comme cinq Ràlioûs se précipiteraient sur le soleil. 4,566.
L'excellent Rakshasa fut accablé par ces héros vigou-
reux, telle qu'à la destruction formidable d’un youga , la
lune opprimée par cinq Génies de l’éclipse. 4,567.
Prativindhya à l'éminente vigueur frappa tout à coup
le Démon av< c ses flèches acérées, avec des armes toutes
de fer à la pointe non paresseuse. 4,568.
Lacuir-sse fendue par elle, le plus grand desRakshasas
br'lla, tel qu’un vaste nuage cousu avec les rayons du so-
leil. 4,569.
Le fils de Rishyaçringa resplendit a’ors, sire, de ces
flèches associées et revêtues d’or, à l'instar d'une montagne
à la cime enflammée. 4,570.
Puis, les cinq frères de blesser dans ce grand combat
l’Indra des Rakshasas avec des traits aigus, ornés
d’or. 4,571.
Percé de ces dards effrayants, semblables à des ser-
pents irrités, sire, Alambousha se livra à la plus ardente
colère, comme un roi des serpents bons. 4,572.
i; Sankhyai.
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BHISHM A-PARVA.
467
Profondément blessé, accablé par ces, fameux héros, il
tomba environ une heure, auguste roi, dans une grande
obscuiité de l’esprit 4,573.
Enfin, ayant recouvré la connaissance et la colère dou-
blant ses forces, il trancha leurs flèches, leurs drapeaux
et leurs arcs. 4,574.
L'héroïque Alambousha , meurtrier des rois, blessa
chacun d’eux avec cinq flèches, en riant et comme s’il
dansait sur la surface de son char. 4,575.
Le vigoureux Rakshasa irrité, d’une main hâtée et pleine
de fureur, tua les chevaux et les cochers de ces magna-
nimes. 4,576.
De plus, il les blessa eux-mêmes avec des traits aigus
aux nombreuses formes variées, qu’il décocha par cen-
taines et par milliers. 4,577.
C.ela fait, ce rôdeur de nuit, désireux de leur donner la
mort, courut avec impétuosité sur ces héros , qu’il avait
réduits sans char. 4,578.
Aussitôt que le'fils d’Arjouna les vit maltraités dans le
combat par ce Démon à l’âme cruelle, il fondit lui-même
sur le Raksasha. 4,579.
La bataille entre ces deux guerriers ut alors semblable
à celle de Çakra et de Vritra. Tous les tiens et les fameux
héros Pàndouides virent ces deux braves à la grande vi-
gueur, enflammés de colère, engagés dans un violent com-
bat l’un avec l’autre. Ils se jetèrent mutuellement des re-
gards rouges de fureur, pareils dans cette bataille, puis-
sant roi, au feu de la mort. La rencontre de ces deux
héros fut épouvantable, au lever terrible ettelle que jadis,
dans la guerre des Asouras et des Dieux, celle d’Indra et
de Çambara. 4,580 — 4,581—4,582 — 4,583.
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A58
LE MAHA-BHARATA.
« Comment, Sandjaya (i), s’enquit übritarâahtra ,
comment Alambousha a-t-il combattu l’héroïque Arjou-
nide, qui immolait les grands héros dans le combat?
«Comment le Soubhadride, immolateur des ennemis, a-
t-il soutenu un combat à l’encontre du fils de Rishya-
çringa? Raconte-moi cela, suivant la vérité, dans toutes
les circonstances ! A.58A — A, 585.
» Ou Bhtma, le plus excellent des maîtres de chars? ou
le Rakshasa Ghatotkatcha? ou Nakoula et Sahadéva? ou
le héros Satyaki? A, 580.
» .Narre-moi cela dans la vérité ; tu es habile, San-
djaya! Que fit.Dhanandjaya à monarméedanslecombat?»
Eh bien ! je vais te raconter, auguste roi. lui répondit
Sandjaya, comment s’est déroulée cette horripilante ba-
taille de l'indra des Rakshasas et du fils du Soubhadrâ;
A, 587 — A, 588.
Quels exploits accomplirent dans le combat Arjouna et
le Pàndouide Bhlmaséna, Nakoula et Sahadéva. A, 589.
De même tous les tiens, sous la conduite de Bhishmaet
de Drona, ont exécuté sans terreur différentes prouesses
admirables. A, 590.
Quand Alambousha eut proféré un immense cri et me-
nacé à plusieurs fois l'héroïque Arjouna dans la bataille,
11 courut avec impétuosité et lui cria : n Arrête ! arrête
là ! » Abhimanyou avec la même fougue poussa mainte
fois un rugissement de lion, A, 591— A, 592.
Et fondit sur le héros fils de llishyaçringa, entre qui
et son père subsistait une excessive inimitié. Ensuite, ces
deux meilleurs des maîtres de char, le Démon et l’homme
(1) Texte de Bombay, corrigeant celui de Calcutta, qui écrit mal à pro*
po> : Bhârata.
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BHISHM A-PARV A.
46»
se hâtèrent d’-eng-ger leurs chars, corame un Dieu et un
Dànava, le magicien, le plus grand des Rakshasas, et le
Pbàlgounide, qui savait les astras divins. 4,593—4,594.
Celui-ci, ayant blessé de trois flèches acérées le (ils de
llishyaçringa dans le combat, puissant roi, le perça de
rechef avec cinq. 4,685.
Alambousha lui-même irrité frappa d’un coup rapide le
Krishnide au cœur avec neuf flèches, comme on frappe
un grand éléphant avec l’aiguillon. 4,590.
Puis, le rôdeur de nuit à la main prompte accabla d’un
millier de traits, fihar«tide, le (ils d'Arjouna dans ce
combat. 4,597.
Abhiumnyou en colère blessa l’Indra des Rakshasas
dans sa large poitrine avec neuf dards aigus aux nœuds
inclinés. 4,590.
Ces flèches transpercèrent les articulations et péné-
trèrent dans son corps. Alors, tous ses membres fendus, le
géant Rakshasa brillait, sire, tel qu’une montagne cou-
verts de kinçoukas en fleurs ; et, portant ces traits em-
pennés d’or, le plus excellent des Rakshasas à la grande
force resplendissait à l’instar d’une montagne, qui jette
des flammes. Ensuite, plein de ressentiment et de colère,
le (ils de Rishyaçringa, puissant roi, 4,599-4,000-4,601.
Couvrit de flèches le Krishnide, semblable ^Mahéndra.
Lancés de sa main, ces dards aigus, pareils au bâton
d’Yama, 4,602.
Entrèrent dans le sein de la terre, après qu’ils eurent
percé Abhimanyou ; et les traits décorés d’or, que déco-
chait celui-ci, 4,003.
Ayant blessé Alambousha, s’enfoncèrent également dans
le sol de la terre. Attaquant le Rakshasa avec des flèches
460
LE MAHA-BHARATA.
aux nœuds inclinés, le Soubhadride força l'ennemi à dé-
tourner la tête dans le combat, comme Indra fit pour
Maya. Puis, contraint de fuir et blessé par son rival dans
la bataille, le Démon, 4,604— 4,605.
Qui tourmentait ses ennemis , donna l'essor à une
grande magie, pleine de ténèbres. Tous furent donc en-
veloppés d'obscurité, souverain de la terre. 4,606.
Ils ne voyaient dans le combat, ni Abhimanyou, ni les
gens de leur cause, ni les ennemis. A peine le rejeton de
Kourou, Abhimanvou eut-il vu cet astra bien grand, à la
forme épouvantable, qu'il déploya soudain l’astra du soleil,
environné de lumière. Alors, monarque de la terre, le
monde entier fut illuminé ; A ,007 — à, 608.
Et la magie du Rakshasa à l'âme cruelle fut frappée
d’impuissance. Dans sa colère, le plus grand des hommes
à la vaste force couvrit de flèches aux nœuds inclinés
l'indra des Rakshasas dans le combat; et celui-ci mit en
œuvre une foule d'autres magies, 4, 609— 4, 610.
Mais elles furent toutes arrêtées par le Phà'gounide à
l’âme infinie, qui savait tous les astras. Sa magie détruite
et lui blessé par les flèches, le Rakshasa, ayant abandonné
là son char, se mit à fuir, au comble de la crainte. Quand
il eut promptement vaincu ce Démon, qui faisait la guerre
avec des artifices, 4,611 — 4,612.
L’Arjounide broya ton armée dans ce combat, tel qu’un
roi des éléphants sauvages, aveuglé par le mada, foule
aux pieds une terre humide, revêtue de ses lotus. 4,613.
Aussitôt que Bhlshma, le fils de (’.ântanou, vit son ar-
mée en déroute, il arrêta le Soubhadride avec une forte
averse de flèches; 4,614.
Et les héros Dkritaràshtrides, ayant pris ce brave pour
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KHISHVI \-P\ll\A.
461
leur unique but, tous réunis contre lui seul, le brisèrent
fortement de leurs traits dans la bataille, à, 615.
Mais le plus vaillant des maîtres de chars, qui avait un
courage égal à celui de son père et qui était semblable au
Vasoudévide pour la valeur et la force, 4,616.
Le meilleur de tous ceux, qui portent les armes, accom-
plit dans ce combat des exploits variés, pareils à ceux de
son père et de son oncle. 4,617.
Alors le valeureux Dhanaudjaya, désireux de sauver
son fils, s’approcha de lui avec colère, en immolant tes
guerriers dans le combat. 4,618.
Dévavrata, ton père, sire,’ de s’avancer, prêt à combat-
tre, vers le Prithide, tel que ftàhoû vers le soleil. 4,619.
Au même instant, monarque des homtn s, tes fils
d’environner Bliishma avec leurs chevaux, leurs éléphants,
leurs chars, et de le protéger de tous les côtés. 4,620.
Les Pàndouides, ayant formé un cercle autour de Dha-
nandjava, se tinrent aussi, revêtus de leurs cuiiasses,
prêts à un grand combat. 4,621.
Ensuite, le Çaradvatide couvrit de vingt-cinq flèches,
sire, Arjouna, qui faisait tète à Bliishma. 4,622.
Sàtyaki marche au devant , pour faire une chose
agréable au Pàndo iide, et le blesse «le traits aigus, comme
un tigre, qui dévore un éléphant. 4,623.
A son tour, doué de promptitude, le Gotamide irrité
perça le cœur de Màdhava avec neuf flèches, parées des
ailes du héron. 4.624.
Çalnéya en colère de bander rapidement son arc et
d'en ocher un dard léger, qui devait porter la mort au
Gotamide. 4,625.
Mais soudain le Dronide irrité, au comble de la fureur,
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462
LE MAHA-BHARATA.
trancha dans son vol, en deux morceaux, le trait, qui avait
une splendeur égale à la foudre d' ndra. 4,626.
Çalnéva, le meilleur des maîtres de chars, abandonne
aussitôt le Gotamide, et fond dans le combat sur Açvat-
thâman, comme Râhoû dans le ciel sur l’astre des nuits.
Le lils de Drona coupa en deux fragments son arc, fils
de Bharata, et blessa de ses flèches le guerrier lui-même
à l’arc tranché. 4,627 — 4,628.
Celui-ci prit un nouvel arc, meurtrier des ennemis,
capable de soutenir un fardeau, puissant roi, et lança sur
le Dronide soixante traits au milieu de la poitrine, entre
les deux bras. 4,629.
Troublé même un instant, le blessé tomba en syncope,
s’alTaissa sur le banc du char et s'appuya sur la hampe de
son drapeau. 4,630.
Dès qu’il eut recouvré la connaissance, l’auguste fils de
Drona irrité frappa dans le combat le Vrishnide, avec un
n&r&tcha. 4,631.
Quand il eut percé de part en part Çalnéva, le trait
vigoureux entra dans le sein de la terre : tel on voit, dans
la saison du printemps, entrer dans un trou le nourrisson
d’un serpent. 4,632.
Armé d’un autre bhalla, le Dronide coupa dans le
combat le superbe drapeau de Mâdhava, et poussa son
cri de guerre. 4,633.
Il le couvrit encore, Bharatide, de flèches épouvan-
tables, de même qu’à la (in de l'été le soleil est caché par
un nuage. 4,634.
Lorsque Sâtyaki eut détruit cette grêle de traits, ij
inonda rapidement plusieurs fois, Mahàrâdja, le Orouide
d'une averse de flèches. 4,635.
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BHJSHWA-PARVA.
463
L'immolateur des héros ennemis, Çatnéya consuma de
sa fureur le Dronide, comme le soleil, débarrassé d'une
masse de nuages. 4,636.
Déployant ses efforts, Sâtyaki l’ensevelit encore sous
un millier de flèches, et, vigoureux, il poussa un cri de
victoire. 4,637.
Aussitôt qu’il vit son fils opprimé comme l’astre des
nuits, que dévore le Génie de l'éclipse, l'auguste Bhara-
dwàdjide fondit sur Çatnéva; 4,638.
Et, désirant sauver son fils, accablé par le Vrishnide,
sire, il frappa celui-ci dans un grand combat avec un
trait des plus acérés. 4,636.
Mais Sàtvaki, abandonnant sa lutte avec l’héroïque fils
de l’instituteur spirituel, perça 1’ Ytchàryade vingt flèches
toutes de fer. 4,640.
Immédiatement après cela, le fléau des ennemis, ce
fameux héros, fils de Kounti, à l'àme incommensurable,
fondit avec colère sur le fils de Bharadwàdja. 4,641.
Arjouna et Drona en vinrent donc aux mains dans un
grand combat : telles, au sein des cieux, puissant roi, les
planètes de Boudha et de Çoukra. 4.642.
u Comment l’héroïque Drona et le Pândouide Arjouna,
ces deux éminents hommes, s'enquit Dhritarâshlra, en
sont-ils venus à déployer leurs efforts dans le combat?
» Car le Pândouide est toujours l’ami du sage Bhara-
dwâdjide, et l’Atchàrya ne cesse pas, malgré le combat,
Sandjava, d’ètre l'ami du fils de Prithà. 4,643 — 4,644.
» Comment le Bharadwàdjideet Dhanandjaya, ccs deux
maîtres de chars, pleins d’ardeur en la guerre et pareils à
deux lions furieux, en sont-ils venus résolument aux
mains? » 4.645.
Lfc A1AHA-BHARATA.
464 '
Drona, lui répondit Sandjaya, ne sait plus dans le
combat que le Prithide est son ami ; et celui-ci, mettant
le devoir du kshatrya avant l'amitié, ne connaît plus
dans la bataille l'instituteur spirituel. 4,646.
Les kshatryas ne s’exceptent pas mutuellement dans la
guerre; en effet, ils combattent sans réserve avec leurs
frères, avec leurs pères. 4,647.
Drona fut blessé de trois flèches dans le combat par le
Prithide, et il ne pensa point que ces dards étaient partis
de l’arc du fils de.Prilhà. 4,648.
Celui-ci le couvrit encore d’une pluie de traits dans le
combat, et il flamboya de colère, comme un feu allumé
danS une forêt. 4,648.
Drona lui- même ne tarda guère, Indra des rois, à
ensevelir Arjouna sous des flèches aux nœuds inclinés.
Le roi Douryodhana, sire, excita Souçaruian à prendre
dans ce combat l'arrière-garde de Drona.
4,650-4,651.
Fortement irrité, le monarque des Trigarttains leva son
arc, et couvrit Pbàlgouna de traits au bec de fer. 4,652.
Décochées par ces deux héros, leurs flèches bridèrent
au sein de l’atmosphère, puissant roi, telles que, dans la
saison automnale, des cygnes sur le fond du ciel. 4,653.
Arrivés au corps du fils de Kouutl, ces dards y en-
trèrent de tous les côtés, seigneur, comme des oisraux
dans un arbre délicieux, courbé sous la charge des fruits.
Dès qu'il eut proféré son cri de guerre, le meilleur des
maîtres de chars, Arjouna de blesser à coups de flèches
dans ce combat le roi des Trigarttains avec son fils.
4,654 — 4,655.
Frappés par le fils de Kountî, comme par Yama à la
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BHISHM V-I’A U VA.
485
destruction d’un youga, ces guerriers s’avancèrent vers
lui, résolus à lui donner la mort, 4, 650.
Ils firent tomber une pluie de flèches sur le char du
Prithide ; mais il arrêta de tous les côtés ce'.te grêle de
trait> par ses averses de projectiles. A, 657.
Il la reçut de même qu’une montagne reçoit une pluie
d’eau. Nous vîmes en ce moment la merveilleuse légèreté
de sa main. A.65S.
Car, seul, il arrêta, comme le vent arrête une masse
de nuages, cette insoutenable averse de traits, que lui en-
voyait une foule de combattants. 4,659.
Cette prouesse du (ils de Prithà réjouit les Dieux et
les Dànavas. Sa colère allumée contre les Trigarttains,
Bharatide, 4,660.
11 donna l’essor à l’astra du vent en tète de l’armée,
grand roi; et le vent de s’élever soudain, I ouleversant la
plaine des deux, 4,661.
Renversant les massifs d’arbres et tuant les guerriers.
Aussitôt qu’il eut vu cet insoutenable astra du vent, Drona,
Grand roi, se hâta de lui en opposer une autre épou-
vantable, celui des montagnes. Quand le Bharadwadjide
souverain des hommes, eut produit cette illusion dans la
bataille. 4,662 — 4,663.
Le vent se calma et, dans les dix points de l’espace,
régna la sérénité. L’héroïque fils de Pàndou fit tourner le
dos à la multitude des chars du Trigarltain, qu’il rendit
sansefTorts, sans courage. Ensuite Douryodhana et Kripa,
le plus excellent des maîtres de chars, 4,664 — 4,665.
Açvatthâman, Çalya et le roi de kàmbodje, distingué
par sa politesse , Vinda et Anouvinda, les deux rois
d’Avanti, et Vâhlika avec les Vàhlikàins 4,666.
Vit
30
m
LE MAHA-BHARATA.
Fermèrent le8 plages du ciel au Prithide avec une
grande multitude de chars. Ainsi Bhagadatta et Çrou-
tâyoush à la grande vigueur 4,667.
Obstruèrent à Bhlmaséna ces mêmes plages avec une
armée d’éléphants. Bhoûriçravas, Çalya et le Soubalide
même, roi des hommes, 4,668.
Arrêtèrent les deux (ils de Màdrl avec des multitudes
de flèches luisantes, acérées. Bhishma, s'étant approché
dans ce combat, accompagné des Dhritaràshtrides avec
leurs guerriers, enferma de tous les côtés Youdhishthira.
Le héros fils de Prithâ, le plus excellent des maîtres de
chars, Bhima-Vrikaudara, voyant accourir cette armée
d’éléphants, se mit à lécher les angles de sa bouche,
comme un lion, roi des animaux , dans une forêt, et saisit
une massue dans celte grande bataille.
4,669—4,670—4,671.
Il sauta précipitamment à bas de son char et courut
au-devant de ton irmée. Dès qu’ils le virent, sa massue à
la main, les guerriers, montés sur les éléphants, cer-
nèrent de toutes parts énergiquement Bhlmaséna; et le
Pândouide resplendit, arrivé au milieu de ces éléphants,
4,672—4,673.
Comme le soleil entré dans une grande masse de
nuages. Le vigoureux Pândouide avec sa massue dissipa
cette armée de proboscidiens, tel que le vent chasse de-
vant lui une multitude de nuées, étendue, sans égale.
Maltraités par le robuste Bhlmaséna, les éléphants pous-
saient des cris de détresse dans le combat, de même que
les nuages tonnants. A plusieurs fois, dans cette ren-
contre, entamé par les défenses des pachydermes,
4,675—4,676.
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BH1SHMA-PARVA.
A6 7
Le Prithide au front de la bataille brillait, semblable à
des açokas en fleurs. 11 saisit un éléphant par sa défense
et lui arracha cette dent proéminente. A, 677.
Puis, armé de cette défense, il eu frappa l’animal sur le
champ de bataille, tel que la Mort, son bâton à la main.
Il portait, souillée de sang, sa massue, embellie par
la graisse et la moelle ; on le voyait, semblable à Routlra,
teint de sang en guise de liniments. A, 678— A, 679.
Ainsi battus par lui, sire, ces grands éléphants, qui
survivaient à leurs compagnons immolés, couraient par
tous les points de l’espace et foulaient aux pieds leur
propre armée ; A, 680.
Et les divisions entières de Douryodhana étaient mises
dans une nouvelle déroute, éminent Bharatide, par ces
énormes pachydermes, qui fuyaient de tous les côtés.
Quand le joui- fut arrivé au milieu de sa carrière , s’é-
leva entre Bhlshma et les Somakas un combat épouvan-
table, causant la destruction du monde. A, 681 — A, 68*2.
Le meilleur des maîtres de chars, le fils de la Gangâ
dispersait l’armée des Fàndouides avec ses traits acérés,
décochés par centaines et par milliers. A, 683.
Cette armée fut broyée par Dévavrata, ton père, comme
une troupe de bœufs écrase un monceau d’orge coupé.
Dhrishtadyoumna , Çikhandi , Viràta et Drotipada,
s’étant approchés de cet héroïque Bhishuia dans le com-
bat, le frappèrent de leurs flèches. A, 08A — A, 085.
Quand il eut blessé de trois dards Dhrishtadyoumna et
Viràta, il envoya, Bharatide , un nâràtcha à Droupada.
A ces coups de Bhlshma, qui i rainait sur un champ de
bataille les cadavres de ses ennemis, 'ces héros de s’irriter
dans le combat, comme des serpents, qu’on a touchés du
pied. A, 686 — A, 687.
468
LK MAHÀ-BHARATA.
Çikhandî blessa lui- même l’ayeul des Bharatides; mai3
l’impé issable, considérant dans sa pensée que c’était une
femme, ne lui riposta point. 4,688.
Flamboyant décoléré, comme le feu, Dhrishtadyoumna
dans la bataille frappa ton ayeul de trois flèches dans la
poitrine, entre les deux bras. 4,689.
Droupada le blessa avec vingt-cinq traits , Virâta avec
dix, et Çikhandî, perça de nouveau Bhishma avec vingt-
cinq dards. 4,690.
Profondément blessé, grand roi, baigné par des ruis-
seaux de sang, il brillait, tel qu’un açoka rouge, varié de
fleurs au printemps. 4,691.
Le fils de la Gangâ les perça en retour de trois et trois
flèches; il trancha d’un bhalla, respectable roi, l’arc de
Droupada. 4,692.
Saisissant un nouvel arc, celui-ci de blesser avec cinq
traits Bhishma, sur le front de la bataille, et son cocher
avec trois dards acérés. 4,693.
Eusuite Bhiuia, grand roi, et les cinq (ils de Draâu-
padi, ses enfants à lui-même, les cinq frères Katkéyains
et Sâtyaki le Sâttwaia fondirent sur le (ils de la Gangâ,
Youdhishlhira à leur tête , désirant sauver les Pàn-
tchàlains, qui marchaient à la suite de Dhrishtadyoumna.
Alors, s’élançant pour sauver Bhishma, tous Ips tiens,
souverain des hommes, s’avancèrent, environnés de
leurs guerriers, à la rencontre de l’armée de Pândou (1).
Puis, eut lieu un combat immense, accroissant l’em-
pire d’Yama, et rempli de chars, d’éléphants, de che-
vaux et d’hommes, entre les tiens et les ennemis.
• 4,694—4,695—4,696—4.697.
Le maître de char s’avançait contre le maître de char,
(3) Texte de Bomba;.
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BHISHMA-PARVA.
469
et l’envoyait dans les demeures d’Yama ; les cavaliers,
montés sur des chevaux, des éléphants ou des hommes,
expédiaient les autres çà et là, souverain des mortels, pour
l’autre monde, avec des flèches variées, épouvantables,
aux nœuds inclinés. 4,698—4,699.
Les chars sans maîtres, avec leurs cochers immolés,
couraient alors dans le combat, fuyant par tous les points
de l’espace. 4,700.
On les voit, comme emportés par le vent et tels que la
cité des Gandharvas, écraser dans le champ de bataille les
hommes et les chevaux en bien grand nombre. 4,701.
Des maîtres de chars, réduits à pied, tous ornés de bra-
celets, des nishkas, de pendeloques, et coiffés de turban,
couverts de leurs armures et revêtus de splendeur, 4,702.
Tous semblables à des fils de Dieux, égaux à Çakra en
courage dans la guerre, en richesse à Kouvéra, à Vrihas-
patien sagesse, 4,703.
Héros, souverains du monde entier, fuyant çà et là,
maître des hommes, périssaient, tels que des hommes
vulgaires. 4,704.
Des éléphants, privés des éminents guerriers, qui les
montaient, écrasant leurs armées elles-mêmes, 6 le plus
vertueux des mortels, tombaient, après qu'ils avaient pro-
féré tous les sons. 4,705.
On voit des hommes, qui fuient par les dix points de
l’espace, semblables à des nuages nouveaux, jetant des
voix pareilles au bruit des nuées, avec leurs boucliers,
leurs chasse-mouches, leurs drapeaux variés, vénérable
monarque, leurs blancs parasols et leurs éventails (1)
(1) Littéralement : chasses -mouches, mot doublé.
470
LE VJAHA-BBARATA.
rompus, abandonnés de tous les côtés. 4,706 — 4,707.
On voit des cavaliers d’éléphants, souverain des
hommes, qui, dans cette mêlée des tiens et des enuemis,
s'enfuient, privés de leurs pachydermes. 4,708.
J’ai vu, par centaines et par milliers, des chevaux nés
en différentes régions et parés d'or, courant, disséminés,
comme par le vent. 4,709.
Nous vîmes, courants ou réduits à fuir de tous les côtés
dans ce combat, des cavaliers, à qui l'on avait enlevé les
épées sur leurs chevaux immolés. 4,710.
De l’éléphant, qui courait dans cette grande bataille,
l’éléphant s'approchait, ayant broyé dans sa marche rapide
les fantassins et les coursiers. 4,711.
Le pachyderme écrasait de cette manière, sire, les chars
dans le combat ; et les chars eux-mêmes, s’avançant vers
les chevaux tombés sur la terre, 4,712.
Foulaient sous leurs roues et sous les pieds des chevaux,
sire, les coursiers et les hommes. C'est ainsi qu’ils se meur-
trirent à plusieurs fois mutuellement. 4,713.
Tandis que régnait ce combat si terrible, et d'uné
froide épouvante, un fleuve horrible coulait avec des ondes
de sang; 4,714.
Rivière sans pareille, rétrécie par des multitudes d’os,
qui avait des cheveux pour ses gazons nouveaux et ses
vallisnéries , des chars pour ses marécages, des flèches
pour ses tourbillons, et des chevaux comme pois-
sons; 4,71 5.
Remplie de têtes en guise de rocs, pleine d’éléphants
àl'instarde crocodiles, ayant des cuirasses et des turbans
pour masse d’écumes, des arcs pour vitesse et des épées
comme tortues ; 4,716.
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B ISHH MA-PARV A.
471
Qui avait des étendards et des drapeaux comme arbres
et buissons (1), des hommes voués à la mort pour les ban-
dits de ses rives, hantée de carnassiers en guise de cygnes,
accroissement du royaume d’Yama. 4,717.
De nombreux héros, vaillants kshatryas, ayant aban-
donné la crainte, sire, traversèrent cette rivière sur les
barques de leurs chars, de leurs éléphants et de leurs
chevaux. 3,718.
Elle entraînait (2) les gens timides environnés, dans le
combat d’un grand abattement d'esprit, comme la Vaîta-
ranl emporte les défunts vers la ville du roi des morts.
A la vue de cet immense carnage, les kshatryas s’é-
criaient : « C’est l’offense de Douryodhana, qui précipite
les kshatryas à leur perte. 4,7lt) — 4,720.
» Comment, aveuglé par la cupidité, le criminel Dhri-
tarâshtra a-t-il pu concevoir de la haine contre les ver-
tueux fils de Pândou? » 4,721.
Ainsi l'on entend différentes paroles, qu’ils s’adressent
l’un à l’autre, toutes mariées aux éloges des Pândouides,
mais affreuses pour tes (ils. 4,722.
A peine eut-il entendu ces mots, prononcés par tous les
guerriers, Douryodhana, ton fils, l’offenseur du monde
entier, 4,723.
Parla en ces termes à Bhlshma, Drona, Kripa etÇalva:
« Combattez ! Pourquoi manquez-vous de fierté si long-
temps? » 4,724.
Alors se ranima le combat des Kourouides avec les Pân-
(1) Littéralement : adya, et cœteri.
(2) Texte de Bombay. L'omission du verbe dans l’édition de Calcutta et
son remplacement par un mot insignifiant rendent la stance impossible à
traduire.
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douides, et naquit un carnage immense, sire, bien épou-
vantable, résultat du jeu des dés. 4, 725.
Tu vois maintenant cet horrible fruit de la faute, que tu
in commise, homme d’ une énergie, dont ta faiblesse étonne,
quand, arrêté par des magnanimes, tu n'as pas mis un
frein à celte fureur du jeu. A, 726.
Car, ni les fils de Pândou avec leurs suivants et leurs
guerriers, ni les Kourouid. s, ne conservent point dans ces
combats les souffles de leur vie. 4,727.
De cette cause dérive la destruction épouvantable de ta
famille, tigre des hommes, soit par la force du destin, soit
par ta mauvaise politique. 4,728.
L’éminent Arjouna, abattant les monarques, suivants de
ton (ils, les plongea, sousses traitsacérés, dans la demeure
du roi des morts. 4,729.
Souçarman blessa de ses (lèches dans la guerre le fils
de Prithà ; il perça de sept le Vasoudévide, et une seconde
fois, le Prithide avec neuf. 4,730.
Mais le fauieux héros, (ils d'Indra, ayant arrêté avec un
torrent de flèches dans ce combat les guerriers de Sou-
çarman, les précipita dans l'empire d’Yama, 4,731.
Frappés par le fils de Prithà comme par la mort elle-
même à la fin d’un youga, ces vaillants héros, sire,
fuyaient dans le combat sous la naissance de la crainte.
Abandonnant, les uns leurs chevaux, ceux-ci leurs
chars, les autres leurs éléphants, ils fuyaient par les dix
poiuts de l’espace. 4,732—4,733.
Ceux-là, ayant repris alors un coursier, un éléphant,
un char, souverain des hommes, couraient, déployant la
plus grande vitesse. 4,734.
Rejetant leurs armes dans ce vaste combat, les fantas-
BHISHMA-PARV V.
473
sins de fuir çà et là, ne prenant souci d’aucune chose.
Arrêté-! avec les plus grands efforts par Souçartnan, par
le Trigarttain, et par d’autres, les plus éminents des sou-
verains, ils ne tinrent pas le pied ferme dans la guerre.
4, 735— 4, 736.
Quandil vit son armée en fuite, Douryodhana, ton fils,
mettant Bhlshma avant tous et le préposant à la tête de
toutes les armées, 4,73".
Courut de toute sa plus grande vitesse, souverain des
hommes, sur Dhanandjaya pour sauver la vie du monar-
que des Trigarttains. à, 738.
Seul, accompagné de tous ses frères, car les autres
hommes étaient en fuite, il resta ferme sur le champ de
bataille, disséminant ses flèches de formes diverses.
De leur côté, les (ils de P&ndou, revêtus de la cuirasse,
s’avancèrent à toute hâte pour défendre Phàlgouna, sire,
vers le lieu, où se tenait Bhlshma. 4,739 — 4,740.
Connaissant la force épouvantable de l’arc Gândtva, les
Dhritarûshtrides se rassembl rent de toutes parts autour
de Bhlshma avec une terreur, qu’ils témoignaient par des:
« Hélas ! hélas! » 4,741.
Le héros, qui a pour enseigne un palmier, ensevelit dans
le combat l'armée des Pàndouides sous une averse de
flèches aux nœuds inclinés: 4,742.
Et, quand le soleil fut parvenu au milieu de sa carrière,
tous les Rourouides individuellement, grand roi, se trou-
vèrent engagés dans un combat avec les fils de Pàndou.
Après que le héros Sàtyaki eut blessé Kritavarman de
cinq flèches, il resta dans la bataille, dispensant ses traits
par milliers. 4,743—4,744.
Le roi Droupada, ayant percé Prôna de ses dards acé-
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A74
LE MAHA-BHARATA.
rés, le frappa de nouveau avec ses traits et le cocher du
gourou avec cinq. 4,7A5.
Dès que Bhlmaséna eut blessé Vâhlika, son royal aïeul,
il poussa une immense clameur, comme un tigre dans une
forêt. A, 74(5.
L’Arjounide, que Tchitraséna avait percé de plusieurs
traits, frappa à son tour profondément au cœur Tchitra-
séna de trois flèches. 4,747.
Engagés dans ce combat, les deux héros à la haute
taille y brillaient, tels qu’au sein des cieux, grand roi, se
tiennent Boudha et Çanaltchara (1). 4,748.
Quand le vainqueur des héros ennemis, le Soubha-
dride eut tué de neuf flèches ses quatre chevaux et son
cocher, il jeta un vigoureux cri. 4,749.
Le fameux héros sauta précipitamment à bas de son
char, dont les chevaux n’étaient plus, monarque des hom-
mes, et monta rapidement sur le char de Dourmoukha.
Lorsque Drona eut percé Droupada avec ses flèches aux
nœuds inclinés, le brave d’une main hâtée blessa égale-
ment son cocher. 4,750 — 4,751.
Accablé en face de son armée, sire, Droupada, se rap-
pelant son ancienne inimitié, se retira du combat avec
ses rapides chevaux. 4,752.
Dans un instant, sous les yeux de l’armée entière, Bht-
maséna eut réduit le monarque Vâhlika sans chevaux,
sans cocher et sans char. 4,753.
Vâhlika, le plus grand des hommes, tombé dans un
profond danger, puissant roi, descendit à la hâte de sa
voiture, et moq.ta précipitamment dans le char de Laksh-
(!) Les planètes de Mercure et de Saturne.
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BHISHM A-PARVA.
475
marna. Après que Sâtyaki eut arrêté Kritavarman dans ce
grand combat, 4,754 — à, 755.
II attaqua l’aïeul, sire, avec de nombreuses flèches.
Dansant, pour ainsi dire, sur la surface de 3011 vaste char
et faisant vibrer son grand arc, il blessa le Bharatide (1)
de soixante traits acérés et dont la vue donnait i'horripi-
lation. 1,’ aïeul d’envoyer sur lui une grande lance de fer,
4,756 — 4,757.
Émaillée d’or, à l’admirable vitesse, resplendissante et
semblable à un jeune serpent. Soudain, l’illustre Vrish-
nide trancha avec légèreté dans son vol cette arme insou-
tenable et telle que la mort; et cette lance extrêmement
épouvantable n’atteignit point Sâtyaki. 4,758 — 4,759.
Bile tomb sur le dos de la terre, comme un grand
météore à la vaste lumière. I.e Vrishnide, ayant saisi rapi-
dement sa lance de fer, éclatante d’or, la jeta sur le char
de l’aïeul. Lancée de toute la vitesse de son bras, elle vola
impétueusement sur le guerrier, comme lanuitde la mort.
Mais soudain celui-ci, fils de Bharata, la coupa en deux
dans son vol. 4,760—4,761 — 4,702.
Tranchée par deux kshourapras très-acérés, elle tomba
sur la terre. Quand il eut fait de cette arme quatre mor-
ceaux, le fléau de ses ennemis, le (ils irrité de la Gangà
frappa en riant Sâtyaki dans la poitrine avec neuf flèches.
Alors, afin de protéger Màdhava, les Pândouidos environ-
nent de leurs chevaux, de leurs éléphants et de leurs chars
Bhlshma, l’alné de Pàndou; et une bataille tumultueuse,
horripilante, s’élève entre les Kourouides e* les Pândoni-
des, qui désirent les uns et les autres obtenir la victoire
dans le combat. 4.768 — 4,764 — 4,765—4,766.
(I i Texte He Bomlm.
476
LE M4HA-BHAIUTA.
Dès qu'il vit Bhlshma irrité environné des Pândouides
dans le combat, grand roi, comme le soleil, au terme de
l’été, est entouré des nuages au milieu du ciel, 4,767.
Douryodhana dit à Douççâsana : « Cet héroïque Bhishma
au grand arc, le meurtrier des héros ennemis, 4,768.
» Est de tous les côtés, éminent Bharatide, couvert
de flèches par les fils de Pàndou : c’est à toi, héros, de
protéger cet homme bien magnanime. 4,769.
» Car, s’il est défendu dans le combat, Bhlshma, notre
ayeul, immolera tous les Pântchàlains avec les Pândouides.
» Le salut de Bhlshma est, à mon avis, la chose la plus
importante ; car ce grand héros au voeu difficile à garder
est notre défenseur. 4,770 — 4,771.
» Que ton altesse, l’ayant environné de toute notre ar-
mée, défende dans cette bataille notre ayeul, qui accom-
plit un exploit incomparable. » 4,772.
A ces mots, entouré d’une nombreuse armée, Douççâ-
sana, ton fils, se tint, jetant cette force dans le combat
autour de Bhlshma. 4,7"3.
Ensuite le fils de Soubala, avec une armée de cent mille
chevaux, dont les cavaliers portaient à la main des traits
barbelés, des glaives, des leviers de fer; 4,774.
Et de vexillaires enorgueillis, bien vêtus, autour de qui
se tenaient réunies les armées, accompagnés des plus
grands guerrieis parfaitement disciplinés, habiles dans les
combats; 4,775.
Ayant environné de tous les côtés Nakoula, Sahadéva
et Dharmaràdja, le fils de Pàndou, ces trois éminents
hommes, forma un cercle ennemi autour d'eux. 4,776.
Le roi Douryodhana d'envoyer une myriade de héros,
montés sur des chevaux, pour arrêter les Pândouides.
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bhishm a-parva.
477
Frappée du sabot des chevaux par ces cavaliers engagés,
à la rapide vitesse et semblables dans la guerre à des
Garoudas, la terre fut ébranlée et rendit un vaste son.
4,777 — à, 778.
L’immense bruit de l’ongle des chevaux se fit entendre
alors, comme celui d’une forêt de grands roseaux, qui
brûlent sur une montagne. 4,779.
Soulevée sous le galop de ces coursiers, une poussière
épaisse, arrivée dans la route de l’astre du jour, en masqua
la lumière. 4,780.
L’armée Pândouide fut émue par ces agiles chevaux,
de même qu’un grand lac, sur les eaux duquel s’abattent
de rapides cygnes. 4,781.
Les hennissements des coursiers empêchaient de recon-
naître nul autre son. Mais le roi Youdhishthira etlesdeux
Pàndouides, fils de Màdri, 4,782.
Repoussèrent soudain la fougue de ces cavaliers dans
le combat : telle, grand roi, dans un jour de pleine lune
et dans la saison des pluies, la fougue de l’océan, soulevé
à pleins bords, est repoussée par son rivage. Les- maîtres
de chars, sire, coupaient avec des flèches aux nœuds in-
clinés, les têtes des cavaliers. Immolés par des arcs so-
lides, les grands éléphants tombaient exactement comme
sous l’étreinte des serpents boas dans une caverne de la
montagne. Les guerriers, se promenant par les dix points
de l’espace, abattaient les têtes sous des traits barbelés
très-aigus et des flèches aux nœuds inclinés; et les cava-
liers, sous les coups des glaives, abandonnaient leurs têtes,
comme des arbres leurs fruits. On voyait de tous les côtés,
sire, tombés déjà ou qui tombaient, des chevaux avec
leurs cavaliers, massacrés' çà et là. Les chevaux blessés
478
LE MAHA-BHARATA.
couraient, en proie à la terreur, comme des gazelles, atta-
chées 4 la vie, qui ont rencontré un lion. Dès que les
Pândouides eurent vaincu les ennemis dans ce grand com-
bat, puissant roi, (De la stance 4,783 d lastance 4,791.)
Us souillèrent dans leurs conques, ils battirent les
tambours ; et Douryodhana consterné, voyant son armée
vaincue, 4,791.
Dit ces paroles au roi du Madra : « Ce Fils aîné de
Pândou, accompagné des jumeaux dans la bataille, 4,792.
« Met en fuite l’armée, seigneur, sous nos yeux mêmes.
Arrête-le, guerrier aux longs bras comme un rivage
arrête la mer séjour des makaras ! 4,793.
» La renommée loue ton courage et ta force comme in-
finiment intolérables. » A peine l’auguste Çalya eut-il
entendu ces mots de ton fils, 4,794.
Qu’ il se rendit avec une foule de chars là où était le roi
Youdhishthira. Mais le Pàndouide combattant arrêta sou-
dain dans sa marche cette innombrable armée, qui avait
la rapidité d’un grand fleuve. L’héroïque Dharmarâdja
avec dix flèches atteignit précipitamment le roi du Madra
au milieu de la poitrine; Nakoula et Sahadéva le frap-
pèrent avec sept dards. 4,795—4,790 — 4,797.
Le souverain du Madra les perça tous de trois flèches
individuellement, et blessa de nouveau Youdhishthira de
soixante traits acérés. 4,798. '
Agité par la colère, il frappa les deux fils de Màdrt,
chacun avec deux traits. Alors le vainqueur des ennemis,
Bhlma aux longs bras, ayant vu l’héroïque souverain du
Madra tombé, pour ainsi, entre les bras de la mort, cou-
rut aux cêtés d' Youdhishthira. 4,799 — 4,800.
Dans ce moment s'éleva un combat épouvantable, d’une
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BH1SHMA-PAKVA.
A79
profonde terreur, quand le soleil, parcourant le second
hémisphère, commençait déjà à descendre, à, 801.
Ton père courroucé blessa de ses flèches acérées , sans
égales, les fils de Prithâ avec leurs gens de tous les côtés
dans le combat. A, 802.
Quand il eut frappé Bhîina de douze traits, Sâtyaki de
neuf, Nakoula de trois et Sahadéva de sept ; A, 803.
Après qu’il eut percé Youdhishthira de douze projec-
tiles envoyés dans la poitrine , -entre les deux bras, et
Dhrishtadyoumna de sept, le héros à la force immense
poussa un vaste cri. A, 80 A.
Il fut blessé en retour par Nakoula de douze flèches(l),
par Mâdhava de trois, par Dhrishtadyoumna de sept et
par Bhimaséna d’un égal nombre. A, 805.
Youdhishtbira frappa l'aïeul avec douze traits; et Drona,
de cinq traits acérés, semblables au bâton de la Mort ,
blessa individuellement Sâtyaki et Bhimaséna ; mais ces
deux héros de percer l’éminent brahrne avec trois dards
chacun, comme on perce un grand éléphant à coups d’ai-
guillons. Les Saàuviras, les Kitavas, les peuples du midi,
de l'orient, du couchant, les Màlavas,
A, 806— A, 807 — A, 808.
Les Abhishâlas, les Çoûrasénas, lesCiviens et les habi-
tants du Vasàti ne purent même frapper dans ce combat
Bhimaséna, qui les perçait de ses dards acérés. A, 809.
D’autres monarques de la terre, rassemblés de contrées
(1) Dwâdoçâkhyals , disent les deui éditions. Que signifie âkhya ou
nkhya? Est-ce une fièche, sur laquelle est écrit le uom de la personne, à
qui appartient ou qui envoie ce projectile? Est-ce une flèche sans nom?
Les dictionnaires ne donnent pas ce mot, compris même celui de Bohllingk
et Roth. Mais il est évident qu'il s'agit d'une espèce de traits.
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480
LU MAHA-BHARATA.
diverses, s’approchèrent des Pândouides avec différentes
armes à la main. 4,810.
Les fils de Pàndou, sire, cernèrent l'auguste ayeul. Ce
héros invaincu, environné de tous les côtés par des multi-
tudes de chars, 4,811.
Tel qu'un feu allumé dans une forêt, flamboyait, con-
sumant les ennemis, ayant des chars pour chapelle du
feu, des lances de fer et des glaives pour flammes, des
massues pour bois. 4,812.
Ce feu de Bhlshma, qui jetait des flèches pour étin-
celles, de brûler ces éminents kshatryas avec scs traits à
l’empennure d’or, avec ses dards bien reluisants. 4,813.
L’héroïque maître de char, ensevelit cette armée sous
des nàràtchas (1), des nâlikas (2) et des karnis (3) ; il
abattit les drapeaux de ses flèches acérées, 4,814.
Il rendit les multitudes de chars, semblables à des fo-
rêts de palmier sans chevelure; il rendit les chars, les
éléphants et les chevaux mêmes veufs des guerriers, qui
les montaient dans la guerre. 4,813.
Le héros aux longs bras, le meilleur de tous ceux , qui
portent les armes, donna au bruit de la surface de sa corde
une ressemblance avec le fracas du tonnerre. 4,816.
A ce bruit, toutes les créatures de trembler ; aucun de
ses traits n’était vain ; ils tombaient tous, éminent Bhara-
tide, en portant coup. 4,817.
Les dards sortis de l'arc de Bhtshina, ne restaient pas
attachés aux cuirasses. Nous vîmes, grand roi, des héros
tués et des chars, attelés à des chevaux rapides, emportés
sur le champ de bataille. Quatorze mille Kâroushains,
habitants du Tchédi et naturels du Kâçi, 4,818 — 4,819.
(1—2—3) Espèces de flèches.
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BHISHMA-PARVA.
481
Tous, fils de famille, ayant fait le sacrifice de leur vie,
ne sachant pas reculer devant l’ennemi, portant des dra-
peaux, dont l’or avait changé la matière et qualifiés de
grands héros, 4,820.
S'étant avancés dans ce combat vers Bhlshma, sem-
blable 41a mort, la bouche ouverte, furent plongés par lui
dans l’autre monde, avec leurs chevaux, leurs éléphants
et leurs chars. 4,821.
Nous vîmes là, grand roi, par centaines et par milliers,
ceux-ci avec leurs chars et leur appareil de guerre rompu,
ceux-là avec leurs roues brisées. 4,822.
La terre était couverte de chariots et de cuirasses en
morceaux, de maîtres de chars renversés, de flèches, de
pattiças, de brillantes cottes de maille rompues, de mas-
sues, de bhindipâlas, de traits acérés, de caisses de voi-
tures, de carquois, de tchakras en pièces, vénérable roi,
de nombreux arcs, de cimeterres, de tôles ornées de pen-
deloques, de cuir à protéger la main, de cuir à protéger
1 ?s doigts, de drapeaux épars, d'arcs brisés en plusieurs
fragments. Des éléphants montés de leurs combattants,
des cavaliers, frappés sur leurs chevaux,
4,823— 4,824— 4,825— 4, 82«.
Tombaient, la vie exhalée, par centaines et par milliers.
Les efforts des plus braves ne pouvaient empêcher les
grands héros de fuir, sous l'atteinte des flèches de
Bhlshma. La grande année, battue par ce guerrier d’une
force égale à Mahéndra, 4,827 — 4,828.
Fut vaincue à tel point, grand roi, que deux hommes
ne fuyaient point ensemble. Hors de soi-même, s’écriant :
n Hélas ! hélas ! » l’armée des fils de Pàndou avait ses
drapeaux et ses hommes dans la confusion, ses chevaux,
vu 31
482
LK MAHA-BHARATA.
ses éléphants et ses chars rompus ou blessés. Le père
frappait là son (ils et le fils son père. 4,826 — 4,830.
Poussé par la puissance du Destin, l’ami versait des la-
mentations sur son cher ami. On voyait de tous les cétés
d’autres guerriers du fils de Pàndou, qui fuyaient, les
cheveux épars, la cuirasse abandonnée. L’aruiée du fils
de Pàndou, jetant des cris de détresse, apparut alors,
les timons de ses chars dans le trouble, comme un trou-
peau de bœufs en désordre. Voyant l’armée rompue, le
fils d’Yadou, 4,831—4,832—4,833.
Arrêtant son char sublime, dit à Bîbhatsou, le fils de
Prithâ : « Le voici arrivé ce temps, que tu as désiré, fils
de Prithâ. 4,834.
» Combats, tigre des hommes, si ton esprit n’est plus
offusqué par le délire, puisque tu as dt jadis, héros, dans
l’assemblée des rois, en présence de Sandjaya, dans la
cité de Viràta : « Je tuerai tous les guerr ers du Dhrita-
r&shtride avec leurs parents, Btilshma et Drona à leur
tête, qui oseront m'affronter dans le combat. » Fais que
cette parole, dompteur des ennemis, devienne une vérité.
4,835—4,836—4,837.
» Rappelle-toi le devoir du kshatrya, et combats sans
également d'esprit. « A ces mots du Vasoudôvide, Blbhat-
sou, courbant la tête et le regard de travers, prononça
comme à contre-cœur ces paroles : « Si je donne la mortà
des personnes, dont il me faut respecter la vie, je mt pré-
pare ou le sombre Naraka pour mon royaume, ou des peines
dans l’habitation des forêts. Que seradonc ma vertu (t}?....
Pousse tes chevaux, Hrishikéça; j'accomplirai ta parole.
4,838—4,839—4,840.
(1) Texte de Butnbay.
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BHISflMA-PARVA.
m
» Je ferai mordre lapoussière à l’inaffrontable Bhtshma,
l'aïeul des Kourouides. » Et Màdhava d’aiguillonner ses
chevaux, qui avaient la blancheur de l’argent, 4,841.
Et de les pousser vers Bhlshma, de qui la vue, sire,
était aussi difficile à soutenir que celle du soleil même.
Youdhishthira vit donc alors sa grande ai mée, qui reve-
nait au combat, et le fils de Kountî, qui luttait' avec
le Çântanouide. Ensuite, le plus vaillant des Kourouides,
Bhlshma de jeter à plusieurs fois un cri comme un lion.
4,842—4,843.
Il inonda promptement le char de Dhanandjaya avec .
une grande averse de flèches et cette grêle de traits em-
pêcha le héros de rien distinguer, ni ses chevaux, ni son
char, ni même son cocher. Mais le Vasoudévide n’en fut
pas troublé; il se revêtit promptement de fermeté.
4,844—4,845.
U hâta ses coursiers chassés par les flèches de Bhtshma.
Ensuite, ayant pris un arc céleste, bruyant comme un
nuage, le (ils de Prithâ 4,846.
Coupa l'arc de Bhishma et l’abattit sous des traits
acérés. Dans l’intervalle d’un clin-d’œil, le Kourouide,
ton père, de qui l’arme était brisée, eut préparé un autre
grand arc; mais Arjouna, irrité, lui trancha de nouveau
cette arme. 4,847 — 4,848.
Le fils de Çântanou applaudit à la légèreté de sa main :
« Bien! bien, guerrier aux longs bras! Bien, fils de
Kountî I » s’écria-t-il. 4,849.
A peine lui eut-il parlé ainsi, Bhishma saisit un nouvel
arc resplendissant, et décocha bravement (IV des traits
sur le char du Prithide. 4,850.
(!) Samarai.
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LE M AHA-BHARATA.
686
Le Vasoudévide déploya une vigueur extrême dans la
conduite des chevaux, rendant vaines ses flèches et dé-
crivant des cercles. 6,851 .
Blessés par les flèches de Bhtshma, ces deux tigres des
hommes resplendirent alors comme deux taureaux fu-
rieux, marqués, tatoués par les cornes l'un de l’autre.
Le Vasoudévide, voyant la douceur, que le fils de Prithâ
mettait dans ce combat, tandis que Bhishma envoyait
continuellement des pluies de flèches dans la bataille,
Comme le soleil darde ses rayons brûlants, et, plongé
au milieu des deux armées, immolait tous les plus braves
guerriers du fils de Pândou, â ,S5 -î — 6,853 — 6,856.
Le meurtrier des héros ennemis, Màdhava aux longs
bras, vit donc avec colère Bhishma exercer comme la fin
d’un youga sur l’armée d' Youdhishthira. 6,855.
Ayant abandonné les chevaux , semblables à l’argent,
du fils de Prithà, ce grand Yogi sauta avec fureur à bas
de son grand char. 6,850.
Plein de force et de rapidité, n’ayant pour armes que
ses bras et tenant 5 la main son aiguillon, il courut sur
Bhishma et jeta à plusieurs fois son cri comme un lion.
Krishna, le maître de la terre, à la splendeur sans me-
sure, courant avec le désir de tuer, les yeux enflammés
de colère, fendait, pour ainsi dire, la terre sous les pas de
ses pieds. 6,857—6,858.
Les âmes des tiens furent comme frappées de terreur
dans ce grand combat, et, à la vue de Màdhava, qui s’é-
iauçait pour atteindre Bhishma, une lamentation éclata. :
« Bhishma est mort! Bhi lima est mort ! » On entendit
alors ces vastes cris, Mahàràdja, par la terreur, qu’ins-
pirait le Vasoudévide. 6,851; — 6.8t>0.
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BH1SHM A-PAIl V A .
485
Revêtu d’une robe de soie jaune, bleu comme une pierre
de lapis-lazuli, Djanârddana brillait, courant surBhlshma,
comme nn nuage enguirlandé d'éclairs. 4,801.
Tel qu’un lion sur un éléphant, tel qu’un taureau chef
d’un troupeau sur un simple taureau, le plus grand des
Màdhavas courait avec rapidité sur lui, poussant des
cris. 4,802.
Quand il vit accourir le Dieu aux yeux de lotus bleu,
Bhishma avec émotion, dans cette bataille, de bander son
grand arc, 4,863.
Et d’adresser à Govinda ces mots, d'une «âme non
troublée : « Viens! viens. Immortel aux yeux de lotus
bleu! Adoration te soit rendue, Dieu des Dieux! 4,8 4.
« Fais, ô le plus grand des Sâttvvaiides, que je morde
• la poussière à l’instant même, dans ce combat acharné !
Car succomber sous les coups dans cette bataille, Krishna,
vertueuse Divinité, c’est là ce qu’il peut y avoir de plus
heureux pour moi, de toute manière en ce inonde! Je
suis estimé dans les trois mondes, Govinda. et ce combat
maintenant va répandre un nouvel honneur sur moi.
4,865—4,866.
» Livre-moi, Dieu sans reproche, un combat selon ton
désir. Le fils de Prithâ n’osa-t-il point s’élancer à la suite
de Kéçava? 4,867.
» Le guerrier aux longs bras le saisit et l’appréhenda
entre se3 bras; mais, arrêté ainsi par le fils de Prithâ,
Krishna aux yeux de lotus bleu, 4,868.
Le plus grand des hommes, de l’embrasser à son tour
et de s’en aller twic lui. L’immolateur des héros ennemis,
le Prithide, appuyant avec vigueur ses deux pieds sur la
terre, 4,869.
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LE MAHA-BBARATA.
486
» Arrêta, quoique avec peine, Hrisblkéça au dixième
pas. Ensuite Arjouna, son ami, dit affectueusement ces
mots de plainte à ce Dieu, qui, les yeux troublés par la
colère, soufflait comme un serpent : « Cesse, héros aux
longs bras! Ne veuille pas rendre ici ta parole un men-
songe. 4,870—4,871.
» Car n’as-tu pas dit jadis, Kéçava : n Je ne combattrai
pas! » Or, les hommes diraient de toi désormais, Mâ-
dhava : « Ses paroles sont un mensonge I » 4,872.
» C'est à moi que cette lourde charge incombe : j’im-
molerai l'aïeul des Kourouides. Je te jure sur les armes,
sur la vérité, sur mes bonnes œuvres, 4,873.
» Meurtrier des ennemis, que j’arriverai aujourd’hui
même à l'extrême fin de nos ennemis. Vois déjà cet inaf-
frontable grand héros couché à ma volonté dans la mort, •
comme l’astre des nuits, qui n’a pas rempli son disque de
lumière. » Quand il eut entendu ces paroles du magna-
nime Phâlgouna, le Vasoudévide, sans répondre un seul
mot, remonta dans son char avec colère. Bblshma, le fils
de Çàntanou, fit pleuvoir de nouveau sur les deux émi-
nents héros, placés dans le char, une averse de traits,
comme un nuage verse la pluie sur une montagne. Déva-
vrata, ton père, enlevait aux combattants les souffles de
l’existence, 4,87 4 —4 ,875 — 4,87*1 — 4,877.
Comme les rayons du soleil ravissent toutes les splen-
deurs à la fin de la saison froide. De même que les fils de
Pàndou brisaient dans le combat les armées des Kou-
rouides, ainsi ton père dans la bataille rompait les
armées des fils de Pàndou. Sans âme, sans puissance,
battus, mis en déroute, immolés à centaines et à milliers
par Bhishma, les ennemis ne pouvaient fixer les yeux sur
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BH1SHMA-PARVA.
487
ce héros d’une bravoure plus qu'humaine, qni accom-
plissait dans le combat des exploits incomparables, comme
on ne peut regarder le soleil, qui, arrivé au milieu de sa
carrière, brûle par sa splendeur (1).
4,S78— 4,870— 4,8S0— 4,881.
Tel, grand roi, il apparaissait aux regards des Pàn-
douides, accablés par 1» crainte. Leurs guerriers, en dé-
route, ne trouvaient pas un sauveur, comme des bœufs
embarrassés dans un bourbier. Dans cette bataille des
forts, les faibles étaient broyés de même que des fourmis.
4,88-2—4,885.
Ils ne purent contempler Bhîshma, qui avait la splen-
deur des fléchés, consumait comme le soleil, incendiait
les monarques, ce grand héros, de qui les ondes de traits,
Bharalide, n’étaient pas faciles à ébranler. 4,884.
Tandis qu’il broyait l'armée des Pàndouides, l'astre
aux mille rayons descendit à son couchant et l’âme de ces
troupes, accablées de fatigue, s’inclina vers une suspen-
sion d'armes. 4,885.
Elles combattaient encore, que l’astre de la lumière
était déjà tombé à son couchant ; un crépuscule épouvan-
table naquit, et la bataille cessa d'être perceptible à nos
yeux. 4,886.
Alors le roi Youdhishthira, ayant vu celte obscurité
naissante, que son armée, battue par Bhlsbma, rejetait
les armes, et, troublée par la crainte, tournait le dos, son-
geant à fuir, que l’héroïque fds de Çàntanou courroucé
l’accablait dans le combat, que la puissance était ravie
aux fameux héros Somakas vaincus, considérant toutes
(1) Ordre en partie emprunté au texte de Bombay.
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LE MAHA-BHARATA.
488
ces choses, le monarque ordonna de faire une armistice.
4,887 — 4,888 — 4.889.
Le roi Youdhishthira conclut donc une trêve pour ses
troupes, et une suspension d'armes donna du repos à ses
armées. 4,890.
Cette armistice étant réglée pour tous les guerriers, ces
grands héros entrèrent dans leurs quartiers, couverts de
blessures nçues dans le combat. 4,891.
Pensant aux exploits de Bhisbma dans la guerre, les
Pàndouides, accablés de traits par ce taillant capitaine ,
ne pouvaient goûter un moment de tranquillité. 4,892.
Mais on applaudissait à Bhishma, victorieux dans ce
combat des Pàndouides, accompagnés des Srindjayas, et
ses bardes le célébraient, fils de Bhàrata. 4,893.
Il habitait avec les Kourouides et ne voyait chez eux
que des formes joyeuses de tous les côtés. Ensuite la nuit
en s'épaississant plongea tous les êtres dans l’insensibi-
lité. 4,894.
*
Dans cet horrible commencement de la nuit, les Pàn-
douides et les superbes Srindjayas avec les Vrishnides
s’assirent pour délibérer. 4,895.
Tous les guerriers à la grande puissance, habiles dans
les résolutions et les conseils, délibérèrent sans trouble
surce qu’ils avaient de mieux à faire dans la circonstance.
Quand le roi Youdhishthira eut consulté long-temps,
sire, il dit enlin ces paroles, les yeux tournés vers le Va-
soudévide : 4,896 — 4,897.
« Vois, Krishna, ce magnanime Bhishma au courage
terrible, qui broie mon armée comme un éléphant foule
aux pieds une forêt de roseaux. 4,898.
» Nous ne pouvons fixer nos yeux sur ce magnanime,
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BHISHMA-PARVA.
489
qui nous dévore, comme un feu, qui s’est accru au milieu
de nos armées. 4,899.
» Irrité dans ie combat, l'auguste Bhlshma aux flèches
acérées lorsqu’il a pris son arc et qu’il décôcheses traits
aigus, ressemble à ce monstrueux serpent, l’horrible Tak-
shaka au subtil venin. Il est capable de vaincre dans sa co-
lère Yama lui-même, ou le roi des Dieux, sa foudre à la
main, ou Varouna, tenant son lacet, ou le souverain des
richesses, armé de sa massue. 11 est impossible de sur-
monter dans un grand combat Bhishina, enflammé d’une
ardente colère ! A, 900 — A, 901 — 4,902.
» Puisque les choses sont ainsi, Krishna, je suis plongé
dans un océan de chagrins. Je me suis risqué A combattre
Bhlshma par la faiblesse de mon intelligence. 4,903.
» J’irai dans une forêt inaccessible ; il n’y a rien de
mieux pour moi que de m > renfermer là ! Je ne suis plus
d’avis de combattre ; en effet, nous sommes toujours im-
molés par Bhlshma. 4,904.
>. De même qu’une sauterelle, courant vers un feu al-
lumé, se précipite dans la mort par ce côté seul; ainsi
moi, je suis allé vers Bhlshma. 4,905.
» C’est pour un royaume, Vrishnide, que je suis con-
duit à ma perte , que mes frères eux-mêmes, en dépit de
leur héroïsme, sont blessés profondément de flèches ;
» Que, déchus du trône, ils furent condamnés à l’exil
dans les bois, par amitié pour moi, et que Krishna, meur-
trier de Madhou, fut enveloppée de vexations à cause
de moi. 4.906 — 4,907.
» J’estime d’un haut prix la vie, car aujourd’hui elle
m’est difficile à conserver; mais je cultiverai le plus saint
devoir dans le temps, qui me reste à vivre. 4,908.
\
*90 LE MAHA-BHVRATA.
» Si ta faveur doit s’étendre sur moi et sur mes frères,
Kéçava, daigne me dire avec amitié ce qui sied à mon de-
voir de kshau ya. » à ,009.
Dès qu’il eut entendu ces paroles d’Youdhishthira,
Krishna lui répondit avec commisération et dans une
large étendue, en consolant ce héros : 4,010.
« Ne veuille pas concevoir de crainte, fils de Dharma,
homme fidèle à la vérité ; tes frères sont des braves, dif-
ficiles à vaincre, immolateurs des ennemis. 4,911.
» Arjouna et Bhlmaséna ont une force égale à celle du
feu ou du vent; les deux héroïques fils de Mâdrl res-
semblent à deux souverains des Immortels. 4,912.
» Donne-m’en l'ordre, fils de Pândou , et, par amitié
pour toi, je combattrai avec Bhtshma. Commandé par toi,
Mahàràdja , que ne ferai-je pas dans une grande bataille ?
# Je défierai Bhfshma, cet homme éminent , et je l’im-
molerai dans le combat, sous les yeux mêmes des fils de
Dhritarâshtra, si Phàlgouna se dérobe à cette tâche.
4,913—4,914.
» Si, pour que tu voies aujourd’hui la victoire, fils de
Pândou, il faut que l’héroïque Bhtshma périsse, je tuerai,
saris autre aide que mon char, le vieux ayeul des Kou-
rouides. 4,915.
» Regarde ma bravoure dans le combat, sire, comme
celle de Mahéndra ; je l’abattrai de son char, nonobstant
les grands astras, qu’il pourra décocher. 4,916.
» Qui est l’ennemi des fils de Pândou est aussi mon
ennemi ; ceux, qui sont pour moi, sont également pour
vos majestés , et ceux, qui sont à vous, sont pareillement
à moi. 4,917.
» Ton frère est mon ami, mon parent, mon disciple ;
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BH1SHM A-PARVA.
491
je déchirerai les chairs de Bhishma, maître de la terre,
et je le mettrai en pièces au nom de Phâlgouna. S, 918.
* » A l’envi l’un et l’autre, nous sauverons, mon fils, l'é-
minente personne, qui me fera le sacrifice de sa vie : telle
est notre loi. 4,919.
» Donne-moi tes ordres, Indra des rois, car je suis ton
soldat. Il faut remplir maintenant cette parole, qui fut dite
jadis par le sage Prithide, quand il fit cette promesse à la
face du monde entier : « Je tuerai le fils de la Gangà. »
4,920— 4,921.
» C’est à moi sans doute d’exécuter ce que le Prithide
a promis ; mais ce n'est pas une charge considérable, que
Phâlgouna a prise là dans la guerre. A, 922.
» Il immolera dans le combat Bhishma, ce conqué-
rant des cités ennemies; car le fils de Prithâ dans une ba-
taille soumettrait l’impossible même à ses efforts. 4,923.
r. Arjouna pourrait tuer dans un combat, souverain
des hommes, les Immortels soulevés , joints aux Dànavas
et aux Daltyas ; à plus forte raison Bhishma. 4,924.
» Ce guerrier à la grande vigueur, le fils de Çânta-
nou, notre ennemi, à qui reste peu de temps à vivre (1)
et de qui l’âme est déjà presque exhalée, ne se doute sûre-
ment pas de ce qui doit arriver ! # 4,926.
a C’est ainsi que tu dis, Mâdh&va aux longs bras, lui
répondit Youdhishthira; tous ces guerriers en effet ne
sont point capables de soutenir ta fougue. 4,926.
» J’obtiendrai nécessairement tout, suivant mes désirs,
moi, dans le parti duquel, tigre des hommes, est placée
ta majesté. 4,927.
(ij Texte de R îmbey.
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A92
LE MAHA-BHARATA.
» Grâce à ta protection, Govinda, le plus grand des
conquérants, je pourrais vaincre, les armes à la main (1),
les Dieux, Indra même à leur tète; combien plus le grand
héros Bhishuia. A, 928.
» Ton honorabilité s’oppose à ce que tu rendes ta parole
sans vérité ; fais donc, sans combattre, Màdhava, so-
ciété avec nous, comme tu as dit. A, 929.
» Une certaine condition me fut imposée dans ma guerre
avec Bhishuia : <> Je te donnerai mes conseils, as-tu dit,
seigneur, mais d’aucune manière, je ne combattrai. » Et
lui : <■ Je combattrai pour Douryodhana ; c'est la vérité. »
Qui me donnera ses conseils, Màdhava, me donnera un
royaume. A, 930 — A, 931.
» Tous, accompagnés de ta majesté, meurtrier de Ma-
dhou, allons trouver de nouveau Dévavrata, et constil-
lons-ie sur les moyens de lui donner la mort. A, 932.
» Tous, de concert, il faut nous rendre promptement
auprès de Bhlshma, et lui demander, sans tarder, qu’il
nous donne ce conseil, digne d un Kourouide. A, 933.
» 11 nous fera entendre, Djanârddana, une parole bonne
et vraie; et moi, Krishna, je ferai dans la guerre suivant ce
qu’il prescrira. A, 93 A.
» Cet homme aux vœux persévérants nous donnera
donc un conseil et la victoire. Enfants, privés de notre
père, ce fut lui, qui nous éleva. A, 935.
» Si j’ai le désir de tuer, Màdhava, notre vieil aïeul, le
père et le bien-aimé de mon père, honte soit à la profes-
sion du kshatrya! » A, 930.
Ensuite le Vrishnide répondit, grand roi, ces mots au
(1) Ranai.
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BHISHMA-PAIIV \.
493
rejeton de Kourou : « Ta parole me plaît, Indra des rois
à la grande science. 4,937.
» Bhlshma-Dévavrata est un homme vertueux ; son as-
pect seul réduirait en cendres; allez vers le fils du fleuve
l’interroger sur les moyens de lui donner la mort à lui-
même (1). 4,938.
» 11 peut répondre la vérité à ces questions surtout.
Rendons-nous donc chez lui pour interroger ce vieil aïeul
des Kourouides. 4,939.
» Arrivés auprès du vieillard, fils de Çântanou, de-
mandous-lui un conseil, Bharatide ; il nous fera entendre
cet avis, avec lequel nous combattrons les ennemis. »
Après qu'ils eurent délibéré ainsi, tous les héros Pân-
douides s’en allèrent, avec le vigoureux Vasoudévide,
trouver ce guerrier, de qui la naissance avait précédé la
naissance de Pândou. 4,940 — 4,941.
Entrés sans armes, sans cuirasses dans l’habitation de
Bhlshma, ils s'inclinèrent alors, baissant la tête devant ce
vieillard. 4,942.
Les fils de Pândou, honorant cet éminent Bharatide et
courbant lefront, puissant roi, s'approchèrent de iihishma,
comme de leur salut. 4,943.
Bhlshma aux longs bras, l’aïeul des Kourouides, leur
dit : « La bien-venue te soit donnée, Vrishnidel la bien-
venue soit à Dhanandjayal 4,944.
» La bien-venue soit à Dhannarâdja, à Bhtm&séna et
aux deux jumeaux ! Quelle chose faisable, accroissant le
plaisir, ne ferai-je point ici pour vous? 4,945.
» Je ferai de toute mon âme ce qui ne sera point im-
(t) Teite de Bombay.
LE MAHA-BH4RATA.
464
possible. « Au fils de la Gangâ, qui répétait mainte et
mainte fois ces mots associésau plaisir, le monarque You-
dhùhthira d’une àme affligée répondit en ces termes,
également joints au plaisir : « Comment pourrons-nous
vaincre, ô toi, à qui rien n'est caché? Comment pour-
rons-nous obtenir le royaume? 4,940 — 4,947.
# Comment n’y aura-t-il pas destruction des créatures
animées ! Dis-moi, cela, seigneur I Que ta majesté veuille
bien nous dire par quels moyens nous pouvons lui donner
la mort à elle-même. 4,948.
» Comment pourrons-Dous, héros, soutenir ta majesté
dans les combats? Car il n’existe pas en tes armes, aïeul
des Kourouides, le plus minime défaut? 4,949.
» Nous te voyons toujours dans les batailles, portant
un arc arrondi en cercle, prendre ta flèche au carquois,
l’encocher sur l’arme et tirer, sans que nous voyions ton
arc. 4,950.
» Immolateur aux longs bras des héros ennemis, nous
te voyons sur ton char, tel qu’un second soleil, détruire
les éléphants, les hommes, les chevaux et les chars.
« Quel mortel peut aujourd’hui vaincre, éminent Bha-
ratide ? Un immense carnage s'étend sous ta main, qui
verse des pluies de flèches ; 4,951—4,952.
« Et ma grande armée est conduite à sa perte dans le
combat! Dis-moi de quelle manière nous pouvons te vain-
cre, mon aïeul, et reconquérir puissamment le royaume,
sans qu’il y ait destruction de mon armée. » Ensuite le
fils de Qàntanou, qui était né avant Pândou, répondit en
ces termes aux Pàndouides : 4,953 — 4,954,
« D’aucune manière, fils de Kountt, moi vivant, jamais
tu n’obtiendras la victoire sur le champ de bataille : je te
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\
BH1SHMA-PARVA. 406
dis cette vérité, ô toi, qui n’ignores aucune chose. 4,966.
» La victoire viendra à vous dans les combats, Pàn-
douides, quand vous1 m’y aurez vaincu. Hàtez-vous donc,
si vous désirez recueillir la victoire dans les batailles, de
combattre avec moi ! 4,956.
» La lutte vous est permise : combattez avec moi, Pàn-
douides, comme il vous sera agréable. Vous méconnaissez,
et je pense qu’ ainsi la chose sera bien faite. 4,957.
» Moi une fois mort, tout est mort ! agissez donc
ainsi ! a 4,968.
« Dis-nous donc le moyen, reprit Youdhishthira : com-
ment, les armes à la main (1), vaincrons-nous ta majesté
en courroux dans le combat, comme la Mort, son bâton à
la main ? 4,959.
» Il est possible de vaincre l’Immortel, qui tient la
foudre, et Varouna, et Yama ; mais il est impossible aux
Asouras et aux Dieux, Indra même à leur tête, de vaincre
ta majesté ! a 4,960.
« Ce que tu dis est vrai, Pândouide aux longs bras, lui
répondit Bhishma : je suis invincible en bataille aux Asou-
ras et aux Dieux, Indra même à leur tête, lorsque j’ai
pris mes flèches et que je déploie mes efforts, le meilleur
des arcs à la main. Néanmoins, une fois que j’ai déposé
mes traits, ces grands héros pourraient bien m’immoler !
4,961 —4. 962.
» Je n’aime pas le combat avec un homme, qui a rejeté
ses flèches, ou qui est tombé, ou de qui la cuirasse est
détachée et le drapeau à bas, ou qui s’enfuit, ou qui a
peur, ou qui dit : « Je t'appartiens I » ni avec un homme
(1) Youddhai.
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496
LE MAHA-BHARATA.
mutilé, ou diffamé, ni avec le père d'un fils unique, ni
avec une femme, ou celui, qui porte un nom de femme.
4,96.1—4,904.
» Écoute de mabouche, Indra des rois, un dessein, que
je roule dans ma pensée depuis long-temps. Quand j'aurai
vu son drapeau sinistre, il ne m’arrivera jamais de com- *
battre ce fils de Droupada (1) , sire, qui est dans ton
armée, Çikhandl, ce héros au grand char, impétueux dans
les combats et victorieux dans les batailles. 4,905-4,906.
» Car il fut d’abord une femme ; depuis, il est passé
dans la condition virile : vos majestés connaissent bien toute
cette histoire. 4,967.
» Qu’Arjouna, le héros cuirassé, ayant mis devant ses
pas Çikhandl dans la bataille, fonde sur moi avec ses
traits acérés. 4,968.
» Je ne désire en aucune manière, saisissant mes flèches,
combattre avec ce guerrier au drapeau sinistre, sachant
surtout que jadis il fut une femme. 4,969.
» Que le Pândouide Arjouna, s’étant approché de moi,
grâce à lui, me frappe, sans retard, de ses flèches par
tous les côtés, éminent Bharatide. 4,970.
» Je ne vois personne dans les mondes, qui puisse me
tuer, mes armes levées, si ce n’est le vertueux Krishna et
le Pândouide Dhanandjaya ! 4,971.
» Que Bihhatsou inelfê donc un certain autre devant
moi et que, tenant ses flèches, déployant ses efforts, ser-
rant le meilleur des arcs, il m'abatte sur le champ de
bataille ! La victoire est ainsi assurée pour toi 1 Fais cela,
vertueux Indra des rois, comme il me fut dit, et tu feras
^ (1) Texte de Bombay.
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BHISIIMA-PARVA.
497
mordre la poussière dans le combat à tous les Dhrita-
ràshtrides rassemblés. » 4,972 — 4,973 — 4,974.
Quand ils eurent reçu ce conseil, les fils de Prithâ,
s'étant inclinés devant le magnanime Bhlshtua, l’ayeul des
Kourouides, s'en retournèrent dans leur quartier. 4,976.
Dès que le lils de la Gàngâ, initié déjà pour l'autre
monde, eut ainsi parlé, Arjouna, consumé par la douleur,
dit ces paroles pleines de confusion : 4,976.
« Comment pourrai-je livrer ce combat, Màdhava, à
mon sage ayeul, le vieillard des Kourouides, un bomme,
que je dois respecter et qui est consommé dans la
science? 4,977.
« Ce magnanime au grand cœur, de qui j’ai taché les
habits dans les jeux de mon enfance avec mes membres
souillés de poussière 1 4,978.
» Cet homme à l'àme noble, le père de Pândou , mon
père, ne lui ai-je pas dit , monté sur son sein, de ma voix
enfantine : « Papa? » 4,979.
» Comment pourrai-je lui donner la mort à cet homme,
qui me répondait au temps de mon enfance : « Je ne suis
pas ton père, fils de Bharata; je suis le père de ton
père? » 4,980.
» Qu’il immole, j’y consens, mon armée, je ne com-
battrai pas avec ce magnanime. La victoire ou la mort !
Ou que oenses-tu, Krishna, qui soit préférable? »
Le Vasoudévide répondit :
u Après que tu as promis jadis que tu donnerais,
Djishnou, la mort à Bhlshuia dans la bataille, comment
pourrais-tu, Prithide , ne pas le tuer, si tu restes dans le
devoir du kshalrya? 4,981 — 4,982.
» Renverse de son char ce kshatrya , ivre de la cruelle
ni 32
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LE WAHA-BHARATA.
m
ivresse des batailles ! Si tu immoles ce fils de la Gangft
dans la guerre, tu obtiendras la victoire. 4,983.
» Cela jadis a été vu par les Dieux : il descendra au
séjour d'Yama. La chose ne peut arriver d’une autre ma-
nière que celle, fils de Pritbâ, sous laquelle on l'a vue
autrefois. 4,984.
» Nul autre que toi, fût-ce le Dieu même, qui tient la
foudre, ne pourrait combattre cet inaffrontable BliÎ3hma,
qui ressemble à la Mort, la bouche ouverte. 4,985.
» Immole Bhtshtna ! Écoute avec attention cette parole
de ma bouche ; comme a parlé jadis Vrihaspati d’une
haute intelligence à Çakra : 4,98b.
« 11 est permis de tuer un vieillard, fût-il chargé d’an-
nées, fût -il doué même des vertus, s'il s'avance en homi-
cide pour vous donner la mort. » 4,987.
» Voilà, Dhanandjaya, le devoir, qui reste éternel aux
kshatryas. Le guerrier vertueux doit sans cesse inter-
roger, défendre et combattre. » 4,988.
« Çikhandt, reprit Arjouna, doit être certainement la
mort de Bhîshma ; en effet, sitôt qu'il a vu ce Pântchâ-
lain, Bhlshma se retire toujours du combat. 4,989.
» Nous donc, ayant jeté Çikhandt devant lui, nous
abattrons le fils de Gangà par ce moyen, qu’il nous a
donné. Voilà mon sentiment. 4,990.
» Tandis que j’arrêterai avec mes flèches les autres
grands héros, Çikhandt engagera un combat avec Bhlshma,
le plus brave des combattants. 4,991.
» N’avons-nous pas entendu ce premier des Kou-
rouides partit ainsi : « Je ne combattrai pas Çikhandt ;
en effet, après qu’il eut été une jeune fille, il e3t devenu
un homme? » 4,992.
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BH1SHM Y-PAR VA.
499
Dès qu’ils eurent ainsi arrêté une résolution, les Pân-
douides arec Màdhava, ayant honoré ce magnanime, se
séparèrent, leurs âmes satisfaites. 4,993.
« Comment Çikhand! s’est-il approché de Bhlshma
dans la bataille , s’enquit Dhritaràshtra ? Comment
Bhlshma s’est -il avancé vers les Pàndouides? Raconte-
moi cela, Sandjaya. » 4,994.
Ensuite, tous les Pàndouides, au lever du soleil, frap-
pèrent sur les tambours, les tymbaleset les tambourins.
Ils enflèrent de tous côtés les conques, couleur du lait,
et, suivant les pas de Çikhandi, les fils de Pàndou sortirent
sur le champ de bataille. 4,995 — 4,900.
Us disposèrent un ordre de bataille, destructeurs de
tous les ennemis : Çikhandî, grand roi , marchait en
avant de toutes les armées. 4,997.
Arjonna et Uhîmaséna défendaient les roues de son
char ; les cinq fils de Draâupadi, le vigoureux Soubha-
dride, Sâiyaki et Tchékiiâna venaient sur les derrières.
Après eux, gardé par les Pàntchàlains, Dhrishtadyoumna,
le grand héros, protégeait lui-même ces guerriers.
4,998-4,999.
Sur leurs pas, accompagné des jumeaux , l'auguste roi
Youdhishthira s’avançait, éminent Bbaratide, faisant ré-
sonner les échos de ses cris de guerre. 5,000.
Viràta marchait ensuite, environné de son armée : après
lui, mornarque aux longs bras, Droupada courait sur
l’enuemi. 5,001.
Les cinq frères Kalkéyains et le vigoureux Dhrishtaké-
tou protégeaient les derrières de l’armée Pàndouide.
Quand ils eurent ainsi disposé leur vaste armée, les
fils de Pàndou fondirent sur tes divisions pour les com-
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600
LF, MAHA-BHARATA.
battre en hommes, qui ont fait le sacrifice de leur vie.
Et l'in llrontable Kourouide, sire, défendu par tes fils
à l'immense vigueur, ayant mis le grand héros Bhlshma
en avant de toutes les armées, s’avança contre les Pàn-
douides. Puis, venaient Dronaau grand arc et son fils à la
grande force. 5,002—5,003—5,004 — 5,005.
Ils étaient suivis de Bhngadatta, entouré d'une armée
d éléphants, de Kripa et de Kritavarman, dévoués à Bha-
gadatta. 5,000.
» Après eux , s'avançaient le vigoureux souverain du
Kambodje à la grande urbanité, et le Màgadhain Djayat-
séna et Vrihadbala le Soubalide, 5,007.
Et les autres héroïques monarques, de qui Souçarman
était le chef. Ils protégeaient les derrières de ton armée,
fils de Bharata, 5,008.
Chaque jour à peine arrivé, le fils de Çântanou, Bhishuia
disposait dans le combat des ordres de bataille Asou-
rique. Piçàtchain ou Rakshasique. 5,009.
Alors s’éleva entre eux et les tiens une bataille, accrois-
sement du royaume d'Yama, où les deux partis s’entré-
gorgeaient l'un l'autre. 5,010.
Les Pritbides, qui avaient Arjouna à leur tête, ayant
mis Çikhandi en avant, s’approchèrent de Bhlshma dans
le combat, en dispersant dill'érenls projectiles. 5,011.
Là, transpercés par les (lèches de Bhtma, les tiens,
baignés par des ruisseaux de sang, descendirent alors
da s l'autre monde. 5,012.
Nakoula, Sahadéva et Sàtyaki, le grand héros, ayant at-
taqué ton armée, l’accablèrent sous leur puissance. 5,013.
Battus dans le combat, les tiens, éminent Bharatide, ne
purent arrêter la grande artuée des fils de l’ândou. 5,014.
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BHISHMA-PARVA.
501
Frappée de tous les côtés, ton armée, richement pour-
vue de fameux héros, fut emportée aux dix points de
l’espace. 5,015
Sous l’atteinte des flèches aiguës, lancées par les Pàn-
douides et les Srindjayas, les tiens, ô le plus grand des
Bharatides, ne trouvèrent pas un sauveur. 5,016.
« Quand il vit l’armée accablée par le fils de Prithà,
dis-moi, Sandjaya, lui demanda Dhritarâshtra, ce que lit
alors Bhlshma, irrité dans le combat. 5,017.
» Dis-moi, homme vertueux, comment ce héros ter-
rible s’est élevé dans la guerre contre les Pàndouides, en
détruisant les Somakas. » 5.018.
Je vais te raconter, grand roi, ce que fit ton père, lui
répondit Sandjaya, quand l’armée de ton fils était écrasée
par les Pàndouides et les Srindjayas. 5,010.
Les héroïques Pàndouides s’avancèrent, l'àme joyeuse,
vers le guerrier, de qui la naissance précéda celle de
Pândou, en immolant l’armée de ton fils. 5, 020.
Bhlshma alors s’irrita de voir les ennemis exercer ,
dans le combat, sur ton armée, un ratage qui détruisait,
Indra des hommes, les coursiers, les éléphants et les
guerriers. 5,021.
L’inaffrontable héros, renonçant à la \ie, fit tomber
sur les Pàndouides , les Pàntchàlains et les Srindjayas
une pluie de nârâtchas(l), de vatsadantas (2) et d’andja-
likas (3) acérés. Ses traits à la main, il couvrit les plus
excellents des Pàndouides, les cinq grands héros eux-
mèrnes, qui déployaient leurs efforts dans ce combat, de
(1—2—3) Sortes de dards. Bohtlingk et Rotb gardent le silence -u
cette signification du mot cmdjalika.
502
LE MAHA-BHARATA.
flèches et d'une pluie d’astras et de projectiles divers,
lancés avec ressentiment et vigueur.
5,02*2—5,023—5,024.
11 tua avec colère en ce combat les éléphants et les
chevaux, par quantités innombrables. 11 inspira la terreur
aux ennemi?, sire, en immolant les maîtres de chars sur*
les chars, les cavaliers sur l’échine de leurs coursiers,
les guerriers d’éléphants sur lesproboscidiens, qu'il smon-
taient, et les phalanges de fantassins. 5.025 — 5,026.
Tels que les Asouras se hasardent vers le Dieu, qui
tient sa foudre à la main , tels les Pàndouides s’appro
chèrent de l’héroïque Bhtshma seul,' qui précipitait ses
pas dans la bataille. 5,027.
On le voyait, dans tous les points de l’horizon, porter
un aspect effrayant et décocher ses traits acérés, au con-
tact semblable A celui du tonnerre de Çakra. 6,0*28.
On voyait, dans ses combats sur le champ de bataille,
son grand arc, pareil à l’arc d’Indra, continuellement ar-
rondi en cercle. 5,020.
A la vue de ses exploits dans ce conflict, tes fils, mo-
narque des hommes, s'élevèrent au comble de l’étonne-
ment et applaudirent à leur aïeul. 5,030.
Les Prithides, l’âme égarée, de contempler ton père
dans ses combats, comme les Immortels virent le grand
Asoura Vipratchitti; 5,031.
Et ils ne purent l’arrêter de même que la mort, sa
gueule ouverte. Arrivé (1) le dixième jour, l’armée des
chars de Çikhand! 5,032.
Consuma de ses traits acérés, comme le Dieu à la route
il; Texte de Bombay.
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BH1SHMA-PARVA.
50»
noire (1) dévore une forêt. Çikhandi perça entre les seins
ce héros courroucé, tel qu'un serpent et semblable à la
mort, fille du temps. A la vue de Çikhnndl et profondé-
' ment blessé par lui, Bblshma 5,033—5,034.
Irrité, mais comme une personne indifférente à ses
coups, lui dit ces mots en riant : « A ta volonté! lance
sur moi tes flèches! Je ne te combattrai d’aucune ma-
nière; 5,035.
» Car Brahma fit de toi une Çikhandini? » A peine
eut-il entendu ces mots, Çikhandi plein de colère, 5,030.
Léchant les angles de sa bouche, répondit à Bhlshma
dans ce combat : « Je te conoais, guerrier aux longs bras,
destructeur des kshatryas. 5,037.
» On m’a raconté la bataille, que tu as soutenue avec le
Djamadagnide ; j'ai ouï dire nombre de fois ta puissance
supérieure et céleste. 5.038.
» Et. quoique je connaisse bien la prééminence de ta
force, je n'en combattrai pas moios à l’instant même avec
toi. Oui! pour faire une chose agréable aux Pàndouides
et à moi-même, fléau des ennemis, 5,039.
» Je te livrerai maintenant un combat, ô le plus ver-
tueux des hommes ; je te coucherai certainement sur la
poussière : je le jure sur la vérité en face de toi. 5,040. „
» A présent que tu as eutendu cette grande parole,
fais ce que tu veux faire. A ta volonté, lance ou non tes
flèches; mais tu n’ échapperas point vivant à nies mains.
» Regarde bien ce monde, Bhlshma, vainqueur dans
les combats, car tu ne le reverrai plus (2). »
5,041—5,042,
(1) Le feu.
(2) Explication du ooiuinenUire.
604
LE MAH A-BIÏ \RATA.
Quand il eut parlé ainsi, il blessa de cinq flèches aux
nœuds inclinés Bhishma, déjà blessé par les flèches de
ses paroles. 5,043.
Dès qu'il eut entendu sa voix, l’héroïque Ambidextre
pensa que le moment était arrivé et stimula Çikhandi :
« Je te suivrai dans les combats, dispersant de mes
traits les ennemis. Cours, bouillant de colère, sur Bhishma
au courage épouvantable! 5,044—5,046.
» 11 est, certes! impossible qu’il te fasse une blessure
dans la guerre ; déploie donc tes efforts, héros aux longs
bras, et cours maintenant sur Bhishma. 6,046.
» Si tu reviens de la bataille, sans y avoir tué Bhishma,
auguste sire, tu seras avec moi l’objet des risées du monde.
» Ne soyons point bafoués dans ce grand combat,
héros; déploie tes efforts dans la bataille et triomphe de
Bhishma! 5,047 — 5,048.
» J’étendrai sur toi ma vigilance dans ce conflict,
guerrier à la grande force. Tandis que tu vaincras l’aïeul,
moi, j’arrêterai les maîtres de chars, 5,040.
b Drona et son fils, Kripa et Souyodhana, Tchitraséna,
Vikarna et Djayadratha le Sindhien, 5,050.
b Vinda et Anouvinda, les deux rois d’Avanti, le Kam-
bodje à la grande urbanité , le héros Bhagadatta et le
Màgadhain aux vastes forces, 6,051.
■> Et l’ héroïque fils de Somadatta, et le Rakshasa Alam-
bousba, et le roi des Trigarttains avec tous les grands héros
dans le combat. 5,052.
» Je les contiendrai, comme le rivage arrête la mer,
séjour des makaras. Triomphe de notre ayeul; moi, je
retiendrai toute la grande vigueur des Kourouides réunis,
déchaînée dans le combat. » 6,053 — 5,054.
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BHISH.V1A-PARVA.
505
« Comment le Pântchàlain Çikhandl, irrité dans la ba-
taille, s’enquit Dhritaràshtra, a-t-il fondu sur le vertueux
ayeul, ce fils de la Gangà aux vœux comprimés? 5,055.
n Qui sont, dans l’année des Pàndouides, les grands
héros, qui, les armes levées, se hâtant à propos et dési-
rant la victoire, ont défendu Çikhandl? 5,050.
» Comment, dans ce dixième jour, le fils de Çântanou,
Bhlshma à la grande vigueur a-t-il combattu avec les Pàn-
douides réunis aux Srindjayas ? 5.057.
» Je m'indigne que Çikhandt ait pu s’élever contre
Bhlshma dans la guerre; mais n’y aurait-il pas eu un bri-
sement de son char ? Ou son arc n’aurait-il pas été rompu
à l’instant qu’il décochait? » 5,058.
L’arc de Bhlshma ne fut pas brisé, lui répondit San-
djaya, tandis qu’il combattait sur le champ de bataille; et
son char n’éprouva pas de fracture, au moment qu'il dé-
truisait les ennemis sous ses flèches aux nœuds inclinés.
Les fameux héros des tiens en plusieurs centaines et plu-
sieurs milliers, avec des troupes d’éléphants, sire, et des
chevaux bien dressés, ayant mis votre ayeul à leur tête,
s’avancèrent pour le combat. 5,059 — 5,000—5,061.
Le Kourouide Bhlshma, victorieux dans les batailles,
accomplit suivant sa promesse un carnage infini de l’armée
Pândouide au milieu du combat. 5,002.
Tous les Pântchâlains avec les Pàndouides ne soutinrent
pas la fougue de ce héros dans l'instant qu’il exterminait
les ennemis de ses flèches. 5,003.
Enfin, le dixième jour arrivé, les Pàndouides n’avaient
pas encore pu vaincre dans le combat cet héroïque .aîné
de Pàndou , Bhlshma, semblable à la mort, son lacet à la
main, ni l’armée des ennemis, qui semait par centaines et
par milliers ses traits aigus. 6,004 — 5,065.
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506
LE MAHA-BHARATA.
Alors Dhanandjava-Blbhatsoii, l’Ambidextre invaincu,
s’approcha, puissant roi, inspirant la terreur à tous les
mal 1 1 es de cha rs. 5 , 066
Poussant de tout l’effort de sa voix un cri comme un
lion, tirant mainte fois la corde de son arc, et disséminant
des multitudes de flèches, le Prilhide agissait dans ce
combat comme la mort. 5,067.
A sa va» le clameur, les tiens, éminent Bharatide, ainsi
que des gazelles au rugissement d'un lion, s’enfuyaient,
remplis d’une grande terreur. 5,068.
Dès, qu'il vit le Pândouide victorieux accabler son
année, Dourvodhana, sous le poids de la crainte, sire,
adressa ces mots à Bhtshma : 5,069.
« Ce (ils de Pàndou aux chevaux blancs avec le Vasou-
dévide pour cocher, mon père, consume tous les miens
dans la bataille comme le feu à la route noire dévore une
forêt. 5,070.
» Vois, fils de la Gangà, mes armées entièrement mises
eu déroute, ô le plus grand des combattants, agitées dans
la bataille par ce fils de Prithà. 5,071.
» De môme qu’un chef de ravisseurs enlève des trou-
peaux de bestiaux dans uue forêt, de même ce guerrier
enlève, fléau des ennemis, cette mienne armée. 5,072,
» Ce Bhlma inaffrontable achève la déroute de mon
armée, qui fuit de tous les côtés, rompue déjà par les
flèches de Dhanandjaya. 6,073.
» Sàtyaki, Tchékitâna et les deux Pândouides, tils de
Màdri, accompagnés du courageux Abhimanyou, ont dis-
persé devant eux mon armée. 5,074.
n Le héros Dhrishtakétou et le Rakshasa Ghatotkatcha
ont mis soudain en fuite mon année dans ce grand
combat. 5,075,
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BHISHMA-PARf' A.
507
» Quand la bataille est en de telles conditions, je n’en
vois pas un autre que toi, de qui le courage est égal à
celui des Dieux, tigre des hommes, qui me soit désigné
pour rétablir le* affaires de mon armée, battue par c?s
fameux héros. Que ta majesté se montre bientôt suffisante;
et sois notre asile dans nos malheurs.» 6,070—6,077.
Après qu'il eut parlé ainsi, Dévavrata, ton père, grand
roi, ayant songé un instant et pris une résolution, 5,078.
Ce fils de Çàntanou répondit à ton fils, dont il embrassa
les opinions : « Douryodhana, sois attentif, maître des
hommes, et rappelle-toi 5,079.
Ce que je t’ai promis au temps passé, héros à la
grande force : « Je tuerai dix mille kshatryas magna-
nimes et je reviendrai chaque jour du combat, ayant ac-
compli ce grand ouvrage? » C’est ainsi que je t’ai parlé,
éminent Bharatide, et j’ai fait comme je l’ai dit.
5,080—5,081.
» Aujourd'hui, j’exécuterai un plus grand exploit, ro-
buste guerrier : ou je resterai mort sur le champ de
bataille, ou je ferai mordre aujourd’hui la poussière aux
fils de Pândou? 5,082.
• En ce jour même, immolé en face de l’armée et
devenu , seigneur, ton gâteau funèbre, j’acquitterai ma
dette envers toi. » 6,083.
A ces mots, il dissémina ses flèches sur les kshatryas,
et le héros inabordable attaqua l’armée des Pândouides.
Ceux-ci arrêtèrent, ô le plus grand des Bharatides, le
fils de la Gangà, placé au milieu d’une armée et courroucé
comme un serpent 5,084 — 5,085.
Mais, le dixième jour, Bhlshma, étalant toute sa force,
immola, sire, fils de Rourou, cent mille guerriers. 5,086.
508
LE MAHA-BBARATA.
Il enleva les existences des grands héros, des fils de
rois, de ceux, qui étaient les meilleurs des Pàndouides,
comme les rayons du soleil ravissent l’eau. 5,087.
Quand il eut tué dix mille éléphants impétueux, grand
roi, et une myriade de chevaux avec les cavaliers, 5,088.
Après qu’il eut complété une centaine de milliers de
fantassins, Bhishma, le plus grand des hommes, resplendit
an milieu du combat, comme un l'eu sans fumée. 5,080.
Et qui que ce soit des Pàndouides ne pouvait fixer les
yeux surJui, comme il est impossible de regarder le soleil,
qui brûle, une fois qu’il est entré dans sa route du sep-
tentrion. 5,000,
Les fils de Pàndou et les héroïques Srindjayas, accablés
par ce brave dans le combat, fondirent sur Bhishma pour
lui donner la mort. 5,091.
Attaqué par de nombreux guerriers et plongé au milieu
d’eux, le Çântanouide ressemblait au grand mont Mérou,
environné de nuages. 5,002.
Ton fils enferma de tous les côtés le | fils de la Gangâ
avec une nombreuse armée ; et la bataille recommença.
Dès qu’Arjouna eut vu, sire, la valeur de Bhishma dans
le combat, il dit à Çikhand! : « Approche-toi de notre
ayeul. 6,093 — 5,09A.
» Tu ne dois craindre maintenant Bhishma eu aucune
manière : je vais l’abattre de son char sublime avec mes
traits acérés. » 5,095.
A ces mots, Çikhand! courut, émiuent Bharatide, sui-
te fils de la Gangâ, aussitôt qu’il eut ouï ces paroles du
fils de Prithâ. 5,096.
Dhrishtadyoumna, sire, et le grand héros Soubhadride,
tous deux pleins d’ardeur, coururent sur Bhishma, aussi -
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BH1SHMA-PARVA.
509
tôt qu’ils eurent entendu ce langage du Prithide. 5,097.
Virâta et Droupada, malgré leur vieillesse, et Kounti-
bodja, revêtu de sa cuirasse, fondirent sur le fils de la
Gangâ, sous les yeux de ton fils. 5,098.
Nakoula, §ahadéva, le vigoureux Dharmaràdja et toutes
les autres armées, souverain des hommes, imitèrent leur
exemple. 5,099.
Les tiens s’élancèrent de toute leur puissance, de tous
leurs elToris, à la rencontre de ces fameux héros rassem-
blés. Ecoute de ma bouche cette histoire. 5,100.
Tchitraséna s’avança contre Tchékitàna, qui, ambitieux
de vaincre Bhishma dans cette bataille, s’avançait lui-
même, grand roi, comme un jeune tigre sur un taureau.
Kritavarman arrêta Dhrishtadyoumna, qui se portait à
grands pas, déployant ses efforts dans le combat, en la
présence de Bhishma. 5,101 — 5,102.
Le Somadattide se hâta d’arrêter, puissant roi, Bhima-
séna, qui, bouillant de colère, désirait la mort du fils de
la Gangâ. 5,103.
Vikarna, qui voulait sauver la vie de Rhlshma, lit
obstacle au héros Nakoula, qui dispersait des flèches nom-
breuses. 5, lüâ.
Et Kripa le Çaradvatide contint avec colère Sahadéva,
sire, qui marchait, dans la bataille, contre le char de
Bhishma. 5,105.
Bali, follement enivré de batailles, qui ambitionnait de
ravir l'existence à Bhima, fondit sur le liakshasa à la
grande vigueur, fils de Bhlmaséua, aux actions cruelles.
Ton fils contrecarra la marche de Sàtyaki dans le com-
bat : le Kambodjain à la grande urbanité se mit en travers
d'Abhimanyou, puissant roi, qui s'avançait contre le char
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610
LE MAHA-BHttfUTA.
de Bhlshma. Açvatthàinan irrité empêcha, Bharatide, Vi-
râta et Droupada, qui, réunissant leurs deux vieillesses,
broyaient es ennemis. Déployant ses efforts dans ce com-
bat, le Bharadwâdjide arrêta l'aîné des enfants de Pândou,
le (ils d' Varna, de qui le désir était la mort de Bhisbma.
Douçç&sana au grand arc fit tête dans le combat à Ar-
jouna, qui, s’étant hâté de mettre Çikhandl devant lui, et,
plein du désir de vaincre Bhlshma, illuminaitles dix points
de l’horizon. {De la itunce 5,108 à la >tance 5,112.)
D’autres combattants des tiens arrêtèrent dans la ba-
taille les héros Pândouides, qui s'avançaient à la rencontre
de Bhishma. 5,112.
Dhrishtadyoumna au vaste char, appelant de ses grands
cris, à plusieurs fois, les armées, courut avec colère sur
le Çântanouide seul : 5,113.
« Voici qu’Arjouna, le rejeton de Kourou, marche com-
battre Bhishma 11 s'est mis â courir ! Ne craignez-
vous pas ? Ce n’est pas vous, que Bhishma va trouver de-
vant lui ! 5,114.
» Indra même n’aurait pas la force de combattre
Arjouna ; à plus forte raison Bhlshma ne l’a-t-il point !
Son âme est déjà comme exhalée; il n'a plus qu'un instant
à vivre. » 5,115.
Il dit ; à ces mots du généralissime, les grands héros
des Pândouides s’élancent, pleins d'ardeur, sur le char du
fils de la Gangà. 5,116.
Les tiens, éminents hommes, arrêtèrent d'une ardeur
égale ces guerriers, qui s’avançaient dans le combat,
comme des fins du inonde (1), avec dos torrents de vi-
gueur. 5,117.
(1) Texte de Bombay.
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BH1SHM A-PARVA.
511
1/ héroïque Douççâsana, ayant abandonné ht crainte et
désirant sauver la vie de Bhlshmà, fondit, grand roi, sur
Dhanandjaya ; 5,118.
Et les plus braves des Pândouides sur le char du fils de
la Gangâ. Les fameux héros (1) coururent dans le com-
bat sur tes fils. 5,119.
Nous vîmes alors, souverain des hommes, le char mer-
veilleux aux formes admirables de Douççâsana, que le
Prithide, arrivé près de lui, ne put surmonter. 5,120.
De même que le rivage retient la vaste mer aux ondes
agitées, ainsi ton fils arrêta ce Pândouide en colère. 5,121.
Tous les deux, ils étaient les plus excellents des maîtres
de chars; tous les deux, ils étaient difficiles à vaincre; tous
les deux, Bharatide, ils étaient, pour la beauté et l’éclat,
semblables au soleil et à la lune. 5,122.
Tous les deux, la colère allumée et se désirant la mort
l’un à l’autre, ils en vinrent aux mains dan3 une grande
bataille, comme jadis Indra et Maya. 5,12S.
Douççâsana de blesser, grand roi, le Pândouide avec
trois flèches et le Vasoudévide avec vingt d rds 5,12â.
Ensuite, Arjouna, la fureur allumée à la vue du Vrish-
nide accablé par C ennemi, décocha sur le champ de ba-
taille une centaine de flèches contre Douççâsana. 5,125.
Elles fendent sa cuirasse et boivent son sang dans le
combat. Irrité du coup, Douççâsana blesse de cinq traits
le fils de Prithà, 5,126.
Et lui en plante trois au milieu du front. Le Pândouide
brillait dans le combat avec ces dards placés sur le front,
comme le Mérou, grand roi, de trois pitons à la hauteur
(I) Telle de Bombay.
612
LE MAHA-BHAUATA.
infinie. Gravement blessé par l’archer, ton fils, ce guer-
rier au grand arc, 6, 127 --5, 128.
Le fils de Prithâ resplendissait dans la bataille, tel
qu'un kinçouka en fleurs. A son tour, le Pàndouide irrité
accabla Douççâsana, de même que, rempli de colère,
Râhoû oppresse la lune en son plein au temps d'un parvau.
Ton fils, souverain des hommes, écrasé par ce vigoureux,
5,129—5,130.
Perça le Prithide avec ses dards aux ailes de héron, ai-
guisés sur la pierre ; et le fils de Prithâ avec trois flèches,
rompit son arc et brisa son char. 5,131.
11 envoya des projectiles épouvantables, nombreux,
pareils au bâton de la mort ; mais ton fils de trancher ces
traits avant même qu’ils ne fussent arrivés. 5,132.
Ce fut une chose admirable dans les efforts du Prithide.
Ton fils en échange le blessa de flèches bien acérées.
Le guerrier, de qui Prithâ fut la mère, encocha sur son
arc des traits à l’euipennure d’or, aiguisés sur la pierre, et
les envoya dans la bataille. 6,133—5,134.
Ils se plongèrent, puissant roi, dans le corps de ce ma-
gnanime, comme des cygnes dans un lac, qui se présente
devant leur vol. 5,135.
Accablé par les flèches du Prithide, ton fils ab ndon-
nant son ennemi, se réfugia en toute hâte près du char de
Bblshuia. 5,130.
Celui-ci devint alors une tle de salut pour cet hommè
submergé dans une eau profonde. Quand il eut repris là
sa connaissance, ton fils, souverain des hommes. 5,137.
Ce vaillant héros arrêta de nouveau le Prithide avec ses
traits finemems acérés, comme Pourandara jadis sut con-
tenir Vrilra. 5,138.
v
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BHISHMA-PARVA.
513
Ces dards fendirent, mais sans l’ébranler, Arjouna au
grand corps. 5,139.
Le héros, fils de Rishyaçringa, fit tête dans la bataille à
Sâtyaki revêtu de sa cuirasse, qui s’efTorçait d’atteindre
à lâ mort de Bhîshma. 5,110.
Mais le Màdhava irrité frappa dans ce combat, sire, le
Rakshasa de neuf traits en riant. 5,111.
Celui-ci, plein de colère, Indra des rois, perça de neuf
flèches également ce Màdhava, le héros des Çinides.
Bouillant de fureur, Sâtyaki, le meurtrier des vaillants
ennemis, envoya dans la bataille une multitude de traits
au Rakshasa. 5,112 — 5,113.
Le Démon aux longs bras de blesser avec ses dards
acérés le Çinide, de qui le courage était une vérité, et de
pousser un cri de guerre. 5,111.
Grièvement frappé dans le combat par le Rakshasa,
l'impétueux Màdhava, rappelant à lui son énergie, se mit
à rire et jeta un cri. 5,115.
Bhagadatta en colère, avec ses dards aigus, perça Mâ-
dhava dans la bataille, comme on frappe un grand élé-
phant à coups d’aiguillon. 5,116.
Le Çinide, le plus excellent des maîtres de chars,
ayant abandonné le combat avec le Rakshasa, lança sur
le Prâdjyotishain des traits aux nœuds inclinés. 5,1 17.
* >Le roi du Prâgdjyotisha de couper en homme adroit le
grand arc de Màdhava avec un bhalla au tranchant acéré.
L’immolateur des héros ennemis saisit rapidement un
autre arc et blessa dans la bataille Bhagadatta irrité avec
ses traits aigus. 5,118—5,119.
Léchant tout à l'entour les coins de sa bouche, le guer-
rier au grand arc, atteint profondément, envoya dans cet
33
vu
51 4
LE MAHA-BHARATA.
immense combat une lance de fer, opulemment ornée de
lapis-lazuli et d’or, épouvantable et pareille au bâton
d’Yama. Tout à coup Sâtyaki trancha en deux morceaux
avec ses flèches, taudis qu’elle volait encore, cette arme,
que son rival avait lancée dans le combat de toute la force
de ses bras. Elle tomba soudain, sa splendeur éteinte,
comme un grand météore de feu. 5,150 — 5,151 — 5,152.
Aussitôt que ton lils, souverain des hommes, vit sa
lance détruite, il jeta une nombreuse foule de chars au-
tour de iVIàdhava. 5,153.
Dès qu’il eut vu le grand héros des Vrishnides en-
fermé, Douryodhana, au comble de la colère, parla en ces
termes à tous ses frères : 5,154.
« Agissez de manière, Kourouides, que ce fils de Sa-
tyaka n’échappe pas de no? mains, et ne sorte point vi-
vant de ce grand cercle de chars. 5,155.
« Sa mort doit entraîner, à mon avis, la perte de la
grande armée des Pàndouides! » — v Oui! » répondent
ces fameux héros, acceptant sa parole. 5,156.
Alors, ils attaquent le Çinide en face de lihlshma. Le
roi vigoureux du Karnbodje arrêta dans la guerre Abhi-
manyou, qui marchait, déployant ses efforts dans le com-
bat contre le Çàntanouide. Quand l’Arjounide eut percé le
monarque de traits aux nœuds inclinés, il le blessa de nou-
veau, sire, avec soixante-quatre flèches. Désirant sauver la
vie de lihlshma, le prince à la grande urbanité frappa
encore l’Arjounide avec cinq dards et son cocher avec
neuf. Il y eut alors un bien vaste combat dans la rencontre
de ces deux hommes. 5,157 — 5,158 — 5,159 — 5,160,
Dans le temps que (jilthandl, habitué à traîner sur un
champ de bataille les corps de ses ennemis, fondait sur le
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BH1SHMA-PARVA.
645
fils de la Gangà, les deux héroïques vieillards, Viràta et
Droupada, courant, pleins de colère, dans la bataille, ar-
rêtèrent la grande armée de Bhlshma. Le plus excellent
des héros, Açvatthâuian, s'engagea courroucé dans le com-
bat. 5,161—5,162.
Alors surgit la bataille des deux vieillards et de lui,
Bharatide. Virata le frappa, terrible monarque, de dix
bhallas; 5,163.
Et Droupada blessa de trois flèches acérées le héros fils
de Drona, quand, brillant de ses splendeurs, il s’élançait
dans ce combat. 5,164.
Répondant aux attaques de ces deux guerriers à la haute
vigueur, le fils du gourou, Açvatthàman, les transperça de
traits en grand nombre. 5,165.
Les deux héros, Virâta^t Droupada, de tourner leurs
efforts contre Bhlshma; et nous les vîmes en ce moment
accomplir un merveilleux prodige, car ils arrêtèrent dans
ce combat les flèches épouvantables (^Açvatthàman. Kripa
le Çaradvatide uiarcha au-devant de Sahudéva, qui s’a-
vançait vers lui, tel qu’on voit dans une forêt un éléphant
en rut courir sur un éléphant en folie. Le vaillant Kripa
frappa lestement dans ce combat de soixante-dix traits
ornés d’or le héros fils de Mâdrl ; et celui-ci coupa en
deux son arc à coup de flèche.
5,166-5,167-5,168—5,169.
11 blessa de neuf traits le guerrier, dont il avait tranché
l’arc. Celui-ci prit une arme nouvelle, capable de suppor-
ter une charge dans le combat, et, plein d’ardeur, irrité,
désirant sauver la vie de Bhlshma, perça le fils de Mâdrl
en pleine poitrine avec dix traits acérés. 5,170—5,171.
Et le Pândouide, qu’irritait le désir de porter la mort à
616
LL MAHA-BHARATA.
Bhlshma, sire, frappa au milieu des seins le Çaradvatide
en colère. 5,172.
Knsuite, s'éleva un combat aux formes épouvantables,
inspirant la terreur. Nakoulafut blessé de soixante flèches
par Vikarna en courroux, l’incendiaire des ennemis ; et,
grièvement touché dans le combat par ton prudent fils,
qui défendait Bhlshma, ton aïeul, Nakoula de percer Vi-
karna avec soixante-dix-sept traits. Alors, ces deux héroï-
ques et formidables tigres des hommes se meurtrirent
l'un l’autre à cause de Bbtshma, tels que deux taureaux
dans un parc. Ghatotkatcha s'avançait dans le combat,
immolant ton armée; 5,173 — 5,174 — 5,1"5 — 5,176.
Le courageux Douruioukha marcha au-devant de lui
pour défendre Bhlshma. Mais l’Hidimbide irrité, sire,
frappa Douruioukha, le dcstrticteur des ennemis, dans la
poitrine, avec une (lèche aux nœuds inclinés. Le vaillant
Douruioukha, en riant, au front de la bataille, blessa de
soixante traits, horribles à voir (1), le fils de Bhlmaséna,
et poussa un cri. L’héroique Hârdikva d’arrêter le plus
grand des braves, Drishtadyoumna, qui s'avançait, impa-
tient d’apporter la mort à Bhlshma. Hârdikya de blesser
le Prishatide de cinq flèches de fer (2).
5,177-5,178-5,179—5,180.
il le perça de nouveau rapidement avec cinquante traits
au milieu des seins Kt le Prishatide, à son tour, blessa
Hârdikya, sire, de neuf dards acérés, enflammés, revêtus
des ailes du héron. Dans cette grande journée eut lieu
entre ces guerrriers un combat, mêlé à des choses exces-
fl) Soumottkhalt, par euphémisme,
i [2j Texte lie Bombay.
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BHISHMA-PARVA.
517
sives de part et d’autres, comme le combat de Vritraet de
Mahéudra. Bhoûriçravas marcha d’un pas rapide contre
Bbtma à la -grande force, qui s’ avançait vei-s Bhîshma:
« Arrête : arrête là ! » cria-t-il ; et le Souiadattide frappa
dans cette bataille Bhlmaséna, entre les deux seins,
5, 181 — 5,182 — 5.183 — 5,184.
D'un nàrâtcha bien acéré, ornementé d'or. L’auguste
guerrier brilla du trait, implanté dans sa poitrine, 5,185.
Comme jadis, ô le plus excellent des rois, la lance de
Skanda fit resplendir le mont Kràauntcha. Les deux émi-
nents hommes, dans leur colère, de s’envoyer l’un à
l’autre, sur ce champ de bataille, des flèches, fourbies par
l’ouvrier et brillantes comme le soleil. S'efforçant de se
rendre la pareillednns le combat, Bhlmaséna, par le désir
de porter la mort à Bhishma, -faisait la guerre au Soma-
dattide-, et celui-ci, enfermant ses désirs dans la victoire
de Bhtshma, se tournait en ennemi contre Bhlmaséna.
Le Bharadwâdjide arrêta le fils de Kountl, environné
d’une nombreuse armée, "Youdliishthira, qui s’avançait,
présentant la face à Bhîshma. 6,186-5,187-5,188-5,189.
A peine eurent-ils entendu le bruit du char de Drona,
semblable au fracas du nuage, le cœur des plus vaillants
fut ébranlé, vénérable seigneur. 5,190.
Arrêtée (1) par Drona, la grande armée du fils de Pàn-
dou, sire, ne put mettre dans la guerre, ma'gré ses efforts,
un pied l’un devant l'autre. 5,191.
Tchitraséna, ton fils, monarque des hommes, lit tète à
Tchékitâna, qui, offrant aux yeux les formes de la colère,
s’efforçait d'arriver à Bhîshma. 5,192.
(1) Telle de Bombay.
518
LE MAHA-BHARATA.
L’héroïque et vaillant ennemi, à la main admirable, sti-
mulé par l'amour du Çântanouide, mit obstacle à Tchéki-
tâna, et lit plus que ne peut la force elle-même. 5,103.
Tchékitàna d'opposer ses efforts à ceux de Tchitraséna.
Dans la rencontre de ces deux héros, il y eut alors un
immense combat. 5,19â.
Cependant Arjouna, arrêté là plusieurs fois, ayant forcé
ton fils, Bharatide, à tourner le dos, se mit à broyer ton
armée. 5,195.
Douççàsana, avec une force extrême, contrecarra le
Prithide : « Comment l’empêcher, pensait-il, de tuer
notre Bhîsh ma ?» 5,196.
Enfermée par les plus excellents maîtres de chars,
l’armée de ton fils était agitée çà et là dans le com-
bat. 5,197.
Ensuite le héros, archer terrible, qui possédait la valeur
d’un éléphant en rut, saisit un grand arc, capable d’arrêter
un éléphant en folie. 5,198.
Droua aux vastes forces agitant, dispersant les ba-
taillons, se plongeant au milieu de l’armée des Pândouides,
ce vigoureux, qui connaissait les augures, ayant vu de tous
les côtés s’élever des prodiges, parla en ces termes à ton
fils, qui écrasait les armées : 5,199—5,200.
« Aujourd’hui, mon fils, ce robuste fils de Pritliâ, qui
brille d’immoler Bhisbma dans la bataille, accomplira un
effort supérieur aux lieux où il sera. 5,201.
» En effet, les traits échappent de mes mains, et mon
arc tremble ; les astras rompent cruellement leur union :
c’est mon sentiment. 5,202.
» Les volatiles et les quadrupèdes annoncent par tous les
points de l’horizon des choses anxieuses, épouvantables.
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BH1SHMA-PARVA.
519
Des vautours perchent auprès de la terre, en face de l’ar-
mée des Bharatidi s. 5,203.
» Les plages du ciel sont rouges de toutes parts, comme
à l’heure où le soleil a perdu ses rayons ; la terre résonne;
elle est agitée, elle tremble jusqu'en ses fondements.
Les vautours, les ardées et les grues jettent mainte et
mainte fois des cris ; et de sinistres chacals prédisent un
immense danger. 5,2Câ — 5,205.
» Un grand météore tle feu est tombé du soleil, dont le
disque est arrivé au milieu de sa carrière : une massue
avec un tronc dé corps sans tète se tient autour de l'astre
du jour. 5,206.
» Un horrible cercle entoure le soleil et la lune; il
annonce un vaste danger, et que les membres des rois se-
ront coupés en pièces. 5,207.
» Les images des Dieux, érigées dans les chapelles de
l’Indra des Kourouides, tremblent et rient, elles dansent
et pleurent. 5,203.
» Les planètes, en se plaçant devant lui, interceptent la
vue du soleil, et l’adorable lune s’approche, la tête en
bas. 5,209.
» Je vois les corps des monarques avec des splendeurs
éteintes, et les cuirasses (1) ne resplendissent plus dans
les armées (2) du Dhritarâshtride. 5,210.
# De tous les côtés, dans les deux armées, on entend
les sons très-éclatants du Pântchadjanya et le bruit de
l’arc Gândiva. 5,211.
» Pour sûr, embrassant des astras supérieurs dans la
(1) Littéralement : les cuirassé*.
(2) Texte de Bombay.
&20
LE MAHA-BHARATA.
guerre, Btbhatsou, abandonnant tous les autres com-
battants, n’adressera ses flèches qu’à son vieux ayeul.
» Les poils de nies pores sc hérissent, mon âme s’af-
faisse, guerrier aux longs bras, quand je pense à cette
rencontre de Bhishina et d’Arjouna. 5,212—5,213.
» Le Priihide a inis devant lui dans le combat ce
Pântchâlain à la criminelle pensée, qui a la science du mal
et qui s’est avancé sur le champ de bataille de Bhishma.
» Le Çântanouide jadis a dit : « ,1e ne tuer.ii pas
Çikhandl; car Brahma l’a créé femme d’abord, et c’est
par la volonté du Destin qu’il est ensuite devenu un
homme. » 6,214—5,215.
» Le drapeau du vigoureux Yadjnasénide est malheu-
reux ; le fils du fleuve ne combattra pas avec un homme,
qui a pour lui les auspices. 5,216.
» Quand je médite ces pensées, mon âme s’ affaisse pro-
fondément: le Prithide (1), qui s’est élevé dans le combat
et qui a fondu sur le vieillard des Kourouides, la colère
d’Youdhishthira, Bhishma, qui en est venu aux mains avec
Arjouna, et ce commencement de mes astras (2), qui est
certainement le malheur des créatures. 5,217 — 5,218.
» Le Pàndouide est un héros intelligent, vigoureux,
consommé dans les armes, à la valeur légère, de qui les
coups portent loin, à la flèche solide, et qui sait les pré-
sages. 5,219.
* Plein de force et de sagesse, le meilleur des guerriers,
il a vaincu la fatigue des combats et ne peut être dompté
par les Dieux eux-mêmes, accompagnés d’Indra. 5,220.
» Toujours suivi de la victoire dans les batailles, ce
(1—2) Texte de Bombay.
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BHISHMA-PARVA.
521
fils de Pândou a des astras terribles. Évite sa route, et
cours légèrement, prince ferme en tes vœux. 5,221.
# Vois, guerrier aux longs bras, cet immense carnage
dans la guerre : les cuirasses des héros, grandes, resplen-
dissantes, variées d’or, sont brisées par les flèches aux
nœuds inclinés ; les extrémités des drapeaux, les leviers
de fer et les arcs, les traits barbelés, sans tache, acérés,
les épieux de fer, où l’or flamboie, et les étendards des
éléphants tombent, coupés dans la colère de kirlti.
5 ,222— 5, 223— 5 , 224.
» Ce n’est point ici le moment de conserver sa vie pour
des hommes, de qui des fils suivent les pas I Vole au Swarga,
et mets-le avant la renommée et la victoire ! 5,225.
» Ce héros, qui a pour son drapeau un singe, traverse,
monté sur son char, le fleuve du combat, grandement
épouvantable, diflicile à passer, et de qui les coursiers, les
éléphants et les chars forment les tourbillons. 5,226.
» On voit ici dans le roi, de qui Dhanandjaya est le
frère, la piété en Brahma, la répression des sens, l'au-
mône et la pratique d’une austère péuitence. 5,227.
» Est-ce que le vigoureux Bhimaséna, les deux Pàn-
douides, fils de Màdrl, et surtout In Vasoudévide, rejeton
de Vrishni, ne sont pas ses défenseurs? 5,228.
» Voilà quelle est la cause du ressentiment de l'insensé
Dhrilaràshtride ! La colère du héros, de qui le corps est
brûlé par la pénitence, consume l’armée Bbaratienne.
» C'est par la confiance, qu’on lui voit mettre dams le
Vasoudévide, que le fils de Prithâ arrête entièrement
toutes les armées Dritaràshtrides. 5,229 — 5,230.
» Ou voit Kirlti agiter cette ai mée, remplie de grandes
vagues, pleine de crocodiles et d'énormes cétacés. 5,231.
LK MAHÀ-RflÀRÂtÀ.
522'
n On entend dans la bouche de l’année les clameurs de
détresse (î), les cris de « Hélas! hélas! » Va donc vers
le (ils du Pàntchâlain ; moi, j’aborderai Youdhishthira.
» Car il est difficile d’atteindre le centre du roi, agtour
duquel s’étend un ordre de bataille à la force sans mesure ;
position, que des combattants sur des chars jetés autour
dé lui rendent pareille au sein de la mer. 5,232 — 5,233.
» Sàtyaki, Abhimanyou, Dhrishtadyouinna, Vrikaudara
et les jumeaux, ont pris la défense de ce monarque, sou-
verain des enfants de Manou. 5,234.
» Semblable à Oupéndra, couleur d’aznr, élevé comme
un grand chêne, il marche, tel qu’un second Phàlgouna, à
la tête de son armée, 5,235.
» Prends un grand arc, encoche des traits supérieurs,
marche contre le royal Prishatide, combats avec Vrikau-
dara. 5,230.
» Qui peut ne pas désirer un fils bien-aimé, qui vive
des années éternelles ; mais je m’attache à toi, parce que
j’ai vu régner dans ton âme le devoir du kshatrya. 5,237.
» Voilà Bhlshma, qui, semblable à Varouna et à Yama
dails les batailles, consume la grande armée en des com-
bats supérieurs. » 5,238.
A cette parole du magnanime Drona, Bliagadatta,
Kripn, Çalya et Kritavarman, Vinda et Anouvinda, ces
deux rois d’Avanti, Djayadratha le Sindhien. Tchitraséna,
Vikarna, Dourmarshana et les autres, 5,239 — 5,240.
Ces dix combattants de ton parti, ambitionnant une
(1) Kilakilâ. Ce mol est traduit inexactement; Wilson dit : « Sound
oxpressing joy : » Bohtliugk et Roth : « Auadruck der Frende, » Par ce
passage et d’autres, que j'aurais pu citer, ii est évident que ce mot est
auset l’expression de la douleur et de 'la crainte.
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BHISHMA-PARVA.
52S
haute renommée dans cette bataille pour Bhtshma,
appuyés sur une nombreuse armée, sortie de plusieurs
contrées, sire, combattirent avec Bhlmaséna, que Çalya
blessa de neuf flèches ; 6,241 — 5,242.
Rritavarman de trois, et Kripa de neuf dards. Tchitra-
séna, Vikarna et Bhagadatta le frappèrent, auguste roi,
de dix traits chacun. Le Sindhien perça Rhimaséna de
trois flèches. 5,243—5,244.
Vinda et Anouvinda, les deux Avantiens, percèrent le
Pândouide avec cinq traits chacun; Dnurmarshana le
frappa de vingt-cinq dards acérés. 5,245.
Le vaillant fils de Pândou, immolateur des guerriers
ennemis, blessa, grand roi, tous ces fameux héros Dhri-
tarâshtrides, les meilleurs du inonde entier, et qui res-
plendissaient d’un éclat individuel : il frappa Çalva de
sept et Rritavarman de huit flèches. 5,246—5,247.
Il trancha, Bharatide, par le milieir, l’arc de Rripa avec
son dard, et perça de sept traits le guerrier lui-même, de
qui l'arc était coupé. 5,248.
Il adressa trois flèches à Vinda et Anouvinda indivi-
duellement; il blessa de vingt Dourmarshana, et de cinq
Tchitraséna. 5,240.
11 frappa de dix traits Vikarna, et de cinq Djavadratha.
Quand Bhima l’eut percé, le vainqueur jeta un cri de
triomphe et blessa de nouveau le Sindhien avec trois
flèches. 5,250.
Le Gotamide, le plus excellent des maîtres de chars,
saisit un nouvel arc et frappa avec colère Bhima, en
retenir, de dix traits acérés. 5,251.
Sous le coup de ces flèches, comme un grand éléphant'
blessé de cinq coups d’aiguillon, l’auguste Bhimasétia,
irrité, puissant roi, 5,252.
624
LE MAHA-BHARATA.
Fit sentir au Gotamide ses dards nombreux dans le
combat. Doué d'une splendeur égale à celle de la Mort,
fille du Temps, il envoya, de trois projectiles, au monde
du trépas les chevaux et le cocher même du Sindhien.
Le grand héros sauta vile à bas de son char, privé de
chevaux; 5,263 — 5,254.
Et lança des flèches acérées à Bhîmaséna dans le
combat. Celui-ci de trancher par le milieu, avec deux
bhallas, éminent et respectable monarque, l’arc du ma-
gnanime Sindhien. Le fameux héros, de qui l’arc était
brisé, les coursiers sans vie et le cocher immolé, sire,
monta à la hâte dans le chardeTchitraséna. Le Pàndouide
accomplit dans ce combat-ci un exploit au-dessus du pro-
dige; 6,255 — 5,250 — 5,257.
Car il arrêta, auguste roi, il blessa ces grands héros de
ses flèches, et, sous les regards du monde entier, il priva
de son char le roi du gindhou. 6,258.
Çalya ne supporta point la valeur de Bhîmaséna; il en-
cocha des traits aigus, fourbis par l’ouvrier. 5,259.
11 blessa Bhluiadans la bataille : o Arrête! arrête-là! »
cria-t-il. kripa, Krilavarman et le vigoureux Bhaga-
datta, 5,260.
Vinda et Anouvinda, ces deux rois d’Avanti, Tchitra-
séna, Dourmarshana, Vikurna et le robuste monarque du
Sindhou, ces dompteurs des ennemis dans les combats,
de blesser précipitamment Bhîmaséna pour sauver Çalya.
Ventre-de-loup, en échange, envoya cinq flèches à chacun
d’eux. 5,261 — 5,262.
Il perça de soixante-dix traits Çalya, et le frappa de
dix pour la seconde fois; Çalya fendit ses membres avec
neuf dards, et de rechef avec cinq autres flèches. 5,263.
Il blessa profondément son cocher d’un bhalla, qu’il
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BH1SHMA-PARVA.
525
envoya dans un organe. A l’aspect de Viçoka, déchiré
par ce coup, l’auguste Bhlmaséna 6,26â.
Décocha trois dards au roi de Madra dans la poitrine,
entre les deux bras, et, à chacun des autres fameux héros,
trois flèches acérées dans le combat, et il jeta son cri de
guerre. Ceux ci, déployant leurs efforts contre ce Pân-
douide, habile dans les batailles, 5,265 — 5,266.
Le blessèrent grièvement dans les organes de trois
dards chacun, à la pointe non paresseuse. Atteint profon-
fondément , le vaillant Bhlmaséna n’en fut nullement
ému : 5,267.
Telle une montagne ne l’est pas sous les gouttes d’eau,
dont elle est arrosée par les nuages. Mais, saisi de colère,
le grand héros des Pàndouides à la haute renommée,
ayant percé d'abord cruellement avec trois flèches le
souverain du Madra, blessa de cent traits, sire, le Prâg-
djyutishain sur le champ de bataille. 5,268 — 5,209.
Quand l’illustre guerrier eut fait à Kripa les profondes
blessures de flèches nombreuses, il trancha adroitement
d’un kshourapra bien acéré l’arc et le trait du magna-
nime Sàttwata. Soudain Kritavarman saisit un nouvel arc,
et le terrible combattant frappa d’un nàrâtcha Ventre- de-
loup au milieu des sourcils. Mais, après que Bhîraa eut
d’abord blessé dans la bataille Çalya de neuf dards en
fer, il frappa de trois Bhagadatta, de huit Kritavarman,
et de deux individuellement le Gotamide et les autres
guerriers. 5,270—5,271—5,272—5,273.
Ceux-cile frappèrent dans le combat, sire, de traits
aigus. Accablé par ces grands héros, armés de tous les
projectiles, il se promenait sans trouble au milieu d’eux,
les regardant comme semblables à une touffe d’herbes. Les
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626
LE/MAHA-BHAftATA.
meilleurs des maîtres de chars, ces combattants, d'en-
voyer à Bhima, par centaines et par milliers, des flèches
aiguës. Le héros Bhagadatla aux vastes forces expédia à
ce magnanime, dans la bataille, une forte lance, au fût d'or
à la grande vitesse ; le roi du Sindhou aux longs bras un
levier de fer et un pattiça, K ripa un çataghni, Çalya
une flèche; et, visant Bhlmaséna, les autres héros lui
envoyèrent vigoureusement chacun cinq flèches. Mais le
fils du Vent coupa en deux ce levier de fer avec uu
Itshourapra. [De la stance 5,274 à la stance 5,280. )
Le Sagittaire aux flèches ointes d'huile de sésame
trancha le pattiça de trois dards, et brisa le çataghni de
neuf traits* aux ailes de héron. 5,280.
Quant aux autres javelines épouvantables, de ses pro-
jectiles aux nœuds inclinés, * Bhlmaséna, vanté pour ses
batailles, fit trois morceaux de chacune d'elles en parti-
culier (1 ) , et blessa tous ces fameux héros de trois flèches
individuellement. 5,281.
Tandis que ce combat s’agitait, Dhanandjaya, ayant
aperçu le grand héros BtUma sur le champ de bataille,
s'avança, monté sur son char, vers le guerrier, qui dé-
truisait les ennemis dans le combat et faisait la guerre
avec ses flèches. Dès que les plus éminents des tiens
virent réunis là ces deux magnunimes Pândouides, ils
n’espérèrent plus la victoire. Arjouna, qui brûlait de tuer
Bhîshma, jeta devant son front le terrible Çikhandl, qui
fondit sur les fameux héros dans la bataille. 11 s'avança
(i) Noua avons emprunté au texte de Bombay le vers contenu entre les
deux étoiles pour justifier le tridha ékaIkam, Iripartitum findit singulatim,
dan» l'édition de Calcutta; car il s'agit chez elle d’une seule chose, exprimée
par u u mot au féiniuin : çataghntm.
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BHISHMA-PARVA. ,527
vers les deux braves de ton armée, qui résistaient, le pied
ferme , à Bhîma dans le combat. Blbhatsou les blessa
par le désir de faire une chose agréable à Bhlmaséna.
[De la stance 5,282 à la stance 5,287.)
Ensuite, le roi Douryodhana d’exciter Souçarman à la
mort d’Arjouna et de Bhtmaséna, ces deux héros : 5,287.
« Va promptement, Souçarman, accompagné de nom-
breuses armées, et tue-mof ces deux fils de Pàudou, Dha-
nandjaya et Vrikaudara ! » 5,288.
A ces mots, le Trigarttain, monarque du Prasthala, s'é-
lança pour combattre avec les deux archers, Arjouna et
Bhlmaséna, qu’il enferma de tous les côtés avec plusieurs
milliers de chars. Alors s’alluma le combat d’Arjouna avec
les ennemis. 5,280 — 5,200.
11 ensevelit sous des fièchesaux nœuds inclinés le grand
héros Çalya, qui déployait ses efforts dans la bataille.
11 blessa de trois dards chacun dans le combat Souçar-
man et Kripa, le Pràgdjyotishain et Djayadratha, le roi
du Sindhou. 5,201 — 5,202.
11 frappa individuellement de trois flèches, qui avaient
pour ailes, Indra des rois, la queue des paons ou la plume
des ardées, Tchitraséna, Vikarna, Kritavarman, Dour-
murshana et les héroïques Avantiens. Monté sur son char
dans le combat, il accablait ton armée. 5,203—5,204.
Placé sur le char de Tchitraséna, Djayadratha de percer
d’abord de ses traits le (ils de Prithâ et de blesser ensuite
rapidement Bhlmaséna. 5,205.
Çalya et Kripa, le plus excellent des hommes, qui pos-
sèdent un char, frappèrent nombre de fois, grand monar-
que, Djishnou dans le combat avec des flèches, qui déchi-
rent les organes. 5,200.
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528
LE MAHA-BHARATA.
Tes fils, auguste roi, Tchitraséna et ses frères percèrent
dans la bataille Arjouna et Bhimaséna chacun de cinq
traits acérés. Les fils de Kountt, ces deux éminents hom-
mes, les meilleurs des maîtres de chars, 5,207 — 5,298.
Accablèrent dans ce combat la nombreuse armée des
Trigarttains. Souçarman lui-même fit sentir au troisième
fils de Prithà la pointe de neuf flèches au vol rapide.
Et poussa un cri vigoureux, inspirant la terreur aux
nombreux bataillons. Les autres héroïques maîtres de
chars frappèrent Arjouna et Bhimaséna de traits acérés,
empennés d’or, allant droit au but. Au milieu de ces maî-
tres de chars, les deux éminents fils de Kountl,
5,209^-5,300—5,301.
Héros généreux, se jouant avec des formes admirables,
ressemblaient à deux lions ivres de fureur, avides de
chair, au milieu d'un troupeau de bœufs. 5,302.
Terribles, ils tranchèrent nombre de fois les arcs avec
les flèches des héros dans le combat et firent tomber par
centaines les têtes des guerriers. 5,303.
Des chars briîsés en grande quantité, des chevaux tués
par centaines, des éléphants avec leurs cavaliers tombaient
sur la terre dans ce combat acharné. 5,304.
On voit tués çà et là, sire, palpitant de tous les côtés,
des maîtres de chars et des cavaliers en grand nombre.
La terre était jonchée d’éléphants immolés, de fantas-
sins par troupes, de coursiers étendus sans vie et de chars
brisés en morceaux. 5,305—5,306.
Nous vîmes en ce moment la prodigieuse vaillance du
Prithidedans le combal ; car ce vigoureux, après les avoir
empêchés d'avancer, frappait de ses flèches les guerriers.
Aussitôt que ton vigoureux fils eut remarqué le courage
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bhishmv-parva.
629
d’Arjouna et de Bhlmaséua, U s'approcha vers le char du
lils de la Gangà. 5,307 —5,308.
Kripa, Kritavarman, Djayadratha, le roi du Sindhou
et les deux Avantiens, Vinda et Anouvinda, ne purent
alors supporter ce combat. 5,309.
Bhtma au grand arc et l’héroïque Phàlgouna mirent en
pleine déroute l’armée effrayante des kourouides. 5,310.
Les monarques alors firent voler prestement, sur le char
de Dhanandjaya , des myriades et des arvoudas (1) de
(lèches aux queues de paon. 5,311.
Quand il eut arrêté ces grands héros avec la multitude
de ses traits, le Prithide combattant les envoya de tous
côtés à la mort. 5,312.
Mais le vaillant Çalya irrité frappa, comme en se jouant,
Djishnou à la poitrine avec ses bhallas aux nœuds incli-
nés. 5,313.
Cependant le Prithide, ayant tranché sou arc et le bra-
celet de sa main, le blessa lui-même dans un organe avec
cinq flèches acérées. 5, 31 A.
Le souverain du Madra saisit avec colère un nouvel arc,
capable de soutenir un fardeau ; il perça Djishnou dans
le combat avec trois flèches, le Vasoudévide avec cinq, et
lauça neuf dards à Bhimaséna dans la poitrine entre les
tleux bras. 5,315—5,316.
Ensuite, Drona et l’héroïque roi du Mâgadha de se por-
ter, Mahàràdja, sur l’ordre de Dourvodhana eti ce lieu,
où le fds de Prithàet le Pàndouide Bhtmaséna, ces deux
bien granüs héros, détruisaient la grande armée du kou-
rouide. 5,317 — 5,318.
34
(i) L'arvouda lait une centaine de millions,
vu
680
LE M AHA-BHARATA.
Djavatséna dehuit traits aigus frappa dan9 ce combat
Bhlma aux armes terribles dans la guerre. 5,31».
Mais, l’ayant percé avec dix flèches, Bhîtnaséna de nou-
veau le blessa avec cinq, et fit tomber avec un bhalla le
cocher de sa place sur le char. 5,320.
Emporté par ses chevaux effarouchés et fuyant de tous
les côtés, le roi du Mâgadha sortit du champ de bataille
sous les yeux de toute l'armée. 5,321.
Drona, ayant trouvé une ouverture dans la garde de
Bhlmaséna, le frappa des pointes de huit traits acérés.
Mais Bhlma, que l'on vante pour ses batailles, blessa le
gourou, semblable à un père, de soixante-cinq bhallas
dans le combat. 5,322 — 5,323.
Dès qu’Arjouna eut percé Souçarman de nombreuses
flèches de fer, il dissipa devant lui son armée, comme le
vent chasse les grands nuages. 5,324.
Alors Bhlshma, le roi Douryodhnna et Vrihadbala, le
koçalain, s'avancèrent irrités vers Dhanandjaya et Bhl-
maséna. 5,325.
Les héros fils de Pàndou et Dhrishtadyoumna le Pri-
shatide fondirent dans le combat sur Bhlshma, tels que la
Mort, sa bouche ouverte. 5,320.
Attaquant l'aïeul des Bharatides, Çikhandi courut, plein
d’ardeur, ayant secoué la crainte, qu’inspirait ce grand
héros. 5,327.
Les fils de Prithâ, accompagnés de tous les Srindjayas,
Youdhishthira à leur tète, mettant Çikhandi en avant,
livrèrent combat à Bhishma. 5,328.
Tous les liens, sous la conduite du vieillard fidèle à sou
\œu, soutinrent la bataille contre les Prithides sur les pas
de Çikhandi. 5,32».
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BHISHMA-PAUVA.
631
Là, s’alluma un terrible combat des Kourouides avec
les fils de Pàndou , se disputant le succès sur Bhishma.
Le guerrier était comme un coup de dé dans le succès
des tiens, monarque des hommes ; là, s'engagea une
partie de dés, dont la chance était pour chacun la con-
quête d’un autre guerrier. 6,330 — 5,331.
Toutes les armées furent stimulées par Dhrishta-
dyoumna :
« Courez sur le fils de la Gangâ, cria-t-il ; ne craignez
pas, 6 les plus excellents des héros ! » 6,332.
A ces mots du généralissime, l'armée des Pândouides,
rejetant la crainte dans cette grande bataille, courut à la
hâte sur Bhishma. 5,333.
Celui-ci, le meilleur des maîtres de chars, s’avança
lui-même au devant de cette armée, qui accourait telle
que l’océan vers son rivage. 5,334.
» Comment, dans ce dixième jour, Sandjava, s’enquit
Dhritarâshtra, le fils de Çàntanou, Bhishma à la grande
vigueur a-t-il combattu avec les Pândouides, accompagnés
des Srindjayas ? 5,335.
» Comment le Kourouide a-t-il arrêté dans ce combat
l’assaut des fils de Pàndou ? Raconte-moi cette vaste
bataille, qu'a soutenue Bhishma, brillant de l'auréole des
combats ? » 5.336.
Je te raconterai maintenant, Bharatide, lui répondit
Sandjava, comment fut ce combat, que le rejeton de
Kourou soutint contre les fils de Pàndou. 5,337.
Les grands héros irrités des liens furent envoyés dans
ce dixième jour à l'autre monde par les flèches triom-
phantes de Kirlti. 5,338.
Le Kourouide Bhishma, victorieux dans les batailles,
/
632 LF. MAHA-BHARATA.
accomplit, comme il l’avait promis, un carnage non inter-
rompu des fils de P&ndoti dans ce combat. 6,33$).
La victoire demeura incertaine, redoutable monarque,
entre Bhlshma combattant, accompagné des Kourouides,
et Arjouna soutenu par les Pânlchâlains ; et, dans cette
rencontre de Bhlshma et d'Arjouna, qui eut lieu ce
dixième jour, s’éleva dans la bataille un carnage d'une
grande épouvante, que rien ne suspendit (1).
5,340— 5,341.
Dans cette journée le fils de Çàntanou, Bhishma, à qui
étaient connus les plus puissants des astras, immola les
guerriers, formidable roi , par myriades et plus encore.
Tous les héros, qui ne savent pas reculer dans les com-
bats et de qui les membres, par les cuirasses, dont ils sont
enfermés , ressemblant à l'inconnu, tombèrent là sous les
traits de Bhlshma. 5,342 — 5,343.
Enfin, quand il eut consumé l'armée des Pândouides,
ce prince vertueux en vint à mépriser sa xrie. 6,3 A4.
Bientôt, désirant la mort de soi-même, la face tournée
au combat, il te dit : « Je n’immolerai pas dans la
bataille ce bien grand nombre des plus excellents des
hommes. » 5,345.
Quand il eut roulé cette pensée, ton père aux longs bras,
Dévavrata d’adresser ces mots au Pàndouide, qui se
trouvait près de lui : 5,346.
<i Youdhishthira à la grande science, homme instruit
dans tous les Traités, écoute de nia bouche, mon fils, ce
langage vertueux et digne du Swarga. 5,347.
» Mon corps et les souilles de la vie m'abandonnent tout
1 Saiarun. »
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BH1SHMA-P.ARVA.
533
à fait, mon fils. Il est passé le temps, où je ravissais dans
le combat un bien grand nombre d’existences. 5,3/|8.
» Mets donc au premier rang le Prithide, les Pàntchâ-
lains avec les Srindjayas, et fais qu'ils s’efforcent de tue
donner la mort, si tu veux accomplir une chose, qui m’est
agréable. » 5,3A9.
Dès qu’il connut son opinion, le monarque Pàndouide,
de qui les regards embrassent la vérité, marcha dans le
combat, accompagné des Srindjayas, contre le fils de
Çântanou. 5,350.
A ces mots de Bhîshma, Dhrishtadyoumna et le Pàn-
douide Youdhishlhira d’exciter l’armée : 5,351.
« Courez! Combattez Bhishma ! Triomphez de lui dans
la bataille ! N’ètes-vous pas défendus par Djishnou, vic-
torieux des ennemis et qui est uni à la vérité ? 5,352.
# Ce Pi ishatide au grand arc, le général de nos années,
et Bhlmaséna vous donneront un appui assuré dans la
bataille. 5,353.
» Ne ressentez aucune crainte maintenant de Bhtshma
dans la guerre, Srindjayas : vous triompherez certainement
de Bhishuia, si vous mettez Çikhandi à votre tête ! » 5, 35 A.
Dès qu’ils eurent arrêté une règle dans ce dixième
jour, les Pândouides , pleins de résolution pour le inonde
de Brahma, coururent, enflammés de colère. 5,355.
Ayant mis devant eux Çikhandi et Dhanandjaya, le fils
de Pândou, ils firent les plus grands efforts pour abattre
Bhishma. 5,356.
Au commandement de ton fils, des monarques à pied
rassemblés de contrées diverses, appuyés par de grandes
fores d’armées, accompagnés de Drona, secondé par le
roi, ton fils, 5,357.
534
LE MAHA-BHARATA.
Et le vigoureux Douççâsana , environné de tous ses
frères , vinrent alors exercer leur vigilance autour de
Bhishma, placé au milieu de la bataille. 5,358.
Et les héros de ton parti , mettant avant toute chose le
guerrier au grand vœu, livrèrent combat aux fils de Pri-
thà sous la conduite de Çikhandt. 5,350.
Le br .ve au singe pour enseigne , accompagné des
Tchédiens et des Pântchàlains, marcha contre Bhishma,
le fils de Çântanou, en se couvrant de Çikhandi. 5,360.
Le petit-fils de Çini combattit le fils de Drona; Dhrish-
takéiou engagea le combat avec Paàurava, et Youdhà-
manyou croisa le fer avec Douryodhana et ses ministres.
Virâla mit son armée aux mains, fléau des ennemis,
avec l’armée de Djayadratha , le fils de Vriddhakshatra.
5,361—5,362.
Youdhishthira d'affronter l’héroïque roi du Madra, en-
vironné de son armée ; Bhlmaséna bien défendu fondit sur
l’armée des éléphants. 5,363.
Le Pântchâlain lurieux, accompagné de ses frères de
tout sang, s’avança contre le fils de Drona, sans crainte,
inabordable et le meilleur de tous ceux, qui portent les
armes. 5,364.
Le dompteur des ennemis, Sinhakétou (1) marcha
contre Kamikâradwadja, et Vrihadbala, le fils du roi,
vint à la rencontre du Soubhadride. 5,366.
Brûlants de leur ôter la vie, tes fils se précipitèrent
avec les rois dans le combat sur Çikhandi et Dhanandjaya,
le fils de Pândou et de Prithà. 5,366.
Tandis que s’agitait le courage extrêmement épouvan-
(i) Texte de Bombay.
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BHISHMA-PARVA.
535
table de ces deux armées, la terre fut ébranlée du mou-
vement de ces masses, qui couraient l’une sur l’autre.
Dès qu'elles virent le Çànlanou'de dans la bataille, les
armées des tiens, Bharatide, s’engagèrent au milieu de
l’armée des ennemis. 5.367 — 5,368.
La course mutuelle de ces hommes, consumés pur ta co-
tire, fit éclater un grand bruit dans toutes les plages de
l’horizon. 5,369.
Le son des tambours et des conques, le barrit des élé-
phants, les cris de guerre des héros firent naître de tous
côtés l’horreur. 5,370.
Égal à celui du soleil et de la lune, l’éclat de tous les
monarques fut effacé par la splendeur des bracelets et
des tiares, que portaient -les guerriers. 5,371.
La poussière et les nuages volaient, mêlés aux éclairs
des projectiles; le bruit des arcs eux-mêmes produisait
l’épouvante. 5,372.
Les fanfares des conques, le son des flèches, le vaste
roulement des tambours, le fracas des chars naquirent au
même instant au milieu des deux armées. 5,373.
Remplissant les airs par des multitudes de flèches, par
des multitudes de glaives, de lances, de lacets, les deux
armées ayaient ravi au ciel sa lumière. 5,37/j.
Les maîtres de chars et les coursiers dans ce grand
combat se précipitaient les uns sur les autres, les élé-
phants massacraient les éléphants, les hommes de pied
tuaient les hommes de pied. 5,375.
Ce combat des Kourouides avec les Pàndouides à cause
de Bhlshma fut alors bien grand, tigre des hommes, et
semblable à celui de deux vautours, qui se disputent un
morceau de chair. 5,376.
638
LE MAHA-BHARATA.
Quand elles en furent venues aux mains, l'épouvante
régna sur ces deux armées, qui désiraient triompher l'une
de l’autre dans ce grand combat pO'ir se donner mutuel-
lement la mort. 5,377.
Le valeureux Abhimanvou combattit à cause de
Bhîshma avec ton fils, grand roi, assisté d’une nom-
breuse armée. 5,378.
Alors Dourvodhana irrité de frapper ce fils de Krishna •
dans la poitrine de neuf traits aux nœuds inclinés d’abord
et de trois flèches ensuite. 5,370.
Bouillant de colère, Abhimanyou envoya sur le char de
Douryodhana sa lance de fer , épouvantable, comme celle
de la Mort. 5,380.
Soudain ton héroïque fi!s, souverain des hommes, tran-
cha en deux avec un kshourapra dans son vol même cette
arme aux formes effrayantes. 5,381.
Ce combat fut terrible, à l’aspect admirable, causant le
plaisir des sens, applaudi par tous les princes. 5,382.
Le Soubhadride et le plus grand des Kourouides, ces
deux héros, se livraient ce combat pour la victoire du
Prithide et la mort de Bhtshma. 5,383.
Le terrible Açvatthâman irrité, le plus excellent des
brahmes, frappa d’un nâràtcha dans la poitrine Sâtyaki
au milieu du combat. 5,38A.
Mais Çaînéya à l’âme incommensurable de blesser dans
tous les membres avec neuf flèches aux ailes de héron le
fils du gourou lui-même. 5,385.
Açvatthâman perça dans le combat Sàtvaki de neuf
traits , et lui envoya de nouveau rapidement trente
flèches dans la poitrine entre les deux bras. 5,386.
Profondément blessé, le héros Sàtwatide à la haute re-
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BHISHMA-PARVA.
537
nommée frappa en retour avec trois dards le fils de
Drona. 5,387.
Le fameux héros Paâurava couvrit de flèches et déchira
nombre de fois dans ce combat l’héroïque Dhrisbtakétou.
Ce brave à la grande force riposta lestement avec
trente dards acérés, dont il blessa Paâurava dans la ba-
taille. 5,388—6,389.
Mais le vaillant Paâurava trancha l’arc de Dhrishtaké-
tou, jeta vigoureux un cri de victoire et l’entoura de ses
flèches acérées. 5,390.
Le blessé prit aussitôt un nouvel arc avec deç traits
aigus et frappa, grand roi , Paâurava de soixante-treize
flèches. 5,391.
Ces deux héros au grand char, à la grande taille, firent
pleuvoir l’un sur l’autre une épaisse averse de traits.
Ils se coupèrent mutuellement leurs arcs, ils se tuèrent
leurs chevaux : et, sans chars, mais pleins de colère, ils
engagèrent un combat à l’épée. 5,392 — 5,393.
Tous deux armés de boucliers en cuir de taureau, admi-
rables, ornés de cent lunes, émaillés d’une centaine d’é-
toiles ; tous deux ayant pris à la main des cimeterres sans
tache, sire, et d'un immense éclat, fondirent l’un sur
l’autre, tels que, dans un grand huis, deux lions furieux,
à la rencontre d’une éléphante. 5,39â — 5,395.
Ils décrivirent des cercles divers, ils exécutèrent des
allées et des retours, se montrant leur art et sondant
mutuellement leur faiblesse. 5,396.
Paâurava, de sa grande épée, blessa Dhrishtakétou
avec colère à l’endroit de l’os temporal et lui cria:
« Arrête ! arrête là ! » 5,397.
De son < ôit, le roi de Tchédi frappa dans le combat.
538 LE MAHA-BHUIATA.
de son long glaive au tranchant acéré, l’éminent Paâurava
à la clavicule du cou. 5,398.
Ces deux guerriers, dompteurs des ennemis, qui s’é-
taient attaqués réciproquement, grand roi, clans celte lutte
acharnée, tombèrent, frappés de leur fougue mutuelle.
Ensuite Djayatséna, ton fils, ayant fait monter Paâurava
sur sa voiture de guerre, l'emmena de toute la vitesse de
son char, hors du champ de bataille. 5,399 — 5,500.
L’auguste fils de Màdrî, le vaillant héros Sahadéva,
d’emporter Dbrishtakéiou loin du combat. 5,401.
Aussitôt que Tchitraséna eut frappé Souçarman de nom-
breuses flèches de fer, il le perça de nouveau avec
soixante dards, et ensuite avec neuf traits. 5,402.
Mais Souçarman irrité blessa ton fils, souverain des
hommes, avec dix et dix flèches aiguës dans le combat.
11 frappa en représailles avec colère, sire, Tchitraséna,
dans la bataille, de trente dards aux nœuds inclinés.
5,403—5,404.
Le Soubhadride, qui ajoutait, sire, à son honneur et sa
renommée, déployant sa valeur à cause du Prithide sur le
champ de bataille, où combattait Bhlshma, attaqua Vri-
hadbala, le fils de roi. Quand le roi du Koçala eut blessé
l’Arjounide avec cinq flèches de fer, 5,405 — 5,406.
Il le frappa de rechef avec vingt traits aux nœuds in-
clinés; et le Soubhadride blessa, en retour, de huit flèches
de fer le souverain du Koçala, 5,407.
Qui n’en fut pas ému dans ce combat. Le Phâlgounide
le perça de nouveaux dards, et trancha enfin l'arc du Ko-
çalain. 5,408.
Il frappa même son rival de trente dards aux ailes de
héron. Le fils de roi, Vrihadbala, saisit un nouvel arc,
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BHISHMA-l’ARVA.
539
Et blessa avec colère, de traits nombreux, le fils de
Phâlgouna dans le combat. La bataille de ces deux héros
irrité , puissant monarq e, fléau de< ennemis, qui avait
Bhishma pour sa cause, fut telle que jadis, en la guerre
des Asouras et des Dieux, le conflit d’Indra et de Bali.
6,409 — 5,410 — 5,411.
Bhlmaséna de porter son attaque sur l'armée des chars,
où il jeta une vive splendeur, comme Çakra déchirant, la
foudre à sa main, les plus hautes des montagnes. 6,412.
Frappés de mort dans ce combat, les éléphants, sem-
blables à des collines, tombaient de compagnie sur le sol
et faisaient résonner la terre. 5,413.
Ces pachydermes, aussi grands que des alpes et pareils
à des masses brisées de collyre, étendus sur la terre, y
brillaient comme autant de montagnes répandues. 5,414.
Défendu par une nombreuse armée, l’héroïque You-
dhishthira d’écraser le roi du Madra, qui avait engagé le
combat avec lui. 5,415.
Et ce brave souverain du Madra d’accabler dans la ba-
taille, à cause de Bhishma, le vaillant fils de Dharma.
Le roi du Sindhou ayant blessé Virâta de neuf flèches
aiguës aux nœuds inclinés, le frappa de nouveau avec
trente. 5,416—5,417.
Et le général des armées, Virâta, de percer, entre les
deux seins, grand roi, le Sindhien avec une trentaine de
traits acérés. 5,418.
Le Matsya et le Sindhien brillaient dans ce combat, dis-
tingués par des foruies admirables, portant de merveilleux
drapeaux, dards et cuirasses, armés de cimeterres et d’arcs
admirables. 5,419.
Drona dans ce violent combat , ayant affronté le fils du
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540
LE MA H A- BHARATA.
Pântcbàlain, soutint contre lui une grande guerre, avec
ses flèches aux nœuds inclinés. 5,420.
Puis, il trancha l'arc immense du Prishatideet le blessa
lui-même, puissant roi, de cinq cents traits. 5,421.
L’immolateur des héros ennemis, le rejeton de Prishat,
saisit un nouvel arc et lança si.r Drona une massue, pa-
reille au bâton de la Mort. 5,422.
Drona soudain arrêta dans son vol , avec cinquante
flèches, cette arme, ornée d’étoffes d’or. 5,423.
Mise en plusieurs morceaux par les flèches, qu’avait en-
voyées l’arc de Drona, cette massue, réduite en menus
fragments et semblable à une chose, que la vieillesse a
dissoute, tomba sur la terre. 5,424.
Dès qu’il vit détruite sa massue, le Prishatide, imino-
iateur des ennemis, darda sur Droua une lance resplen-
dissante, toute de fer. 5,425.
Drona aussitôt la coupa dans le combat, avec neuf
flèches, Bharatide, et il écrasa l’héroïque Prishatide, dans
la guerre. 5,426.
Ainsi, grand, aux formes épouvantables, inspirant la
terreur, était alors ce combat, puissant roi, que se li-
vraient Drona et le fds de Prishat au sujet de Bhishma.
Arjouna, arrivé près du fils de la Gangà, l’accabla de
ses flèches acérées ; il fondit sur lui, tel qu’un éléphant en
folie sur un éléphant en rut au milieu d’une forêt.
5,427—5,428.
L’auguste roi Bhagadatta s’en vint à sa rencontre ; il
arrêta dans la bataille Arjouna d’une pluie de flèches.
Mais celui-ci blessa dans le combat, de ses traits en fer,
sans tache, aigus, pareils à l’argent, ce prince, qui s’a-,
vançait, tel qu’un éléphant. 5,42» — 5,430.
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BHISHMA-PAR\ A.
541
Le fils de Kountî, excitant Çikhandt : h Marche, marche
contre Bhlsbma, lui dit-il, et tue-le, grand roi ! » 5,431,
Ensuite le Prâgdjyotishain, ayant abandonné le Pân-
douide, s’avança d’un pied hâté, sire, frère aîné de
Pàndou, vers le char de Droupada. 5,432,
Arjouna, mettant devant lui Çikhandl, marcha rapi-
dement sur Bhîshma ; et le combat commença, grand roi.
Puis, les héros des tiens coururent avec légèreté dans
la bataille sur le Pândouide, en jetant des cris : ce fut
comme une chose mçrveilleuse. 5,433 — 5,434.
Arjouna, souverain des hommes, dissipa les armées
de différentes sortes, qui suivaient tes fils, comme le souille
du vent chasse, dans la saison, les nuages rassemblés au
sein du ciel. 5,435.
Çikhandî affronta l’aïeul des Bhoratides, et, rapide-
ment, sans trouble, il le couvrit de ses flèches nom-
breuses. 5,430.
Feu, qui avait pour chapelle son char, pour splendeur
son arc, comme bois sa massue, sa lance et son épée,
comme grande flamme ses faisceaux de flèches, il con-
sumait les kshatryas dans le combat. 5,437.
Tel que marche, accompagné par le vent, un vaste in-
cendie allumé dans i.ne forêt de bois sec, ainsi flamboyait
Bhishma, tandis qu’il décochait ses traits célestes. 5.438.
11 immola dans le combat les Soinakas, qui suivaient
les pas du Pândouide. Au moyen de ses flèches acérées,
empennées d’or, aux nœuds inclinés, le grand héros ar-
rêta l’armée du fils de Pândou et fit résonner, dans cette
bataille acharnée, les plages du ciel et les points intermé-
diaires. 6,439—5,440.
Renversant les maîtres de chars et les chevaux avec
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642
LE MAHA-BHARATA.
leurs cavaliers, il rendit les multitudes de chars sem-
blables à des forêts de palmiers sans feuillage. 6,641.
Bhishina, le plus excellent de tous ceux, qui portent les
armes , sire , priva de leurs hommes en ce combat les
chevaux, les éléphants et les chars. 5,442.
A l’audition du bruit, pareil au fracas du tonnerre, que
produisait la surface de sa corde, tous les guerriers, sire,
étaient ébranlés de tous les côtés ! 5,643.
Les flèches de ton père (1) , souverain des enfants de
Manou, tombaient, sans manquer le but ; les traits partis
de son arc ne restaient pas attachés aux corps. 5,464.
Je vis des chars sans hommes, allant comme le vent,
sire, emportés par les rapides coursiers, auxquels ils
étaient attelés. 5,645.
Quatorze mille Raroushains, Tchédiens ou habitants
de Kaçi, tous fils de famille, appelés de grands héros et
qui avaient renoncé à la vie, 5,666.
Héros, qui ne savaient pas reculer, ombragés de dra-
peaux, dont l’or avait changé la matière, appuyés sur des
coursiers, des éléphants et des chars, ayant affronté dans
la bataille Bhishuia, 5,667.
Semblable à la Mort, sa bouche ouverte, descendirent
dans l’autre monde. Il n’y eut point dans ce combat,
sire, un seul fameux hér^s parmi les Somakas, qui sorilt
vivant de sa lutte avec Bhishina. Les hommes, qui virent
tous ces combattants plongés dans la ville du roi des
morts, estimèrent alors ce qu’était le courage du Çânta-
nouide ; et aucun des grands héros ne se présenta plus
devant lui dans la bataille, si ce n'est le vaillant fils de
Pàndou aux blancs coursiers, de qui Krishna est le co-
(1) Telle de Bombay.
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BHISHMA-PARVA.
SAS
cher, et le Pàntchâlain Çikhandt à la force sans mesure.
5,448 —5,449 — 6,450 — 5,451.
Quand celui-ci eut affronté Bhlshma dans le combat,
éminente personne, il le frappa au milieu des seins avec
dix bhallas acérés. 6,452.
Le fils de la Gangà jeta sur le guerrier le regard
oblique de ses yeux, enflammés de colère, dont il sem-
blait vouloir, Bharatide, le consumer. 6,453.
Mais, se rappelant cette qualité de femme, qu’il avait
portée à la vue du mon de entier, ilne riposta point et n'eut
pas l’air de le connaître. 5,454.
Arjouna donc adressa, grand roi, ces mots à Çikhandl :
tt Fonds rapidement sur lui et tue ce vieil aïeul des Kou-
rouides. 5,455.
» A quoi bon, héros, un plus grand nombre de paroles?
Immole ce vaillant Bhlshma ! car je ne vois pas aucune
autre chose, qui soit maintenant à faire dans l’armée
d’Youdhishthira. 5,456.
» 11 n'est personne ici, qui soit capable de livrer un
combat à Bhlshma, si ce n'est toi, tigre des hommes : c’est
une vérité, que j’aflirme ici devant toi ! » 5.457.
A ces mots du Prithide, Çikhandl inonda précipitam-
ment, éminent Bharatide, le vieux aïeul de traits sous
diflérentes formes. 6,458.
Sans même penser à ces dards, Dévavrata, ton père, ar-
rêta dans le combat avec ses flèches Arjouna irrité ;
Et le vaillant h ros envoya de ses traits mordants, au-
guste sire, l’armée entière des P&ndouides à l'autre monde.
Ensuite, les (ils de Pàndou, environnés d'une autre
nombreuse armée, t ernèrent Bhlshma, comme les nuages
offusquent l’astre du jour. 5,459 — 5,460 — 5,461.
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544
LE MAHA-BHARATA.
Le Bharatide enveloppé de tous les côtés, éminent fils
de Bharata, consuma ces héros dans le combat : tel le feu
etend au milieu d’un bois les ravages de sa flamme.
Vlors, nous admirâmes le courage étonnant de ton fils;
car, en même temps qu'il combattait le fils de Prithà, il
défendait son aïeul. 5,462 — 5,463.
A la vue de cette prouesse de l’archer ton fils, le ma-
gnanime Douççàsana, tous les spectateurs de se réjouir.
En effet, seul, il combattit les Prilhides avec Arjouna ;
et les Pàndouides ne purent arrêter ce guerrier aux forces
sans mesure dans le combat. 5,464 — 5,465.
Les maîtres de chars, qu'il réduisit à pied dans la ba-
taille, les héroïques cavaliers et les vigoureux combat-
tants, montés sur des éléphants, tombaient, percés de ses
flèches acérées, sur le sol de la terre. En proie à la dou-
leur de ses traits, d’autres pachydermes couraient par
tous les points de l’horizon. 5,466—5,467.
Consumant l’armée des Pàndouides, ton fils jetait des
flammes, comme flamboierait un feu, duquel on au-
rait allumé la puissance au milieu d’une énorme pile de
bois. 5,468.
Le grand héros des Pàndouides ne put supporter les
victoires de ce guerrier à la taille de géant : personne
d'aucune manière ne s’éleva jamais à la rencontre de lui,
si ce n'est le fils de Mahéndra aux blancs coursiers.de qui
Krishna est le cocher. Dès que Arjouna- Vidjaya l’eut
vaincu dans la guerre, sire, 5,469 — 5,470.
Il fondit sur Bhlshma lui-même, à la vue du monde
entier. Ton fils vaincu, aux bras de qui Bhlshma avait
mis sa confiance, aspira l'air mainte et mainte fois, et sou-
tint, furieux d'ivresse, le combat contre Djishnou. Mais la
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BHÏSHMA-PARVÀ.
545
bataille d'Arjouna, sire, répandit sur lui toute sa splen-
deur. 5,471 — 5,472.
ÇikandI, sire, blessa votre aïeul dans le combat de
traits, qui tranchaient comme le tonnerre et dont la mor-
sure ressemblait au venin des serpents. 5,473.
Ils ne firent pas de blessure à ton père, monarque des
hommes, et le fils de la Gangâ reçut alors ces flèches en
riant. 5,474.
De même que, tourmenté par la chaleur, un homme
reçoit les gouttes de la pluie, ainsi le fils de la Gangâ re-
çut ces dards aigus de ÇikandI. 5,475.
Les kshatryas virent épouvantable dans le combat ce
Bhishma, qui, grand roi, consumait les armées des ma-
gnanimes fils de Pândon. 5.470.
Alors, ton fils, respectable roi, de parler en ces termes
à toutes ses armées : « Courez de tous les côtés sur Phâl-
gouna dans la guerre. 5,477.
» Le vertueux Bhîshma vous défendra tons dans la ba-
taille : abandonnez donc entièrement la crainte, et com-
battez contre les Pàndouides. 5,478.
» Bhishma se tient dans ce combat, protégeant sous
l'ombre de son grand palmier d'or, la paix et les armes
de tous les Phritaràshti ides. 5,479.
# Les Immortels soulevés eux-mêmes seraient incapa-
bles d'enfermer Bhishma ; à plus forie raison de simples
mortels, les Pàndouides ne pourraient-ils envelopper ce
magnanime à la puissante vigueur! 5,480.
# Ne fuyez donc pas, guerriers, quand le combat vous
a portés auprès de Phàlgouna. Moi, de tous mes efforts,
je vais livrer bataille au l’àndouide à l’instant même, ac-
compagné de toutes vos majestés, les monarques de la
vu . :>.)
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546
LE MAHA-BHARATA.
terre, luttant d'ardeur avec moi! » Dès qu’ils eurent en-
tendu cette parole de l'habile archer, ton fils, sirs.
Tous ces guerriers puissants, à la grande vigueur, pleins
de colère, les Vidéhas, les Kalingas et les armées du Dâ-
séraka, 5,481—5,482—5,438.
Les Nishadas, les Saâuvtras, les Vâhlikas, les Daradas,
les peuples de l'occident, du septentrion, les Malavas,
accoururent dans ce grand combat, 5,484.
Les Abhishàlas, les Çoûrasénas, les Çivides, les Vasà-
tiens, les Çalvas, les ÇakaS, les Trigarttains, les Am-
bashthas et les Kalkéyains s'avancèrent d'un pied rapide
vers le fils de l’rithà, comme les sauterelles volent te pré-
cipiter dans le feu. Mais, la pensée du vigoureux Dha-
nandjaya s'étant portée vers ses astras célestes, il les
dirigea contre tous ces grands héros, et Bibhatsou les eut
bientôt consumés, eux et leurs armées (1), Mahàrâdja,
sous l’énergie de ses flèches par ses astras d’une immense
impétuosité. Tandis que le robuste archer lançait des mil-
liers de traits, 5,485 — 5,486 — 5,487—5,488.
On voyait son Gàndlva comme enflammé dans l’atmos-
phère. En but à la fureur des flèches, les monarques aux
grands étendards déployés ne pouvaient s’approcher, en
se tenant réunis, du héros à l'enseigne du singe. Blessés
par les traits de Kirlli, les maîtres de chars tombaient
avec leurs drapeaux, les cavaliers avec leurs chevaux,
les éléphants avec les guerriers, montés sur leur dos. De
tous côtés, la terre était couverte par les armées des rois,
que le bras d’Arjouna avait rompues et qui fuyaient de
mainte manière. Quand le Prilkide eut mis, graud roi,
(t) Teite de Bombay.
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BHISHM \-PARVA.
547
cette armée en déroute, 6,489—5,490—5,491 — 5,492.
11 envoya des flèches nombreuses à Douççâsana. A
peine ces traits au bec de fer eurent-ils percé ton fils.
Qu'ils entrèrent tous dans la terre, comme des serpents
dans une fourmillière. Puis, il tua ses chevaux, il abattit
son cocher. 5,493—5,494.
Vingt flèches privèrent de son char Vivinçati, qu’il
blessa profondément lui-même de cinq traits aux nœuds
inclinés. 5,495.
Après qu’il eut percé Kripa, Vikarna et Çalya de nom-
breux dards en fer, le fils de Kountl aux blancs coursiers
les réduisit eux-mêmes à pied. 5,496.
Ainsi tous ceux-ci, vénérable monarque, se virent sans
char : Kripa et Çalya, Douççâsana, Vikarna et Vivinçati.
Vaincus par l’Ambidextre, ils fuyaient sur le champ de
bataille. Dans la première partie du jour, quand il eut
dompté ces grands héros, le Prithide flamboya comme
un feu sans fumée, et, par ses pluies de flèches, il avait
ressemblé au soleil, environné de ses rayons.
5,497—5,498—5,499.
Il abattit même les autres monarques, puissant roi, et
ses averses de traits firent tourner le dos aux plus vail-
lants. 5,500.
11 fit couler , dans ce combat, au milieu de3 armées
Kourouide et Pàndouide, fils de Bharata, un vaste fleuve,
dont le sang était l'onde. 5,501.
Des multitudes de chars, d’éléphants et de chevaux
étaient immolées de cent manières, avec les maîtres des
chars; et les chars rompus tombaient avec les chevaux,
les éléphants et les fantassins. 5,502.
Dans toutes les plages de l’horizon, ce n’était que chars
548
LE MAHA-BHARATA.
rompus, que têtes abattues, que chûte de corps aux en-
trailles déchirées, de coursiers , de pachydermes et de
guerriers. 5,503.
Le champ de bataille était couvert, sire, de grands hé-
ros, (ils de roi, tombés et tombants, parés de pendeloques
et de bracelets, de chars et de roues brisées , d’éléphants
broyés. Les hommes de pieds fuyaient pêle-mêle au mi-
lieu des chevaux et des cavaliers. 5,504 — 5,505.
Les guerriers sur des chars et les pachydermes tom-
baient de tous les côtés à la ronde ; les chars étaient épars
sur la terre avec les drapeaux, les jougs et les roues en
morceaux. 5,500.
Arrosé par le sang des multitudes de héros, de che-
vaux et d'éléphants, le champ de bataille resplendissait,
couvert de celte rouge enveloppe, comme un nuage cra-
moisi d’automne. 5,507.
Les chiens, les corbeaux, les vautours, les loups mêlés
aux chacals hurlaient et glapissaient en s'approchant de
cette proie : quadrupèdes et volatiles, tous alors ils deve-
naient ennemis. 5,508.
Des vents de toutes sortes soufflaient dans toutes les
plages du ciel. Au milieu des Rak-hasas, qui se mon-
traient, et des Bhot.tas, qui criaient, tout à coup les vents
agitaient et faisaient voltiger des bandelettes d’or et de
précieux étendards. 5,509 — 5,510.
On voyait épars, tombés sur le sol de la terre, des mil-
liers île blanches ombrelles et de vastes chars avec leurs
drapeaux. 5,511.
Ensuite Bhlshma. décochant un astea céleste, fondit,
grand roi, sur le fils de Kounll, malgré les efforts de tous
les archers. 5,512.
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BHISHM A-PARV A.
5A9
Revêtu de sa cuirasse, Çikhan 1 courut dtns le combat
au-devant de sa marche; aussitôt Bhishma de retirer à
lui cet astra, semblable au feu. 5.513.
Dans ce temps même, le fils de Knuntlaux blancs cour-
siers, ayant fasciné l’aïeul des Kourouides, immola ton
armée. 5,5 IA.
Tous les guerriers, dévoués au monde de Brahma et
qui ne savaient pas tourner le dos, s'affrontèrent , Bhara-
tide, au milieu de ces armées innombrables, ainsi dispo-
sées en ordre de bataille. 5,515.
Dans ce combat une armée ne rest>it pas attachée à une
armée ; les maîtres de chars combattaient avec les maîtres
de chars, les fantassins avec les fantassins, les cavaliers
avec lès cavaliers, les éléphants avec les guerriers, mon-
tés sur des éléphants ; chacun se battait là, puissant roi,
avec un esprit comme en délire. 5,5lt3 — 5,517.
Une grande, une terrible infortune pesait à la fois sur
les deux années : elle naissait indistinctement dans ce
carnage si épouvantable au milieu des troupes d’éléphants
et d’hommes, répandues ainsi de tous les côtés. Alors,
Çalya, kripa et Tchitraséna, 5,518 — 5,510.
Douççâsana et Vikarna, ces héros, montant sur des
chars lumineujt, ébranlèrent dans le combat l’armée des
Pàndouides. 5,520.
Mal-menée par ces magnanimes , l’armée de Pândou
flotta dans le combat nombre de fois à la ronde, sire,
comme un vaisseau dans une mer agitée par le vent.
Bhlshiua fendait les membres des fils de Pândou comme
le froid au temps de l'hiver fend les membres des tau-
reaux. 5,521 — 5,522.
Mille fois dans ton armée, le magnanime Prithide
650
LE MAHA-BHAIUTA.
abattit en foule sur la terre les éléphants semblables à des
nuages nouveaux. 5,5 23.
On voit les capitaines des compagnies broyés par le
fils de Prithâ. Blessés par ses flèches et ses nârâtchas, en-
voyés à milliers, 5,524.
Ayant poussé là d’horribles cris de détresse, les grands
éléphants tombaient. Le champ de bataille brillait, cou-
vert des ornements attachés sur les corps des magnanimes
renversés, et de leurs tètes, ornées de pendeloques. Dans
ce carnage, noble roi, des plus vaillants des fameux héros,
6,625-5,526.
Tandis que Bhtshma et le Pàndouide Dhanandjaya dé-
ployaient leur vaillance dans le combat, tes fils, désirant
la mort en combattant et qui faisaient du Swarga le but
de leurs efforts, ayant vu leur illustre aïeul marcher cou-
rageusement dans la bataille, s’avancèrent, suivis de toute
leur armée, vers les Pàndouides au milieu de ce carnage
des plus grands héros ; et les Pàndouides. se souvenant
des nombreuses et diverses infortunes, dont vous les a ver
jadis accablés, ton fils et toi, souverain des hommes, ces
héros, qui avaient rejeté la crainte et qui faisaient du
monde de Brahma l’objet de leur ambiticn, livraient en
hommes de cœur la guerre aux tiens et à tes fils. L'hé-
roïque généralissime adressa dans le combat ces mots à
son armée : {De la stance 5,527 d la stance 5,532.)
« Coures sur le fils de laGangâ, vous, Somakas, et vous,
Srindjayas !» A ces mots du généralissime, les Somakas
et les Srindjayas 5,532.
Coururent sur le fils de la Gangâ ; une pluie de flèches
arrêta cet élan. Blessé par eux, le fils de Çàntanou, ton
père, sire, 5,533.
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BB1SUMA-PAHVA.
551
Tombé sous la puissance de la colère, combattit les
Srindjayas. Ce fut le sage ffâmu, qui donna jadis à cet
homme illustre la science des astras, exterminatrice des
armées ennemies; c’est, appuyé sur cette science, q e le
vieux aïeul des Kourouides faisait la des'ruction des
troupes opposées; Bhishma, le meurtrier des héros enne-
mis, immolait chaque jour dix milliers de princes.
5,5*4— 6,535-6,536.
Ce dixième jour étant arrivé, sept grands héros suc-
combèrent dans le combat sous le bras seul de Bhishma,
qui avait déjà tué une myriade d'éléphants chez les Mat-
syas et les P&ntchà'ains. Après que le noble aïeul eut
rompu cinq milliers de chars, et tué dans ce grand com-
bat quatorze milliers d’hommes, ton père, souverain des
peuples, immola encore des milliers d'éléphants et une
myriade de chevaux. Quand il eut détruit l'armée de tous
ces maîtres delà terre, 5,537—5,53» — 5,539 — 5,540.
Le frère chéri de Viràta, Çatâulka, rendit l'âme sous les
coups de l'auguste Bhishma, qui, cette victoire obtenue
dans le combat, 5,541.
Abattit, Mahàrâdja, avec ses bhallas des milliers de
monarques et tous les princes quelconques, qui s'étaient
rassemblés aux côtés de Dbanandjaya. 6,642.
Ces rois, en affrontant Bhishma, descendirent tous au
monde d’Yama. Dès qu'il eut ainsi masqué partout les
dix points du ciel par les multitudes de ses flèches,
Bhishma fit tête de tous les côtés à l'armée des princes.
Quand il eut dans ce dixième jour accompli cet immense
exploit, 5,543 — 5,544.
11 se tint, son arc à la main, entre les deux années, et
nul des rois, sire, ne pouvait fixer les yeux sur lui,
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552
LE MAHA-BHARATA.
comme on ne peut regarder en été le sol 'il brûlant, par-
venu au milieu de sa carrière. De même que Çakra con-
sumait dans le combat l’armée des Daltyas,
5,545—5,546.
Ainsi l’armée des Pândouides fut consumée par
Bhishma. A peine l'eut-il vu déployer une telle valeur,
le meurtrier de Mudhou, 5,547.
Le fils de Dévakî adressa joyeux ces mots à Dhanan-
djaya : « Le fils de Çântanou, ce Bhishma, qui se tient
entre les deux armées, 5,543.
» Sera une victoire pour toi, si tu parviens à le con-
tenir par la force. Enchalne-le dans l'immobilité, grâce à
ta vigueur, du côté où tu vois l'armée rompue, b, 549.
» En effet, nul autre, seigneur, ne peut soutenir les
traits de Bhishma. » Dans ce même ins ant, stimulé par
ce langage, sire, le guerrier, qui porte un singe pour en-
seigne, 5,550.
Déroba aux yeux avec des flèches Bhishma, et son char,
et ses chevaux, et son drapeau. Mais le plus éminent des
principaux Kourouides trancha en plusieurs morceaux
avec les multitudes de' ses traits les multitudes de traits
envoyés par le fils de Pàndou. Ensuite, le vigoureux
ührishtakétou, le roi des Pàntchàlains, 5,551 — 5,552.
Le Pândouide Bhimaséna, Dhrishtadyoumna le Prisha-
tide, les deux jumeaux, Tchékitâna etles cinq Kaîkéyains,
Sâtvaki aux longs bras, leSoubhadridc et Ghatotkatcha,
les Draàupadéyains, Çikhandi et le robuste Kountibodja,
5,553—5,554.
Seuçarman et Viràta : ces partisans des Pândouides à
la puissante force et d'autres en grand nombre, accablés
par les flèches de Bhishma, 5,555. '
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BHISHMA-PARVA.
553
Furent retirés par Phâlgouna de cette me' d’angoisses,
où iis étaient plongés. Mais Çikhandl rapidement s'arma
d'un trait supérieur ; ô,556.
Et courut, protégé par Kiriti, sur Bhlshma lui-même.
Quand il eut immolé tous ses suivants, Bibhaisou l'in-
vaincu, à qui sont connues les divisions du combat, fondit
surl'aleul en personne. Sàtyaki, Tchékitàna et Dhrishta-
dyoumna le Prishatide, Viràta, Droupada et les deux
Pàndouides, fils de Mâdri, tous défendus par l'archer à
l’arc solide, coururent également sur Bhlshma dans ce
champ de bataille. 5,557 — 5,55S — 5,559.
Abhimanyou et les cinq (ils de Draàupadl, tenant levées
de grandes armes, fondirent sur Bhishma dans le com-
bat. 5,560.
Tous, archers inébranlables, qui ne savaient pas fuir,
ils attaquèrent Bhlshmaavec desflèches, qui recherchaient
les blessures. 5,501.
Quand il eut rejeté les faisceaux de traits, lancés par
les plus grands des princes, le héros d'une âme intrépide
se plongea dans l’armée des fils de Pàndou. 5,562.
L’ illustre aïeul mit obstacle à leurs flèches comme en se
jouant ; mais, se rappelant avec maints sourires sa qualité
de femme, le vaillant Bhlshma ne décocha pas un seul
trait sur le Pàntchàlain Çikhandl. 11 tua sept héros dans
l’armée de Droupada. 5,563 — 5,56à.
A l’instant un grand cri de guerre (1) éclate dans l’ar-
mée des Pàntchâlains, des Matsyas et des Tchédiens, qui
se précipitent sur lui seul. 5,555.
Ceux-ci, tels que le soleil est offusqué par les nuages,
(t) Encore ce kilakita, qu'il faut traduire garni l'aide des dictionnaire».
56â
LE MAHA-BHARATA.
couvrent Bhtshma seul, le fila de la Bhâglratt, qui incen-
diait les ennemis, de (lèches et d’une multitude d'hommes,
de chevaux et de chars. Alors, dans son combat avec les
ennemis, semblable A celui des Asouras et des Dieux,
Kirlti, ayant mis Çikhandi devant ses pas, d’attaquer
Bhtshma. 5,566-5,567-5,668.
Ainsi précédés par ce héros, tous les Pândouides
cernent de tous les côtés et blessent dans le combat leur
noble aïeul. 6,560.
De concert avec tous les Srindjayas, ils blessèrent de
toutes parts Bhtshma avec des çataghnls très-épouvan-
tables, des massues, des haches, des maillets d’armes,
des mousalas, des traits barbelés, des javelots, des flèches
à l’empennure d’or, des lances et des leviers de fer, des
kampanas (1), des nârâtchas, des vatsadantas et des
bhouçoundts (2). Accablé de ces nombreux projectiles et
sa cuirasse brisée, 5,570 — 5,571 —5,572.
Bhtshma n’en était pas ému, quoique tous ses membres
fussent alors entamés. Inspirant la douleur par le bruit
de ses roues, incendie né de ses grands astras, feu sorti
d’un arc et de traits flamboyants, accru par le vent sorti
de ses astras, il avait pour haute flamme un arc multico-
lore, pour masse de bois un carnage de héros, et parais-
sait aux yenx des ennemis un feu, dontl’éclat ressemblait
à celui, qui termine un youga. On le voyait sortir à dé-
couvert entre les multitudes des cha' s, et, se plaçant au
milieu des monarques, aller et revenir. Ensuite, sans pen-
ser, ni à Dhrishtakétou, ni au roi des Pàntchàlains,
(1) Espèce d'arme, (lisent Bohtlingk et Roth, sans aucune autre explica-
tioo.
(8) Probablement, dit Wilson, une sorte d’arme à feu»
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BHISHMA-PARVA.
65b
Il s'avança, monarque des hommes, vers le milieu de
l'armée des l'ândouides. Là, Bhlshma de ses flèches su-
blimes, acérées, au grand bruit, à la grande fougue, bri-
sant toutes les armures, frappa ces six héros : Sàtyaki,
Bhtmaséna et le Pândouide Dhanandjaya, Üroupada, Vi-
râia et Dhrishtadyoumna le Prishatide. Quand ces fa-
meux héros eurent empêché ses traits aigus,
5,075-5,574-5,575—5,570-5,577—5,578-6,579.
Ils percèrentviolemment Bhlshma de dix flèches chacun.
Mais ces longs dards, empennés d'or, aiguisés sur la
pierre, que lançait l'héroïque Çikhandî, entrèrent avec
rapidité dans le corps du noble aïeul. Alors Kirlti, se cou-
vrant de Çikhandt, courut avec colère sur Bhlshma lui-
même et trancha son arc. Les grands héros s’indignèrent
qu'il eut brisé l’arc de Bhlshma. 5,580 — 5,581—5,582.
Drona, Kritavarman et Djayadratha le Sindhien, Bhoû-
içravas, Çala, Çalyaet Bhagadatta, 5,588.
Ces sept héros, bouillants de colère, fondirent sur Ki-
rlti. Ces fameux braves, mettant à nu des flèches divines.
S’élancèrent, vivement irrités et couvrant Phàlgouna
de leurs dards. On entendait (1) les clameurs de ces
guerriers, qui se précipitaient sur le char du Fàndouide.
6,584—5,585,
A peine eurent-ils enteudu ces cris confus, les grands
héros des Pândouides fondirent sur l'ennemi, désirant
sauver Çhâlgouna, l’éminent fils de Bharata. 6,586.
Sàtyaki, Bhlmaséna, Dhrishtadyoumna le Prishatide,
Viràta et Droupada, le Rakshasa Ghatotkatcha, Abhima-
nyou irrité, ces sept héros, pleins de colère, coururentd'un
(i) Texte de Bombay.
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LE MAHA-BHARATA.
556
pied rapide, armés d’arcs multicolores. 5,587 — 5,588.
Leur combat fut tumultueux, épouvantable: tel, émi-
nent Bharatide, il fut dans la guerre des Dànavas avec les
Dieux. 5,589.
Protégé par Kirtti, Çikhandt, guerrier distingué, blessa
de dix flèches, dans le combat, Bhisbma, dont il avait
déjà coupé l’arc. 5,590.
Il perça de dix autres dards son cocher, et trancha d'un
trait son drapeau. Aussitôt le fils de la Gangâ saisit un
nouvel arc plus rapide. 5,591.
Mais Phâlgouna le coupa également avec trois flèches
acérées. A chaque arc, que prit Khishma, le Pàndouide
terrible, l’Ambidextre irrité agit de même et trancha son
arc. Léchant les coins de sa bouche, le Çàntanouide, fu-
rieux de voir tous ses arcs brisés, 5,592—6,593.
Saisit rapidement une lance de fer, capable de fendre
les montagnes, et la jeta avec colère sur le char de Phàl-
gouna. 5,594.
Dès qu’il vit cette arme voler, flamboyante comme le
tonnerre, le fils de Pàndou à l’instant prit cinq bhallas
acérés ; 5,595.
Et fendit avec colère, en cinq morceaux, avec cinq
traits, celte lance de fer, que lui envoyait le bras de
Bhlshma. 5,596.
Elle tomba au pied du char, tranchée par la fureur de
Kirlti ; tels les fragments d’une foudre, qui s’échappe d'un
monceau de nuage. 5,597.
Dès qu’il vit sa lance coupée, l’héroïque Bhishma, le
conquérant des cités ennemies, roula cette pensée dans
son esprit, au milieu du combat, pénétré de colère : 5,598.
« Je suis capable d'immoler tous les Pândouides, avec
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BHISHMA-PARVA.
557
mon arc seul. Si Viçvakséna à la grande puissance ne les
défend pas. 5,599.
» Mais je ne combattrai pas les Pândouides pour deux
raisons, que j’adopte : d'abord, les (ils de Pândou ne mé-
ritent point la mort ; ensuite, la nature de Çikhandl est
celle de la femme. 5,600.
» Jadis, quand mon père, au comble de ses vœux,
épousa Kâli, je reçus la grâce de mourir à ma volonté et
d'être exempt de la mort dans les batailles. 5,601.
» Je pense donc qu’il faut comme me résigner à la mort
en ce moment. » Quand ils connurent que telle était la ré-
solution de Bhishma. à la splendeur infinie, les rishis et
lesVasous lui dirent, du milieu des airs, où ils se tenaient:
« Le dessein, que tu as embrassé, mon fils, nous est
agréable. 5,602 — 6,603.
» Agis donc ainsi, grand roi ! accomplis cette pensée
dans le combat ! » Approuvant sa parole, un vent s’éleva
favorable, régul er, d’une senteur exquise, de l’une et
l’autre part, de tous les côtés , les tambours des Dieux ré-
sonnèrent avec fracas; 5,604—5,605.
Une pluie de fleurs tomba sur Bhishma, et personne,
autre que moi et ce héros aux longs bras, n’entendit, véné-
rable sire, qu’ils disaient à V yditi, portant .auréole des ana-
chorètes : * une grande épouvante régnait parmi les Dieux,
souverain des hommes (4), en ce moment où Bhishma,
l’amour du monde en ier, allait être jeté à bas de son
char* (2). Ainsi (3), ces grands anachorètes entendirent
ce langage du chœur des Dieux. 5,606 — 5,607 — 5,608.
(1-2-3) Sanvadatân... iti... çrovtwâ. Où *»st c- discours? Il manque dans
les deux éd lions; car, assurément, cc ne peut être ce que nous avons en-
fermé ici entre ces deux étoile». Il n’y a rien là qui ressemble à un dis-
court», à un eutrelieu, à un langage quelconque des Dieux aux anachorète».
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558
LE MAHA-BHARATA.
Blessé par les traits acérés, qui brisaient toutes les ar-
mures, Bhlshma, le fils de Çântaoou, ne s'approcha point
de Bibhatsou. 5,609.
Mais Çikhandl, en colère, frappa dans la poitrine, grand
roi, l’ayeul des Kourouides avec neuf dards aigus. 5,610.
Blessé par lui dans ce combat, l’ancêtre des Kourouides,
Bhlshma, n’en fut pas ébranlé plus qu’une montagne dans
un tremblement de terre. 5,611.
Alors Bibhatsou, en riant, décocha l’arc Gândlva et
lança vingt-cinq kshoudrakas (1) sur le fils de la Gangâ.
De nouveau Dhanandjava irrité le blessa d'une main
hâtée, avec des centaines de flèches en tous les membres,
en tous les organes. 5,612 — 5,613.
Atteint profondément de ces traits et d’autres lancés à
milliers, l’héroïque Bhlshma les eut promptement arrêtés.
Le héros au courage infaillible paralysa ces dards lancés
dans le combat par d'autres dards aux nœuds inclinés.
Les flèches à l'empennure d’or, aiguisées sur la pierre,
décochées par le vaillant Çikhandl dans la bataille, ne lui
firent aucune blessure. 6,614—5,615 — 5,616 — 5,617.
11 perça le guerrier avec six traits, il coupa avec un
son drapeau, et il ébranla son cocher avec dix autres.
Le fils de la Gangâ prit un nouvel arc plus fort; et,
dans la moit;é d’un clin d’œil, il fit, avec trois bhallas,
trois morceaux de chaque arc, que le Prithide avait saisi
dans ce grand corn at (2). 11 trancha ainsi tous ces arcs.
5,618 — 5,619 — 5,620.
Le fils de Çântanou, Bhlshma ne s’approcha point de
(i) Sor*e d’arme de trait, évidemment; mais le mot, dans ce sens,
manque à tou» U** dictionnaire», à Dohtlingk même et Holh.
(2j Texte de Bombay.
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BH1SHMA-PARVA.
569
Blbhatsou (1 ) , et darda sur lui vingt-cinq kshoudrakas (2) .
Profondément blessé, le guerrier au grand arc dit à.
Douççâsana : « Ce (ils de Prithâ, l’illustre héros des
P&ndouides, brûle de colère dans le combat.
» 5,621—6,622.
» 11 triomphe de moi-même par ses traits lancés en
plusieurs milliers ; et le Dieu, qui tient la foudre elle-
même, ne saurait le vaincre dans une bataille. 5,623.
» Les vaillants Rakshasas, Dànavas et Dieux réunis ne
pourraient me dompter dans une guerre : combien moins
ces grands héros, qui sont des mortels I » 5,624.
Tandis que ces deux guerriers conversaient ainsi,
Phâlgouna, se couvrant de Çikhandl. blessa de ses dards
acérés Bhishma dans le combat. 5,625.
Atteint profondément de ces traits aigus décochés par
l’arc Gândiva, le noble ayeul adressa de nouveau en sou-
riant ces paroles à Douççâsana : 5,626.
« Toutes ces (lèches, qui touchent comme le tonnerre
ou la foudre et que lance Arjouna dans le combat, ne
ressemblent point à ses (lèches de la Çikhandl ! 5,627.
» Ces trai.s, qui rompent les fortes cuirasses et qui
tranchent mes membres comme des mousaias, ne ressem-
blent pas aux traits de la Çikhandl 1 5,628.
» Ces dards inaccessibles, à la rapidité de la foudre et
dont l’atteinte est égale à celle du bâton de la Mort,
brisent les souilles de mon existence et ne ressemblent
pas aux flèches de la Çikhandl 1 5,629.
» Ces traits, comme des < nnemis, cruels messagers
d’Yama, détruisent les souffles de ma vie ; ils touchent
(t-2) Cette «tance eut composée du premier vers de la stance 5,609 et
du second vers de la stance 5,621.
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560
LE MAHA-BHARATA.
comme les pilons et les massues, et ne ressemblent pas
aux traits de la Çikhandl ! 6,630.
» Ces flèches entrent dans mes membres, tels que des
serpents, qui, remplis de venin, lèchent d'une langue
irritée, et ne ressemblent point aux flèches de la Çikhandl,
» N on! Ces traits d'Arjouna ne sont pas les traits delà
Çikhandl ! Ils pénétrent dans mes membres, comme les
rayons du soleil au mois de Mâgha (1)! 6,631 — 6,632.
» Hormis l'héroïque Djishnou à l'arc Gândîva, qui a le
singe pour son enseigne, tous les autres monarques ne
sauraient même me causer aucun mal. » 6,633.
A ces mots, le (ils de Çàntanou, l’auguste Bhlshma,
comme s’il désirait consumer les Pândouides, envoya une
lance de fer au fils de Prithâ. 6,63A.
Celui-ci la coupa de trois flèches en trois morceaux et
l’abattit sur la terre aux yeux de tous les héros Kourouides,
les tiens, fils de Bharata. 5,635.
Le fils de la Gangà saisit un cimeterre et un bouclier
émaillé d’or, désirant ou l’une ou l’autre de ces deux
choses : vaincre ou mourir. 5,636.
Mais, avant qu’il fut descendu de son char, le Prilhide
avait déjà réduit à coups de (lèches son bouclier en cent
morceaux : ce fut, pour ainsi dire, une merveille. 5,637.
Ensuite, le roi Youdhishthira d’exciter ses bataillons :
« Courez sur le fils de la Gangâ! N’en ressemez même
aucun effroi. » 6,638.
Tous' alors de se précipiter de tous les côtés sur
Bhlshma seul avec des maillets d’armes, des traits bar-
belés et des (lèches, des pattiças, des glaives aigus, des
(1/ Janvier-février.
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BHISHMA-PAIIVA.
561
nârîtchas acérés, des Vatsadantas et des bhallas : un
épouvantable cri de guerre s’éleva du milieu des Pân-
douides. 5,639 — 5,640.
Désirant la victoire de Bhishnia, tes fils répondirent à
ces clameurs (1), et le couvrant seul de leur protection,
ils poussèrent également des cris de guerre. 5,641.
Ce fut un combat tumultueux des tiens avec les enne-
mis. Le dixième jour, dans cet engagement d’Arjouna et
de Bhlshma, les armées, combattant et s’entregorgeant,
ressemblaient au Gange et à la mer, dont l’un recule un
instant devant l’autre, qui refuse de recevoir ses flots.
5,642—5,643.
La terre d’un aspect hideux fut ointe de sang ; les iné-
galités disparurent et elle offrit partout une surface unie.
Dans ce dixième jour, après qu’il eut immolé une my-
riade de combattants', Bhishma se tint dans la bataille
avec ses membres entamés par des blessures.
• 5,644—5,645.
Le Prithide resta, son arc à la main, au front de son ar-
mée, au centre des guerriers Kourouides et mit en fuite
leurs divisions. 5,646.
Nous, accablés par la crainte du fils de Kountl, Dha-
nandjaya aux blancs coursiers, nous prîmes la fuite alors
sur le champ de bataille et sous l’oppression de ses flèches
acérées. 5,647.
Les Saàuvîras, les Kitavas, les orientaux, les peuples
du couchant et du septentrion, les Mâlavas, les Abhî-
shàhas, les Çoûrasénas, les Çivides et les Vaçâtis, 5,648.
Les Çalvas, les Çayas, les Trigarttains, les Ambashthas
(1) Texte de Bombay,
VU
36
662
LE MAHA-BHARATA.
et les Kailtéyains : tous ces magnanimes, harcelés de
flèches et sous l’atteinte des blessures, 5,649.
N'abandonnèrent point dans ce combat le Çântanouide,
livré aux attaques de Kirlti. Au mépris de tous les Kou-
rouides, qu’ils inondaient avec des pluies de flèches, les
Pàndouides en grand nombre enveloppèrent de tous côtés
Bhishma seul. « Abattez! Faites prisonnier! Combattez!
Tranchez! » 5,650 — 5,651.
On n’entendait, sire, que ces cris confus autour du
char de Bhishma. Après qu’il avait tué dans ce combat,
s're, des guerriers par centaines et par milliers, il n’y
avait pas en tout son corps un espace grand de la mesure
de deux doigts, qui fût exempt de blessures. Dans cette
condition, ton père, mis en pièces par ces flèches,
6,652—5,653.
A la pointe enflammée, que Phâlgouna décochait sur le
champ de bataille, tomba du char la tête la première,
sous les yeux de tes fils, à l'heure où il restait encore au
soleil un peu de sa carrière à fournir. 6,654.
Une immense clameur de : « Hélas ! hélas ! » éclata
dans les deux, jetée parles monarques et les Dieux, au
moment où Bhishma fut renversé du char. 5,655.
Quand nous vîmes tomber votre magnanime ayeul, les
cœurs de nous tous furent entraînés dans la chûte de
Bhishma. 5,656.
Le héros aux longs bras, en tombant sur le sol, comme
un drapeau d’Indra abattu, ébranla la terre. Mais ce dra-
peau de tous les archers ne toucha point la terre, à cause
des multitudes de flèches, dont il était enveloppé. Une fa-
culté divine entra dans ce guerrier au grand arc, le plus
éminent des hommes, renversé de son char et couché sur
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BHISIIM A-P A U VA.
563
un lit de flèches. Indra versa une pluie de larmes, et la terre
émue trembla. 5,657 — 5,658 — 5,659.
11 vit dans sa chûte le soleil, entré alors dans la plage
méridionale ; et, quand le héros fut revenu à la connais-
sance, Bharatide, il pensa à la mort. 5,660.
11 entendit alors des voix divines, qui disaient partout,
dans l'atmosphère : a Comment ! ce magnanime fds de la
Gangâ, le meilleur de tous ceux, qui portent les armes,
» Comment 1 ce tigre des hommes, il descendra au
tombeau dans le temps où le soleil décrit l’hémisphère
méridional (1) ! » Quand le fils de la Gangâ eut ouï ces
mots, il se dit : « Je resterai dans la vie ! » 5,661 — 5,662.
Et, quoique tombé sur le sol de la terre, Bhlshma,
l’aïeul des Kourouides, conserva donc le souffle de la vie,
attendant que le soleil fut revenu dans l’hémisphère sep-
tentrional (2). 5,663.
Aussitôt que la Gangâ, fille de l’Himâlaya, connut sa
résolution, elle envoya vers lui des anachorètes sous la
forme empruntée des cygnes. 5,66â.
Voyageant d'un vol rapide, ces hôtes du lac Mânasa,
les cygnes vinrent de compagnie visiter Bhishma, l’aïeul
des Kourouides. 5,665.
Les saints anachorètes, sous leur forme de cygnes, s’ap-
prochent de Bhishma dans le lieu où ce plus vertueux des
hommes était couché sur un lit de flèches. 5,666.
Ils contemplèrent ce magnanime étendu sur la couche
des héros et décrivirent à sa vue un pradakshina. 6,667.
Quand ils eurent salué Bhishma, le plus excellent des
Bharatides, tandis que le soleil était dans l’hémis-
phère austral, ces sages de se demander l’un à l’autre :
(1—2) Relises, pages 106 et 107, les stances 1,165 et 1,166; elles portent
l'éclaircissement de ce passage.
LE MAHA-BHAllATA.
564
« Comment Bhîshma, qui est un magnanime, peut-il
mourir, quand le soleil parcourt la région méridionale? »
Ces mots dits, les cygnes prirent l'essor vers la contrée
du midi (1). 5,668 — 5,669.
Après que le Çântanouide à la haute intelligence eut
vu ces oiseaux, il songea, Bharatide, et leur dit : « Je ne
passerai jamais dans l'autre monde au t mps où le soleil
f il sa révolution au midi : cette résolution est fixée dans
mon cœur. J'irai dans l’éternelle région, qui est mon do-
maine particulier, au moment où le soleil reviendra au
septentrion. C’est une vérité, que je vous dis, cygnes :
je conserverai la vie, désirantvoir le soleil reparaître dans
l’hémisphère septentrional, 5,670—5,671 — 5,672.
» Car j’ai ce pouvoir sur-humain d’abandonner la vie à
tarin gré : et, près de mourir, je conserverai donc les souf-
fles de l'existence jusqu’au temps où le soleil sera repassé
au septentrion. 5,673.
■> Voici la grâce, qui me fut accordée par mon magna-
nime père : « Le moment de ta mort sera à ta volonté ! »
Que sa grâce s’accomplisse ! 5,674 .
» Ainsi, je conserverai le souffle de la vie, puisque son
abandon est soumis à mon désir, s Quand il eut dit ces
paroles aux cygnes, il resta couché sur son lit de flèches.
Lorsque Bhlshma à la grande puissance, la cime des
Kourouides, fut ainsi tombé, les Pàndouides et les Srin-
djayas de pousser un cri de guerre. 6,675 — 5,676.
Après que l’héroïque aïeul des Bharatides eut suc-
combé, tes lils, éminent Bharatide, ne réussirent plus
dans aucune chose. 5,677.
(1) Ce vers ne semble point ici à sa place et serait mieux, s'il venait
après la stance 5,675.
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BHISHMA-PARVA.
565
Ce fut alors un égarement confus de l’esprit des Kou-
rouides : les principaux, Kripa et Douryodhana à leur
tête, répandirent des gémissements et des larmes. 5,678.
Ils restèrent long-temps les facultés des sens éteintes
par le découragement; ils étaient plongés dans la rêverie,
puissant roi, et ne tournaient plus leur pensée vers les
combats. 5,079.
Tenant leurs cuisses embrassées, ils ne couraient plus
sur les Pândouides. Depuis que Bhlshma à la grande puis-
sance, ce fils de Çântanou, qui ne devait pas mourir, était
plongé dans le tombeau, une mort vivante, ‘sire, avait
fondu tout à coup sur les Kourouides ; les plus grands
héros n’étaient plus, et nous, déchirés par les traits aigus,
5,680—5,681.
Vaincus par l’Ambidextre, nous ne distinguions pas ce
qui était à faire. Tous les héros Pândouides aux bras
comme des massues, ayant remporté la victoire et mérité
la voie suprême de l’autre inonde, remplirent de vent
leurs grandes conques : les Somakas, monarque des hom-
mes, se réjouirent avec les Pântchâlains. 5,682 — 5,683.
Bhtmaséna à la grande force battit des mains avec trans-
port et poussa des cris au milieu des milliers d’instruments
de musique, qui chantaient la victoire. 5,684.
Mais, après la catastrophe de l’auguste Bhtshma, les
héros de l’une et de l’autre armée, ayant déposé les armes,
se plongèrent partout dans leurs réflexions. 3,685.
Ceux-ci jetaient des cris, ceux-là fuyaient, plusieurs
tombaient dans l’égarement, les uns maudissaient la con-
dition du kshatrya, les autres honoraient la mémoire de
Bhtshma. 5,686.
Les saints et les Mânes louaient cet homme au grand
566
LE MABA-BHARATA.
vœu ; ceux, qui étaient les devanciers des Bharatides le
comblaient d'éloges. 5,687.
Le sage et vigoureux fils de Çântanou se tint, désirant
la rnorf, murmurant la prière à voix basse, plongé dans
l’absorption en Brahman et méditant un grand oupa-
nishad. 5,688.
« Comment les guerriers furent-ils, s’enquit Dhrita-
râshtra, alors qu’ils eurent perdu Bhlshma le vigoureux,
l’image d'un Dieu, qui observait le vœu du célibat et qui
avait la science d’un gourou ? 5,689.
» Dès què Bhîshma, aveuglé par sa pitié, ne voulut pas
combattre avec le fils de Droupada, je pense qu’ alors tous
les autres Kourouides ont succombé avec lui sous les coups
des Pândouides. 5,690.
» Quelle autre chose peut être, à mon avis, plus doulou-
reuse que ce récit de la mort donnée maintenant à mon
aïeul par cet insensé. 5,691.
» Mon cœur est sans doute composé avec la dureté du
marbre, Sandjaya, puisqu’il n’éclate point à la nouvelle
que Bhlshma vient de succomber! 5,692.
# Raconte-moi, homme ferme en tes vœux, ce que fit
alors Bhlshma, tombé sur le champ de bataille dans son
désir de la victoire. 5,693.
» Je m’indigne mainte fois que Dévavrata ait succombé
dans le combat 1 Celui, que jadis n’avait pu tuer le fils de
Djamadagni même avec des astras célestes, 5,69/j.
» Le voici tombé sous la main d’un fils de Droupada,
d’un Pântchâlain, d’un Çikhandî! » 5,695.
Dans le soir de ce jour, répondit Sandjaya, l’aïeul des
Kourouides, Bhlshma, étendu sur la terre, causa de la
joie aux Pàntchàlains et consterna les Dhritaràshtrides,
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BHISHMA-PARVA.
567
Sans toucher la terre de son épiderme, il gît, couché
sur un lit de flèches. Quand Bhtshma fut renversé de son
char et tombé sur le sein de la terre, 5,69(3 — 5,697.
Loisque ce vainqueur dans les batailles et que cette
borne des Kourouides fut abattue, une clameur confuse de
« Hélas! hélas ! » éclata chez toutes les créatures. 5,698.
La terreur envahit les kshatryas de l’une et de l’autre
armée aussitôt qu’ils virent Bhtshma, le fils de Çàntanou,
avec son drapeau et sa cuirasse brisée. 5,699.
Les Kourouides et les Pàndouides vaguaient à la ronde,
souverain des hommes; le ciel était couvert de ténèbres,
et le soleil avait perdu sa lumière. 5,700.
La terre gémit, quand tomba Bhtshma, le fils de Çânta-
nou : « C’est le plus excellent de tous ceux, qui connais-
sent les Védasl 11 n’est personne, qui soit plus vertueux
parmi ceux, qui savent les saintes écritures! » 5,701.
Disaient les Bhoûtas à l’entour du lit de flèches , où gi-
sait le plus éminent des hommes. « Quand il eut appris
jadis que Çàntanou, son père, était en proie aux tour-
ments de l’amour, 5,702.
» Cet illustre guerrier s’est voué à la continence. »
Ainsi racontaient les rishis, qui s’entretenaient avec les
Siddhas et les Tchâranas du plus grand des Bharatides,
couché sur un lit de flèches. Après que l’aïeul des enfants
de Bharata, Bhishma, le fils de Çàntanou, fut tombé ex-
pirant, 5,703 — 6,70â.
Tes fils, vénérable roi, ne réussirent plus dans une
chose quelconque : ils étaient avec des visages abattus,
une splendeur effacée. 5,705.
Ils se tenaient, pleins de honte et de confusion, bais-
sant la face; mais les Pàndouides, ayant obtenu la victoire,
se montraient à la tête du champ de bataille. 5,706.
568
LE MAHA-BHARATA.
Tous remplissaient de vent leurs grandes conques, or-
nées d’or en quantité. Au milieu des milliers d’instru-
ments de musique, qui exécutaient des hymnes de joie.
Nous vîmes, puissant monarque, se jouer, 'Environné
d'une vive joie, le fils de Kounti, Bhimaséna à la grande
force, 5,707 — 5,708.
Content d'avoir écrasé par sa fougue un ennemi, doué
d’une rare vigueur. Un délire confus régnait alors chez
les Kourouides. 5,709.
A chaque instant gémissaient Douryodhana et Karnalui-
même ; et, quand l'aïeul des Kourouides, Bhtshma eut
succombé, 5,710.
Éclata partout un immense cri de « hélas ! hélas ! »
Lorsque Douççâsana, ton fils, vit Bhishma tombé, il cou-
rut, déployant la plus grande vitesse, vers l’armée de
Drona : c’était son frère, qui l'envoyait, revêtu ae sa cui-
rasse et suivi de ses troupes. 5,711 — 5,712.
Le tigre des hommes s’avança, jetant la douleur au mi-
lieu de son armée. Quand cette partie des Kourouides le
vit s'approcher, elle environna Douççâsana : « Que va-t-
il dire? t se demandait- elle. Ensuite, le Kouravain an-
nonça à Drona la mort de Bhishma. 5,713 — 5,714.
Soudain, à cette triste nouvelle, celui-ci tomba de son
char ; mais bientôt, revenu à la connaissance, l’auguste
Bharadwàdjide d’arrêter alors ses armées, auguste roi ; et,
quand il vit les Kourouides suspendre leur mouvement, il
envoya des coursiers, montés sur des chevaux rapides,
empêcher également de tous les côtés celui des Pàndoui-
des et de leurs guerriers. Aussitôt que les armées se fu-
rent arrêtées entièrement par la transmission de cet or-
dre, 5,715-5,716—5,717.
Tous les rois, déposant la cuirasse, s’avancèrent vers
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BHISHMA-PARVA.
569
Bhtshma; et les combattants par centaines de mille,
ayant cessé la bataille, environnèrent ce magnanime,
comme les Immortels entourent le Pradjâpati. Les Pân-
douides avec les Kourouides s’approchent de Bhishma, le
plus grand des Bharatides, étendu sur le lit de flèches,
et se tiennent debout, après s’être prosternés devant lui.
A ces Pàndouides et ces Kourouides, qui se tenaient in-
clinés en sa présence, 5,718 — 5,719—5,720.
Le vertueux Bhishma, le fils de Çàntanou, dit alors :
« La bien-venue soit avec vous, saints rois ! La bien-venue
soit avec vous, grands héros. 5,721.
o Je suis charmé de vous voir, ô vous, qui ressemblez
à des Immortels! » Après qu'il les eut salués ainsi de sa
tête inclinée, il ajouta ces paroles : 5,722.
« Ma tête penche trop ! Donnez-moi un oreiller 1 » Ces
monarques alors de lui apporter des oreillers tendres,
doux, somptueux ; mais l’ayeul n’en voulut pas. Le tigre
des hommes dit en souriant à ces rois : 5, "23 — 5,724.
« Princes, ces oreillers n’ont pas des formes assorties
aux lits des héros ! » Et, voyant parmi eux le Pândouide
Dhanandjaya aux bras vigoureux, le plus excellent des
hommes, ce héros du monde entier de lui parler ainsi :
a Dhanandjaya aux longs bras, ma tête penche trop, mon
fils; 5,725—5,726.
» Donne-moi l’oreiller, que tu penses convenable ici. »
Le guerrier, son grand arc à la main, s’inclina devant
son ayeul et lui dit, ses yeux remplis de latmes :
5,727 — 5,728.
« Donne-moi tes ordres, éminent Kourouide, le meilleur
de tous ceux, qui portent les armes; je suis ton serviteur:
que dois-je faire, inabordable ayeul? » 5,729.
670
LEMAHA-BHAKATA.
o Ma tête penche, mon fils, lui dit le Çàntanouide ;
apporte-moi un oreiller, Phâlgouna, le plus g.tnd des
Kourouides. 5,730.
» Donne-le-mci, digne de ma couche, héros, sans tar-
der; tu le peux, eu effet, Prithide; car tu es le plus excel-
lent de tous les archers ; tu connais les devoirs du kshatrya ;
tu es doué des qualités du courage et de l’intelligence. »
— U Qu'il en soit donc ainsi ! » répondit Phâlgouna, qui
accepta sa commission. 5,731—5,732.
11 reprit son Gândiva et ses flèches aux nœuds inclinés;
il demanda congé au grand héros des Bharatides et dit
adieu à ce magnanime (1) 5,733.
Quand le vertueux moribond connut le dessein conçu
par l’Ambidextre (2) Celui-ci appuya la tête du héros
sur trois flèches acérées, à la grande vitesse (3)... 5,73â.
A cette vue, Bhishma, le plus grand des Bharatides et
qui sait la vérité des choses, se réjouit de cet oreiller mis
sous sa tête, il salua Dhanandjaya (h) Il regarda tous
les Bharatides , et dit au sujet de ce héros , fils de
Kountl, le plus grand des combattants, et qui ajoutait à la
joie de ses amis : 5,735 — 5,736.
« Tu m’as apporté une chose, qui est assortie à ma
couche ; si tu avais agi autrement, fils de Pàndou, je
t’eusse maudit dans ma colère. 5,737.
» C’est sur un tel oreiller, héros aux longs bras, que,
(1-2-34) Passage décousu, mutilé, où les antécédents sont mis après les
conséquents, fautes, que nous avons tâché de corriger. Le même texte est
dans les deux éditions: il est donc impossible de rectifier l'une par l'autre.
Nous ne pouvons qu’appeler, sur cet endroit, l’attention et les soins des
érudits à venir, appuyés sur les manuscrits de diverses provinces ou
royaumes et de siècles différents.
i
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BH1SHM A-PARV A.
571
fidèle à ses devoirs, un kshatrya doit mourir dans un
champ de bataille, sur un lit de flèches ! » 5,738.
Après qu’il eut ainsi parlé à Bibhatsou, il dit à tous les
rois et à tous ces fils de rois, placés autour de lui :
« Voyez l’oreiller, que le fils de Pândou a mis sous ma
tête 1 Je resterai couché sur ce lit, tant que le soleil dé-
crira sa révolution dans la plage méridionale.
5,739—5,740.
» Ils me verront toujours vivant, les rois, qui viendront
alors vers moi ; mais, quand l’astre, qui fait le jour, passera
dans la plage où préside Kouvéra (1), j’abandonnerai cer-
tainement la vie, quelque agréable qu’elle soità mes amis,
sur un char attelé de sept chevaux, enveloppé d’une splen-
deur éclatante. 5,741 — 5,742.
# Qu’une fosse soit creusée ici, majestés, dans ce lieu,
où je suis étendu ; couvert de cent flèches, je servirai ainsi
le culte du soleil. 5,743.
» Cessez la guerre, princes ! Abandonnez votre ini-
mitié ! » 5,744.
Ensuite, des médecins, versés dans l’art d’extraire les
flèches, ins ruits avec soin par des maîtres habiles, s’ap-
prochèrent, munis de leurs instruments. 5,745.
A leur aspect, le fils de la Gangâ dit à ton royal fils :
« Traite avec honneur ces médecins et congédie-les, après
que tu les auras gratifiés d’un riche don. 5,746.
» Dans l’état où je suis, qu’ai-je à faire ici de méde-
cins ? Je suis entré dans la voie suprême, qui est louée
parmi les devoirs du kshatrya. 5,747.
» Ce devoir, il n’est point ici pour moi dans les secours
(t) Le septentrion.
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572
LE MAHA-BHARATA.
d’un médecin, maîtres de la terre : il faut que ces flèches
me consument tout entier. » 5,748.
A ce langage du héros, ton fils Douryodhana de congé-
dier ces médecins, après qu’il les eut honorés, suivant
qu’ils en étaient dignes. 5,749.
Les souverains des différentes contrées furent saisis
d’admiration à la vue de cette sublime fermeté de
Bhishma dans le devoir, du hêrot, à la splendeur infinie.
Quand ils eurent donné cet oreiller à ton père, tous les
monarques de compagnie, les Pàndouides et les fameux
héros Kourouides s’approchèrent du magnanime, étendu
sur sa couche brillante, s’inclinèrent devant cet homme au
grand cœur et l’honorèrent trois fois d’un pradakshina.
5,750 — 5,751 — 5,752.
Lorsqu'ils eurent disposé de tous les côtés la garde de
Bhishma, tous les héros, arrosés de sang, ensevelis dans
leurs tristes pensées et tourmentés des plus cruelles an-
goisses, retournèrent, au soir de ce jour, dans leurs quar-
tiers, reprendre chacun son logement. Dès que les vaillants
Pàndouides s’y furent installés, joyeux, triomphants de la
chûte de Bhishma, le vigoureux Mâdhava, s’étant appro-
ché, adressa ces paroles opportunes à Youdhishthira, le
fils d’Yama : 5,753 — 5,764 — 6,755.
« Oh ! bonheur ! tu triomphes ! oh ! bonheur ! il est
tombé, cet héroïque Bhishma, fidèle à la vérité, qui avait
lu tous les Traités de morale (1) avec les Dieux et qui ne
devait pas mourir sous un coup des hommes ! Mais, arrivé
sous tes yeux homicides, il fut consumé de ton regard
épouvantable. » 5,750 — 5,757.
(i) Texte de Bombay.
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BHISBMA-PARVA.
573
A ces mots, Dharmaràdja répondit à Djanàrddana :
« La victoire vient de ta grâce ; la destruction est née de
ta colère. 5,758.
» Car tu es notre asyle, Krishna ; tu mets tes fidèles à
l’abri de la crainte ; il n’est pas étonnant que, secondés
par toi, Kéçava, des hommes obtiennent la victoire.
» Que tu nous couvres sans cesse de ta protection,
quand nous mettons sans cesse notre plaisir dans le bien,
et que nous tendons vers toi de toutes les manières, ce
n’est pas étonnant : tel est mon avis. » 5,759, — 5,700.
11 dit, et Djanàrddana lui répondit en souriant : « Cette
parole de toi-même, ô le plus grand des princes, est pleine
de sens!» 5,701.
Dès que la nuit se fut écoulée, Mahârâdja, tous les
princes Pàndouides et tous les Dhritaràshtrides s’appro-
chèrent de l’auguste aïeul. 5,702.
Les kshatryas s’inclinèrent devant ce héros, le plus
grand des Kourouides, et rendirent leurs hommages à
cet éminent kshatrya, étendu sur la couche des héros.
Des jeunes filles, arrivées là par milliers, inondèrent
de tous côtés le Çàntanouide de fleurs, de grains fris et
de sandal en poudre. 5,703 — 5,704.
Des femmes, des vieillards, des enfants, des hommes
du vulgaire vinrent contempler ce (ils de Çàntanou, comme
des êtres célestes font cortège au soleil. 5,705.
Des artisans , des comédiens , des danseurs , des
centaines innombrables (1) de joueurs d'instruments
de musique vinrent honorer ce vieux aïeul des Kou-
rouides. 5,700.
(1) Édition de Bombay.
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574
LE MAHA-BHARATA.
Ayant cessé les combats, ayant dénoué leurs armures,
ayant déposé leurs armes, les Kourouides et les Pàn-
douides de compagnie, remplis d’une mutuelle affection,
qu’ils se témoignaient suivant la prééminence, suivant
l’âge, étaient assis au-dessous de l'inaffrontable Dévavrata,
. le dompteur des ennemis. 5,767 — 5,768.
Cette assemblée de Bharatides, embellie par la pré-
sence de Bhishma et pleine de princes par centaines,
brillait, flamboyante comme le disque du soleil dans les
deux. 5,769.
Elle resplendissait de souverains, qui rendaient hom-
mage au fils de la Gangâ et semblables à des Dieux, qui
environnent de leur culte le Pitàmaha, le roi des Immor-
tels. 5,770.
Quand Bhishma, consumé par les flèches, éminent
Bharatide, poussant des soupirs comme un serpent boa,
eut réprimé la douleur par sa fermeté, le corps brûlé par
ces dards, en proie aux tortures des traits et jetant les
yeux sur tous ces rois : « De l’eau ! » dit-il.
5,771—5,772.
Alors ces monarques lui apportèrent de tous les côtés,
sire, des mets variés et des coupes d'eau fraîche. 5,773.
A peine eut-il vu l’eau, qu’on lui offrait : « Il m’est
impossible, mon fils, dit le Çântanouide, de goûter main-
tenant à des mets humains, quels qu’ils soient. 5,774.
» Je suis sorti du monde des hommes, je suis étendu
sur un lit de flèches, et j’attends lamorl, comme on attend
un coucher du soleil ou de la lune. » 5,775.
A ces mots, blâmant de sa parole tous ces rois : « Je
désire voir Arjouna! » dit le fils de Çàntanou. 5,776.
Alors, le héros aux longs bras s’approche; il se prosterne
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BHISHM A-PA RVA.
575
devant l’aïeul; il se tient, portant les mains réunies à ses
tempes, le corps incliné : « Que dois-je faire? » demanda-
t-il. 5,777.
Lorsqu’il vit ce Prithide debout en sa présence, après
qu’il eut achevé son prosternement, le vertueux Bhishma
dit satisfait à Arjouna : 5,778.
n Couvert de tes dards, mon corps est, en quelque
sorte, brûlé par ces flèches; mes membres sont tous agités
et ma bouche est desséchée. 5,779.
» Mon corps est en proie à la souffrance : donne-moi
de l’eau, Arjouna; car tu es capable, héros, de m’offrir
cette eau suivant la règle. » 5,780.
« Soit 1 » répondit le vigoureux Arjouna, qui monta
sur son char, attacha le nerf à son arc et tira la corde du
Gândlva. 5,781.
A l’audition de ce bruit, que laissa échapper, sembla-
ble au fracas du tonnerre, la surface de sa corde, toutes
les armées et tous les monarques de trembler. 5,782.
Ensuite, le plus excellent des maîtres de chars décrivit
avec son char un pradakshina autour du plus grand des
Bharatides, étendu sur sa couche héroïque, et du plus
brave de tous ceux, qui portent les armes. 5,783.
Le Pândouide, ayant charmé une flèche enflammée,
l’encocha sur son arc et la tira, sous les regards du monde
entier, avec l’astra indrique. 5,78ô.
Le Prithide perça la terre au flanc droit de Bhîshma.
Aussitôt il en jaillit une source brillante et limpide d’eau
fraîche, savoureuse, odorante, céleste, semblable à l’am-
broisie ; et le fils de kountî rassasia des goûtes fraîches de
cette onde 5,7S5 — 5,786.
Bhîshma, le chef des Kourouides, au courage et aux
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576
LE MAHA-BHARATA.
exploits divins. Cette action du Prilbide, qui agissait avec
la puissance de Çakra, 5,787.
Éleva tous les rois de la terre au comble de l’étonne-
ment. Quand ils virent Blbhatsou accomplir ce fait d’une
vertu plus qu’humaine, 5,7S8.
Les Kourouides tremblèrent, comme des vaches, que
tourmente le froid ; et, de tous côtés, les rois firent tour-
noyer devant eux leurs vêtements supérieurs en témoi-
gnage d’admiration. 5,789.
Le son tumultueux des conques et des tambours éclata
de toutes parts. Le fils de Çântanou désaltéré dit alors,
sire, à Bîbhatsou, pour l’honorer en la présence de tous
les héros et les princes : « Ce fait n’a rien, qui surprenne
en toi, guerrier aux longs bras, rejeton de Kourou.
» Tu fus un antique saint, suivant ce que raconte Nâ-
rada. Tu accompliras, en compagnie du Vasoudévide, un
exploit difficile, 5,790 — 5,791 — 5,792.
» Que le roi des Immortels avec ses Dieux mêmes ne
pourrait certainement accomplir. * Les personnes ins-
truites, fils de Prithâ, te nomment par excellence l’archer
de la caste entière des kshatryas. 6,793.
» Tu es sur la terre le chef de tous ceux, qui portent
un arc; tu es le meilleur entre les hommes, disent (1) les
plus excellents des enfants de Manou, qui soient au monde;
tu es Garouda parmi les oiseaux. 5,794.
» Tu es la mer, qui excelle parmi les fleuves; tu es la
vache, le plus excellent des quadrupèdes; tu es le soleil,
(i) Je suis obligé de sous-entendre iti, pour donner une signification à
ces mots au pluriel : manoushyâ djayati çrishthds, jetés là sans verbe
au milieu de la phrase. Au reste, nous regardons comme frauduleusement
intercalé ce qui est couteuu ici entre les deux étoiles.
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BH1SIIMA-PARVA.
577
la première des clartés; tues l'Himâlaya, le plus grand
des monts. 5,795.
» Tu es un brahme, la plus haute des naissances; tu es
le plus excellent des archers *. 5,796.
» Le Dhritarâshtride ne voulut pas écouter cette parole
mainte et mainte fois dite par moi, par Vidoura, par
Drona, par Râma, par Djanârddana, énoncée par Sandjaya
lui-même. 5,797.
» Douryodhana à l’intelligence perverse, qui ressemble
àun homme sans aucun sentiment, ne prêta point confiance
à ce langage ; mais ce transgresseur de toute morale, il
périra bientôt, renversé, vaincu par la vigueur de Bhîrna-
séna. » 6,798.
Quand il eut oui ces paroles, l’ Indra des Kourouides,
Douryodhana, en eut l’âme contristée. LefilsdeÇàntanou,
fixant les yeux sur lui : « Écoute, sire, dit-il, dépose ta
colère. 5,799.
» Tu as vu de quelle manière Dhanandjaya, le sage
fils de Prithâ, a fait naître une source d’eau fraîche, qui a
le parfum de l’ambroisie. 5,800.
» 11 n’existe point en cet univers un autre homme
quelconque, qui puisse opérer ce miracle. Seul, en tout ce
monde des hommes, Dhanandjaya connaît les astras du
Feu, de Varouna, de Lunus, du Vent, d’Indra, de Paçou-
pati, de Brahma, de Dhàtri, le souverain des créatures, de
Twashtri, du Soleil et d’Yama. Si tu exceptes Krishna, le
fils de Dévakl, nul autre, quel qu'il soit, ne les sait ici-
bas. 5,801— 5,80-2-5, 803.
» Ce Pândouide magnanime, auteur de ces actions
plus qu’humaines, est invincible, mon fils, dans une ba-
taille, aux Asouras et aux Dieux mêmes. 5,80A.
vu
37
578
LE MAHA-BHARATA.
» Que la paix soit conclue sans tarder, sire, avec ce
prince habile dans les combats, véridique, héros à la
guerre et qui porte l’auréole des batailles. 5,805.
» Aussi long-temps qu’il tiendra dans sa dépendance
Krishna aux longs bras, aussi long-temps, mon fils, le plus
grand des Kourouides, garde-toi de rompre la paix avec
le héros, fils de Prilhâ. 5,800.
» Tant que survivront à ceux, qui ont péri dans la ba-
taille, tes frères de tout sang et les nombreux monarques,
sire, conserve bien la paix. 5,807.
» Crains qu’Youdhishthira, de ses yeux enflammés de
colère, ne consume ton armée dans le combat, mon fils,
et garde aussi long-temps la paix. 5,808.
» Crains tout ce temps que Nakonla, Sahadéva et le
Pàndouide Bhtmaséna, grand roi, ne détruisent entière-
ment ton armée. 5,800.
» Calme cette ivresse, mon fils, cette lutte avec les fils
de Pândou ; que l’amitié règne entre toi et les héros Pân-
douides : voilà ce que j’approuve. 5,810.
» Puisse te plaire ce discours, que je t’adresse, irré-
prochable prince : à cela, je pense, tient la félicité de toi
et de ta famille. 5,811.
« Dépose ton ressentiment et calme-toi à l’égard des
Pândouides. Phàlgouna n’a rien fait, qui ne soit conve-
nable, en me donnant la mort à moi, Bhtshiua. Que l'a-
mitié soit donc entre vous! Permets de vivre aux restes
des combats : allons! sire, sois-moi favorable. 6,81*2.
» Que la moitié du royaume soit donnée aux Pàn-
douides; que Dharmarâdja s'en aille régner à Indra-
prastlia. N’offense pas les rois, tes amis : ne deviens pas
le dernier des criminels, et tu obtiendras la gloire, Indra
des Kourouides. 5,813.
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BH1SHMA-PARVA.
579
» Que ma mort apporte la paix aux créatures engagées
dans la guerre; qu’une affection mutuelle règne entre les
princes: que le père soit rendu à son fils, sire, l’oncle à
son neveu, le frère à son frère. 5,81 fi.
» Si, possédé par le délire, tu ne reçois pas ma parole,
quand il est encore temps, tu seras tourmenté par toutes
ces douleurs, acharnées sur moi : ce langage, que je tiens,
est vrai et digne d’un Bharata. » 5,815.
Quand il eut prononcé ce discours, empreint du sceau
d’un Bharatide, le fils, du (leuve garda le silence, répri-
mant la souffrance, en se commandant à lui-même.
Aussitôt qu’il eut ouï ce discours utile et salutaire,
associé à l’intérêt et au devoir, ton fils ne l’accepta point,
comme celui, qui veut mourir, se refuse au médicament.
5,810—5,817.
Ensuite, voyant Bhîshma, le fils de Çântanou, plongé
dans le silence, tous les princes, grand roi, s’en retour-
nèrent à leurs quartiers. 5,818.
Dès qu’il eut appris que Bhîshma avait succombé, le
fils de Ràdhâ, le plus grand des hommes, accourut avec
empressement, quelque peu ému de crainte. 5,819.
11 vit alors ce magnanime héros couché sur un lit de
flèches, comme l’auguste kàrttikéya étendu snr la couche
de sa naissance. 5,820.
Vrisha à la grande lumière, inondant son cou de ses
larmes, s’approcha du brave, qui avait les yeux fermés,
et tomba à ses pieds, en articulant ces mots : « Celui,
qui vient auprès de toi, éminente personne, ô rejeton de
Kourou, est à jamais le fils de Ràdhâ; je suis partout
. un objet de haine pour toi. » 5,821 — 5,822.
A ces mots, le vieux Kourouide, ses yeux forcément
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680
LE MAHA-BHARATA.
enveloppés d'obscurité, le regarda lentement et lui dit
ces mots avec amour; 6,828.
Mais avnut, ayant vu sa place gardée, il commença
par renvoyer ses gardiens, et le fils de la Gangâ étreignit
d'une main Karna, comme un père embrasse son fils :
« Viens! viens, mon émule! Tu rivalises avec moi.
Si tu n’étais pas venu me trouver, ton salut n’eut pas été
sans connaître de fin. ô,S'2&.
» Tu es le fils de Kountl, tu n’es pas celui de Râdhà;
Adhirathi ne fut pas ton père. C’est ainsi que ta naissance
me fut racontée, guerrier aux longs bras, par Nârada et
par Krishna-Dwaipâyana : c’est la vérité; il n’y a nul
doute ici. Je n’ai pas de haine, mon fils; je te dis la vé-
rité. 6,826—5,827.
» Mais je t’ai adressé des paroles amères, parce que tu
détruisais notre splendeur. Pourquoi mépriser, homme
fidèle à tes vœux, tous les fils de Pândou sans raison?
» Tu es né d’un oubli du devoir, et tel est aussi ton
esprit : tu hais ceux, qui possèdent les qualités, dont tu
manques, par l’envie, que t’inspire ta reprochable nais-
sance. 6,828 — 5,829.
» De là vient que, nombre de fois, des choses blessantes
te furent adressées dans l’assemblée des Kourouides. Je
connais ta vaillance dans les combats, insoutenable aux
ennemis sur la terre, ta chasteté de brahme, ton héroïsme
et ta constance incomparable dans la pratique de l’au-
mône. 11 n’est personne, qui soit égal à toi, prince sem-
blable aux Immortels. 5,830 — 5,831.
» C’est toujours par la crainte de voir rompue l’union
de ma famille, que je t’ai adressé des paroles mordantes.
Tu es, pour Tare et la (lèche, pour l’art d’encocher un as-
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BH1SHMA-PARVA.
581
tra, pour la légèreté et la force du trait, l’égal de Phâl-
gouna et du magnanime Krishna. Par toi seul, Karna,
muni de ton arc, dans la ville de Kàçi, où tu étais allé
5,832—5,833.
» Chercher une jeune fille pour le roi de Kourou, les
monarques furent broyés dans le combat ; et le vigoureux
souverain, l’inabordable Djaràsandha, qui se vantait de
ses prouesses dans la guerre, ne fut pas ton égal ! Pieux
envers les Dieux, combattant de la vérité, pareil à un fils
des Immortels en splendeur et en force, tu es supérieur
aux hommes dans les batailles. Abandonnons maintenant
la colère, que j’avais conçue jadis contre toi.
5,834—5,835—5,830.
» 11 est impossible que l’action humaine surmonte le
destin! Les héros Pàndouides, meurtrier des ennemis,
sont tes frères germains. 5,837.
» Unissez-vous avec eux, guerrier aux longs bras, si
vous avez envie de faire une chose, qui me soit agréable.
Que je mette fin à votre inimitié, fils- du Soleil; et que
tous les rois maintenant vivent sur la terre sans bles-
sure. » 5,838 — 5,839.
« Je sais tout cela, vaillant Bhîshma, ainsi que tu me
le dis, lui répondit Karna, il n’y a ici nul doute; je suis
le fils de Kountl, et ne dois pas la vie au cocher. 5,840.
» Mais, délaissé par Kountl, élevé par le cocher, je ne
puis, quand j’ai goûté à la souveraineté de Rouryodhana,
tromper ses espérances . 5,841.
» De même que le fils de Vasoudéva a voué un attache-
ment inébranlable aux Pàndouides, ainsi j’ai abandonné
mes épouses, mes fils, ma personne, mes richesses et ma
renommée pour la cause de Douryodhana. « Que ce ne
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582
LE MAHA-BHARATA.
soit pas dans le kshatrya, ai-je dit, Kourouides, comme
une maladie et une mort ! » 5,852—5,853.
» Les fils de Pândou sont continuellement irrités, dès
qu’ils s'approchent de Souyodhana : il est impossible
d'arrêter cette chose, dont la nature est ingouvernable.
» Qui peut forcer le destin à reculer par une action hu-
maine ? Vos Altesses ont deviné et raconté dans l'assem-
blée des prodiges, aïeul des kourouide *, qui annoncent la
ruine de la terre. De tous les côtés, on m'a parlé du Ya-
soudévide et des fils de Pàndou. 6,855 — 5,850.
» Ils ne peuvent être vaincus par les autres hommes 1 »
me disait-on. Nous les suppôt tons cependant : « Je serai
dans un combat le vainqueur des Pàndouides! » répon-
dais-je; et cette résolution fut arrêtée dans mon cœur.
p 11 est impossible de renoncer & cotte inimitié si épou-
vantable. L’âuie satisfaite de remplir mon devoir , je
combattrai donc avec Dhanandjaya. 5,857 — 5,858.
s Accorde- moi ta permission pour le combat, mon
père ! Avec ton agrément, héros, je combattrai. Voi.à mon
sentiment. 5,850.
n Daigne me pardonner toute parole choquante et
tout acte d'opposition, que j’ai prononcé ou commis, soit
par impatience, soit par légèreté. » 5,850.
« S’il est impossible que tu renonces à cette inimitié
bien épouvantable, lui répondit Bhlshma, je t'accorde
ma permission, Karna; combats donc par le désir de
t’élever au Swarga. 5,851.
» Sans colère, sans orgueil, correct dans la conduite
des gens de bien, accomplis de toutes tes forces, de toutes
tes facultés, l’œuvre d’un roi. 5,852.
» Je t’accorde cette permission, si tu la désires. Fais
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RH1SH.M \-IMHVA.
583
cette chose : tu parviendras, grâce à Dhanandjaya, aux
mondes conquis par le devoir du kshatrya. 5,853.
» Appuyé sur ton courage et ta force, combats sans
orgueil ; car il n’existe rien de mieux pour un kshatrya
qu'un loyal combat. 5,85A.
» Certes! depuis long-temps, Karna, je me consume
en immenses efforts pour m'élever à l'émancipation finale,
où je n'ai pu encore atteindre : je te dis la vérité. » 5,855,
Aussitôt que le fils de la Gangà eut parlé de cette ma-
nière, Ràdhéya, s’étant prosterné devant lui et se l'étant
rendu favorable, remonta sur son char et s'avança vers
ton fils. 5,856.
FIN Dl CHANT DH IIHlSIlU»
et w
\ Ol.l Mt SEPTIÈME DE I.A TIIAIT'CTION.
I
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PETIT INDEX
DE QUELQUES MOTS PEU CONNUS DANS CE PRÉSENT VOLUME.
Aum ! c’est l'affirmation d’un seul Dieu, de qui émanent
les trois personnes divines. De même que A est le sym-
bole de Brahma ; U, celui de Vishnou, et M, le caractère
de Çiva ; de même que ces trois lettres, réunies dans le
monosyllabe Aum, sont prononcées par une seule émission
de voix : ainsi ce nom sacré, mis en avant de toute œuvre
sainte, est une confession de foi que ces trois Dieux ne
sont qu’un et qu'ils émanent d'un principe commun :
l’Être absolu, éternel, irrévélé.
‘ B
Brahmatchâri, ordinairement le disciple d’un brahme;
dans un sens plus général, un homme, qui s’est lié par le
vœu d’observer une étroite continence.
Kalpa, un jour et une nuit de .Brahma, révolution de
quatre cent trente-deux millions d’années humaines; d’un
côté, mesure de la durée du monde, d’autre part, inter-
'valle jeté entre une lin de monde et la création d’un nou-
veau.
A
K
Digitiz
586
PETIT INDEX.
M
Maâurvi , la corde d’»n arc, nervus arruum (Bopp),
dérivé de moûrvâ , nom d’une plante grimpante , la
sanseviera zeylanica, dont les fibres servaient à fabriquer
cette corde.
O
Oupanishad. RR. Oupa, au-dessous, et nishad, sedere,
être assis ; position de l’élève relativement à son maître.
Portion des écrits religieux des Indiens. Sic nominantur,
dit Bopp, itl/r Vedorum parles, quœ de philosop/iicis et
theologicis rebus disserunl.
P
Parvan, nom donné à certains jours dans le mois lu-
naire, comme la pleine-lune et la nouvelle-lune ; périodes
particuliers de l’année, tels que l’équinoxe, le solstice ;
le moment de l’entrée du soleil dans un nouveau signe.
R
Radjas. Voyez l'index du quatrième volume.
S
Sattwa. Ibidem.
Sonia, l’asclépiade acide ou le Sarcostema viminalis,
plante sacrée , dont le jus , offert aux Dieux, est employé
tiens toutes les cérémonies religieuses.
Souiadattide, nom patronymique, le rejeton ou le fils
de Somadalta, un des surnoms de Blioûriçravas.
Sousharman, parfaitement heureux , le nom du roi
des Trigarttains.
T
Tamas. Voyez l’index du quatrième volume.
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PETIT INDEX.
587
Y
Yoga, dans la signification propre da mot : jonction,
union ; dans un sens figuré , union de f esprit à une mé-
ditation profonde ; contemplation intime du Dieu su-
prême. Dans une signification plus restreinte, l’auteur dit
à la stance 92fi :
« Devenu Indifférent au succès et au revers, accomplis les
œuvres, sans attendre la récompense des actions ; c’eat même cette
indifférence, que l'on appelle Yoga. »
Des préceptes pour la pratique de l’yoga sont donnés
dans les stances 1,074 — 5 — 6 — 7 — 8 , et çà et là dans
les pages suivantes.
Sans aucun doute, aucun de nos lecteurs ne peut con-
fondre, à cause de la ressemblance des noms, l’Yoga
avec T
Youga, un âge du monde, comme le Krita, la Trêtâ, le
Dwâpara et le cycle Kali. Voyez page 21 du présent vo-
lume.
Youyoudhâna, un des surnoms de Sâtyaki.
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ERRATUM.
Page 35, ligne 13, lisez : Lui, devant qui, la grande armée des
Pdndouides Fuyant vu s'avancer, tremble Supposez une simple
virgule à la fin de la stance.
Page 47, stance 622, lisez : Çakouni, fils de Soubala, Çalya, né
sur la terre d'Avanti, ûjayadratha, Vinda et Anouvinda, les cinq
Kaikcyains..... Mais, avec les suivants, ils sont alors quinze et non
plus dix ; ensuite les frères Kaikéyains sont dans l’armée, non
de Douryodban», mais des fils de l'Andou.
Page 94, ligne 8, lisez : C'est l'ignorance, qui produit terreur. Le
mot elle dans la phrase est amphibologique.
Page 127, dernière ligne, lisez : Quiconque sous ce point de vue....
Page 148, stance 1,526, lisez : qu'avait produit ton ignorance.
Page 177, stance 1,806, lisez : Ce guerrier aux longs bras, tel que
le Mérou avec la lune, éminent Bharalide, resplendissait.....
Page 193, retranchez la seconde ligne de la note première :
Inadvertance.
Page 221, stance 2,239, lisez : Bhtmaséna à la tête des Tché-
diens, d'attaquer cette armée des Kalingains, qui s’avançait avec Re-
tournât le Nishadhain.
Page 248, dernière stance, lisez : Ce champ de bataille, comme
la voûte du ciel dans la saison de /’ automne, resplendissait
Page 289, stance 2,901, lisez: Bhtma au lieu de Bhtshma. De
même 4 la page 335, stance 3,356, lisez encore : Bhtma. Inatten-
tion du secrétaire.
Page 321, ligues 4 et 5, lisez : ...bien cher à Drona, se dit Ar-
jouna ; c’est un brahme,....
5flO
ERRATUM.
Page 344, ligne 9, lisez : et les monceau x de cadavres mutilés
Page 379, stance 3,790, c’est traduit suivant le texte ; mais il
me semble qu’il y a ici corruption et qu'il devrait être tourné de
cette manière :
• Les tiens virent cette chose, qui ressemblait 4 un immense
prodige; ses frères poussèrent tous des cris d'allégresse, et,
réunis aux armées, ils exaltèrent ce fils de Kounti. >
Page 401, ligne 5, lisez ; Entourés d'une nombreuse multitude,....
Page 438, pénultième ligne avant la note : lisez : cottes de
mailles
Page 458, stance 4,591, lisez TArjounide au lieu d'Arjouna.
Page 462, ligne 10, lisez : un fardeau, et lança puissant roi...-
Page 486, ligne 19, supposez un guillemet fermant > avant
ÿhishma, le fils....
Page 499, ligne 19, lisez : De tous côtés, ils remplirent île leur
vent les conques....
Page 520, ligne 16, lisez : J Ion âme s’affaisse profondément, aus-
sitôt que je médite ces pensées :....
Page 563, ligne 23, lisez : s’approchèrent...
Stance 182 du huitième volume : Kdmbodjds Soudalcshina-
poura-.saras. Il devient évident ici par ce passage que Soudukshina,
traduit comme une épithète dans le présept volume , est un
simple nom propre du roi de Kambodje.
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TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS LE SEPTIÈME VOLUME.
Chapitra : P**"* :
Avant-propos 1
Sixième lecture et chapitres suivants 1
La Terre
Le chant de Bhagavat «
La mort de Bhtshma
PIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
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t »,